samedi 15 février 2025

A bâtons rompus

Noir et blanc de registres paroissiaux, d’actes notariés, puis noir et blanc d’une photo ancienne d’Avrieux en Savoie qui révèle l’habitat groupé, les petites parcelles de jardin, plus loin les champs, à l’arrière-plan des cultures en terrasse, sans oublier plus haut les alpages.

© Musée Savoisien - Avrieux 

Avrieux, village à 1100 mètres d’altitude sur un versant ensoleillé, avec 500 âmes environ, s’est révélé être un nid d’ancêtres dans la haute vallée de la Maurienne, pas étonnant d’apercevoir en grisé des silhouettes s’activant, d’entendre des sons assourdis : des rendez-vous ancestraux somme toute.

Vincent Porte y accueille en novembre 1747 sa bru Marie-Françoise Parmier venue du village voisin du Bourget pour fonder une famille avec son fils unique François Porte, heureusement la dot est convenable et le trousseau garni. Agé de 64 ans, veuf de Marie Bertrand, Vincent le père a besoin d’être aidé par le nouveau couple pour tous les travaux, d’autant que sa seule fille Barbe a convolé l’année précédente avec Honoré Porte (et oui une autre branche Porte).

Cahin-caha, Marie-Françoise s’adapte au caractère de son homme, de son beau-père, prend ses marques dans la maison, ses repères dans le village, fraternise avec la parenté. Un premier cri d’enfant est poussé, le 29 août 1748, par une petite Marie aussitôt baptisée, Marie Parmier une cousine de la maman en est la marraine, et le parrain son oncle Honoré.

Les saisons se succèdent, comptent double pour Vincent le grand-père, les intempéries ou le trop grand soleil se répercutent sur les récoltes, et puis toutes ses charges à s’acquitter, que de souci, et en plus pas d’héritier mâle chez son fils. Echanges vifs en famille, espérances déçues avec des fausses-couches, comment savoir.

Affaibli, Vincent Porte le grand-père s’éteint le 4 juillet 1755 entouré des siens à 71 ans, silence et recueillement,

© Musée Savoisien boite à sel
La roue tourne, François Porte, courageux de tout temps, est désormais chef de famille comme en atteste le recensement de la gabelle en 1758 avec Marie-Françoise son épouse et la petite Marie. L’agent a inscrit pour le bétail : 3 vaches, 3 brebis, 2 chèvres et 1 veau à saler.

Pour cet impôt qui va dans les caisses royales, impopulaire tant en Savoie que dans le Royaume de France, François va devoir acheter 8 livres de sel par personne, 6 livres par vache, un peu moins pour les autres animaux.

Et puis en plein hiver, le 17 février 1762, effervescence au logis, espoir et inquiétude, la matrone du lieu officie, les femmes de la proche parenté s’agitent et encouragent Marie-Françoise pour une naissance gémellaire. Epuisée, la maman admire Joseph le fils tant attendu et une petite Anne pas très vaillante. Une sœur de la parturiente, une tante et un oncle, un parent prénommé Joseph tous pressentis comme marraines et parrains des jumeaux foncent à l’église proche pour le baptême comme de coutume et ramènent vite mettre les enfants au chaud. 

A-t-elle pu nourrir les deux nouveau-nés ma Marie-Françoise, pas de trace de la petite ensuite, le petit gars a résisté.

Bienvenu à mon lointain grand-père Joseph Porte qui grandit avec Marie sa grande sœur, 14 années d’écart. L’un et l’autre sont envoyés à la petite école du village : catéchisme, calcul, lecture, écriture au programme, entre la Toussaint et Pâques, parce que les autres mois les gamins aident aux champs ou gardent les bêtes à l’alpage.

La roue tourne, Marie l’aînée de François Porte s’établit, sa mère a veillé au trousseau, laissé choisir la dentelle ou le fichu d'indienne à la future, le père méditant sur les parcelles à donner. Grand merci au notaire pour sa belle écriture dans le contrat dotal du 26 novembre 1771 entre Marie Porte et Jean-Baptiste Corrand et toutes ses précisions dont les noms des mères. 

