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samedi 24 janvier 2026

Qui êtes-vous Moyse Reynier

En janvier il est de bon ton de pister l’ancêtre de l’année. En 2026, la traque tend à débusquer un homme appartenant à la 11ème génération, du côté de la branche maternelle : le sosa 2026, sosa étant un repère pour distinguer les ancêtres des collatéraux

Retour dans la Drôme, dans le village verdoyant de Plan de Baix, au pied d’un fier rocher pour retrouver ma sosa 1013 Jeanne REYNIER une invisible mise en avant dans un billet l'an dernier. 

Jeanne, fille d’un Moyse REYNIER sur lequel je ne m’étais pas approfondi et d’une mère inconnue, avait deux cadets Zacharie et Isabeau. Jeanne épousait en 1645 Jacques SAUSSE mon sosa 1012 originaire de la Baume Cornillane.

Terre protestante oblige, l’acte de mariage était établi par un Pasteur, et manquaient trois filiations, hélas.

Rembrandt © Rmn 
 
S’ensuivit des errances dans des registres notariés (à défaut de registres paroissiaux détruits), la pioche d’un testament d’un jeune collatéral Pierre SAUSSE qui me mit sur le chemin de mon aïeul Jacques SAUSSE et par là de son ascendance.

Ma chère Jeanne REYNIER s’est donc alliée à Jacques SAUSSE un drapier, puis laboureur, à la signature bien reconnaissable, neveu d’un Jacques EYNARD capitaine-châtelain et petit-fils d’Antoine EYNARD châtelain de la Baume Cornillane.

Oh ces messieurs je les ai croisés dans mes divagations, leurs paraphes paradent au bas de nombreux actes. Avaient-ils tous des chapeaux au large bord, et une sobre collerette ou un strict rabat ?

Comme l’impression d’être observée du haut d’une branche de mon arbre.

***

Ma chère Jeanne ma sosa 1013,  qui était votre père Moyse REYNIER mon sosa 2026 ?

Puis-je retenir celui qui exerçait la fonction de capitaine-châtelain à Plan de Baix ?

Ce Moyse s’est marié avant 1633 avec Marguerite GRESSE d’une famille de notables des environs (chirurgien, drapier) et a eu au moins 4 enfants avec elle. Les indices semés par un passionné sur Geneanet m’interpellent fortement.

Marthe serait votre sœur, épouse de Jacques RODET un bourgeois de Beaumont et fils de notaire, d’ailleurs vous étiez la marraine d’un de leurs enfants.

Grève (oui c’est un prénom) serait votre frère, mentionné avocat au Parlement lors d’un baptême en 1664, il se serait réfugié en Suisse après la Révocation de l'Edit de Nantes compte tenu des persécutions religieuses et devenu bourgeois de Vevey.

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Ma chère Jeanne vous êtes a priori la fille aînée d’un premier lit de Moyse REYNIER qui a tenu à vous allier à une lignée implantée à proximité et acquise aux idées de la Réforme.

Fille d’un capitaine-châtelain, votre beau-grand-père exerce la même fonction pour le même seigneur, Plan de Baix et La Baume Cornillane dépendant des descendants de Catherine de Cornillan.

Moyse votre père, d’une famille de notable, instruit, représente localement l’autorité seigneuriale, veille au maintien de l’ordre, gère les terres, et ce vers 1660-1670. Dans une région du Dauphiné où la communauté protestante est importante, province-frontière avec la Savoie, il s'est trouvé confronté au passage de troupes, des réquisitions et des restrictions des pratiques du culte réformé.

Je ne sais si votre père a acheté ou hérité sa charge, des pans de son existence resteront inconnus, tout comme certains aspects de votre propre vie Jeanne. Il faut faire avec les archives détruites et celles qui ne sont pas accessibles. 

***

Le lecteur attentif aura compris qu’à ce jour il me paraît plausible que Moyse REYNIER soit un de mes ancêtres et aussi celui de proches IRL (In Real Life) dans la vraie vie.

Pensez-vous que je me fourvoie ? 




Sources
Geneanet : Précieux indices de l’arbre déposé sous le pseudo chamcro
AD 26 Plan de Baix BMS et actes notariés


samedi 21 juin 2025

Deux ancêtres éligibles

Arrête de procrastiner, me murmure Jacques SAUSSE un lointain ancêtre dans un coin du Dauphiné. Continue, afin de nous relier les uns aux autres, puisque je suis l’oncle de Pierre trop tôt disparu, utilise tous les indices trouvés lors d’une errance dans un vieux registre.

Dynamisée par l’injonction d’un grand-père à la 10ème génération (mon Sosa 1012), celui dont l’ascendance me turlupine, je reprends mon bâton de pèlerin pour un rendez-vous ancestral sur des rameaux cachés. 


Soudain tout s’emballe, me voici dans une rue de Beaumont les Valence, au 17ème siècle vu les pavages de la chaussée, hésitante : à quelle porte frapper pour me renseigner ? Des messieurs débouchent brusquement et s’engouffrent dans une demeure.

