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vendredi 5 juin 2026

Maître d'école à Neuve-Maison

A Neuve-Maison dans l’Aisne, en haut d’une branche de mon arbre, quatre des enfants de Vincent DUFRENOIS et Louise BLONDEAU savent signer, mon ancêtre Pierre DUFRENOIS né en 1664, son frère Antoine, et leurs sœurs Catherine et Jeanne.

Que puis-je découvrir sur leur école et leur maître ? La monographie de la commune rédigée par l’instituteur en 1884 apporte des éléments sur la vie paroissiale à la fin du 17ème siècle, la première école et les fonctions de celui qui enseigne.

Van Ostade Adrien le maître d'école 17e
© MHAH Genève
« La première école construite dans la commune de Neuve-Maison date de 1687. Elle est jugée nécessaire par le Curé B. Caron, Nicolas Mozelle Maire, Gilbert Binet marguiller, Claude Poulain syndic et les habitants assemblés à l’issue des vêpres».

Une fois la décision prise, tout le monde participe, qui en mettant la main à la pâte, qui en offrant un bout de terrain, avec moult précisions et usages anciens. 

« Les habitants et notables charrient les matériaux. On va chercher du bois aux Usagers avec la permission de son Altesse. On mettra à regain des prés soumis à la vaine pâture pour payer les ouvriers, c’est-à-dire que le propriétaire d’un pré paiera une certaine contribution pour le regain qu’il récoltera sur son propre pré, retranché à son profit de la vaine pâture » .

« M. le curé cède le terrain d’une partie du jardin de la cure à condition que le maître d’école paiera au Seigneur pour M. le curé un jalois d’avoine et une poule pour la décharge de ce lieu et du reste du presbytère.
L’école se compose d’un comble sur deux places avec appentis au pignon » .

« On ne voit pas que le maître d’école reçoive quelque chose si ce n’est pour chanter les obits. Le maître est clerc à l’église et perçoit le casuel.

En 1661, 1666, 1683, 1685, il reçoit 6 livres pour les obits.
En 1670, il écrit les adjudications des prés de l’église et reçoit 25 sols.
En 1695, 1696 il a 4 livres pour enseigner les pauvres écoliers» .

« Avec sa femme, le maître ramasse des dîmes pour M. le curé qui lui en cède une légère part pour salaire.

En 1693, Nicolas Richepin est maître d’école et Marie Dubois sa femme recueillent les dîmes du blé, du chanvre, du lin pour M. le Curé qui leur en abandonne 3 jalois et demi de blé pour salaire.
Dans un bail du 15 février 1693, le même Nicolas Richepin loue des terres et des prés pour les cultiver ».

« En 1696, les revenus d’immeuble étaient destinés suivant donation à payer des filles chargées d’apprendre le catéchisme aux enfants et si l’on ne trouvait point de ces filles le revenu retournait aux pauvres ».

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En principe les parents doivent envoyer leurs enfants pour recevoir des rudiments d'instruction : lecture, calcul et écriture, un peu de grammaire, et surtout les prières, moyennant une contribution de 3 à 6 sols par mois. 

Ces maîtres d'école qui doivent aussi balayer l'église, préparer l'autel, envoyer un gamin raisonnable pour sonner la cloche, et autre charges ou corvées sont recrutés par les paroissiens avec l'avis du curé. Dans le proche Vermandois, en 1684 à Ribemont, est retenu un clerc qui excelle tant dans le plain-chant que dans l'écriture, avec un peu de chance il connait l'arithmétique. 

Enfin je ne boude pas mon plaisir de connaître les noms des maîtres d'école de mon ancêtre Pierre DUFRENOIS laboureur et de son fils Jean. 

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Liste des maîtres d'école de Neuve-Maison 
au 17ème siècle et au 18ème siècle
En 1661 Nicolas Fleury qui décède en 1673
              Nicolas Fleury fils du précédent marié à Marie Champion 
En 1685 Nicolas Richepin marié à Marie Dubois 
En 1701 Charles Lagasse
En 1705 Henry Fleury
En 1739 Jean-Baptiste Liancourt
En 1742 Louis Poulain
En 1764 Charles Boutiller
En 1774 Jacques Rousseau


Définitions
- le regain est l'herbe qui repousse dans une prairie après la première coupe
- l'obit est le service religieux à la mémoire du défunt
- le casuel est une offrande versée à l'occasion de la célébration d'un sacrement
- le jalois est une ancienne mesure de capacité pour les  grains
- la vaine pâture est un droit d'usage qui permet, gratuitement, de faire paître son bétail en dehors de ses terres, dans les bords des chemins, les « terres vaines et vagues », les terres nues de leurs cultures, les bois ou taillis 

Pour aller plus loin 
Monographie communale intégrale de Neuve-Maison sur le site des Archives de l'Aisne
Nomination d'un maître d'école à Cutry en 1792 sur le site de l'Association Généalogie-Aisne

mardi 5 mai 2026

Nicolas Narbonne vigneron

Deux actes détaillés à Camelin dans l’Aisne, et soudain un rameau fragile de mon arbre s’anime.

En 1670, dans une maison du hameau du Bresson, autour d’un malade, une famille s’inquiète, le prêtre a été appelé car Nicolas NARBONNE, comme tout catholique pratiquant, tient à être en règle pour son passage dans l’au-delà.

« Le dimanche fête de Saint Barthélémy vingt quatrième jour du mois d’août de l’an mille six cent soixante-dix est décédé Nicolas Narbonne, âgé de soixante douze ans, vigneron demeurant au Bresson, en la communion de notre Sainte Eglise, duquel corps a été inhumé dans le cimetière, iceluy s’était confessé et reçu le Saint-Viatique du corps de notre Seigneur et l’extrême onction, par moi Messire Curé soussigné. »


On ne saura jamais pour quelles raisons le prêtre a fait référence au saint du jour, un siècle après le terrible massacre des chefs protestants et leurs coreligionnaires le 24 août 1572 jour de la Saint-Barthélemy.