Dans les morceaux choisis du trossel de Marie je note un petit crucifix d'argent, de ceux que l'on noue autour du cou avec un ruban, quatre coiffes de deuil parmi les nombreuses coiffes, un chaudron avec sa anse pesant 13 livres de ceux que l'on pose sur trépied dans la cheminée. Les pères, le futur et la future et les deux témoins signent, sauf les mères qui font leur marque. Contente de découvrir que François a permis à sa fille Marie d'avoir des rudiments d'instruction. 

Extrait d'arbre - cliquer pour agrandir

Journée chargée pour les mariés et les parents puisque le même jour, le mariage est célébré dans l'église d'Avrieux. Quel fichu d'indienne a été choisi par ces dames pour réchauffer leur robe verte ou violette, qui a aidé au repas de noces, les messieurs ont-ils été prévenants, empressés, point trop portés sur la dive bouteille ? Mystère. 

Joseph Porte le petit frère de presque 10 ans, a-t-il remarqué à cette occasion une cousine de son âge. En tout cas François son père et son défunt grand-père Vincent m'ont réservé des surprises, et j'envisage de vous les révéler prochainement. 


Retrouver 




Sources
AD 73 Avrieux BMS
AD 73 Tabellion Termignon 1771

samedi 1 février 2025

Les accordailles

Le Bourget est le fief de Jean-Baptiste Parmier, de son père Dominique maître-bâtier, lointains grands-pères, de leur parenté Buisson, ce village fut un relais important sur la voie reliant la Maurienne à la vallée de Suse en Piémont par le col du Montcenis.

Lieu de passage qui justifie son développement, cité par des récits de voyageurs, comme celui de Jacques Lesaige, marchand de draps de soie de Douai, se rendant à Jérusalem en 1518 qui écrivit :

« de Saint-André au Bourget il y a deux grandes lieues et pénibles chemins de pierre, et monts et vallées, et toujours neige d'un côté et de l'autre. Il nous fallut passer plusieurs eaux. Nous demeurâmes au diner au dit Bourget qui est un village, et portent les femmes des alentours rouges chapeaux, et je dépensai cinq gros. Du Bourget à Termignon, il y a trois grandes lieues et tels chemins que devant".

Eglise Le Bourget ©Wikipedia Florian Pépellin

Là dans ce coin du Duché de Savoie, sur la rive droite de l’impétueuse rivière Arc, versant ensoleillé à 1200 mètres d’altitude, Jean-Baptiste Parmier bâtier vit du passage des voyageurs, avec Marie Ratel son épouse. Confection et réparation de bâts pour les mulets, réparations de sangles, ou de la selle d’un cavalier avant le passage des Alpes, voire de roues de carrosses de doctes personnages et gentes dames en route pour la cour installée à Turin, tel s'avère le quotidien du chef de famille.

Les maisons s’adaptent à la déclivité du terrain, et communiquent par des passages couverts, l’idéal pour les parties de cache-cache des enfants.

Ma chère Marie Ratel si elle n’a pas de belle-mère à supporter, se trouve sous la coupe de sa moitié certes, mais aussi celle du patriarche son beau-père, deux beaux-frères à servir avant qu’ils ne s’établissent, et des belles-sœurs qui ont pu l’aider avant de convoler. Bref la vie regroupée de l’époque…

Après Anne, le couple accueille une petite Marie-Françoise (sosa 129), baptisée le 5 août 1717 dans l’église Saint-Pierre aux Liens du Bourget, en une chaude journée estivale, bonjour chère aïeule.

Débarquent ensuite une autre petiote Marguerite, suivie d’un petit ange Etienne, encore une fille Anastasie, et enfin un héritier costaud Etienne.


Extrait arbre cliquer pour agrandir

Le temps passe, le patriarche Dominique Parmier s’affaiblit, prend ses dispositions entres ses sept enfants, et se réfugie dans le « pélo » ou « pléchotte » « poêle » dans les actes notariés. Cette pièce est tempérée par la grande cheminée de la cuisine attenante.