Deux commères passant par là me lorgnent et susurrent :

- Tiens voilà des retardataires, et oui du beau monde ce jour pour la signature du contrat de Marie MAGNAC, la Marie BERMOND sa mère est fière du parti qu’on dit parent au châtelain de la Baume.

Mon sang ne fait qu’un tour, je me faufile à l’intérieur, une personne de plus ou de moins, au cas où ?

AD 26 Extrait contrat de mariage 1632
Il y a foule en effet, autour du notaire ce 10 juin 1632, pour le contrat de mariage de Simon SAUSSE fils de feu Pierre SAUSSE (Sosa 2024) et feue Jeanne EYNARD (Sosa 2025) de la Baume Cornillane. Le fiancé est assisté de Sieur Simon EYNARD châtelain dudit lieu son aïeul maternel, de Jacques EYNARD son oncle maternel, et de Jean SAUSSE son oncle paternel.

La fiancée Marie MAGNAC, fille de Pierre et de Marie BERMOND, est entourée de son frère utérin, de son beau-frère, de deux notaires et d’autres parents. Tout ce beau monde paraphe de manière aguerrie. Voyez par vous-même le bataillon de signatures.

Le père de la belle, parce que le mariage lui est agréable, donne 300 livres tournois (1) , le fiancé apporte un augment de 150 livres et 50 livres pour bagues et joyaux (2) .

Coincée au fond de la pièce, je ne peux apercevoir les visages des principaux protagonistes. Dois-je présenter mes félicitations aux promis, à défaut d’oser interviewer l’aïeul châtelain (Sosa 4050). Je choisis de m’éclipser sur la pointe des pieds, et d’assimiler ces nouvelles découvertes.

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La tête me tourne, propulsée cette fois à quatre siècles d’écart, le 8 novembre 1624, Isabelle GROUSSET (Sosa 4051) épouse du châtelain de La Baume souhaite prendre ses dispositions pour ses biens terrestres et dicte ses souhaits : un legs à sa fille Jeanne EYNARD, son fils Jacques étant son héritier universel. 

Traces formelles d’ombres du passé au travers d'actes notariés, reliant des êtres qui ont vécu dans un monde si différent du nôtre, êtres qui ont aimé, souffert, espéré, travaillé. Modeste ébauche somme toute, à étoffer au fil du temps.




Retrouver cette famille 


N.B
(1) la livre tournois est une ancienne monnaie de compte utilisée en France sous l'Ancien Régime frappée originellement à Tours qui remplace progressivement la livre parisis frappée à Paris 
(2) en pays de droit écrit les bagues et joyaux constituent un don (en argent) de noces et de survie fait à la femme 


Sources 
AD 26 Archives notariale
Me Rodet 2 E 2689 vue 184
Me Bérangier E 2137 vue 246
Geneanet arbre chamcro

 

jeudi 5 juin 2025

Baguenauder et dénicher

Celui qui est parti tôt, celui dont les dispositions testamentaires fourmillent d’indices et de rameaux cachés, Sieur Pierre SAULCE, un collatéral qui vécut entre 1634 et 1658 à Beaumont les Valence en Dauphiné. Cher Pierre, permettez cette familiarité, vous avez toute mon empathie, je vous ai rencontré alors que je baguenaudais dans un registre notarial.

Etes-vous de santé fragile, ou encore malade, lorsque dans votre maison un froid jour d’hiver, le 22 novembre 1657 précisément, le Notaire du lieu s’est déplacé pour recueillir votre testament et dernières volontés, ainsi que vos huit témoins.

En assez bonne disposition de corps, sain de mémoire et entendement, considérant qu’il n’est de rien de plus certain que la mort, vous souhaitez disposer du bien qu’il a plu à Dieu de vous donner dans ce monde. Vous recommandez votre âme à Dieu en le priant de vous pardonner vos fautes et élisez la sépulture de votre corps au cimetière de ceux de la Religion Réformée de Beaumont, puisque vous êtes protestant.

Vous prévoyez un don pour les pauvres de la paroisse, à savoir un setier de blé et de froment, ainsi que la distribution de pain cuit.

Cliché personnel Musée des costumes Moulins 

Ensuite Maître Rodet recueille avec soin toutes vos dispositions :

- Un legs de 300 livres à Honnête Jacques SAUSSE votre oncle paternel de La Baume Cornillane.

- Un legs de 600 livres à Sieur Jacques EYNARD votre grand-oncle paternel de La Baume Cornillane sur les 1000 livres que ce dernier lui doit.

- Un legs de 400 livres à Madeleine JORDAN votre filleule à charge de son père Pierre de lui les remettre lorsqu’elle se colloquera en mariage.

- Votre oncle maternel Aymard PAGARD reçoit votre part des hoirs de feu Isabeau GROUSSET votre arrière-grand-mère.

- Votre oncle maternel André FUZIER reçoit les hoirs de feu André son père.