Nicolas mon ancêtre naît vers 1598, sous le règne du roi Henri IV de France et de Navarre, prince tantôt protestant, tantôt catholique. Nicolas s’éteint en 1670 sous le règne du roi Louis XIV, l’année où démarre dans la capitale la construction de l’Hôtel des Invalides pour recueillir les soldats invalides des armées, et l’envoi de troupes dans le Vivarais pour réprimer une jacquerie.

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Deux ans plus tard en 1672, la même famille est endeuillée avec la disparition de mon aïeule Michelle BRENOT l’épouse de Nicolas

« Le quatorzième jour de l’an mille six cent douze est décédée en la communion de notre Sainte Eglise Michelle Brenot âgée de soixante-six ans, veuve de feu Nicolas Narbonne vivant vigneron demeurant au Bresson, de laquelle le corps a été inhumé dans le cimetière icelle après s’être confessée et avoir reçu le Viatique du corps de notre Seigneur et l’extrême onction par moi Prêtre Curé et ont signés Pierre, Jacques et Louis Narbonne leurs enfants ».

Gallica carte de Cassini axée sur Camelin

Des petits riens, une vie dans un des hameaux de Camelin village où chanvriers, tisserands, laboureurs et vignerons se côtoient, et autour de Nicolas et Michelle trois fils arrivés à l’âge adulte pour reprendre le flambeau et aussi une fille Anne.

Cercle reconstitué patiemment au fil d’actes, et de mentions de parenté ou parrainage : Pierre NARBONNE, un des fils et ancêtre, répond présent aux mariages du grand-père et du père de mon étonnant collatéral Claude Nicolas LECAT.

Nicolas NARBONNE vigneron, ainsi que Pierre, ont a priori exploité des vignes appartenant à une abbaye, un seigneur ou un riche bourgeois, vigne cultivée en échalas en Picardie et dont certains crus, à une lointaine époque, étaient appréciés par le Roi François Ier et le Roi Henri IV. 

Ecoutons Nicolas sur son métier tel que suggéré dans la légende de la gravure :

« Sans me servir d’autre équipage
Que celui de mon village
Ni sans employer mes voisins
J’ai les épaules assez fortes
Pour transporter en mille fortes
Des paniers remplis de raisins
Mais tout ce qui me semble étrange
C’est qu’en matière de vendange
Je passe pour un grand devin
Ce qu’avec toute mon adresse
Je n’ai pas assez de finesse
Pour vendre la force du vin »


Billet écrit sur le thème des rameaux cachés initié par une blogueuse 

Sources 
AD 02 BMS Camelin 
Relevé Généalogie Aisne 
Gravure Musée Grand-Palais à Paris 

mercredi 29 avril 2026

Claude Nicolas Lecat chirurgien

Le généathème d’avril proposé par Geneatech sur la santé, m’incite à évoquer un lointain et célèbre cousin au 16ème degré : Claude Nicolas LECAT maître-chirurgien, axonais d’origine puis rouennais.

De nombreux documents sur ce docte personnage sont disponibles, et plusieurs portraits aussi, pour illustrer son aspect physique, j’ai retenu une peinture dans son âge mur, le représentant de profil. En homme établi, et respectable, il porte une perruque grise, a revêtu une veste vert tendre doublée de fourrure sur une chemise bordée de dentelles, une forte personnalité sans nul doute.

Claude Nicolas LECAT par Louis Montfiquet © Wikipedia  
 
Tout commence dans l’Aisne, Louis LECAT le grand-père naît à Camelin, ainsi que sa sœur Marie LECAT mon aïeule, tailleur d’habits de son état, marié à Marguerite EGRET, il ne voit grandir que son fils Claude sur ses cinq enfants.

Le père Claude LECAT lors de son mariage dans le gros bourg voisin de Blérancourt le 18 janvier 1695 est déjà dit chirurgien à 23 ans, l’heureuse élue Marie Anne MERESSE est fille de défunt Simon MERESSE vivant chirurgien et de Françoise BERTRAND et petite fille de chirurgien.

Claude formé à l’Hôtel-Dieu de Paris était chirurgien lettré et élève de Charles Georges MARESCHAL de BIEVRE premier chirurgien du Roi qui voulait prendre soin de sa fortune en commençant par le faire chirurgien de l’escadre du Comte de TOURVILLE, mais il le refusa par attachement à ses parents dont il était fils unique. 

Installé à Blérancourt, Claude est un homme d’importance dans la corporation des chirurgiens qu’il contrôle, puisqu’il en est maître-juré.

Feu son beau-père Simon MERESSE réputé pour son habileté étudia aussi à Paris, tout comme son propre beau-père, ce dernier ayant été sollicité selon la tradition familiale pour donner des soins à la Reine Anne d’Autriche épouse du Roi Louis XIII à Compiègne.


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Claude Nicolas LECAT baptisé en 1700 est le troisième enfant d’une fratrie de huit, et côtoie seulement deux sœurs qui passent le cap de la petite enfance.

Ses parents le destinent à l’état ecclésiastique dont il porte l’habit pendant plusieurs années, parrain d’un cousin en 1716 il est qualifié de clerc, mais le recueillement perpétuel et l’austérité pour distribuer les vérités sacrées s’accordent mal à son esprit créatif.

Après le collège et le séminaire de Soissons, Claude Nicolas soutient une thèse de philosophie en 1720 à Paris, s’intéresse à l’architecture, aux mathématiques, écrit une lettre sur l’aurore boréale de 1725, et arrive à convaincre ses parents de sa véritable orientation.