Marie-Françoise âgée de 9 ans perd son grand-père paternel en 1726, et à presque 18 ans voit disparaître coup sur coup Marguerite Lathoud sa grand-mère maternelle et sa pauvre maman en 1735.

Les trois aînées de Jean-Baptiste, désormais veuf, élèvent les plus jeunes, s’affairent pour l’intendance de la maisonnée, s’occupent des quelques bêtes, travaillent aux champs, sans oublier le filage du chanvre.

***
Rêve-t-elle un peu Marie-Françoise à son avenir, en tout cas le père ne « lâche » pas vite ses filles, qui dit mariage dit dot, qui dit mariage dit servante en moins.

Comme toute fille de cette époque, elle pense à son trousseau et, auprès des marchands qui transitent au village, a retenu de la toile de Cambrai pour ses coiffes, un lin très fin, et aussi un lin plus basique. Elle en confectionne plus de 24, certaines coiffes sont ajourées, toutes sont bordées de dentelle et de même elle coud 24 coiffes de toile prime de pays qui sont ornées de dentelle.

Pour agrémenter sa vêture et jeter sur ses épaules, Marie-Françoise peut choisir entre 4 mouchoirs d’indienne, autant de soie dont 3 multicolores et un vert, son mouchoir de gaze ou se contenter d’un de ses 2 mouchoirs de coton.

Bref vous vous doutez qu’il y a eu des accordailles pour ma petite Marie-Françoise Parmier (sosa 129) à 30 ans révolus son mariage se précise. L’heureux élu, François Porte (sosa 128) fils de Vincent Porte habite le village voisin d'Avrieux, il a fait la route de quelques lieues avec Maître Jacques Girard le notaire, son père et ses témoins Honoré Porte et Pierre Mulinier pour l’établissement du contrat dotal.

Grand jour ce 15 novembre 1747 pour acter les tractations antérieures entre le père Jean-Baptiste Parmier et François Porte le futur époux, le notaire royal et collégié s’applique et connaît les formules par cœur.

AD 73 Tabellion Termignon 1747 extrait

Pour contribuer aux charges du mariage, Marie-Françoise apporte en dot une pièce de terre  de trois quartellées située près de la chapelle Sainte-Apollonie, d’autres parcelles de terre et de pré toutes situées et délimitées avec précision, ainsi qu’une chènevière où pousse le chanvre en milieu humide, et une quote-part de montagne c’est-à-dire des prés en alpage.

Selon la coutume de Savoie, François donne à sa belle un augment de 180 livres.

Toutes les pièces du trossel de mon aïeule sont détaillées selon leur état : neuf, presque neuf, mi-usé, selon le tissu. Elle détient plusieurs foudelles (tabliers) de ratine verte, de drap violet, de drap de pays violet, sans oublier 4 robes dont une de drap blanc avec un corsage violet, une robe couleur vin.

Pour se réchauffer, ma promise dispose de 4 paires de bas fait à l’aiguille en laine de pays et pour se chausser de 4 paires de souliers neufs.

Dans la liste, figure une note touchante : 2 baptisés soit une pièce entourant les nouveau-nés lors de leur baptême et 4 bonnets pour enfants à la mamelle, et une note de coquetterie : une bague et une petite croix. Tout le trousseau doit tenir dans le coffre de sapin fermant à clé.

Pour les 4 livres d’étain commun (vaisselle ?), les 12 quartes de seigle, la quarte de froment, et 4 livres de méteil soit une association de céréales, des sacs doivent être prévus et chargés sur le bât d’un mulet.

Ma petite Marie-Françoise, détentrice du trousseau et des denrées, avec les siens, prend le chemin d’Avrieux le 21 novembre 1747 pour la cérémonie des épousailles dans l’église paroissiale du marié François Porte comme le veut la tradition en Maurienne.

Le chemin d’une nouvelle vie dans un nouveau village, et l’espoir que ce couple trentenaire se soit accordé.