Touchantes sont vos attentions pour votre entourage :

- Un legs de 30 livres pour votre servante Marie FOSSOURET.
- Le legs de la robe de couleur rouge de feu votre mère à Louise VIGNARD maman de votre filleule.
- Le legs d’une robe de couleur pourpre à la veuve de Pierre DELAYE aussi dénommée Madeleine JORDAN.
- Une bague d’or revient à Felippe JORDAN.

Et comme le fondement de tout testament est la désignation d’un héritier universel, vous instituez et nommez de votre propre bouche votre grand-mère maternelle Marie BERMOND pour recueillir tous vos biens.

Alors que le notaire s’applique à noter les ritournelles ampoulées de l’acte authentique, j’imagine l’angoisse de celles et ceux qui vous entourent, de votre grand-mère. Tous savent que les vies sont souvent courtes en ce milieu du XVIIe siècle.

Homme jeune, cher Pierre, vu la désignation d’ascendants comme légataires et héritière, vous disparaissez dans la fleur de l’âge vers 1658 et rejoignez votre mère et votre père dans l’au-delà, parents non dénommés hélas.

Avez-vous évolué dans un monde de marchands, de drapiers, de personnes instruites sans nul doute, vu votre signature affirmée et celles de tous ces messieurs sur votre testament.

AD 26 Notaires extrait testament 1657

Pensées émues en fin de lecture du testament de Pierre, suivies d’une vive excitation, suis-je capable de relier les ombres du passé citées et reconstituer les rameaux cachés.

Et si le registre notarial me soufflait encore un indice, et de tourner un peu au hasard des pages et de tomber sur une quittance du 28 avril 1659.

A cette date, Sieur Jacques EYNARD le grand-oncle verse le legs de 400 livres à Pierre JORDAN le père de la petite Madeleine, la filleule du testateur âgée alors de 4 ans.
Signatures de Jacques Sausse entre 1643 et 1683

Un des témoins est un certain Jacques SAUSSE, dont la signature correspond pile-poil à celle de « mon » ancêtre dont je traque les ascendants depuis un bon moment et collectionne ses paraphes dans différents actes. Stupeur et joie, que seuls les aficionados de généalogie saisissent.  

Jacques SAUSSE mon Sosa 1012 se confond avec l'oncle bénéficiaire d'un leg. Reste à pister les parents de Jacques et ceux de son neveu Pierre le malheureux testateur, et à emboiter les éléments du puzzle. 

Tout l'intérêt de travailler sur le noyau familial élargi et les relations entre les protagonistes. A bientôt évidemment. 




Retrouver cette famille 


Sources 
AD 26 Archives notariales 
Me Rodet Beaumont 2 E 4399 vue 667 et 834

lundi 5 mai 2025

Rameaux cachés de Judith Petit

Au départ, juste trois lointaines silhouettes originaires de La Baume Cornillane : Moyse DURAND fils de Claude DURAND et de Judith PETIT, deux prénoms bibliques et des patronymes passe-partout. Plus tard, Moyse m’a permis de croiser un beau-frère et son frère cadet Jean.

Récemment, une envie de la Drôme des collines (selon le jargon touristique actuel) m’a conduite à m’immerger dans des actes notariés en ligne pour progresser dans ces rameaux cachés d’un coin du Dauphiné du XVIIème siècle.

Pour Judith PETIT, des cailloux ont été semés par un généa-cousin passionné qui publie sur Geneanet sous le pseudo « chamcro » avec des références d’actes notariés, ce qui mérite d’être souligné.

Château de La Baume Cornillane -Drôme Tourisme

Là, au pied de la Raye un contrefort du massif du Vercors, la Baume Cornillane s’étage entre 350 et 1000 mètres d’altitude, terroir parcouru de plusieurs ruisseaux, dominé par les ruines du château féodal celui des Cornillan.

Fier château, édifié au XIIème siècle sur une butte, avec une vue imprenable sur la plaine de Valence, dont subsistent un donjon sur trois niveaux avec le logis seigneurial, une partie de l’enceinte et trois tours rondes.

Catherine de Cornillan, descendante d’une longue lignée, embrasse les idées de la Réforme en 1562, et le village de La Baume devient entièrement protestant soit une centaine de familles. En 1579, elle fait un legs important à l’Eglise Réformée du lieu en faveur des pauvres, du traitement du pasteur.

Blason des Cornillan


La grotte, dont le village tire le nom, sert de lieu de refuge pour les Réformés des alentours pendant les guerres de Religion jusqu’à la publication de l’Edit de Nantes en 1598 sous le roi Henri IV, édit de tolérance qui accorde la liberté de conscience et de culte aux protestants du royaume. Grotte dite de la Dame (en référence à Catherine de Cornillan) qui sert encore de repli lorsque commencent les dragonnades sous le roi Louis XIV son petit-fils, période de restrictions des libertés de culte.

Si le temple fut démoli en octobre 1687 sous ce même souverain, le château-fort fut démantelé vers 1626 sous le règne de son père le roi Louis XIII comme bien d’autres forteresses non essentielles à la défense du royaume.