Claude Nicolas est plus porté vers la médecine, et surtout la chirurgie et l’anatomie et apprend donc les premiers éléments de son art avec son père avant de partir étudier à Reims en 1723, puis à Paris pour se perfectionner. Il fréquente l’Hôtel-Dieu, la maison de La Charité, la faculté de médecine et le collège Mazarin pour des cours d’anatomie, chirurgie, médecine et mathématiques ou physique, un boulimique d’études, curieux de tout, porté aux discussions. Ouf !

Gallica extrait carte de Cassini - Rouen 
Son ardeur au travail le fait remarquer par Monseigneur du TRESSAN archevêque de Rouen en 1729 qui le nomme premier médecin et chirurgien, place obtenue semble-t-il par protection, avant d’avoir soutenu sa thèse de médecine, ce le sera en 1732, ni obtenu sa maîtrise de chirurgie, épreuves passées en 1734.

Toujours est-il Claude Nicolas LECAT s’implante définitivement à Rouen, nommé survivancier (1) dans la place de chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de la capitale de la Normandie.

A Rouen, en plus des opérations courantes assez limitées à cette époque, il pratique des grandes opérations comme la taille vésicale qui consiste à inciser la chair et la vessie pour extraire la pierre, appelée aujourd’hui cystotomie. Il opère aussi les cataractes et les becs de lièvre. Il assure lui-même les pansements matin et soir, alors qu’il pourrait confier ces tâches, et s’occupe activement de son service, et pour prévenir des escarres fait réaliser un lit mécanique. Il donne des soins à une clientèle privée qui vient de toute la France et aussi de l'étranger. 

LECAT a le don de l’enseignement, et ouvre en 1736 un cours public et gratuit d’anatomie avec dissection, cours annoncé par affiche où il professe avec une robe amarante et bonnet carré, aménage à ses frais un amphithéâtre. Face à ce sacrilège, s'ensuit une très vive opposition et forte jalousie des médecins, qui réclament le paiement d'une redevance à leur égard pour pouvoir donner ces leçons.
 
Procès sur le dos, mon lointain cousin persiste dans ses cours, d’autant que son enseignement connait du succès jusqu’à Paris, en 1739 le Roi Louis XV le nomme démonstrateur royal c’est-à-dire professeur en anatomie et chirurgie ce qui est un encouragement à poursuivre ses projets

Lecteur de ce siècle, ayez en mémoire que l’art de la chirurgie s’est progressivement détaché, non pas de la médecine, mais du savoir-faire des garçons-barbiers en devenant une spécialisation plus savante. Le médecin fait des études universitaires, le chirurgien apprend auprès d’un maître.

Au moment de l’essor de la chirurgie, les médecins sont particulièrement pointilleux sur la prééminence de leur rang sur les chirurgiens, ces derniers devant leur verser des honoraires, d’où la querelle à Rouen entre le collège des médecins et notre dynamique et passionné chirurgien LECAT.


Extrait Gazette littéraire de l'Europe 1758

Pour lier un peu plus Claude Nicolas LECAT à Rouen, on s'occupe de sa vie privée et arrange un mariage, lui a 42 ans et la très jeune épousée 13 ans et 3 mois lorsque leur destin est scellé le 30 juillet 1742 dans l'église Saint-Maclou. 
Marguerite CHAMPOSSIN orpheline est la fille d'Antoine CHAMPOSSIN marchand et de Marguerite BLONDEL.

La jeune femme a été présentée à ses beaux-parents en Picardie à Blérancourt à l'été 1746 où elle est marraine d'un cousin de son époux, ce qui laisse entendre qu'il conserve des liens familiaux.

Leur fille Bonne Charlotte LECAT naît à Rouen six ans plus tard en 1748, dans son acte de baptême figurent tous les titres et qualités, comme résumés dans l'extrait ci-après d'un éloge sur son père : 


Claude Nicolas ne se contente pas d'opérer et d'enseigner, il participe au concours annuel de l'Académie Royale de chirurgie et rafle les prix plusieurs années, il est un des fondateurs de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen avec plus de 190 mémoires et communications en 24 années.

Il est membre associé de plusieurs sociétés savantes en Europe : Londres, Madrid, Porto, Madrid, Bologne et Berlin sans oublier Saint-Pétersbourg, homme du siècle des Lumières tout l'intéresse. 

A côté de ses ouvrages médicaux, comme "le traité de l'opération de la cataracte", on peut citer un ouvrage physiologique comme "le traité des sens". Ce touche-à-tout a communiqué sur l'homme automate, l'astronomie, la météorologie, la géologie, les lois sur la chute des corps qu'il vérifie d'ailleurs par des expériences du haut de la cathédrale. 

Curieux de botanique, amateur d'art et mécène, il s'entoure de peintres et sculpteurs, son cabinet de curiosités, ouvert lors du passage de savants ou lettrés, et sa bibliothèque de plus de 2000 livres reflètent son éclectisme et son approche multidisciplinaire. 

Pensionné par le souverain, Claude Nicolas, suprême honneur est anobli par le Roi XV en janvier 1762 ce qui n'était pas facile aux maîtres en chirurgie d'accéder à la noblesse.  Le voilà écuyer avec un blason et des armes parlantes : un chat, un caducée, deux étoiles pour ses talents soit ses services rendus à la science et au public. 

Hélas la même année un incendie lui fait perdre une partie de ses trésors et de ses travaux dont certains non publiés, il ne s'en remet pas. De santé délicate avec un affection gastrique, épuisé par un travail acharné pour reconstituer ses études et "mourir les armes à la mains" selon ses propos, Claude Nicolas LECAT cessa de vivre le 20 juillet 1768 ou plutôt de travailler. 

Sur cet homme ambitieux certes, mais charitable et bienveillant et dont l'intelligence, le travail et le savoir ont justifié la réputation, fut rédigé l'épitaphe suivant ;

Ci-git qui par le vrai sut terrasser l'envie
par les traits du talent qui terrassa la mort
qui par son immortel génie
triomphe maintenant du cercueil et du sort


Epitaphe écrit par son gendre Jean Pierre DAVID chirurgien et même cursus, époux de Charlotte Bonne LECAT qui reprend le flambeau comme chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Rouen. 