A suivre 


Retrouver


N.B. le gros est une pièce de monnaie d'argent 
         la livre est une unité de poids 
         la quartellée est une mesure de surface
         la quarte est une mesure pour les grains

AD 73 Tabellion Termignon 1747 2C 2369 vue 345 


vendredi 24 janvier 2025

Par le bail d'une plume

Tiens donc un acquis pour honnête Jean-Baptiste Parmier (sosa 258) bâtier du Bourget, un de mes ancêtres en Savoie. Et me voilà partie scruter cet acte sur le registre du Tabellion de 1720, et aussi lorgner sur cinq autres documents.

Oyez, oyez : terrains disponibles, affaires à saisir !

En la place publique, par trois fois annonce a été faite, après les offices paroissiaux. Ainsi prévenus, les villageois ont repéré et réfléchi au sujet des lopins proposés.

Et là, en une belle journée de juin 1720, le seize précisément, les habitants intéressés se sont rassemblés.

Constantin Jean Antoine © Musée du Louvre & Thierry Le Mage 

Sont présents Jean-Baptiste Bertrand et Etienne Marquiot syndics du Bourget qui gèrent les affaires communales,

Venu du village voisin d’Avrieux, le notaire Jacques Girard (sosa 286) est là pour entériner les décisions en fonction du plus offrant.

Le premier acte concerne père-grand Parmier à qui les syndics « vendent à la meilleure forme que vente doit se faire huit modures de pré au lieudit Modon, pour une somme totale de 44 livres 12 sols, que ledit acheteur promet de payer la cense annuellement, avec un premier règlement immédiat de 5 livres 12 sols et ainsi de suite chaque année jusqu’au capital,  « investiture par la tradition de la plume accoutumée. »

Cet acte comme les cinq autres suivants sont établis par maître Girard, en la chambre de maître Geoffroy Magistry (Sosa 574) notaire du lieu et secrétaire de la communauté. Ce dernier ne peut intervenir, une sorte d’incompatibilité puisqu’il gère les affaires de la paroisse.

Ont trouvé leur bonheur avec quelques modures de pré, Jean-Baptiste Buysson feu Jean, Georges Buysson, Joseph Parmier feu Jean-Baptiste, derniers enchérisseurs.

Deux femmes ont enchéri pour leur moitié absente du pays, Suzanne Charve épouse de Pierre Parmier, et l’épouse non nommée de Jean-Baptiste Margeron, preuve que les messieurs font une procuration avant de partir.

Au détour des actes on découvre que la cense est versée à la communauté pour l’entretien d’un maître d’école pour enseigner la jeunesse, un détail intéressant.

La reprise de l’expression « investiture par le bail d’une plume à la manière accoutumée » m’a conduite à des recherches sur le net.

AD 73 Tabellion Termignon 1720 extrait 

Il fut un temps où la prise de possession d’un bien vendu se faisait par la tradition (dans le sens de remise) d’un bâton, d’une plume, d’une tige de chaume, d’une pierre ou d’une motte de terre.

Plus tard, l’écriture est venue servir de témoignage aux contrats d’aliénation, aux actes d’investiture ou de tradition. Le scribe, chargé de la rédaction de l’acte, pour ne plus être encombré dans son office par les symboles, faisait état dans l’acte de la mention « par le bail et la tradition d’une plume » et ainsi parfaire la transaction. 

En Savoie, dans les vallées de Tarentaise et ici en Maurienne, tout comme dans le Dauphiné voisin, la  survivance de ladite mention persiste en ce début du 18ème siècle. L'histoire ne dit pas si mon ancêtre Jean-Baptiste Parmier qui sait signer s'est vu remettre la plume utilisée par le scribe... 

Un pan de vie d'un village, de ses habitants, la rencontre de trois ancêtres. 



N.B.
La modure est une mesure de surface en Savoie

Sources 
AD 73 Tabellion Termignon 1720 2C 2343 vue 195 et suivantes 

L’Académie delphinale 1863
Société d'histoire et d'archéologie de Maurienne 1878

vendredi 10 janvier 2025

Des instants volés

Partir à la rencontre de ses ancêtres revient peu ou prou à leur voler des instants, voici ceux que j’ai chapardé autour de Marguerite Lathoud - sosa 519 - en Maurienne au temps du Duché de Savoie, entre registres paroissiaux et actes notariés.