Frissons et pincement au cœur à imaginer nos lointaines silhouettes en ces temps de répressions, d’abjurations forcées, d’arrestations et de condamnations, de rapt d’enfants pour les faire élever par des familles catholiques ou les enfermer dans un couvent.

Village, contraint lors de l’hiver 1683-1684, de loger une compagnie de dragons, soldats qui commettent mille exactions. Ainsi se déroule le cours d’une époque tourmentée et intolérante, avec la révocation de l’Edit de Nantes prononcée en 1685.


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Les deux fils de Judith PETIT et de Claude DURAND maître-tailleur d’habits se marient à l’église, nouveaux convertis du bout des lèvres au catholicisme. Les registres paroissiaux protestants de La Baume Cornillane antérieurs à 1685 sont perdus, la seule planche de salut pour remonter dans le temps sont les archives notariales.

Et voilà un signe de Judith PETIT et de ses proches à travers les écrits de Maître Bérangier, lors de la signature le 16 janvier 1641 du contrat de mariage de sa sœur Isabeau PETIT avec Guillaume CHENEBIER cardeur.

Judith est présente avec son époux, cités tous deux, comme ses frères Jacques et Louis PETIT, enfants et gendre d'Isaac PETIT et Marie SAUSSE. Bonjour chers nouveaux ancêtres et collatéraux, même l'oncle Daniel SAUSSE répond à l'appel. 

Emotion à découvrir ces rameaux cachés, émotion aussi pour les fiancés, Guillaume le promis est épaulé par un oncle, deux frères et un cousin tous répondant au patronyme CHENEBIER.

Selon les termes habituels d'un contrat de mariage, la fiancée passe de l'autorité paternelle sous la coupe de son futur, et ne me demandez pas le détail des conditions financières ou du trousseau, je n'ai pas le niveau de paléographie requis pour tout décrypter. 

AD 26 Archives notaire 1641 extrait 

En lot de consolation, je vous présente les signatures de l'acte, précieux témoignage d'une très ancienne réunion familiale de 1641, et un extrait des rameaux découverts de la famille d'Isaac PETIT et Marie SAUSSE, découverte de ce printemps. 


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Promenade généalogique en haut d'une branche sur une suggestion d'une blogueuse de Cétait au Tempsnouveau défi dans l'air qui me donne bonne conscience de farfouiller et m'interroger sur les liens des protagonistes. A suivre donc.


Retrouver cette famille 

Sources 
AD 26 BMS La Baume Cornillane et Montmeyran
AD 26 Archives notariales 2 E 7904 folio 40 vue 41/271
Geneanet arbre sous le pseudo chamcro 
Histoire des protestants en Dauphiné


jeudi 24 avril 2025

Claude Durand tailleur d'habits

Fil invisible des générations, qui nous relie à notre lointain arrière-grand-père, fil utilisé par Claude DURAND maître tailleur d’habits qui œuvrait à La Baume Cornillane en Dauphiné au pied du Vercors.

Claude né vers 1610, se marie avant 1640 avec Judith PETIT, père d’au moins trois enfants dont Moyse notre aïeul, il est qualifié de maître tailleur d’habits dans un acte notarié de 1636.

Ce n’est qu’en 1588, sous le règne du roi Henri III, qu’apparaît la « dénomination Maître Tailleurs d’Habits, avec pouvoir de faire tous les vêtements d’homme & de femme sans aucune exception ».

En 1675, le roi Louis XIV « dit Roi-Soleil », jugeant que les femmes avaient aussi le droit d’habiller leurs semblables, constitue un corps de maitrise sous le nom de Maîtresse Couturières avec pouvoir de confectionner uniquement les vêtements féminins. 

Pour porter le titre de Maître, il faut d’abord être confirmé compagnon au bout de trois ans d’apprentissage, puis présenter un chef d’œuvre trois ans plus tard.

Allons donc retrouver Claude DURAND vers 1650 qui a reçu commande d’un justaucorps de la part de Jacques EYNARD châtelain de La Baume. Au vu d’un portefeuille d’échantillons, ce dernier a choisi pour le dessus une étoffe de laine lustrée d’un côté, dénommée calmande, de couleur noisette et pour la doublure une fine serge de laine avec des côtes obliques d’un ton plus clair.



En maître tailleur minutieux, Claude a vérifié les mesures de son client avec un ruban de papier, calculé les aunes nécessaires pour le vêtement, s’est procuré les étoffes auprès d’un drapier du lieu ou de Chabeuil car on lui fait confiance.

Tout est ordonné dans sa pièce de travail, voyez le porte-chandelier entouré de petites cases où sont rangés soigneusement les fils et les aiguilles.

Le maître a dégagé son bureau, disposé son matériel, comme une craie pour reporter sur l’étoffe les différentes pièces du justaucorps, grâce à ses patrons de papier fort utiles. Pour couper deux pièces à la fois, il double l’étoffe et choisit la paire de ciseaux adéquate selon l’épaisseur, avec dextérité il entame la matière.

