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vendredi 29 mai 2026

Antoine Barbier un moblot drômois

Un petit gars parti trop tôt, un moblot drômois, un lointain cousin.

Sa famille

Petit-fils de Jacques ARNOUX et Marianne SAVOYE mes ancêtres évoqués dans mes premiers billets, Antoine BARBIER a pour parents Marie Anne ARNOUX et Jean Antoine BARBIER qui se sont mariés le 24 septembre 1842 à la mairie de Montmeyran dans la Drôme.

Il naît le 6 février 1849 et grandit entouré de ses deux grandes sœurs Emilie et Marie-Louise surnommée Fanchette.

Gravure extraite de Gallica

Son père cultivateur, dit aussi journalier et propriétaire selon les documents, est catholique, et sa mère protestante comme les enfants. La famille demeure au lieudit Bois Gros et semble avoir rencontré des difficultés en 1852, selon un registre du diaconat protestant de Montmeyran où elle est qualifiée de pauvres.

En 1866 non recensé au foyer paternel, Antoine doit louer ses bras aux alentours pour gagner son pain.

Sa sœur Fanchette se marie en septembre 1869 avec Jean François PALLIER un cultivateur de Chabeuil un bourg voisin, un bref moment d’espoir avant que tout s’emballe en cette fin du Second Empire

Dans le tourbillon du conflit franco-prussien

A 20 ans, Antoine est enrôlé dans la Garde nationale mobile, dont la mission tend à épauler, comme armée auxiliaire, l’armée active à la défense des places fortes de l’Empire, de ses frontières et le maintien de l’ordre.

Voilà donc Antoine avec des hommes de 20 à 40 ans, réserviste, appelé « Mobile ou Moblot », n’ayant pas fait le service militaire mais soumis à des périodes de préparation militaire. Côté formation, équipement, habillement et ravitaillement, la suite révèlera plus que des défaillances ou de l’improvisation.

Guy de Maupassant dans Boule de suif écrit « On voyait surtout des mobilisés, gens pacifiques, rentiers tranquilles, pliant sous le poids du fusil ; des petits moblots alertes, faciles à l'épouvante et prompts à l'enthousiasme, prêts à l'attaque comme à la fuite ».

Au début du conflit franco-prussien, le comte de Palikao ministre de l’Empereur Napoléon III demande l’organisation de 100 000 Mobiles. En province, 400 bataillons furent constitués avec les classes de 1865 à 1869.

Pour sa part, la Garde mobile de la Drôme dispose de deux bataillons d’infanterie et d’une batterie d’artillerie, soit 4000 hommes.

Le 18 août 1870, le 2ème bataillon et la batterie d’artillerie sont rassemblés à Valence, deux jours plus tard, c’est au tour du 1er bataillon à Montélimar. Fin août, les trois corps sont armés et prêts à partir en campagne. Le 2ème bataillon et la batterie d’artillerie sont désignés pour prendre part à la défense de Paris.

Terrible engrenage que la capitulation de Sedan, la défaite de l’Empereur, la proclamation de la République, l’encerclement de la capitale, s’en suit une réorganisation de l’armée, d’autres batailles sur la Loire et dans le Nord. Les prussiens, enfin les allemands, filent en Bourgogne vers Dijon, encore des combats 

AD 21 Beaune extrait état-civil

Et là à deux pas, à Beaune, Antoine BARBIER s’éteint le 31 décembre 1870 à l’hospice des malades, le portier fait la déclaration en mairie le lendemain, il y retourne les jours suivants pour les décès d’autres moblots de différents bataillons de plusieurs coins du pays.

Antoine est dit garde national mobile de la Drôme du 3ème bataillon et de la 1ère compagnie, sa disparition est transcrite sur l’état-civil de sa commune natale le 16 mai 1871, plus de quatre mois de délai. Antoine avait vingt ans, traversé dieu sait quelles épreuves pendant son bref temps à défendre son pays.

Le 3ème bataillon d'Antoine doit-il être assimilé à la batterie d'artillerie, mystère faute d'éléments glanés sur la toile, il est bien référencé dans l'inventaire des archives départementales de la Drôme sous plusieurs cotes à consulter sur place. 

Après

Le père Jean Antoine BARBIER a-t-il cherché à se rendre sur la tombe de son fils ? Malade, il entre à l’hôpital de la Croix-Rousse de Lyon le 20 juillet 1871 et y décède le 21 août suivant, sa disparition est transcrite à Montmeyran le 17 mars 1872 sept mois plus tard.

Sécheresse des actes, claquement des dates, douleur dans la famille.

Marie Anne ARNOUX mère et femme éprouvée s’installe à Chabeuil auprès d’une de ses filles. Elle est en vie lors du mariage d’une de ses petites filles, avant de rendre son dernier soupir en 1899 a un âge avancé.

Juste une modeste approche.


Retrouver cette famille 


Pour aller plus loin 

Sources 
AD 26 Montmeyran et Chabeuil Etat-civil et recensement
AD 21 Beaune Etat-civil
Archives de la Ville de Lyon Etat-civil et entrée des Hospices Civils de Lyon
Protestants de la plaine de Valence au 19ème 

samedi 31 janvier 2026

Des âmes oubliées

Quelques lignes pour sortir de l’oubli Marie Anne ARNOUX, une lointaine grand-tante, et son époux François BATARRE qui ont vécu dans la Drôme. Marie Anne aussi dite Marie nait à Montmeyran en 1811 au foyer de Jacques ARNOUX cultivateur et Marianne SAVOYE mes ancêtres.