Il me tenait à cœur d’étoffer le petit monde de Marguerite tout juste évoqué lors du baptême de sa fille Marie et du contrat de mariage de celle-ci dans d’anciens billets :


Retour donc à Aussois pour un épisode qui démarre vers 1655, dans un village installé sur un replat à 1500 mètres d’altitude, bien ensoleillé l’été et bien enneigé l’hiver, avec des maisons de pierre tassées les unes contre les autres.

Eglise d'Aussois - cliché personnel 

Mère-grand Marguerite, aïeule à la 10ème génération, grandit entourée de Dominique et Marie ses sœurs aînées et d’Anne-Marie, seul le baptême de la petite dernière en 1664 donne le prénom de leur mère sans patronyme : Cécile.

L’époque est lointaine, les actes succincts, quelques lacunes, et surtout les pages du registre paroissial en désordre compliquent la tâche, à croire que le vent s’est engouffré dans le presbytère ou le local d’archives pour éparpiller les feuillets.

Lourde tâche paternelle pour Antoine Lathoud - sosa 1038 - que celle d’établir un quatuor de filles, d’abord les deux aînées et puis mère-grand Marguerite Lathoud convole le 2 juin 1680 avec son Michel Ratel - sosa 518 -  feu Angelin.

AD 73 Aussois extrait mariage 1680 

Cérémonie dans l’église du village pour le nouveau couple, comme pour les baptêmes des petits et petiotes, instants de joie et de crainte, les vies sont fragiles à cette époque. Sur six enfants, Marguerite mon ancêtre ne voit grandir que Marie, Angelin et Anne.

La sachant veuve en 1711 lors du contrat de sa fille, je me demandais à quelle époque remontait la disparition de son époux, sans plus.

Et puis, récemment j’ai découvert des instants douloureux de cette famille dans la maison de la rue d’amont. Mon lointain père-grand Antoine Lathoud feu Gabriel a dicté au notaire ses dernières volontés, celles pour le repos de son âme avec plusieurs messes dont celle des trépassés, mais aussi une aumône aux pauvres qui se présenteront à son domicile selon la coutume du lieu.

AD 73 Tabellion Termignon extrait testament 1703

Dans ce testament du 19 septembre 1703, Antoine évoque son frère feu Claude mais ne cite pas d’épouse, ce qui laisse à penser qu’elle est défunte. Ses dispositions pour ses biens terrestres confirment les liens avec ses quatre filles d’autant que les conjoints sont cités, ce qui est très important en Savoie où les mariages ne mentionnent que les pères.

Mon ancêtre nomme héritières universelles ses quatre filles - à part égale- soit ses deux filles vivantes : Dominique veuve de Georges Couvert, et ma Marguerite veuve de Michel Ratel. Deux parts reviennent aux enfants de ses défuntes filles Marie et Anne-Marie qui laissent des veufs.

Il complète la part de l’aînée par un legs de terrain car Dominique s’est occupée de lui pendant sa maladie, dix jours plus tard Antoine Lathoud est inhumé dans le cimetière accolé à l’église.

Cliquer pour agrandir 

Ma Marguerite, de veuve en 1711, passe veuve en 1703 dans le testament de son père, feuilleter en arrière le registre paroissial m’a permis de trouver la mention de l’inhumation de Michel Ratel le 17 septembre 1694 âgé de quarante-quatre ans à peine. Mon ancêtre s’est retrouvée seule avec plusieurs enfants dont Marie âgée de neuf ans, elle fit face courageusement.

AD 73 Aussois  acte de décès 1694 

Elle n’est pas mentionnée lors du partage des biens de son époux : Marie Ratel - sosa 259 - sa fille juste mariée, représentée par son époux Jean-Baptiste Parmier - sosa 258 - , reçoit un lot, comme sa sœur Anne, Angelin dispose du reste : des prés et des champs et … je ne sais car l’acte du 23 juin 1711 est difficile à déchiffrer. Libre de droits ledit Angelin intervient directement lors de son contrat de mariage en 1714.

Je retrouve Marguerite Lathoud, presque septuagénaire, établie chez son gendre et sa fille au Bourget depuis plusieurs années, où elle teste le 12 janvier 1728 pour mettre ses affaires en ordre. 