Intervient l’étape de la couture, du choix de la qualité du fil, du point adapté au vêtement, un maître tailleur connaît forcément tous les points : de côté, de devant, point-arrière, point-lacet, ainsi que les points à rabattre, ceux qui forment les boutonnières. 

Du fait-main en intégralité à cette époque, avec l’aide d’un apprenti sûrement, peut-être celle de l’épouse ou d’un frère, il ne m’a pas tout dit Claude DURAND, mais il assure le montage du justaucorps, l’entoilage, veille aux finitions comme celles des poches, à la disposition des boutons retenus.

En artisan avisé il prévoit un essayage avec son client pour vérifier le tombé du vêtement et faire des retouches le cas échéant. Soigneux, à la fin de l’ouvrage, pour ouvrir les coutures et remettre à plat le tissu, il sort le grand carreau ou le petit carreau, sorte de fer à repasser chauffé sur les braises, juste ce qu’il faut, afin de rendre un vêtement impeccable.

La fierté d’un savoir-faire maîtrisé, du bel ouvrage, il y tient sans aucun doute ce très lointain grand-père. Claude DURAND sait lire, écrire et signer, une signature assurée dans les actes grapillés dans des registres notariés de l’époque 1630-1655, il est souvent témoin avec la mention de sa qualité professionnelle. 

Fil de signatures, en attendant de faire un essai de décryptage de ces anciens actes à l'écriture austère, actes précieux et repères temporels pour cette famille et les autres habitants de La Baume Cornillane, village acquis très tôt aux idées de la Réforme dont les registres paroissiaux protestants ont disparus. 


Retrouver une ancienne rencontre avec son fils 



Sources 
AD 26 Actes notariés numérisés de 
           Me Bérengier de  La Baume Cornillane
Gallica - Gravure de Jost Amman extraite du livre de métiers 
            - L'art du tailleur de F P A Gersault 
ENCCRE version numérique de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert 



samedi 5 avril 2025

Jeanne Reynier une invisible

Rameau caché plus ou moins, rameau fragile et précieux, qui nous relie à plus de quatre siècles d’écart avec Jeanne REYNIER notre lointaine ancêtre.

Jeanne dont le prénom signifie « Dieu pardonne ou Dieu est miséricordieux », et le patronyme Reynier, d’origine germanique, contraction de ragin et heri, peut être interprété comme « celui qui est prudent en temps de guerre » ou « celui qui donne de bons conseils dans les affaires militaires ».

Plan de Baix © Vallée de la Drôme Tourisme

Notre aïeule Jeanne naît vers 1620 à Plan de Baix un village situé en Dauphiné, aujourd’hui dans la Drôme. Son père se prénomme Moyse et sa mère est une mystérieuse inconnue, son frère Zacharie et sa sœur Isabeau sont ses cadets, de minces indices glanés.

En ce temps-là règne le jeune Roi Louis XIII, dont la mère Marie de Médicis a assuré la régence après l’assassinat de son père le Roi Henri IV.

L’enfance et la jeunesse de Jeanne se déroulent dans un village de plusieurs hameaux, et de fermes isolées, dont les habitants se livrent à l’activité agricole et pastorale : moutons et chèvres.

Ses jours s’écoulent dans un paysage dominé par le vert, vert cru des prairies, vert plus clair des jachères, vert sombre de taillis touffus de chênes ou de pins sylvestres, quelques vergers.

Au-dessus des champs, domine le fier rocher du Vellan, falaise taillée à pic de 1000 mètres environ dont la racine vel en langage préceltique signifie hauteur ou lieu perché. Sur ce plateau calcaire, des traces d’un oppidum gaulois et des remparts et fossé d’un château du Moyen-Age, à ses pieds coule la rivière la Gervanne.

Le Vellan, véritable signal, offre un panorama à 360 degrés allant des Cévennes au Vercors, lieu idéal pour contempler et méditer, lieu idéal pour les randonneurs dont certains descendants de Jeanne.

Gallica extrait carte Drôme

Plan de Baix fait partie des villages où la Réforme s’implante facilement et il existe un temple dès 1617, mais sans pasteur, celui de Beaufort faisant le service.

En 1635 le vicaire général de Die, dans le procès-verbal de sa visite, note 20 maisons catholiques et 40 maisons huguenotes, la présence d’un maître d’école protestant, il précise que le cimetière sert pour les catholiques et ceux de la religion dite RPR (Religion Prétendue Réformée).

L’église obscure a besoin de fenêtres surtout du côté du vent, le chœur n’est pas complètement couvert de tuiles, il n’est pas blanchi et pavé, de même que la nef. Il y a les ornements nécessaires, mais point de ciboire ni de lampe ou de confessionnal, de plus le presbytère est ruiné.

Jeanne grandit et, comme toute jeune fille prépare son trousseau aidée par ses proches, Sieur Moyse REYNIER son père se préoccupe de son mariage, il en est ainsi à cette époque.

