mercredi 29 avril 2026

Claude Nicolas Lecat chirurgien

Le généathème d’avril proposé par Geneatech sur la santé, m’incite à évoquer un lointain et célèbre cousin au 16ème degré : Claude Nicolas LECAT maître-chirurgien, axonais d’origine puis rouennais.

De nombreux documents sur ce docte personnage sont disponibles, et plusieurs portraits aussi, pour illustrer son aspect physique, j’ai retenu une peinture dans son âge mur, le représentant de profil. En homme établi, et respectable, il porte une perruque grise, a revêtu une veste vert tendre doublée de fourrure sur une chemise bordée de dentelles, une forte personnalité sans nul doute.

Claude Nicolas LECAT par Louis Montfiquet © Wikipedia  
 
Tout commence dans l’Aisne, Louis LECAT le grand-père naît à Camelin, ainsi que sa sœur Marie LECAT mon aïeule, tailleur d’habits de son état, marié à Marguerite EGRET, il ne voit grandir que son fils Claude sur ses cinq enfants.

Le père Claude LECAT lors de son mariage dans le gros bourg voisin de Blérancourt le 18 janvier 1695 est déjà dit chirurgien à 23 ans, l’heureuse élue Marie Anne MERESSE est fille de défunt Simon MERESSE vivant chirurgien et de Françoise BERTRAND et petite fille de chirurgien.

Claude formé à l’Hôtel-Dieu de Paris était chirurgien lettré et élève de Charles Georges MARESCHAL de BIEVRE premier chirurgien du Roi qui voulait prendre soin de sa fortune en commençant par le faire chirurgien de l’escadre du Comte de TOURVILLE, mais il le refusa par attachement à ses parents dont il était fils unique. 

Installé à Blérancourt, Claude est un homme d’importance dans la corporation des chirurgiens qu’il contrôle, puisqu’il en est maître-juré.

Feu son beau-père Simon MERESSE réputé pour son habileté étudia aussi à Paris, tout comme son propre beau-père, ce dernier ayant été sollicité selon la tradition familiale pour donner des soins à la Reine Anne d’Autriche épouse du Roi Louis XIII à Compiègne.


Cliquer pour agrandir


Claude Nicolas LECAT baptisé en 1700 est le troisième enfant d’une fratrie de huit, et côtoie seulement deux sœurs qui passent le cap de la petite enfance.

Ses parents le destinent à l’état ecclésiastique dont il porte l’habit pendant plusieurs années, parrain d’un cousin en 1716 il est qualifié de clerc, mais le recueillement perpétuel et l’austérité pour distribuer les vérités sacrées s’accordent mal à son esprit créatif.

Après le collège et le séminaire de Soissons, Claude Nicolas soutient une thèse de philosophie en 1720 à Paris, s’intéresse à l’architecture, aux mathématiques, écrit une lettre sur l’aurore boréale de 1725, et arrive à convaincre ses parents de sa véritable orientation.

Claude Nicolas est plus porté vers la médecine, et surtout la chirurgie et l’anatomie et apprend donc les premiers éléments de son art avec son père avant de partir étudier à Reims en 1723, puis à Paris pour se perfectionner. Il fréquente l’Hôtel-Dieu, la maison de La Charité, la faculté de médecine et le collège Mazarin pour des cours d’anatomie, chirurgie, médecine et mathématiques ou physique, un boulimique d’études, curieux de tout, porté aux discussions. Ouf !

Gallica extrait carte de Cassini - Rouen 
Son ardeur au travail le fait remarquer par Monseigneur du TRESSAN archevêque de Rouen en 1729 qui le nomme premier médecin et chirurgien, place obtenue semble-t-il par protection, avant d’avoir soutenu sa thèse de médecine, ce le sera en 1732, ni obtenu sa maîtrise de chirurgie, épreuves passées en 1734.

Toujours est-il Claude Nicolas LECAT s’implante définitivement à Rouen, nommé survivancier (1) dans la place de chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de la capitale de la Normandie.

A Rouen, en plus des opérations courantes assez limitées à cette époque, il pratique des grandes opérations comme la taille vésicale qui consiste à inciser la chair et la vessie pour extraire la pierre, appelée aujourd’hui cystotomie. Il opère aussi les cataractes et les becs de lièvre. Il assure lui-même les pansements matin et soir, alors qu’il pourrait confier ces tâches, et s’occupe activement de son service, et pour prévenir des escarres fait réaliser un lit mécanique. Il donne des soins à une clientèle privée qui vient de toute la France et aussi de l'étranger. 

LECAT a le don de l’enseignement, et ouvre en 1736 un cours public et gratuit d’anatomie avec dissection, cours annoncé par affiche où il professe avec une robe amarante et bonnet carré, aménage à ses frais un amphithéâtre. Face à ce sacrilège, s'ensuit une très vive opposition et forte jalousie des médecins, qui réclament le paiement d'une redevance à leur égard pour pouvoir donner ces leçons.
 