Avant-dernière d’une fratrie de sept enfants dont les trois premiers ont très peu vécu, elle grandit dans un prospère village de plaine de 1800 habitants à l’activité agricole et aux foires animées.

Au fil des recensements de Montmeyran, Marie Anne apparaît au hameau des Dorelons avec ses parents et une sœur cadette Marie dite Marianne (oui désolée de ce micmac) puis avec son frère Jacques célibataire.

Si son frère Pierre ARNOUX a fondé un foyer avec Catherine SAYN en 1836, Marie la cadette a convolé en 1842 avec Jean Antoine BARBIER.

Gallica Plan axé sur Montmeyran et Combovin

L’héroïne du jour Marie Anne l’ainée, blonde ou brune, avenante ou pas, sans dot a priori, ayant perdu ses parents, résignée à se caser à tout prix prend le chemin de la mairie de Montmeyran le 26 novembre 1847.

L’heureux élu, ou "embobineur" François BATARRE, cultivateur à Combovin, affiche 26 printemps au compteur et accepte une future qui avoue 36 années déjà. Enfin ils sont tous deux protestants, un point commun.

Le village de Combovin de 830 habitants, à dominante agricole et forestière, localisé au pied du Vercors, s’étend sur les premiers plateaux du massif, avec un point culminant dépassant 900 mètres.  Trois rivières prennent leur source sur ce territoire, sillonnent dans des combes étroites avant de se rejoindre à l’entrée du village. 

Pour ma lointaine grand-tante Marie Anne démarre une nouvelle vie à Combovin, dans la famille BATARRE au hameau des Batarres, juste 4-5 bâtisses isolées en pleine nature, à deux pas du ravin et du sentier des Batarres…

AD 26 Combovin plan 1937 extrait 

Le centre bourg se situe à 20 minutes à pied, des ruelles tortueuses aux maisons de pierre, la nouvelle mariée n’a pas eu beaucoup de temps pour y flâner.

Marie Anne a de quoi faire pour satisfaire deux hommes : son époux et son beau-père veuf et cultivateur aussi, ménage, cuisine, basse-cour, chèvres à traire, travaux aux champs. Je la pense isolée, silencieuse, résignée, puis épuisée.

AD 26 Combovin recensement 1861

Les recensements de Combovin mentionnent le trio Jean-Pierre BATARRE le père, François le fils et Marie Anne la belle-fille dite ménagère. Une maison sans cris d’enfants, remplie de silence, et de fatigue, les journées sont si longues pour tous, dures.

Un jour d’hiver Marie Anne ne s’est pas levée, elle s’est éteinte à deux heures du soir le 6 janvier 1864 dite avoir 50 ans. Difficile de savoir si son frère Pierre ARNOUX mon ancêtre a été informé de son mauvais état de santé et pu assister à son inhumation compte tenu de la mauvaise saison.

AD 26 Combovin recensement 1872

François BATARRE désormais veuf, figure tout seul au recensement de 1866 en tant que cultivateur près du village, en 1872 il est mentionné revendeur, synonyme de brocanteur, cherchant à acheter des vieux effets ou objets pour les revendre, et finalement mendiant en 1876.

Ce lointain collatéral décède à 55 ans dans sa maison le 3 mars 1877 qualifié de mendiant, son frère ainé déclare sa disparition au maire de Combovin.

Silence et poussière, chape de l'oubli,  jusqu’à ce qu'une apprentie généalogiste farfouille dans des registres et perde du temps.



Retrouver cette famille 


Sources 
AD 26 Montmeyran et Combovin 
           Etat-civil et recensements 

vendredi 10 octobre 2025

La petite messagère

Piochée dans mes numérisations récentes de cartes postales, cette petite messagère bretonne en costume régional du Sud Finistère, transmet des nouvelles familiales de 1918.

Cette carte a été choisie par ma grand-tante Nésida ARNOUX qui réside à cette époque à Lannion dans les Côtes d'Armor avec son époux René PICARD magistrat. Le sujet d’une enfant bien apprêtée, lisant sagement, est susceptible d’intéresser sa nièce de 4 ans dite Nénette.


Document familial

Ce courrier est adressé à Montmeyran dans la Drôme où Isabelle ARNOUX ma grand-mère s’est réfugiée dans son village natal avec sa petite Jeanne pas trop en forme, épouse sans nouvelles d’Emile MERCIER soldat porté disparu au front.

Cette carte constitue la suite du billet précédent une carte de Lannion, oncle René a écrit tant à la petiote qu’à sa belle-sœur :

« Ma chère petite Nénette

Tonton René n’est plus chez les Boches et est bien en France : ce n’est pas pour cela qu’il ne vient pas te voir, c’est qu’il n’a pas de vacances. Je sais que tu vas beaucoup mieux maintenant, il faut te guérir tout à fait et pour cela obéit bien à ta bonne maman. Je t’embrasse bien fort et bien affectueusement ».
P.S. « Tante Nésida me dit que tu es bien gentille et mignonne »
 « Tonton René »

***
« Ma chère Isabelle

« Vous devez être en vacances maintenant et Nésida m’a dit que vous en aviez besoin afin de vous reposer des fatigues que vous a données la maladie de Nénette. Tâchez d’en profiter. Je vous souhaite de ne pas avoir trop de chaleur ; il fait frais ici et il pleut d’ailleurs continuellement.