Un dimanche ensoleillé, et peut-être venteux, le 14 mai 1645, Jeanne REYNIER et Jacques SAULCE ou SAUSSE originaire de La Baume Cornillane unissent leur destinée. Le couple reçoit la bénédiction du Pasteur Burnat en présence du Notaire Béranger.

AD 26 Plan de Baix extrait mariage 1645

Sieur Moyse qui êtes-vous, cher Jacques qui est votre père, quel métier avez-vous exercé, Maître Bérenger êtes-vous Maître Bérangier notaire de La Baume Cornillane dont certaines minutes paraissent être conservées ? Faut-il farfouiller dans les registres à l’austère graphie pour dénicher un hypothétique contrat de mariage ?

Une nouvelle vie pour Jeanne et Jacques SAUSSE qui accueillent au moins quatre enfants, Marguerite, Isabeau, Jacques et Sarah, nés à La Baume Cornillane. 

Vous étiez tous présents lors du contrat de mariage d’Isabeau en 1683, contrat plein de surprises, liens révélés et contés dans un rendez-vous ancestral : passez les écouter. 

Les temps deviennent durs pour les protestants lorsque le Roi Louis XIV révoque en 1685 l’Edit de Nantes qui accordait la liberté de culte : les temples sont rasés, les pasteurs expulsés, les biens de ceux qui ont choisi l’émigration sont confisqués.

Les missionnaires bottés, soldats du souverain absolu, sèment la terreur lors de dragonnades, des réformés se convertissent, abjurent du bout des lèvres, et sont surveillés en tant que nouveaux convertis.

Jeanne est marraine d’un enfant en 1687 baptisé à l’église de La Baume Cornillane, s’y marient ses deux derniers enfants, la chaîne des générations s'est poursuivie.

Depuis son coin de Dauphiné au pied du Vercors, invisible et discrète, Jeanne REYNIER nous tend la main. 



Sources
AD 26 Plan de Baix BMS
La Baume Cornillane BMS

samedi 20 mars 2021

Les surprises d'Isabeau Sausse

Quelques années numérisées d’acte notariés se battent en duel sur les Archives de la Drôme : tiens un registre de Me Antoine Néry notaire à Montmeyran vers 1683 ! Pas vraiment récent, une petite voix me chuchote qu’il faut faire feu de tout bois.

Alors en piste et de constater qu’il n’y a pas de répertoire, pour tout intitulé des actes : testament, mariage, cheptel, acquis, mariage, pas de patronymes en exergue, et de soupirer, de tourner les pages de la visionneuse sans grande conviction.

Bip, bip, quoi j’ai fait une fausse manœuvre, non cher ordi ne te plantes pas maintenant alors que je viens de lire Sausse et apercevoir un bataillon de signatures.

  
AD 26 extrait acte notarié Me Néry

Bip, bip, je suis dans un village, affublée d’une longue robe, une petite coiffe bien nouée sous le menton, un châle pas assez épais pour me préserver de la fraicheur : pas de doute je suis à nouveau dans un rendez-vous ancestral.

Un homme à l’air sérieux, vêtu de noir sobrement, mais au visage avenant, débarque au détour du chemin. « Allez ma fille ne restez pas au vent glacial, pénétrez avec moi dans la maison de Jacques Sausse, je suis attendu pour le contrat de sa fille ».

Ainsi cornaquée je ne suis pas refoulée, oh que de monde dans la pièce ! Jacques Sausse le père accueille avec déférence l’homme en noir. Un autre homme vêtu de noir est assis, des papiers disposés sur une table, la plume à la main, l’encrier à portée : Maître Néry notaire à Montmeyran s’est donc déplacé à La Baume-Cornillane.

Ce dernier embraie aussi sec « Au nom de Dieu soit fait amen, et moi notaire que ce jour d’hui, septième jour au mois de janvier mil six cent octante trois, par devant moi notaire royal, se sont présentés honnête Moyse Bérenger ménager du mandatement de Montmeyran fils naturel et légitime de feu Pierre et de Madeleine Bérenger, d’une part,

et honnête Isabeau Sausse fille naturelle et légitime de honnête Jacques et de honnête Jeanne Reynier de la Baume-Cornillane,

Lesquels parties de leur plein gré et procédant ledit Béranger de honnête Claude Béranger son frère et de plusieurs parents et amis,

Et ladite Sausse sous l’autorité de honnête Jacques Sausse son père et ladite Reynier sa mère, de honnête Jacques Sausse son frère, de Sieur Zacharie Reynier de Plan de Baix son oncle, de Benoist Vieux son oncle de Plan de Baix, de Jacques Comte son beau-frère, de honnête Pierre Cheyssière fils d’Ezechiel son parrain, et plusieurs autres parents et amis. »

Ouf, première étape pour le notaire avec l’énoncé des protagonistes, et de nombreuses surprises.