N.B. le survivancier est celui qui a la survivance d'une charge, qui exerce du vivant du titulaire et avec son consentement 

Pour aller plus loin 
Gallica Précis analytique des travaux de l'académie de Rouen 1967 :

Sur la descendance de Claude Nicolas LECAT 

Sources 
La gazette littéraire de l'Europe 1768
L'éloge sur Monsieur Lecat 1769
AD 02 Camelin & Blérancourt
AD 76 Rouen 
Indices Geneanet 


samedi 18 avril 2026

Louise Blondeau témoigne

Muets sur leurs parents, Louise BLONDEAU témoigne et Vincent DUFRENOIS raconte depuis leur coin de Thiérache, rencontrons les dans l’actuel département de l’Aisne.

Petite ou grande, blonde ou pas dans sa jeunesse, puis grisonnante, Louise la seule ancêtre à porter ce patronyme, naît vers 1641 et Vincent, filiforme ou enveloppé, démarre son existence vers 1630, les voilà en couple à partir de 1663 dans le village de Neuve-Maison.

Imaginons les dans un lieu de vie en plat pays, avec quelques buttes, le centre du village d’un côté et les hameaux de l’autre séparés par un méandre de la rivière Oise, autour des terres de labour, des pâturages et des profondes forêts.

Un des chemins est surnommé "chemin de l’armée" en souvenir du passage du roi Louis XIV avec son armée en février 1672 alors qu’il se dirigeait vers les Pays-Bas pour aller guerroyer, la Thiérache eut hélas à souffrir de nombreux conflits et  destructions du fait de sa position aux confins du royaume.


Fonts baptismaux et église de Neuve-Maison

Dans cette paroisse, dont le patron est Saint-Lazare, l’église dépend de l’abbaye de Bucilly, le prêtre veille sur 86 ménages et se désespère des 20 âmes huguenotes restantes.

Regardez cette fière église dont la nef centrale date du XIIème siècle, son chœur et la sacristie construits vers 1683, Vincent DUFRENOIS comme tout paroissien a fait des charrois pour les matériaux dont le sable, le maçon œuvrait pour 6 sous par jour.

Regardez les fonts baptismaux du XIIème, en pierre bleue très dure, avec sur les quatre faces sculptés un loup, un paon et des poissons.

Vaillante et solide, Louise BLONDEAU donne neuf enfants à Vincent tous baptisés sur cette sobre et ancienne cuve : Pierre mon aïeul en août 1662, puis Louise, Catherine, Jeanne, Antoine, Marie, Louise, Marie et Jean dit Vincent en novembre1686.

Le petit dernier nait cinq mois après le mariage de sa grande sœur Catherine en juin 1686 avec Jean DEVIN laboureur, lorsque le cycle des naissances télescope le cycle des mariages…


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Etablir six enfants n’est pas une mince affaire, les tractations, les trousseaux des filles, la dot à verser, mes ancêtres admettent en janvier 1693 le mariage de leur fille Jeanne  avec Daniel MENNESSON laboureur, ce dernier religionnaire (donc protestant) acceptant de rentrer dans le giron de la sainte église catholique pour épouser sa belle après avoir abjuré sa foi.

Extrait revue sur l'histoire de la Thiérache 

Perturbé le prêtre oublie de mentionner les filiations, pourtant ce gendre Daniel apparaît bien lors d'actes de la famille de Vincent DUFRENOIS.

Ce dernier, comme tous les laboureurs, apprécie fort peu la pression fiscale de la dîme. Rendez-vous compte : toute terre sujette à la dîme le reste, même si elle est convertie en prairies ou herbages, cette dîme est payée sur les récoltes diverses, mais aussi sur les agneaux, les toisons des brebis, les cochons, les oisons. Tout laboureur doit être à jour avant d’enlever sa récolte sinon il risque la confiscation de ses chevaux ou charrettes et de ses fruits.

Que de travail, de soucis, Vincent est un homme usé qui s’éteint à 70 ans en 1699 entouré par ses enfants, sans oublier sa vaillante Louise à qui il passe le flambeau de la mémoire familiale.

Louise BLONDEAU plus solide voit grandir certains petits-enfants, elle fait partie des aînés du village de Neuve-Maison et à ce titre témoigne le 5 décembre 1720 avec d'autres vieilles personnes dans le cadre d'un contentieux successoral. 

Extrait de déposition Geneanet et AD 02

Les doctes membres de la justice d'Hirson se sont déplacés eu égard au grand âge et infirmités des témoins convoqués, pour tenter d'éclaircir des parentés d'une ou deux branches de dénommés MARTIN. 

Sous serment, dite âgée de quatre-vingts ans, ni alliée, ni servante, ni domestique des parties, Louise BLONDEAU  dépose sur les faits mentionnés :  
" Elle a connu Jean MARTIN qui s’appelait Vigneron, parce que Simon MARTIN  son père est venu du pays de vignoble, 
" elle a aussi connu Marie MARTIN laquelle avait épousé Martin PIERRA et  que le père de sa femme s’appelait Pierre MARTIN, 
" elle ne sait pas s’il était parent audit Jean MARTIN dit Vigneron lequel avait marié sa fille audit Pierre TISSERAND" .

Déposition lue à Louise qui a fait sa marque pour ne savoir signer, une petite tranche de vie d'une aïeule évoquant une généalogie, absolument pas inventée et touchante.

Louise après son témoignage poursuit son fragile chemin de vie et s'éteint en 1726 à l'âge avancé de 85 ans, un an après son fils aîné Pierre mon lointain arrière-grand-père. 

A la fois rameaux cachés et rendez-vous ancestral. 