AD 73 Tabellion Termignon extrait testament 1728

Jean-Baptiste Parmier bâtier de son état bénéficie d’un legs, soit 16 modures de terre et 8 modures de prés, pour qu’il puisse régler les œuvres pies et les funérailles de sa belle-mère. Celle-ci charge son héritière de lui rembourser sa dette de 100 livres, soit sa fille Marie Ratel désignée héritière universelle.

Les trois petits-enfants de son fils Angelin décédé aussi à Aussois (décidemment que de vies courtes) reçoivent un legs de terre, deux vaches et une génisse, ainsi qu’une somme de 120 livres correspondant à une dette de son fils à son encontre, moyennant quoi leur mère-grand les prive de son hoirie. Sa fille Anne non citée doit être dans l'au-delà. 

L’esprit libre, ma Marguerite entourée des siens voit grandir ses petits-enfants Parmier, avant de s’éteindre sept ans plus tard en 1735, suivie de peu de sa fille hélas.

Instants volés, instants sortis de l’ombre pour les curieux.



N.B.
modure : mesure de surface 


Sources
AD 73 BMS Aussois et Le Bourget
AD 73 Tabellion Termignon 1703 2C 2327 f504 vue 547
AD 73 Tabellion Termignon 1728 2C 2316 f15 vue 359
Geneanet indices jglisse 


samedi 21 décembre 2024

Un Noël ancestral

Neige d’Avent dure longtemps selon un adage : un village de montagne enfoui sous une épaisse cape blanche s’avère être mon étape ancestrale en ce mois de décembre 1765.

Le clocher de l’église d’Avrieux se distingue encore, mais les sommets alentour sont absents. Dans ce coin de Maurienne du Duché de Savoie, les maisons tassées les unes contre les autres pour se protéger du vent et du froid, desservies par de ruelles tortueuses, cachent un bon nombre de mes ancêtres.


© La Norma'attitude - Avrieux 
Dans une des maisons aux solides murs de pierre, une femme s’affaire, Marie-Françoise Parmier hésite sur sa vêture pour cette veillée si particulière, va-t-elle mettre sa foudelle de ratine verte ou enfiler celle qui est violette, quel fichu d’indienne retenir. Attifiaux présents dans son trousseau du temps de sa jeunesse, mais les années ont passées,

Joseph Porte l’héritier mâle tant attendu va sur ses 4 ans, c’est la fierté du père François Porte feu Vincent. Anne la grande fille du couple, avec ses 17 ans, devient un souci avec son établissement.

Le maître de maison presse sa troupe familiale, d’autant que sa sœur Barbe Porte débarque avec ses deux enfants, accompagnée de son homme Honoré Porte (oui le même patronyme…). Ensemble, comme tant d’autres paroissiens enveloppés dans une cape ou un mantel, ils convergent dans la pénombre vers l’église.

Le temps de l’Avent – du latin « adventus », s’achève, la nuit de la Nativité commence. ; obscurité du village, lumière et ors de l’église baroque villageoise, torsades dorées, angelots, lumière pour accueillir le Divin Enfant.

Mon petit monde suit-il l’intégralité du déploiement cultuel ?

Après les premières Vêpres - prières su soir - de la Nativité, célébrées solennellement avec encens, les confrères du Saint Sacrement chantent Matines de dix heures du soir à minuit, heure où débute la Grand’messe, suivie de Laudes, Prime et de la messe de l'aurore.

Les fidèles se réunissent évidemment pour la Grand’messe du jour de Noël, où la confrérie du Rosaire cette fois assure le service et les chants religieux auprès de la crèche.

Qui peut me souffler dans l’oreillette si des noëls populaires existaient à Avrieux comme à Bessans ?

« D'où viens-tu, belle bergère ? D'où viens-tu ?
Je viens de l'étable de Bethléem.
Qu'as-tu vu ? Est-il beau ?
J'ai vu quatre z'anges, le bœuf et l'âne ».