Nésida a repris son service à l’hôpital, et a de quoi faire. Souhaitez le bonjour de ma part à vos beaux-parents, à la famille Cochet et ne m’oubliez pas auprès de Mr. Arnaud. Embrassez aussi Maman pour moi. Je vous embrasse affectueusement en attendant de vos bonnes nouvelles ».
« René »

Cette petite missive est pleine de références : sur la période troublée de l’été 1918 où gronde encore le canon et les soldats de différents camps se confrontent toujours, sur la présence de Tante Nésida infirmière bénévole à l’hôpital militaire complémentaire de Lannion qui accueillait à l’arrière en convalescence les soldats blessés au front.

Oncle René, en homme policé, adresse son bonjour aux grands-parents paternels de Nénette, réfugiés aussi à Montmeyran depuis que leur village de l’Aisne a été détruit : Jean-Baptiste MERCIER et Clotilde LESCOUET. La famille Cochet doit être aussi réfugiée de Barisis, j’en ai entendu parler.

Touchante je trouve la qualification de « Maman » pour sa belle-mère Noémie LAGIER récemment veuve.

On ne sait si petite Jeanne admira le beau vêtement de la petite messagère.


Ecrit dans le cadre du défi mensuel de faire parler une photo 
ou une carte postale
défi initié par le Groupe Raconter sa Généalogie de Facebook.




samedi 20 septembre 2025

Une carte de Lannion

Cap en Bretagne à Lannion dans les Côtes d’Armor, pour un modeste rendez-vous familial de couleur sépia, à plus d’un siècle d’écart l’image se colorise, les propos parviennent assourdis. Le passé se mêle au présent, conjugué à l’émotion de découvrir un peu la ville où Nésida et sa moitié ont vécu un temps. Et soudain :

Nésida ARNOUX glisse une mèche rebelle dans son chignon, tout en pénétrant dans la pièce, avec à la main une carte postale :

Lannion document familial

Tiens j’ai choisi cette carte, à ton tour d’écrire à la petite, je la pose là, il faut soutenir Isabelle vu les circonstances. 

La petite âgée de 4 ans préoccupe ses proches, tout comme Isabelle ARNOUX sa maman, hélas sans nouvelles d’Emile MERCIER le papa, soldat disparu lors des terribles combat de Verdun en juin 1916.

Tant de souffrances dans les familles avec la déflagration d’un conflit que l’on nommera ensuite Première Guerre Mondiale, Isabelle s’est retrouvée seule avec Jeanne pendant quatre ans dans l’Aisne, territoire envahi, avant de pouvoir regagner la Drôme sa terre natale. VOIR ICI

René PICARD l’époux interpellé, au visage rond aux yeux sombres, lève le nez de ses paperasses regarde tendrement Nésida, prend la carte, et lorgne la reproduction : la promenade du Léguer et le quai de la Corderie.

Leur vue au quotidien depuis que le couple s’est installé à Lannion avec sa nomination de procureur de la République au Tribunal de la ville.

Oncle René lisse ses fines moustaches, réfléchit un tantinet, comment intéresser une petiote, sa nièce qu’il ne connaît pas encore, lui qui n’a pas d’enfant, il se lance et trempe sa plume dans l’encrier.

Document familial 

« Ma chère petite Nénette » (hélas c’est l’épouvantable surnom donné à ma petite Maman)

« Je t’envoie une carte où tu verras notre maison. La fenêtre près de laquelle il y a une croix est celle de mon cabinet de travail de Tonton René, d’où il t’écrit aujourd’hui. Devant la maison c’est la rivière, mais la mer est basse et montera bientôt. Je t’embrasse affectueusement ainsi que ta maman. »
Signé Tonton René

Il restera à expliquer de vive voix à la petiote que le Léguer (Leger en breton) est une rivière qui traverse la ville de Lannion et se jette dans la Manche et se trouve donc soumise à la marée.

L’encre bleue cède à l’encre noire, et finement Tante Nésida écrit en travers et complète :

« Guéris vite. Bois bien ton huile de foie de morue et laisse-toi mettre des cataplasmes s’il le faut. Bons baisers. »
Signé Tante Nésida

En cette fin d’été 1918, on soigne et chouchoute la petiote atteinte de typhoïde et gringalette qui a gardé en mémoire les cuillerées du breuvage évoqué et le lait de poule de sa grand-mère maternelle.

Jeanne la destinataire recevra d’autres cartes de Lannion et pourra avec l’aide de sa maman se faire une idée de cette région lointaine que celle du Trégor, région qui n’a pas connu le bruit des bottes allemandes mais hébergée dans des hôpitaux militaires complémentaires de nombreux soldats blessés.

Petite Jeanne, enfin Nénette, à qui Oncle René a réclamé une photo en attendant de pouvoir la rencontrer, la remerciant de son envoi a mentionné avoir embrassé le portrait, qui a été le plus ému (e) à vous d'apprécier. 

Seule solution continuer à numériser mes petits trésors pour découvrir ou redécouvrir quelques échanges bizarrement conservés et révélateurs de liens familiaux. 


Episode suivant La petite messagère




samedi 16 décembre 2023

Catherine Clément à demi-mot

Cette courte journée hivernale me donne envie de rejoindre par la pensée Catherine Marie CLEMENT une arrière-arrière-grand-mère drômoise. Là, à Montmeyran, cette discrète femme du 19ème siècle, m’attend au crépuscule de sa vie.