Bon Jacques Sausse le père est mon ancêtre à la 10éme génération marié à Plan de Baix en 1645 à Jeanne Reynier, celle-ci 40 ans plus tard a conservé des liens avec sa famille, Jacques Sausse leur fils est aussi un lointain arrière-grand-père, sa sœur Isabeau je la découvre, tout comme le beau-frère….

   
Gallica extrait carte de la Drôme 

« lesquels en présence de l’assemblée ont promis de se prendre et épouser en ladite église prétendue réformée ainsi que de coutume… »

Commentaire à moi-même et au lecteur, en 1683 le notaire est forcément catholique pour officier, mais les promis sont protestants, l’union devant le pasteur est prévue. En 1685 interviendra la révocation de l’Edit de Nantes, l’époque est tendue pour mes ancêtres. Bon j’ai manqué des ritournelles de Me Néry.

« …. lequel Jacques Sausse père de la future épouse de gré ayant le présent mariage agréable a constitué et assigné en dot et verchère (1) à ladite fille et pour elle audit Bérenger futur époux la somme de deux cent livres, un coffre en noyer, un tour de lit, trois draps et six serviettes en cordal cordat neuf (2), deux brebis, un robe en drap de maison,

Payable ladite somme de cent livres l’année prochaine, l’autre cent livres dans deux années prochaines… »

Coup d’œil du scribe au père : c’est bien le tour du lit, les brebis et les serviettes qui sont payables le jour de la célébration du mariage ?

Oui, en effet, et notez que ma fille Marguerite Sausse, femme de Jacques Comte, donne à sa sœur deux nappes en cordat et un bassin en cuivre.

Bien, de même j’ai inscrit que le futur époux a donné et donne à la future en cas de survie la somme de cent dix livres dont elle pourra disposer.

On opine du chef, alors que je médite sur les similitudes avec le contrat dotal en Savoie.

Pour les signatures, Me Antoine Néry invite en premier Mr David Faure ministre (sous-entendu du Saint Evangile, donc le pasteur). Il note, que la future et sa mère, ne sont pas en capacité de signer, défilent pour les paraphes, le pasteur, l’époux, le père de la future, ses oncles, les frères ou beau-frère, le parrain.

Le notaire mentionne comme témoins Sieur Nathanaël Chenebier bourgeois, Sieur Mathieu Eynard marchand de la Baume et plusieurs autres ….

Rêveuse de cette rencontre, de cette réunion de famille au travers des siècles, heureuse d’avoir réveillé des ombres de les avoir reliées les unes aux autres, ombres trop longtemps figées dans un document notarial, elles se sont animées le temps de quelques lignes, le temps de votre lecture.

Isabeau et Marguerite deux filles de Jacques Sausse et Jeanne Reynier sont apparues, deux sœurs de Jacques Sausse junior que je ne connaissais pas, des oncles aussi témoins de liens conservés. Leur mariage faisaient certainement partie des registres protestants de La Baume-Cornillane disparus dans les tourments de l’histoire.



Dialogues et situation imaginés
 pour le Rendez-Vous Ancestral mensuel des généablogueurs
dont les billets sont regroupés ICI
Personnes liées à ma généalogie et toutes citées dans un acte notarié ci-après sourcé



N.B.
(1) Verchère Terme attesté en Dauphiné
En Auvergne : valcheire ; prov. vercayrar, doter, donner en dot une verchiere ; bas-latin vercheria, vercherium, bercheria, du bas-latin berbix, brebis (voy. ). Verqueria est proprement une bergerie, puis un fonds sur lequel on élève des brebis, et enfin un domaine, une dot.

(2) Cordal ? aide bienvenue : en rapport avec un tissu vu le contexte : un chanvre grossier peut-être.
Il s'agissait de lire cordat qu'un dictionnaire ancien désigne comme une grosse toile.
Le Littré indique une grosse serge de laine croisée et drapée. 


Sources AD 26 Notaires Montmeyran Me Néry 2E 3189 Vue 45/128



samedi 16 janvier 2021

Grand oral avec Moyse Durand

Distanciel, vous avez formulé distanciel ? Le nez plongé dans les registres en ligne de mes chères archives pour pister mes ancêtres, j’écarquille les yeux ou fronce les sourcils selon l’écriture du prêtre, du notaire, de l’agent recenseur, des dates ou délais. Tantôt étonnée ou mécontente, je barjaque à voix haute avec l’ordinateur. A ce stade, une coupure s’impose, avec une autre formule. 

Présentiel, rien ne vaut une petite dose de présentiel : chic voilà le samedi du mois où on peut partir à la rencontre de ses ancêtres : les voir, les écouter, les toucher. 

Galllica Carte Cassini extrait Montmeyran-La Baume


Petit passage à vide, frissons, des mains précautionneuses viennent de déposer sur mes épaules un châle au touché d’une matière authentique mais un peu rugueuse, je suis assise dans une pièce où les flammes crépitent dans la cheminée. La lumière chaude révèle deux silhouettes. 