Chuchotements de Marie-Françoise, François et les autres, ils insistent sur la célébration joyeuse et vivace du Cycle des Douze jours qui s’étale de Noël à l’Epiphanie, du 25 décembre au 6 janvier.

Dans leur pays, c’est le moment de l'année où se déguste le pain blanc : le pain de Chalande fournée spéciale de Noël, il améliore le menu quotidien avec des rissoles ou un farçon parfois.

Au cours des longues veillées on parle aux enfants du Père Chalande et de sa femme la Chauche-Vieille, personnages mythiques qui enflamment l'imagination des jeunes cerveaux... L’un est l’ancêtre du père Noël, l’autre une sorcière maléfique et bénéfique toute à la fois.

Veillées où on chante un noël populaire en patois, et on casse des noisettes si savoureuses quand elles s'accompagnent de pain blanc, la véritable gourmandise de cette époque. Veillées qui rompent la monotonie de l’hiver où on regarde brûler l'énorme bûche qui doit durer jusqu'au Nouvel An, bûche parfois saupoudrée de sel pour garantir de bonnes récoltes pour l'année à venir... et qui met en fuite les sorcières.

Le sel encore lors de la Grand'messe de la Saint-Sylvestre, où offrande est faite du sel qui sera mélangé à celui que l'on donne aux bêtes pour demander à Dieu de les garder de tout accident et de contagion. 

Esquisse de rencontre nostalgo-ancestrale avec Marie-Françoise, François, Joseph et les autres, sur fond de rituel religieux et de coutumes, et leurs murmures suggèrent de l'espérance : 

« Sainte Marie, benoîte dame,
Petit Poupon fils du Saint Père
Et d'une si dévote Mère, 
Nous vous adorons à genoux. 
Ne regardez pas notre méchanceté
 Au grand jour de yotre Justice
Et nous faites pardon à tous ».


Pour compléter un billet sur les Noëls d'autrefois à Bessans 


Source 
Les noëls savoyards
du Chanoine Victorin Ratel   


vendredi 13 décembre 2024

Des jeunes parrain et marraine

Comme dans toute paroisse du Royaume de France, le prêtre de Barisis a fait une bénédiction solennelle des fonts baptismaux le samedi saint de Pâques et la veille de la Pentecôte en cette année 1706. De même il a béni une grande quantité d’eau eu égard au nombre de ses ouailles, et s'assure de détenir en quantité suffisante les saintes huiles bénites et consacrées par l’évêque le jeudi saint.

© Inventaire Patrimoine Ile de France Ecouen - Louis Ville 

Ce 13 juin 1706, le prêtre a été prévenu d’une naissance intervenue récemment chez Jean Pasques, dont l’épouse Marie Magdeleine Rossignol a été délivrée d’un garçon le cinquième enfant du couple. Au plus tôt, l’enfançon doit être accueilli dans le monde chrétien en recevant le sacrement du baptême.

Le père débarque dans la petite église, son fils, soigneusement emmailloté, est tenu par une femme d’expérience, un homme la bonne trentaine les accompagne.

Le sacristain (ou le clerc laïc peut-être) a préparé le vase des saintes huiles, un vase plus petit pour prendre l’eau baptismale dans les fonts, un bassin pour recevoir l’eau qui tombe de la tête du baptisé, un petit vêtement blanc pour être mis sur la tête de l’enfant, de l’étoupe pour essuyer les endroits où on fait les onctions.

Rédigé à l’issue de la cérémonie du 13 juin 1706, l’acte de baptême d’Alexandre Pasques stipule que le parrain est Jean Rossignol au nom d’Alexandre Rossignol, et la marraine est Marie Pierpont au nom de Marie-Catherine Rossignol.

AD 02 Barisis BMS 1721-1750 extrait

Pourquoi cette représentation et qui sont les parrain et marraine choisis par les parents :

     - Alexandre Rossignol le parrain est âgé de 4 ans, son père Jean est le cousin germain du baptisé, tous deux issus de la branche aînée de la famille.

     - Marie-Catherine Rossignol la marraine, âgée de 3 ans, est une cousine germaine du baptisé, elle et sa mère, Marie Pierpont sont mes ancêtres.