Ai-je pénétré ou pas dans cette maison des Dorelons pas très haute avec une génoise de trois rangées de tuiles ? Qui sait ? Je la situe, découverte adolescente, alors qu’elle était désertée et muette.

Assise au coin du feu sur une petite chaise paillée, un châle tricoté sur les épaules, un chat endormi à ses pieds, seul le tic-tac de la pendule rompt le silence de la pièce, Catherine laisse ses pensées vagabonder dans le passé. Elle est largement octogénaire en cette fin 1896, visage ridé, et articulations douloureuses en témoignent.

Photo Pixabay

Catherine Marie tu débarques au foyer de Claude CLEMENT cultivateur et Catherine SAYN le 10 juin 1808, et ta grande sœur Catherine Madeleine se penche sur son berceau du haut de ses dix-sept mois. Tu gardes comme prénom d’usage Catherine, et ta sœur celui de Madeleine !

Ensuite ton petit frère Claude fait un passage trop rapide sur cette terre, tes frères Jean Claude et Jean Pierre agrandissent la fratrie, l’un devient cultivateur, l’autre cordonnier, suivis de Louise disparue à vingt-cinq ans hélas.

Enfants sages ou dissipés qui sait ? Enfants devant rendre des services aux grands sûrement, enfants envoyés à l’école, pour tes frères je suis affirmative, et pour ta sœur Madeleine aussi, mais toi Catherine je doute, car tu ne sais pas signer, cela me chagrine.

Autour de toi gravitent alors tes grands-parents paternels Claude CLEMENT et Magdeleine VINCENT et ta tante Elisabeth SAYN la sœur de ta maman.

Papa Claude, comme grand-papa Claude, est cultivateur mais aussi marchand de bestiaux.

***

Montmeyran, gros bourg de 2000 habitants, est un grouillement tumultueux de gens et de bêtes lors de quatre foires annuelles où, blouses bleues des hommes et coiffes blanches des femmes, se côtoient dans les rues, et sur le champ de foire envahi par les bœufs, mulets et chevaux. Marchands venus du Languedoc et de Provence croisent les militaires qui s’approvisionnent pour équiper les troupes d’Algérie au moment de la conquête, lors du marché spécial mensuel aux chevaux et mulets.

Pas étonnant que ton village Catherine, outre les cultivateurs, comporte une batterie de charrons, forgerons, des bourreliers et cordonniers. De nombreux cabaretiers peuvent épancher la soif des maquignons et assouvir la faim de tout le monde drainé par les différents marchés et foires.

Le perruquier offre ses services à qui souhaite avoir une meilleure allure, la modiste et la marchande d’indienne proposent leurs nouveautés pour qui détient une bourse bien garnie, l’épicier répond présent aussi, et bien sûr l’inévitable étude notariale.

Montmeyran place de la mairie 

Le bourg se transforme avec la construction d’une nouvelle mairie et des salles de classe attenantes, sans oublier l’école des Dinas et celle des Rorivas.

Le temps file, et voilà que tu convoles avec Pierre ARNOUX cultivateur fils de Jacques ARNOUX et Marianne SAVOYE, vos parents respectifs qualifiés de cultivateurs et propriétaires donnent leur consentement le 26 février 1836, un froid jour d’hiver.

Puis le temple tout neuf accueille votre bénédiction de mariage et ensuite les baptêmes de Marie et Jean Pierre en 1839 et 1842.

Tu as délaissé la maison familiale de la Chapiane pour intégrer le noyau familial de ton époux aux Dorelons, avec un temps ton beau-frère Jacques et tes belles-soeurs Marie et Anne.

Les curieux agents recenseurs fournissent de précieuses indications des proches qui t’entourent selon les années, ceux qui disparaissent, ceux qui font retentir leurs rires ou leurs caprices ! Tous les quatre, toi Pierre et les enfants êtes recensés en 1846.

AD 26 Recensement Montmeyran 1846 extrait


Et dis-moi Catherine, ta fille Marie tailleuse en robe, elle a déserté bien jeunette le giron familial pour épouser « son » fontainier Henri DEFFAISSE un froid jour d’hiver encore le 7 décembre 1855, je les ai déjà rencontrés ICI, ils logent à deux pas de toute façon.

Ton gendre a été autorisé en 1871 à amener l’eau potable, à ses frais, jusqu’au village pour améliorer la desserte des maisons du centre en plus de la fontaine publique, les ménagères disposent par la suite d’un lavoir public.

Ton village continue de changer, avec une nouveauté extraordinaire : l’éclairage au gaz avec 5 lampes à pétrole qu’on échelonne dans la principale artère, un médecin s’installe, le pasteur dispose d’un presbytère, le curé est aidé par un vicaire.

On parle d’un projet de chemin de fer entre Valence et Die passant par Montmeyran, mais toi Catherine désormais veuve tu ne connais que les villages environnants !

Cliquer pour agrandir- fait avec Canva

Ta vie, votre vie d'agriculteurs sur une petite exploitation n'a pas du être facile, soleil intense l'été, gelée blanche parfois tardive en mai, récolte détruite par la grêle hachant les blés et défeuillant les arbres. 

Enfin voilà que ton fils Jean Pierre dit Jean s’établit à plus de trente ans avec Noémie Olympe LAGIER un jour d’été cette fois le 20 août 1875, passage chez le notaire d’abord, la mairie à Upie et au temple de Montmeyran. Tu sais Catherine j’ai toujours une nappe aux initiales de Noémie.