- Quelle idée d’être dehors par ce temps épouvantable d’hiver, mon épouse Isabeau Arnoux vous a rencontrée à deux pas de notre porte et incitée à la suivre, vous avez sursauté et grelotiez. Je me nomme Moyse Durand et vous reçoit volontiers en toute simplicité. Vous allez mieux ? 

Moyse, Moyse ? Pas étonnant hier soir j’ai « sauvegardé la petite famille » de mon hôte en fermant mon logiciel de généalogie. Au vu des visages ridés de mes hôtes nous sommes vers 1730-1735. 

- Merci infiniment de m’accueillir : alors je suis en Dauphiné à Montmeyran, et comment résumer nous sommes un peu parents… certes avec plusieurs générations de décalage Quelle coïncidence vous savez, je suis émue d’être là avec vous. 

- Bizarre je n’ai pas souvenir de vous avoir croisée au village, comment sommes-nous liés ? 

- C’est tout simple par votre fille cadette Anne qui est ma lointaine grand-mère ! 

Isabeau est maintenant assise à côté de Moyse sur le même banc : à leur tour d’écarquiller leurs yeux et de froncer les sourcils. 

- Mais dites-moi Moyse si je connais votre filiation c’est grâce à votre premier mariage en 1689 à Montmeyran avec Marie Mourat ; vous avez grandi dans la paroisse voisine de La Baume Cornillane avec Claude Durand et Judith Petit pour parents. 

- Mouais marmonne l’ancêtre. 


AD 26 Montmeyran BMS 1689


- Votre signature Moyse sur cet acte, lors des baptêmes de vos premiers enfants à l’église de Montmeyran, tout comme sur l'acte de remariage avec Isabeau Arnoux en 1699 m’a beaucoup aidée : tristesse à découvrir la fragilité des vies des petits enfants ou de leur mère. 

- Ah bé ! pour l’un. Oh muet de l’autre. 

- Ensuite avec Isabeau, vous aurez quatre autres enfants pour éclairer vos jours, mais seules deux filles grandiront Gabrielle et Anne désormais mariées si je ne fais pas erreur. 

Silence, Moyse a pris la main d’Isabeau : je sais, je sais, compte tenu des paperasses pour leur dispense de 3ème degré d’affinité leur 1er enfant était disons assez prématuré. Ce côté-là me les rend sympathiques et humains, je me le garde dans ma tête et ne l’évoque pas. 


AD 26 Montmeyran BMS 1699

- Ben dis moi chère parente, tu as planché sur notre famille. Cela me fait bizarre de t’entendre évoquer ces événements de ma vie, de nos vies, nous modeste famille. 

Ce basculement au tutoiement me plait. 

- Vous savez nous sommes plusieurs à partir sur les traces de nos ancêtres, à penser que toute vie mérite de sortir de l’oubli. Je vous ennuie avec mon radotage peut-être ? 

- Pas du tout, qu’as-tu encore noté ? 

- Les témoins choisis ou les parrains et marraines lors des cérémonies à l’église : on croise Me Néry le notaire, son épouse Gabrielle Banc fille d’Antoine Banc le châtelain de Montmeyran ou Benoît Charles procureur d’office, personnages liés au fonctionnement de la communauté villageoise. Que d’éléments à approfondir. 

Ciel, la nuit est tombée, il est tard, le couvre-feu est de rigueur, comment vais-je faire ? 

- Tu fais erreur, nous ne sommes pas en 1721 lorsque circulait de village en village la rumeur de la peste qui décimait une grande ville, Marseille je crois. A cette époque, Montmeyran comme d'autres villages établit une clôture rigoureuse avec une garde veillant aux portes, après des mois d’anxiété l’épidémie n’atteignit pas le Dauphiné 

On est actuellement en 1734, tout cela est loin, je ne comprends pas ta réaction. De toute façon on ne te laisse pas partir ce soir, on te garde, nous sommes seuls depuis le mariage de nos filles. 

Entre temps Isabeau s’est levée, activée.

Après la soupe épaissie par du pain, et une tisane odorante à la verveine, savourée avec Isabeau et Moyse en silence, sous l’éclairage vacillant d’une chandelle, juste des regards échangés, des pensées qui vagabondent, j’ai atterri dans un des lits de la maisonnée lovée sous un chaud édredon. 

J’ai oublié de demander son métier à Moyse. 
J’ai oublié de demander les noms de ses parents à Isabeau ou de ses frère et sœur. 
Mais qu’a mis dans la tisane Isabeau en plus de la verveine, de la passiflore ? 
Dans les bras de Morphée je suis, malgré la paillasse qui me gratouille. 
J’ai fait un rêve. 

Isabeau et Moyse décédés en 1735 et 1744 seront ensevelis en terre profane, indice révélateur des nouveaux convertis après 1685, date-couperet de la Révocation de l’Edit Nantes pour les protestants.



 


Dialogues imaginaires 
selon les principes du RDVAncestral
 mais personnes liées à ma généalogie 



Sources
AD 26 Montmeyran BMS
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