Sources 
AD 02 Neuve-Maison BMS
AD 02 Neuve-Maison monographie communale établie par l'instituteur en 1884 
Gallica extrait revue Sté historique de Vervins et Thiérache  
Geneanet indices d'arbres et document déposé par le généanaute pseudo fauxbaton1


samedi 20 décembre 2025

Un mariage à Rocroi

Rêverie ancestrale avec sous le coude : une carte ancienne, des actes de registres paroissiaux, une documentation dont une gravure et ma procrastination se prolonge. Rêverie centrée sur un coin de Thiérache, à cheval sur l’Aisne et les Ardennes, à deux pas de la Belgique, entre Watigny et Rocroi.

Et soudain une voix féminine me chuchote : alors lance-toi !
Une voix plus grave complète : six ou sept lieues de distance tout au plus, trois quarts de journée à pied, pas de quoi fouetter un chat ! Et puis nous sommes nés tous deux dans le même village tu le sais bien.

AD 60 extrait de carte axé sur la Thiérache 

Ainsi boostée par mes lointains ancêtres Nicole BAUDOUIN et Nicolas BRUGNON (sosas 872 et 873) privilège du généalogiste je remonte le temps.

Me voilà donc vers 1700 dans le petit village de Watigny à moitié couvert de prés et champs et à moitié d’une belle forêt, avec une église de briques devant laquelle un couple m’attend.

Après des regards hésitants, des courbettes respectives, Nicole mon aïeule énonce : c’est dans cette église que nous avons été baptisés en 1661 et 1670, il en sera de même pour tous nos enfants. J’ai grandi ici avec mes frères et sœurs, puis avec nos parents nous sommes partis à Rocroi vers 1683 où notre fratrie s’est étoffée.

Et de Nicolas de prendre le relais : sais-tu que notre village remonte au 12ème siècle, époque où l'abbaye de Foigny (1) y construisit une cense à savoir une ferme, elle creusa aussi un étang de 70 arpents de superficie, et bâtit deux forges, autour desquelles se sont groupées des habitations.

Alors cela explique la mention par le curé dans le registre paroissial des métiers de forgeron, maréchal, voire souffleur de grosse forge, à côté des métiers de laboureur ou de manouvrier.

Comme habitants de Watigny, l’abbaye nous autorise à faire paître nos chevaux ou bœufs dans la forêt moyennant une redevance, les moutons, chèvres et porcs sont exclus de cette tolérance, ajoute mon ancêtre.

AD 08 Gravure de Rocroi en 1650

Nicolas vous êtes laboureur de votre état je crois, et avez réfléchi avant de vous établir avec Nicole que vous aviez connue enfant et pour cela êtes allez à Rocroi dans les Ardennes pour vous marier.

Puis-je m’étonner officiellement de ce mariage à Rocroi, ville symbolique d’une glorieuse victoire pour le Royaume de France en 1643 grâce au jeune duc d’Enghien surnommé ensuite le Grand Condé, victoire décisive dans l’épouvantable guerre de Trente Ans alors que le Roi Louis XIV a seulement 4 ans.

Et Nicolas de répondre : Oui ce que tu évoques, c’était du temps de la jeunesse de nos parents, il n'y a plus de soldats, de canons, de chevaux aux abords de la ville de Rocroi, dans les champs à l’extérieur des remparts on croise maintenant des laboureurs avec leur bœufs, des troupeaux. Et regarde bien sur ta gravure, au loin observe la haute flèche imposante de l’église où nous nous sommes mariés en 1697 Nicole et moi.  

AD 08 Rocroi extrait BMS 

Oh vous savez en découvrant votre acte de mariage détaillé du 12 novembre 1697 établi par le curé de Rocroi, j’ai eu l’impression de partager avec votre famille ce moment d’engagement solennel entre vous Nicole, fiancée de 27 printemps, et vous Nicolas, un homme de 38 ans. 

Nicole fille de François BAUDOIN dit Dubuisson et Marie BONDOT
Nicolas fils de Jean BRUGNON et Jeanne HARDY

Sur ce précieux acte doublement filiatif j'ai noté votre belle signature Nicolas, et le paraphe élaboré de votre père, chère Nicole, ainsi que votre timide croix pour entériner votre nouvel état. 

Bon on va marcher un peu vers notre maison à Coquimpré énonce Nicolas, je vais te montrer mes champs, et au fait c'est bizarre cette rencontre... 

Mes protagonistes du jour chemineront ensemble plus de 25 ans et accueilleront 5 enfants, des bribes de vies patiemment récoltés et modestement mis en avant.


Retrouver cette famille Trois Nicolas Brugnon 


(1) l' abbaye de Foigny est une ancienne et prospère abbaye cistercienne fondée en 1121 sur la commune de La Bouteille moteur économique de la Thiérache 
sur Wikipedia : la bataille de Rocroi  

Sources 
AD 02 Watigny BMS et indices Geneanet 
AD 08 Rocroi BMS

samedi 6 décembre 2025

Trois Nicolas Brugnon

On ne présente plus Saint-Nicolas qui récompense le 6 décembre les bons comportements des enfants en les gratifiant de cadeaux ou de friandises.

Cette fête de la Saint-Nicolas est issue de la célébration fixée par le calendrier liturgique catholique. Prenant de l'ampleur et quittant le cadre strictement religieux au fil des temps, elle met en scène Saint Nicolas, un personnage quasi légendaire inspiré des évêques lyciens Nicolas de Myre et Nicolas de Sion dont les traditions hagiographiques se confondent depuis le 10ème siècle. Une légende en particulier racontait qu’il avait sauvé des orphelins d’une mort atroce.


Wikipedia extrait vitrail Cathédrale de Chartres 
Devenu grand, il évitait les divertissements et préférait fréquenter les églises, il retenait dans sa mémoire tout ce qu'il y pouvait apprendre de l’Écriture sainte. »

Pour illustrer ce propos, ce vitrail de la cathédrale de Chartres représente Saint-Nicolas, reconnaissable à son auréole rouge avec au premier rang trois élèves penchés sur leur livre.