Désormais, des jeunes pousses autour de toi égayent ton quotidien, et comme inscrit dans le marbre, enfin dans un registre de recensement de 1891 vous êtes tous là  une dernière fois : Jean agriculteur, Noémie et les enfants  Désirée, Nésida, Bénoni, Isabelle et puis toi Catherine la grand-mère. Laquelle de tes petites filles te ressemble ?

AD 26 Recensement Montmeyran 1891 extrait

Peu après Nésida et Isabelle ma grand-mère partent étudier pour devenir institutrices, incitées en ce sens par leurs parents, et toi Catherine tu désertes cette terre le 7 février 1897 âgée de 88 ans, un jour d'hiver. 

Evocation parcellaire d'une trop discrète aïeule ancrée dans un même lieu, au fil de vie ordinaire, juste pour que la mémoire de Catherine CLEMENT soit moins délavée par le temps. 
 


Retrouver 
sa belle-fille : chère Noémie merci 



samedi 9 septembre 2023

L'école des Dinas

Avouons le, on a tous rêvé de découvrir l’école et la salle de classe d’une arrière-grand-mère ou d’un grand-oncle. Avec la mise en ligne sur les Archives Nationales des questionnaires remplis en 1884 par les institutrices et instituteurs sur les écoles primaires publiques, c’est possible. Ne vous en privez pas. 

Tout est répertorié par Département et par cantons de l'époque, il suffit de patience et d'indulgence pour la visionneuse.

J'ai ciblé ma première recherche sur la Drôme et Montmeyran, pour l'école primaire de filles du hameau des Dinas, école qui accueillit Désirée et Nésida Arnoux mes grand-tantes et Mamie Isabelle toute trois filles de Jean Pierre Arnoux et Noémie Lagier. 

AD 26 Montmeyran cadastre 1960

Pour être honnête ma premières approche de cette école s'est déroulée par le truchement d'un rendez-vous ancestral imaginaire en 1896 où j'ai assisté à la classe de l'époque : l'alphabet d'Isabelle. 

Cette fois-ci, le rapport officiel de Mademoiselle Marie Louise Garaix institutrice en 1884 me donne l'occasion d'entrer dans son école et de découvrir les conditions d'accueil des enfants. 

Soigneusement j'ai recopié sur une ardoise imaginaire l'essentiel des réponses, cliquez donc sur les visuels pour les découvrir. 








La dépense est le local où l'on dépose les provisions, synonyme de débarras, et le galetas est synonyme de grenier. 

La section de 762 habitants doit regrouper plusieurs hameaux situés à l'est de la commune, outre les Dinas, les Rorivas, les Dorelons, le Mourayer par exemple.

A la tête d'une troupe de plus de 45 filles, Melle Garaix l'institutrice a besoin d'être organisée entre occuper et initier les toutes petites à la lecture, l'écriture et au calcul, et préparer les grandes au certificat d'études primaire. L'année du questionnaire Désirée Arnoux  âgée de 9 ans est scolarisée dans sa classe et peut-être Nésida âgée de 5 ans. 

Marie-Louise Garaix, protestante, née le 21 mai 1820 à Dieulefit dans la Drôme, a enseigné à l'école des Dinas de Montmeyran depuis 1856 d'après les recensements, où parfois une ou deux pensionnaires sont mentionnées. Elle prend sa retraite le 1er octobre 1887 après 27 ans et 9 mois de services, restée sur la commune elle s'éteint à son domicile, place du Temple, le 4 novembre 1895, entourée de deux neveux négociants.

***
Isabelle Arnoux mon aïeule, scolarisée à cette école des Dinas vers 1893, a comme institutrice Mademoiselle Amandine Cécile Cornélie Bachasse. Cette dernière, fille d'instituteur, naît à Saint-Roman le 2 novembre 1848, reste aussi à Montmeyran une fois sa retraite prise, où elle décède à 97 ans le 13 février 1945.

Melle Bachasse était la fondatrice de l'association amicale des anciennes élèves des écoles primaires publiques et fut nommée Officier de l'Instruction Publique en janvier 1913.

***

Voici mon petit tour à l'école de filles des Dinas, à la rencontre de ses premières institutrices, il existe aussi l'école des Dinas, dite également des Rorivas, pour les garçons avec une classe, sans oublier les écoles publiques primaires du village avec quatre classes en 1884. 

Allez soyez curieuses et curieux et farfouillez dans les questionnaires de 1884.


Sources 
Archives Nationales 
AD 26 Montmeyran EC et recensements
AD 26 Saint-Roman EC
Gallica JO 1887 et JO 20 janvier 1913

Pour aller plus loin 

mercredi 21 décembre 2022

Françoise une petite étoile

Chabeuil, à quelques lieues de Valence en Dauphiné, soit une dizaine de kilomètres, en Drôme des Collines, Chabeuil petite et fière cité au pied du Vercors - s’apprête à fêter Noël en cet an de grâce 1716.

En ce jour d’espérance et d’allégresse, en la maison d’Abraham Barnier et d'Eve Imbert, une petite étoile Françoise est née ce 25 décembre 1716 sous le règne de Roi Louis XV.


Cette petite étoile est notre lointaine aïeule, pour moi à la 8ème génération, une ancêtre de Noël, un SosaNoël dans le jargon des addicts de généalogie. Bienvenue à elle, un fil invisible au travers du temps nous relie.