Procès sur le dos, mon lointain cousin persiste dans ses cours, d’autant que son enseignement connait du succès jusqu’à Paris, en 1739 le Roi Louis XV le nomme démonstrateur royal c’est-à-dire professeur en anatomie et chirurgie ce qui est un encouragement à poursuivre ses projets

Lecteur de ce siècle, ayez en mémoire que l’art de la chirurgie s’est progressivement détaché, non pas de la médecine, mais du savoir-faire des garçons-barbiers en devenant une spécialisation plus savante. Le médecin fait des études universitaires, le chirurgien apprend auprès d’un maître.

Au moment de l’essor de la chirurgie, les médecins sont particulièrement pointilleux sur la prééminence de leur rang sur les chirurgiens, ces derniers devant leur verser des honoraires, d’où la querelle à Rouen entre le collège des médecins et notre dynamique et passionné chirurgien LECAT.


Extrait Gazette littéraire de l'Europe 1758

Pour lier un peu plus Claude Nicolas LECAT à Rouen, on s'occupe de sa vie privée et arrange un mariage, lui a 42 ans et la très jeune épousée 13 ans et 3 mois lorsque leur destin est scellé le 30 juillet 1742 dans l'église Saint-Maclou. 
Marguerite CHAMPOSSIN orpheline est la fille d'Antoine CHAMPOSSIN marchand et de Marguerite BLONDEL.

La jeune femme a été présentée à ses beaux-parents en Picardie à Blérancourt à l'été 1746 où elle est marraine d'un cousin de son époux, ce qui laisse entendre qu'il conserve des liens familiaux.

Leur fille Bonne Charlotte LECAT naît à Rouen six ans plus tard en 1748, dans son acte de baptême figurent tous les titres et qualités, comme résumés dans l'extrait ci-après d'un éloge sur son père : 


Claude Nicolas ne se contente pas d'opérer et d'enseigner, il participe au concours annuel de l'Académie Royale de chirurgie et rafle les prix plusieurs années, il est un des fondateurs de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen avec plus de 190 mémoires et communications en 24 années.

Il est membre associé de plusieurs sociétés savantes en Europe : Londres, Madrid, Porto, Madrid, Bologne et Berlin sans oublier Saint-Pétersbourg, homme du siècle des Lumières tout l'intéresse. 

A côté de ses ouvrages médicaux, comme "le traité de l'opération de la cataracte", on peut citer un ouvrage physiologique comme "le traité des sens". Ce touche-à-tout a communiqué sur l'homme automate, l'astronomie, la météorologie, la géologie, les lois sur la chute des corps qu'il vérifie d'ailleurs par des expériences du haut de la cathédrale. 

Curieux de botanique, amateur d'art et mécène, il s'entoure de peintres et sculpteurs, son cabinet de curiosités, ouvert lors du passage de savants ou lettrés, et sa bibliothèque de plus de 2000 livres reflètent son éclectisme et son approche multidisciplinaire. 

Pensionné par le souverain, Claude Nicolas, suprême honneur est anobli par le Roi XV en janvier 1762 ce qui n'était pas facile aux maîtres en chirurgie d'accéder à la noblesse.  Le voilà écuyer avec un blason et des armes parlantes : un chat, un caducée, deux étoiles pour ses talents soit ses services rendus à la science et au public. 

Hélas la même année un incendie lui fait perdre une partie de ses trésors et de ses travaux dont certains non publiés, il ne s'en remet pas. De santé délicate avec un affection gastrique, épuisé par un travail acharné pour reconstituer ses études et "mourir les armes à la mains" selon ses propos, Claude Nicolas LECAT cessa de vivre le 20 juillet 1768 ou plutôt de travailler. 

Sur cet homme ambitieux certes, mais charitable et bienveillant et dont l'intelligence, le travail et le savoir ont justifié la réputation, fut rédigé l'épitaphe suivant ;

Ci-git qui par le vrai sut terrasser l'envie
par les traits du talent qui terrassa la mort
qui par son immortel génie
triomphe maintenant du cercueil et du sort


Epitaphe écrit par son gendre Jean Pierre DAVID chirurgien et même cursus, époux de Charlotte Bonne LECAT qui reprend le flambeau comme chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Rouen. 





N.B. le survivancier est celui qui a la survivance d'une charge, qui exerce du vivant du titulaire et avec son consentement 

Pour aller plus loin 
Gallica Précis analytique des travaux de l'académie de Rouen 1967 :

Sur la descendance de Claude Nicolas LECAT 

Sources 
La gazette littéraire de l'Europe 1768
L'éloge sur Monsieur Lecat 1769
AD 02 Camelin & Blérancourt
AD 76 Rouen 
Indices Geneanet 


samedi 18 avril 2026

Louise Blondeau témoigne

Muets sur leurs parents, Louise BLONDEAU témoigne et Vincent DUFRENOIS raconte depuis leur coin de Thiérache, rencontrons les dans l’actuel département de l’Aisne.

Petite ou grande, blonde ou pas dans sa jeunesse, puis grisonnante, Louise la seule ancêtre à porter ce patronyme, naît vers 1641 et Vincent, filiforme ou enveloppé, démarre son existence vers 1630, les voilà en couple à partir de 1663 dans le village de Neuve-Maison.