À droite, le maître enseignant lève l'index en signe d'autorité, et tient une férule dans sa main gauche. Au-dessus de la scène, une main divine sortant d'un petit nuage désigne le Saint.


Que savaient-ils nos trois Nicolas BRUGNON de cette légende et de leur saint patron, eux modestes paroissiens de Watigny en Thiérache, l’Aisne actuelle.

En plein hiver, le 7 janvier 1723, Nicolas BRUGNON s’est éteint dans sa maison de Coquimpré âgé de soixante-trois environ, lors de son inhumation dans le cimetière du village étaient présents son fils Nicolas et son frère Nicolas.

AD 02 Watigny extrait BMS 1723

Le défunt, laboureur de son état, est un lointain grand-père à la 10ème génération, époux de Nicole BAUDOIN, avec un fils Nicolas né en 1700 et mon ancêtre Jean-Louis né vers 1702. Son frère Nicolas était présent au mariage de ses neveux avant de s’éteindre célibataire en 1739.

Les deux fils Nicolas de Jean BRUGNON et Jeanne HARDY nés en 1657 et 1661 portaient tous deux le prénom de leur parrain, tout ce petit monde méritait bien un petit éclairage en ce jour de fête des Nicolas. 




Retrouver un autre famille Brugnon à Watigny Des signatures et des êtres 

Sources 
AD 02 Watigny BMS
Wikipedia 

vendredi 13 décembre 2024

Des jeunes parrain et marraine

Comme dans toute paroisse du Royaume de France, le prêtre de Barisis a fait une bénédiction solennelle des fonts baptismaux le samedi saint de Pâques et la veille de la Pentecôte en cette année 1706. De même il a béni une grande quantité d’eau eu égard au nombre de ses ouailles, et s'assure de détenir en quantité suffisante les saintes huiles bénites et consacrées par l’évêque le jeudi saint.

© Inventaire Patrimoine Ile de France Ecouen - Louis Ville 

Ce 13 juin 1706, le prêtre a été prévenu d’une naissance intervenue récemment chez Jean Pasques, dont l’épouse Marie Magdeleine Rossignol a été délivrée d’un garçon le cinquième enfant du couple. Au plus tôt, l’enfançon doit être accueilli dans le monde chrétien en recevant le sacrement du baptême.

Le père débarque dans la petite église, son fils, soigneusement emmailloté, est tenu par une femme d’expérience, un homme la bonne trentaine les accompagne.

Le sacristain (ou le clerc laïc peut-être) a préparé le vase des saintes huiles, un vase plus petit pour prendre l’eau baptismale dans les fonts, un bassin pour recevoir l’eau qui tombe de la tête du baptisé, un petit vêtement blanc pour être mis sur la tête de l’enfant, de l’étoupe pour essuyer les endroits où on fait les onctions.

Rédigé à l’issue de la cérémonie du 13 juin 1706, l’acte de baptême d’Alexandre Pasques stipule que le parrain est Jean Rossignol au nom d’Alexandre Rossignol, et la marraine est Marie Pierpont au nom de Marie-Catherine Rossignol.

AD 02 Barisis BMS 1721-1750 extrait

Pourquoi cette représentation et qui sont les parrain et marraine choisis par les parents :

     - Alexandre Rossignol le parrain est âgé de 4 ans, son père Jean est le cousin germain du baptisé, tous deux issus de la branche aînée de la famille.

     - Marie-Catherine Rossignol la marraine, âgée de 3 ans, est une cousine germaine du baptisé, elle et sa mère, Marie Pierpont sont mes ancêtres.

A priori ce choix s’inscrit dans l’esprit de renforcer les liens familiaux, mais cette désignation de si jeunes enfants m’interpelle.

En effet, le Rituel du Diocèse d’Amiens édité en 1784, qui cite le Concile de Trente stipule : « Comme le parrain et la marraine sont obligés de répondre pour le baptisé, et de l’instruire à défaut de ses parents, ils doivent avoir un âge suffisant, être de bonnes mœurs, savoir la doctrine chrétienne. Il serait à désirer qu’ils eussent été confirmés et il faut qu’au moins, le parrain ou la marraine ait fait sa première communion. »

Plus tardif en 1849 le manuel de théologie morale à l’usage des curés mentionne l’âge de raison soit 7 ans.  

Toujours est-il, le baptisé a pu être épaulé sur le plan spirituel par les parents des jeunes parrain et marraine. Alexandre Rossignol adulte a été témoin en tant que parrain au mariage d'Alexandre Pasques en 1732.

J'ai croisé trois ou quatre cas similaires de très jeunes parrain et marraine dans ce village.  



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Alexandre Pasques dans la mariée oubliée
Marie Pierpont dans si peu remariée 



vendredi 6 décembre 2024

La mariée oubliée

La famille de Jean Rossignol et Marie Blanchard, ancêtres picards tout en haut d’une branche, m’a fait errer dans les registres de Barisis aux Bois, village aujourd’hui dans l’Aisne : versions années 1677-1720 et années 1721-1750.

Une fille de ce couple : Marie Magdeleine Rossignol unie à Jean Pasques a donné naissance à un fils Alexandre en 1706.

Voilà que ce gaillard d’Alexandre Pasques convole en l’an de grâce 1732 avec ?

AD 02 Barisis BMS 1721-1750 extrait 

Là, le bât blesse parce que le prêtre sur sa copie du registre a été distrait, même en lisant l’acte de mariage à haute voix, et en le transcrivant cela donne :

« le 26 mai 1732 ont été solennellement mariés par moi curé soussigné Alexandre Pasques fils des défunts Jean Pasques et Marie Magdeleine Rossignol,

et ?

après les avoir fiancés, les bans publiés par trois dimanches, à la messe de la paroisse, sans qu’il s’y soit trouvé aucun empêchement,

en présence d’Alexandre Rossignol parrain, Jean Louis et Raphaël Pasques frères de l’époux, François Grandvalet père, Albert, Nicolas Grandvalet frères de l’épouse qui ont signé avec l’époux non l’épouse aux minutes. »

Qui est cette mariée oubliée, au patronyme connu, avec un père en vie et deux frères ?