Le jeune couple a déjà un garçonnet Mathieu de 2 ans, né 15 jours après le mariage de ses parents soit dit au passage. Il ne s’est pas précipité à l’église pour faire baptiser la petiote. puisque que le curé de Chabeuil note la date au 30 décembre 1716, mentionnant dans une graphie rapide, que Jean Barnier et Jeanne Barnier les parrain et marraine sont illettrés.

AD 26  BMS Chabeuil 1716 

Avec Abraham Barnier drapier et ses proches, ses amis ou voisins, cardeur ou tanneur, s’ouvre les portes d’un monde merveilleux de savoir-faire, en attendant d’aller le découvrir, Françoise petite étoile de Noël nous chuchote : 
  « Ouvrons nos cœurs pour y laisser rentrer le bonheur. »

Parmi les descendants de Françoise Barnier, Jean Pierre Arnoux, qui est l’époux de Noémie Olympe Lagier une autre ancêtre de Noël précédemment évoquée ICI



Sources
AD 26 BMS Chabeuil 
Indices Geneanet 

samedi 17 avril 2021

Cousine Mathilde racontez-moi

Voilà que la silhouette entrevue se fond dans l’opacité du temps, et s’esquive. Discrétion, manque de temps, ou côté taiseux, j’ai tout juste un signe de dénégation de la main. S’agissait-il vraiment de Jean Pierre Arnoux mon arrière-grand-père époux de Noémie Lagier, pourtant cet ancêtre dans un souffle m’a suggéré : vas voir Mathilde.

Mathilde, serait-elle bavarde, disponible ?
Cousine Mathilde, pour ne rien vous cacher.

En ce jour de rendez-vous ancestral, je me dirige un peu plus loin dans le hameau des Dorelons à Montmeyran.

Sur le pas d’une porte, comme guettée, un signe de main d’invitation de ladite Mathilde m’enjoint à pénétrer, très avenante, un petit bout de femme d’une bonne soixantaine d’années, tout est bien ordonné dans le logis, un calendrier des postes au mur m’indique que je suis en 1924.

- Je vais faire du café, là pas loin de la cuisinière et de la fenêtre on sera bien pour papoter m’énonce mon hôtesse. Un rêve récent - encore en mémoire - me laissait entendre que quelqu’un s’était intéressé à Marie Arnoux ma belle-mère et à son époux fontainier. Qui êtes-vous, enfin qui es-tu si nous sommes parentes ? Non prends plutôt la chaise avec le coussin, et expliques moi tout.

- Pour faire court et simple, je suis une petite-fille d’Isabelle Arnoux et je vous ai rencontrée lors de son mariage en 1912 avec Emile Mercier, où vous étiez témoin en tant que cousine, sous le patronyme de votre époux Henri Edouard Deffaisse.
Si j’osais, racontez-moi, racontez-vous.

Convaincue ou pas de se livrer ma chère cousine Mathilde, Lambert de son patronyme de naissance, elle tourne et vire autour de la cafetière, sert le breuvage, s’installe, hésite.

- Originaire d’Aouste-sur-Sye à 20 kilomètres d’ici, je m’y suis mariée avec mon pauvre Edouard en 1902, un jour d’hiver, son père souffrant n’a pu se déplacer, j’avais déjà 40 ans et nous n’avons pas eu d’enfants, je me suis retrouvée seule en 1910, il m’a fallu recourir à une personne pour exploiter les terres.

- Mais tu le sais bien il y a tant eu de malheurs avec la dernière guerre, tant de douleur autour de nous, et partout dans le pays. Moi qui avais assisté au mariage de tes grands-parents tous deux instituteurs, c’était une belle journée, journée d’espoir.

- Regardez Mathilde la copie de l’acte, les signatures à la fin, celle de mon arrière-grand père paraît hésitante ce jour-là, peut-être l’émotion ou des problèmes de vue.
Vous-même, comme Isabelle Arnoux, signaient de votre nom d’épouse, mon grand-père a une signature nerveuse tout comme celle de son beau-frère René Picard époux de tante Nésida !
Faute de photo de la noce, je ne peux que me rabattre sur ce témoignage d’un jour de bonheur.
Racontez-moi Mathilde, souvenez-vous, si seulement …

- Mon petit doigt, m’a dit que tu as écrit sur tes grands-parents instituteurs à Braine où avec le conflit Isabelle s’est retrouvée seule pendants 4 longues années avec sa petite Jeanne. Emile ton pauvre grand-père disparu à Verdun, sa petiote était chétive lors de son arrivée ici : tout son entourage était soucieux.

Hé oui, dans notre village on a eu des réfugiés de l’Aisne dont les maisons étaient détruites, venus de Barisis il y avait tes arrière-grands-parents paternels, on a gardé des liens depuis qu’ils sont rentrés dans leur région dévastée.

Silencieuse d’un coup, très pensive mon interlocutrice, dont les souvenirs remontent à la surface et se bousculent : seul le tic-tac de la pendule dans la pièce.

Oserai-je sortir de ma pochette, une carte rescapée des hasards des transmissions, précieuse carte d’un vieil album de mon arrière-grand-père paternel Jean-Baptiste Adolphe Mercier ?