Imaginons les dans un lieu de vie en plat pays, avec quelques buttes, le centre du village d’un côté et les hameaux de l’autre séparés par un méandre de la rivière Oise, autour des terres de labour, des pâturages et des profondes forêts.

Un des chemins est surnommé "chemin de l’armée" en souvenir du passage du roi Louis XIV avec son armée en février 1672 alors qu’il se dirigeait vers les Pays-Bas pour aller guerroyer, la Thiérache eut hélas à souffrir de nombreux conflits et  destructions du fait de sa position aux confins du royaume.


Fonts baptismaux et église de Neuve-Maison

Dans cette paroisse, dont le patron est Saint-Lazare, l’église dépend de l’abbaye de Bucilly, le prêtre veille sur 86 ménages et se désespère des 20 âmes huguenotes restantes.

Regardez cette fière église dont la nef centrale date du XIIème siècle, son chœur et la sacristie construits vers 1683, Vincent DUFRENOIS comme tout paroissien a fait des charrois pour les matériaux dont le sable, le maçon œuvrait pour 6 sous par jour.

Regardez les fonts baptismaux du XIIème, en pierre bleue très dure, avec sur les quatre faces sculptés un loup, un paon et des poissons.

Vaillante et solide, Louise BLONDEAU donne neuf enfants à Vincent tous baptisés sur cette sobre et ancienne cuve : Pierre mon aïeul en août 1662, puis Louise, Catherine, Jeanne, Antoine, Marie, Louise, Marie et Jean dit Vincent en novembre1686.

Le petit dernier nait cinq mois après le mariage de sa grande sœur Catherine en juin 1686 avec Jean DEVIN laboureur, lorsque le cycle des naissances télescope le cycle des mariages…


Cliquer pour agrandir


Etablir six enfants n’est pas une mince affaire, les tractations, les trousseaux des filles, la dot à verser, mes ancêtres admettent en janvier 1693 le mariage de leur fille Jeanne  avec Daniel MENNESSON laboureur, ce dernier religionnaire (donc protestant) acceptant de rentrer dans le giron de la sainte église catholique pour épouser sa belle après avoir abjuré sa foi.

Extrait revue sur l'histoire de la Thiérache 

Perturbé le prêtre oublie de mentionner les filiations, pourtant ce gendre Daniel apparaît bien lors d'actes de la famille de Vincent DUFRENOIS.

Ce dernier, comme tous les laboureurs, apprécie fort peu la pression fiscale de la dîme. Rendez-vous compte : toute terre sujette à la dîme le reste, même si elle est convertie en prairies ou herbages, cette dîme est payée sur les récoltes diverses, mais aussi sur les agneaux, les toisons des brebis, les cochons, les oisons. Tout laboureur doit être à jour avant d’enlever sa récolte sinon il risque la confiscation de ses chevaux ou charrettes et de ses fruits.

Que de travail, de soucis, Vincent est un homme usé qui s’éteint à 70 ans en 1699 entouré par ses enfants, sans oublier sa vaillante Louise à qui il passe le flambeau de la mémoire familiale.

Louise BLONDEAU plus solide voit grandir certains petits-enfants, elle fait partie des aînés du village de Neuve-Maison et à ce titre témoigne le 5 décembre 1720 avec d'autres vieilles personnes dans le cadre d'un contentieux successoral. 

Extrait de déposition Geneanet et AD 02

Les doctes membres de la justice d'Hirson se sont déplacés eu égard au grand âge et infirmités des témoins convoqués, pour tenter d'éclaircir des parentés d'une ou deux branches de dénommés MARTIN. 

Sous serment, dite âgée de quatre-vingts ans, ni alliée, ni servante, ni domestique des parties, Louise BLONDEAU  dépose sur les faits mentionnés :  
" Elle a connu Jean MARTIN qui s’appelait Vigneron, parce que Simon MARTIN  son père est venu du pays de vignoble, 
" elle a aussi connu Marie MARTIN laquelle avait épousé Martin PIERRA et  que le père de sa femme s’appelait Pierre MARTIN, 
" elle ne sait pas s’il était parent audit Jean MARTIN dit Vigneron lequel avait marié sa fille audit Pierre TISSERAND" .

Déposition lue à Louise qui a fait sa marque pour ne savoir signer, une petite tranche de vie d'une aïeule évoquant une généalogie, absolument pas inventée et touchante.

Louise après son témoignage poursuit son fragile chemin de vie et s'éteint en 1726 à l'âge avancé de 85 ans, un an après son fils aîné Pierre mon lointain arrière-grand-père. 

A la fois rameaux cachés et rendez-vous ancestral. 




Sources 
AD 02 Neuve-Maison BMS
AD 02 Neuve-Maison monographie communale établie par l'instituteur en 1884 
Gallica extrait revue Sté historique de Vervins et Thiérache  
Geneanet indices d'arbres et document déposé par le généanaute pseudo fauxbaton1