Un petit tour sur les indices de Geneanet et une flânerie dans les registres s’imposent donc pour repérer la famille de la mariée, et les enfants du nouveau couple.

Côté famille répondent présents François Grandvalet meunier uni avec Marie Mennessier, heureux parents de deux fils Albert et Nicolas et d'une fille prénommée Marie-Catherine : est-elle la mariée oubliée.

Côté descendance, en février 1733 naît Alexandre fils d’Alexandre Pasques et de Marie-Catherine Grandvalet, voilà le prénom de la promise et de la jeune mère, suit en 1735 une petiote baptisée Marie-Catherine comme celle qui lui a donné la vie.

Extrait d'arbre fait avec Généatique 


Hélas l’an 1737 voit disparaître à 29 ans à peine le père de famille, et son fils le suit de peu dans l’au-delà.

Veuve le 13 mars 1737 d’Alexandre Pasques, Marie-Catherine Grandvalet se remarie moins de 3 mois après : le 4 juin avec Jean Louis Liénard laboureur fils de mon ancêtre Louis Liénard salpêtrier.

Curieux ce remariage si rapide pour une femme, dont l'enfant de ce second lit pointe son nez 17 mois plus tard. Gardons en mémoire que le délai de viduité n'existe pas sous l'Ancien Régime ni pour les femmes ni pour les hommes. 

Une mariée retrouvée, des branches qui s'entrecroisent dans mes recherches généalogiques sur la paroisse de Barisis aux Bois. 



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samedi 21 septembre 2024

Le marié venu d'ailleurs

De la lecture d’un acte, avec un esprit qui s’évade, surgissent des silhouettes sépia, aux contours flous, aux visages à contre-jour, parviennent des bruits assourdis : et un rendez-vous ancestral s’enclenche.

Là dans un coin de l’Aisne actuelle, ils se sont croisés, recroisés, souri, parlé, accordés surtout avec sa famille pour elle, occupés des papiers surtout pour lui.

En cette année 1773, la promise de 24 printemps se nomme Marie-Louise Jonquoy, avant-dernière fille d’Angélique Fossier mon aïeule veuve de Pierre Jonquoy chanvrier, l’élu venu d’ailleurs s’appelle Christophe Fauguel et affiche 41 années déjà.

Ce petit monde habite la paroisse de Barisis aux Bois, paroisse qui dépend d’un monastère fort ancien avec à sa tête un prévôt et deux ou trois autres religieux dont un faisant office de curé.

AD 02 Barisis extrait acte de mariage

Selon les règles, annonce est faite par le prêtre des fiançailles de Marie Louise et Christophe les 16, 20 et 23 mai au prône de la messe paroissiale,

On a jasé au village sur la différence d’âge des promis : dix-sept ans tout de même. On a causé sur ce marié garde des bois, chargé de veiller sur les forêts de la Prévôté et de prévenir les délits, venu d’ailleurs qui plus est, étranger au pays quoi.  Il ne faut pas compter sur sa mansuétude en cas de rapine dans les taillis…

On ne sait pas trop où se situe le village dudit Fauguel : Bonfol dans le diocèse de Besançon parait-il, dépendant des terres de Ponrrantruy, enfin c’est ce qu’a énoncé le prêtre.

Tout comme les paroissiens, j’ai tenté de combler mes lacunes sur Bonfol jusqu'en 1782, Bonfol relevait au niveau spirituel du diocèse de Besançon avant de rejoindre l'autorité du prince évêque de Bâle dont il dépendait déjà sur le plan temporel. Après les vicissitudes révolutionnaire et napoléonienne Bonfol et Ponrrentruy deviennent suisses avec le fameux congrès de Vienne en 1815. Pour faire court mon lointain grand-oncle est originaire du Jura.

Carte axée sur Barisis et Bonfol -ViaMichelin

Bon après cette petite digression, et en l’absence d’opposition à l’union, le mardi 25 mai 1773 branle-bas dans la maison d’Angélique Fossier mon aïeule. Marie-Jeanne Jonquoy Sosa 97 la fille aînée, aide sa jeune sœur Marie-Louise à s’apprêter, échange de confidences et de conseils qui sait.

Deux hommes attendent sur le pas de la porte : Simon Grandin le parrain de l’épousée est tisserand et Antoine Mercier le beau-frère, garde-vente, qui assure la garde et l’exploitation des coupes de bois pour un tiers, tous deux témoins.

En route pour la petite église où patientent Christophe Fauguel, fils de feu Jacques et défunte Marie Anne Gabroy, en compagnie de ses deux témoins Jacques Dromat sergent de la justice de Barisis son ami et Jean-Baptiste Gabroy son cousin germain garde de la paroisse de Selens, à plus de 3 heures de marche.

Des images lointaines me parviennent, des pas résonnent sur le sol de la travée au passage d’Angélique et son parrain qui la conduit à l’autel, sons confus de la cérémonie et des engagements, mots échangés lors des signatures de l’acte de mariage rédigé avec soin par Dom Jonat Farineau, seuls les hommes signent mais pas Marie Louise la mariée, même pas une croix apposée.

***

Une nouvelle page démarre pour ce couple de collatéraux, les baptêmes de trois petits : Nicolas Thomas Christophe en 1775 parti trop vite au ciel, puis un gars plus costaud Jean-Baptiste en 1778 et Marie-Louise Eléonore bonne pousse. 

La grande faucheuse, hélas, emporte le père trop tôt en 1788 à 57 ans. Veillent sur les deux enfants leur mère Marie-Louise Jonquoy  et leurs oncles qui assistent à leur mariage. 