Une carte du 9 janvier 1925 écrite dans le Diois par cousine Mathilde qui séjournait chez des amis, elle répond à une lettre de vœux et s’excuse pour le retard lié à un rhumatisme du bras qui s’est estompé après une bonne friction. Cette carte est le dernier témoignage de son auteur, dont je perds la trace ensuite, adressée à Barisis dans l’Aisne, elle a plusieurs cachets, car elle a été réexpédiée chez M. Lescouet à Saint-Michel, donc un beau-frère chez qui mon arrière-grand-père devait séjourner à ce moment-là.

Modeste correspondance entre les personnes, modeste souvenir, des séquences en sépia qui défilent dans l’esprit de Mathilde, de son destinataire, de sa collatérale ou descendante et détentrice : exploiter le moindre indice pour sortir de l’opacité du temps, l’espace de quelques minutes.


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Sources 
AD 26 EC Montmeyran et Aouste-sur-Sye
Document familial 

samedi 10 avril 2021

Marie Arnoux et le fontainier

Mise en lumière de Marie Arnoux une de mes arrières-grand-tante du côté maternel qui naquit un jour de printemps le 27 mai 1839. Le lendemain son père Pierre Arnoux, cultivateur domicilié à Montmeyran, s’en alla déclarer à la mairie la naissance de son premier enfant, fille de son épouse Catherine Marie Clément.

Le couple s’était uni 3 ans auparavant au même lieu dans la Drôme, lui était fils de Jacques Arnoux et Marianne Savoye, elle était un enfant de Claude Clément et de Catherine Sayn protagonistes déjà évoqués dans des billets.




Tante Marie partagea ses parents avec son frère Jean Pierre né en 1842, le temps s’écoula au hameau des Dorelons, l’un et l’autre allèrent à l’école.

Et puis, et puis, au même hameau demeurait une famille avec 3 garçons et 1 fille dont le père était maçon et fontainier, tous installés vers 1845, le recensement de 1851 révèle la composition de la maisonnée Deffaisse à 2 pas de celle de mes ancêtres.

Et puis, et puis, Marie Arnoux aimait la couture, Elisabeth Deffaisse couturière demeurait juste à côté, Henry Deffaisse son frère avait vu grandir Marie : pourquoi chercher plus loin.


AD 26 Montmeyran 1851 extrait recensement 

Et puis, et puis, un vendredi 7 décembre 1855 à cinq heures du soir était célébré le mariage civil d’Henri Deffaisse maçon de 30 ans révolus fils de Pierre et de feu Elisabeth Deffaisse avec Marie Arnoux tailleuse en robe âgée de 16 ans révolus. L’horaire tardif m’a étonnée surtout en hiver, ainsi que la jeunesse de la mariée et sa différence d’âge avec l’heureux élu ; la cérémonie religieuse au temple a du se tenir le lendemain, suivie du repas de noces.

Pas de mauvais esprit : le seul enfant du couple Henri Edouard naîtra en 1858 trois années plus tard.

Instructif est le recensement de 1856, Marie du haut de ses 18 printemps y figure, avec son époux, son beau-père, 2 beaux-frères, et 1 apprenti, une lourde tâche que gérer la tablée de ces éléments masculins.

AD 26 Montmeyran 1856 extrait recensement


Alors Oncle Henri si tout un chacun situe fort le métier de maçon, comme vous avez aussi la casquette de fontainier, qu’en est-il de cette tâche ?

Bon d’accord dans votre cas, la fontaine est prise dans le sens de source. En tant que fontainier vous faites des sondages pour amener les eaux souterraines à la surface du sol, creusez des fossés, construisez des conduites et des regards sauf erreur de ma part, ainsi que des bassins.

Importance de l’eau et de sa distribution, d’autant qu’à Montmeyran jusqu’au début du 20 ème siècle le village ne disposait pas de l’eau courante. Les habitants tiraient l’eau du puits, du lavoir ou de la fontaine pour le nettoyage, la lessive et la cuisine.

Vous étiez privilégiés au quartier des Dorelons en raison de la proximité de la source des Petiots, la desserte en eau de votre maison, comme celle des parents de votre épouse, était assurée dès le dernier quart du 19ème siècle.

« En 1874, 46 propriétaires demeurant dans le centre du village et aux Dorelons s’associèrent pour acheter les adductions d’eau potable d’une source privée située au quartier des Petiots.

En 1895, les statuts du Syndicat des Eaux et Fontaines de Montmeyran sont déposés chez le notaire Marius Ferlay par les 46 propriétaires ».

« Les copropriétaires sur le trajet de l’eau en disposaient gratuitement et en payait que les travaux d’entretien ou de réfection ».

Tante Marie, le temps passant, les enfants de votre frère Jean Arnoux avec Noémie Lagier égayèrent les alentours. Avec le décalage des naissances, votre nièce Nésida naquit en 1879, l’année où son cousin germain, votre fils, partit à l’armée pour 4 ans et pris la direction du 18ème bataillon de chasseurs à pied.

Il avait grandi votre fils Henry Edouard, enfin pas trop, tout juste 1 mètre 59, cheveux et yeux châtains, un gros nez et un menton rond, avec une bonne instruction, il se déclare fontainier lors de son incorporation.

Tante Marie, j’imagine votre souci de le savoir au loin, et m’interroge sur sa santé, car il fut réformé par la commission de réforme départementale de Grenoble en 1892 pour infirmités ne pouvant être attribuées au service militaire.

L’été le dimanche, à l’ombre des platanes pour éviter la canicule, avec le clapotis de l’eau du bassin, vous devisiez Tante Marie et Oncle Henri sur l’avenir de votre fils unique pas trop pressé de s’établir, quelle serait la fiancée, et quand ?