A priori ce choix s’inscrit dans l’esprit de renforcer les liens familiaux, mais cette désignation de si jeunes enfants m’interpelle.

En effet, le Rituel du Diocèse d’Amiens édité en 1784, qui cite le Concile de Trente stipule : « Comme le parrain et la marraine sont obligés de répondre pour le baptisé, et de l’instruire à défaut de ses parents, ils doivent avoir un âge suffisant, être de bonnes mœurs, savoir la doctrine chrétienne. Il serait à désirer qu’ils eussent été confirmés et il faut qu’au moins, le parrain ou la marraine ait fait sa première communion. »

Plus tardif en 1849 le manuel de théologie morale à l’usage des curés mentionne l’âge de raison soit 7 ans.  

Toujours est-il, le baptisé a pu être épaulé sur le plan spirituel par les parents des jeunes parrain et marraine. Alexandre Rossignol adulte a été témoin en tant que parrain au mariage d'Alexandre Pasques en 1732.

J'ai croisé trois ou quatre cas similaires de très jeunes parrain et marraine dans ce village.  



Retrouver 
Alexandre Pasques dans la mariée oubliée
Marie Pierpont dans si peu remariée 



vendredi 6 décembre 2024

La mariée oubliée

La famille de Jean Rossignol et Marie Blanchard, ancêtres picards tout en haut d’une branche, m’a fait errer dans les registres de Barisis aux Bois, village aujourd’hui dans l’Aisne : versions années 1677-1720 et années 1721-1750.

Une fille de ce couple : Marie Magdeleine Rossignol unie à Jean Pasques a donné naissance à un fils Alexandre en 1706.

Voilà que ce gaillard d’Alexandre Pasques convole en l’an de grâce 1732 avec ?

AD 02 Barisis BMS 1721-1750 extrait 

Là, le bât blesse parce que le prêtre sur sa copie du registre a été distrait, même en lisant l’acte de mariage à haute voix, et en le transcrivant cela donne :

« le 26 mai 1732 ont été solennellement mariés par moi curé soussigné Alexandre Pasques fils des défunts Jean Pasques et Marie Magdeleine Rossignol,

et ?

après les avoir fiancés, les bans publiés par trois dimanches, à la messe de la paroisse, sans qu’il s’y soit trouvé aucun empêchement,

en présence d’Alexandre Rossignol parrain, Jean Louis et Raphaël Pasques frères de l’époux, François Grandvalet père, Albert, Nicolas Grandvalet frères de l’épouse qui ont signé avec l’époux non l’épouse aux minutes. »

Qui est cette mariée oubliée, au patronyme connu, avec un père en vie et deux frères ?

Un petit tour sur les indices de Geneanet et une flânerie dans les registres s’imposent donc pour repérer la famille de la mariée, et les enfants du nouveau couple.

Côté famille répondent présents François Grandvalet meunier uni avec Marie Mennessier, heureux parents de deux fils Albert et Nicolas et d'une fille prénommée Marie-Catherine : est-elle la mariée oubliée.

Côté descendance, en février 1733 naît Alexandre fils d’Alexandre Pasques et de Marie-Catherine Grandvalet, voilà le prénom de la promise et de la jeune mère, suit en 1735 une petiote baptisée Marie-Catherine comme celle qui lui a donné la vie.

Extrait d'arbre fait avec Généatique 


Hélas l’an 1737 voit disparaître à 29 ans à peine le père de famille, et son fils le suit de peu dans l’au-delà.

Veuve le 13 mars 1737 d’Alexandre Pasques, Marie-Catherine Grandvalet se remarie moins de 3 mois après : le 4 juin avec Jean Louis Liénard laboureur fils de mon ancêtre Louis Liénard salpêtrier.

Curieux ce remariage si rapide pour une femme, dont l'enfant de ce second lit pointe son nez 17 mois plus tard. Gardons en mémoire que le délai de viduité n'existe pas sous l'Ancien Régime ni pour les femmes ni pour les hommes. 

Une mariée retrouvée, des branches qui s'entrecroisent dans mes recherches généalogiques sur la paroisse de Barisis aux Bois. 



Retrouver