AD 02 Barisis BMS extrait  

Christophe Fauguel tout comme ses beaux-frères Jean François Duparque et Antoine Mercier mon ancêtre Sosa 96 sont présents lors de l'inhumation d'Angélique Fossier la grand-mère, un trio souvent croisé lors de mes premières recherches et de mes interrogations sur les liens familiaux. 

Des actes et des êtres du passé ramenés à la lumière en quelque sorte. 



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Sources
AD 02 Barisis BMS
Wikipedia


samedi 20 juillet 2024

Joies et peines d'Angélique Fossier

Ma mie Angélique Fossier, lointaine arrière-grand-mère, à trop fréquenter le registre paroissial de Barisis les Bois en Picardie, je m’interroge sur tes sentiments éprouvés jadis, au cours de ta vie et de ton chemin partagé avec Pierre Jonquoy.

Venue au monde le 22 décembre 1712 un froid jour d’hiver, tu es aussitôt baptisée pour rejoindre la communauté des chrétiens. Fille unique de François Fossier et Jeanne Berton, remariés l’année précédente, tu grandis dans une famille recomposée avec Marie Fossier ta sœur consanguine et Marie Jeanne Guerlot ta sœur utérine et assiste gamine aux mariages de celles-ci, puis fièrement devient marraine d’une nièce à tout juste 10 ans.

Dans ta paroisse ceinte de forêts, où les bûcherons et scieurs de long côtoient les chanvriers et tisserands le métier de ton père m’a longtemps échappé. Un indice glané en 1738 sur l’acte de d’inhumation de François Fossier mon aïeul m’interpelle donc : pestre. En référence à l’ancien français pestrir et au bas-latin pistrix, c’est la personne qui pétrir et remue fortement dans tous les sens avec les mains une substance pâteuse.

Ton père est donc boulanger et œuvre dans un endroit dénommé pétril ou fournil après avoir malaxé la farine dans un meuble appelé actuellement pétrin.



Dans le même village, Pierre Jonquoy, baptisé le 11 mars 1708, se trouve être l’un des nombreux enfants de Pierre Jonquoy bûcheron et Marie Magdeleine Brebant ancêtres mis en lumière dans un ancien billet. Il va à l’école et sais donc signer comme son père et ses frères cadets Louis-Jacques et Jean.

Et parce que la destinée d’une jeune fille est de s’établir, ma petite Angélique de ton trousseau tu as extrait une belle coiffe neuve, tapoté ta meilleure jupe, noué un fichu de laine sur tes épaules et pénétré dans l’église le 8 février 1729 pour unir ta destinée à Pierre en présence de vos pères et mères. Journée d’émotion et de fête, Angélique et Pierre, vous êtes si jeunes, 16 et 20 printemps tout juste, avec un penchant l’un pour l’autre peut-être.

Pierre Jonquoy, ton homme désormais, bûcheron à un moment, est ensuite chanvrier ou marchand-chanvrier selon les actes, et avec son instruction a aussi été marguillier de la paroisse. En tant que membre du conseil de fabrique, la fonction de marguillier de Pierre, suite à son élection par l’assemblée des habitants, l’a fait intervenir dans la gestion des quêtes et offrandes, des revenus ou des legs ainsi que la location des bancs, l’entretien de l’église, des ornements liturgiques, le respect des usages comme l’ouverture de la taverne après la messe.

***

La ronde des naissances débute avec l’ainé Pierre-Louis, puis s’enchaînent pour toi ma petite Angélique six maternités rapprochées, autant de risques lors de l’enfantement, de craintes pour les nourrissons à une époque désarmée face aux maladies infantiles, autant de détresse lorsque tu recueilles leur dernier souffle.



Jean-Louis, Michel, Marie-Louise, Louis, Jean-Baptiste, des petits anges partis trop vite, enfouis dans un tiroir secret de ton cœur, lequel avait tes yeux ou ceux de son père, as-tu gardé en mémoire leur prénoms. Si peu de joies, trop de peines.

Et puis Simon qui rend son dernier soupir à 11 ans, te souviens-tu de ses mimiques, de son caractère ou des traits de son visage.

Du baume au cœur lorsque Pierre-Louis ton fils aîné chanvrier se marie en 1756 avec Marie-Jeanne Lallemand, tu es là avec ton époux. Trois fois grand-mère, survient une hécatombe dans ce foyer avec la disparition des trois petits, de leurs parents aussi. Le vide autour de toi, tout se confond dans ton esprit, dans ta mémoire, veuve qui plus est après le décès de Pierre ton époux en 1762.

Tu n’as pas retenu les dates, je ne peux les décliner dans le détail, une auto-censure inexpliquée de ma part, années sombres et noires pour ton âme et ton corps, trop d’épreuves. tu as pleuré, plié, mais pas cassé, 



Comme il y a toujours un coin de ciel bleu quelque part, lointaine aïeule Angélique il te reste tes trois filles cadettes : Marie-Jeanne Jonquoy née en 1746, Marie-Louise Jonquoy baptisée en 1749 et Angélique Jonquoy la petite retardataire née en 1757. Elles grandissent ces demoiselles et tu assistes à leur mariage, la vie continue avec un peu de joie.

Juste une confidence ta fille Marie-Jeanne est mon ancêtre, des petits-enfants vont faire à nouveau du bruit, babiller ou piquer une colère, réclamer ton attention ou le récit d'une histoire.

Je te retrouverai avec tes trois filles, tes trois gendres avec une tendresse particulière issue de mes premières découvertes dans ta paroisse, et de mes premières émotions.

Joies et peines d'Angélique une femme ordinaire, dans un village au mitan du 18ème siècle à l'écart des grandes routes, lieu peuplé de familles courageuses luttant pour leur quotidien. 


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Sources
AD 02 Barisis aux Bois BMS 
Geneanet indices arbre milou02