Henri votre époux aura le temps de donner son accord au mariage de votre fils en 1902, juste avant de s'éteindre, vous le suivrez dans l'au-delà en 1907, et laissez donc votre belle-fille prendre le relai pour quelques confidences. 

Juste quelques lignes sur des collatéraux proches de ma grand-mère maternelle Isabelle, collatéraux dont je ne savais rien avant de me lancer dans l’aventure de La Ronde des Ancêtres.

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Retrouver dans des billets


Sources    

Montmeyran au siècle dernier Editions Mémoire de la Drôme ; citation et extrait de plan 
AD 26 Etat-civil et recensements Montmeyran
AD 26 Fiche matricule


samedi 9 janvier 2021

Entre gendarmerie et hameau

Pour le premier billet de l’an neuf, j’ai choisi deux évènements porteurs d’espoir, deux entrées dans le monde et pas n’importe lesquelles. 

En cette fin d’année 1886, une dépression rapide avec de violentes rafales avait balayé le 26 décembre les îles britanniques avant de toucher la moitié nord de la France en se décalant vers l’est. L’Angleterre ensevelie sous la neige, des poteaux télégraphiques détruits et les paquebots bloqués dans les ports, se trouva isolée du continent. A Paris les vents occasionnèrent d’importants dégâts matériels et paniquèrent les animaux de la ménagerie de la Porte Maillot… 

Le 27 décembre la neige s’attarda sur le nord-est du pays, puis la pluie et le redoux furent au programme, comme la préparation du réveillon de la Saint-Sylvestre et notamment à Hirson dans l’Aisne, bourg situé à proximité de la frontière belge. 

Delcampe - Hirson Rue Alexandre Dumas et gendarmerie 

Je ne sais qui de la maréchaussée locale étaient les gendarmes de permanence, toujours est-il que le 31 décembre 1886 rue Alexandre Dumas où était implantée la gendarmerie, à l’étage des logements de fonction, il y avait de l’effervescence, de l’attente, de l’anxiété, de l’émotion. 

Un locataire officieux au foyer de Clotilde Anatalie Lescouet et Jean-Baptiste Adolphe Mercier, gendarme de son état, s’apprêtait à pousser son premier cri : à onze heures du soir exactement. Le couple marié depuis plus de 6 ans accueillait leur premier et unique enfant, un fils prénommé Emile Octave Georges : la maman âgée de 32 ans saurait s’en occuper, elle qui était l’aînée d’une fratrie de 10 enfants. 

Je ne sais si l’heureux père de 34 ans déboucha plusieurs bouteilles pour fêter cette naissance, toujours est-il que le surlendemain 2 janvier 1887 à 10 heures, il alla déclarer l’enfant à la mairie d’Hirson flanqué de deux gendarmes, deux collègues François Cuvellier 40 ans et François Poix 27 printemps. 

Je ne sais si Emile eut l’occasion de trottiner dans la rue Alexandre Dumas faute de situer avec précision les dates des différentes mutations de son gendarme de père originaire de Barisis, tandis que sa mère est originaire de Watigny. 

Premiers mois à Hirson pour Emile, premiers mois en Thiérache et à plus 700 kilomètres de là en terre drômoise quelque temps plus tard en 1888. 


AD 26 Extrait cadastre Montmeyran Les Dorelons

Une nuit de début de printemps le 28 mars 1888 aux hameau des Dorelons à Montmeyran, il y avait de l'agitation au foyer de Jean Pierre Arnoux cultivateur de son état, son épouse Noémie Olympe Lagier était « en travail ». L’attente il connaissait déjà le père et l’exclusion aussi … Désirée son aînée très raisonnable surveillait sa sœur Fanny et son petit frère Bénoni qui allait perdre son rang de cadet. 

L’enfant pointa son nez à 9 heures du matin : Isabelle était son seul prénom choisi par Noémie la maman de 38 ans, sa mère l’inscrira sur la page de garde de la Bible familiale. Le même jour, bien emmaillotée, la petiote était présentée au Maire de Montmeyran par son père Jean Pierre Arnoux 45 ans, avec comme témoin le précieux Elie Cornand 66 ans ancien instituteur et Elie Masserole lointain cousin le garde-champêtre 42 ans au compteur. 

Cette année-là se poursuivait la construction de la Tour Eiffel à Paris en vue de l’exposition universelle qui devait prochainement se tenir. L’été 1888 très frais compliqua les récoltes, localement à Montmeyran, le Gymnase civil de Valence donna une séance de gymnastique avec intermèdes par la fanfare de Beaumont les Valence. Le produit d’une quête a été versé aux pauvres et le maire s’engagea à créer une société de gymnastique et un cours pour les écoles. 

J’ignore si cette promesse fut tenue par l’édile de Montmeyran, mais Isabelle Arnoux alla bien à l’école celle du hameau des Dinas, et même un peu plus. Ma grand-mère maternelle devint institutrice et fraiche et émoulue diplômée se retrouva nommée en terre axonnaise, où elle se laisser conter fleurette par Emile Mercier mon grand-père maternel devenu instituteur. 

Deux lieux de naissance, lieux de première enfance ou d'enfance.      


Retrouver Isabelle et Emile 


Sources 
Tempêtes Meteo France 
Retronews Le Petit Marseillais 3 juillet 1888