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samedi 13 février 2021

Mariage de raison ou d'inclination

Parlez-mois d’amour, dites-moi chers ancêtres le fond de votre cœur, c’est peu ou prou le thème du second défi d’écriture de Geneatch en cette semaine de Saint-Valentin. Transmission de secrets de famille, aucun : que d’interrogations malgré mes prières muettes aux unes et aux autres !

Allez en piste, je vous fais part de la déclinaison de mes impressions sur les unions de mes aïeux, enfin certaines.

Raison en 1698, lorsque Marguerite Claraz orpheline s’allie avec Antoine Gay-Rosset et acceptation pour ce dernier, son oncle Messire Louis Claraz chanoine à Aiguebelle en Savoie s’est préoccupé de son établissement, n’a-t-elle pas 1100 florins dans sa dot ?

Acceptation voire inclination pour Marie Ratel qui a plusieurs robes dans son trousseau  - mais pas trop de florins - lorsqu’elle épouse en 1711 Jean-Baptiste Parmier un jeune veuf, sans enfant, bâtier de son état. Elle n’aura pas de belle-mère à supporter mais un beau-père à servir outre son conjoint.


Image Pixabay
Invocation en Savoie de Saint Blaise guérisseur des maux de gorge, par les filles en quête d’un mari : « un mari s’il vous plaît, qu’il soit tordu, qu’il soit bossu, c’est tout pareil un monsieur et il m’en a donné un ! » pour avoir une position de femme mariée et pas délaissée, sous la pression de la communauté paroissiale.

Ou libation de vin bénit le 3 février à Montmélian par les garçons et filles pour se marier dans l’année.

Toujours en Savoie, au décès en 1702 d’André Durieu-Trolliet, la vie continua pour Jeanne Montaz-Rosset, émancipation pour cette veuve somme toute, elle mena sa barque, éleva ses enfants et géra ses biens.

Et si pour sa fille Benoîte Durieu mariée avec Louis Arbessier en 1721, on pouvait parler d’association, celui-ci ne prend-t-il pas toutes dispositions au cas où,  en homme organisé.

***

Du côté de l’Aisne, à Barisis obligation pour Antoine Mercier clerc laïc qui a trouvé du boulot et épouse en même temps la fille de l’ancien maître d’école, puis a priori inclination avec la jeunette Marie-Marguerite Barbançon  lorsqu'il convole  en 1738.

Pour Marie-Catherine Rossignol, veuve de Charles Tellier, hésitation et obligation en 1744 car Jacques Bleuet l'avait consolée de trop près, trahie par son fil de vie.

Séduction ou admiration réciproque de Jean-Baptiste Marlot charron et Marie-Barbe Daubenton la fille du garde-vente, couple dont je n’ai pas encore parlé ; lors de la déclaration de décès de son épouse bien que cité il oublie de signer, lui dont j’ai pisté moult fois le paraphe dans le registre paroissial.

***

Que dire, que penser des tractations pour les mariages dits « double » d’un frère et une sœur d’une famille avec une sœur et un frère d’une autre famille, pas de sous à verser ou de legs de parcelle, seulement le trousseau à constituer pour les donzelles.

Que penser de mon aïeule Catherine Replat qui à Modane en Savoie, veuve de Claude Replat, épouse en 1725 Charles Replat le neveu, ce que ne dit pas l’acte de mariage, le contrat de mariage le dévoile : tractations et obligation au menu.

Consolation rapide ou obligation pour les veufs avec de jeunes enfants, qui 20 ou 40 jours après l’ensevelissement de la jeune mère, convolent à nouveau devant le curé de la paroisse. C’est peut-être lui qui a suggéré de marier la - pas toute jeune Claudie- ou la -pas trop vieille Jeannette veuve- pour les sortir de l’ornière avec les gamins et le travail.

Tractations aussi pour l’étrange mariage de François Rosset en 1831 avec Martine Buet veuve d’un cousin, qui le laisse seul 3 semaines plus tard, et pas vraiment éploré  puisqu’il convole à nouveau la même année avec Anne Rivet avec inclination cette fois, espérons-le !


Rassurez-vous ils n’étaient pas de bois mes ancêtres ! au grand dam et épouvantable souci des prêtres : le problème des processions pour éviter les débordements : placer les jeunes filles en tête, les épouses ensuite, et la gent masculine enfin.


Autre hantise des prêtres en montagne, les occasions pour se rencontrer avec l’inalpage l’été où les contraintes sociales se relâchaient et diminuaient la surveillance des adultes, les travaux en commun, les longues soirées étoilées favorables aux simples amourettes « berger-bergère » préparant des fiançailles officielles ou relations pré-nuptiales.

Prêtres qui craignaient aussi les veillées hivernales où les parents trop pris par leur propre bavardage se préoccupaient moins de leur progéniture, celle-ci chantant, batifolant, voire profitant d’une chandelle éteinte par un courant d’air : baisers volés ou un peu plus !

Lorsque séduction, pâmoison ou affinités ; il fallait que le courageux séducteur, flanqué d’un ami, se présente un soir à la maison familiale de la belle, et gare si le père levait un tison du feu en le dressant dans la cheminée, qui signifiait un refus d’agrément. Un qui franchit ce cap fut François-Benjamin Eard puisqu’il épousa Marie-Marguerite Long en 1821 à Modane. 

***

Pour la conjugaison d’une opposition doublée d’une rébellion en Savoie, voyez du côté d’un père prudent et d'une fille courageuse, aventure véridique sortie d’une revue savante de Maurienne concernant des collatéraux cette fois.

Juste quelques réflexions, pas d’enquête exhaustive de satisfaction : parlez-moi d’amour.
Etes-vous livré à ce genre de méditation ?




samedi 7 septembre 2019

Acte d'émancipation de Jean-Pierre Sibué

Sur le thème je suis un homme et veux être autonome et les natifs de Fontcouverte ont du caractère, je vous embarque sur le sujet de l’émancipation en Savoie au 18ème siècle, ses subtiles formalités et son cérémonial quasi- moyenâgeux, avec de lointains collatéraux de ma généalogie.

Les protagonistes principaux : Jean-Baptiste Sibué - le père - la bonne cinquantaine, laboureur demeurant à Fontcouverte et Jean-Pierre Sibué - le fils – âgé de 34 ans et marié qui est installé depuis plusieurs années à la grande rue de la ville de Saint-Jean de Maurienne où il a des affaires. 

Le fiston semble-t-il a souvent prié et supplié son père de bien vouloir l’émanciper et le mettre hors de ses biens et puissance paternelle, afin de disposer de ses épargnes et pouvoir plus facilement gérer son commerce. Le patriarche de guerre lasse a déposé une requête en ce sens. 

Là entrent en jeu, les autres intervenants, et pas les moindres, Monsieur Brunet Juge-Mage de la province de Maurienne flanqué de Maître Jean-Antoine Viallet Notaire et Greffier

Imaginer sur le coup de six heures du soir, le 9 décembre 1782, les doctes Brunet et Viallet, requis par les sieurs Sibué, et devant se transporter dans la maison d’habitation de Jean-Pierre le fiston qui se trouve alité à cause de sérieuse maladie, le père lui il doit avoir la santé ! 

Le Juge-Mage enregistre que Jean-Baptiste Sibué veut bien accorder – dans le sens d’acquiescer à la supplique de son rejeton, sauf qu’il entend ne point se départir, mais au contraire se réserver, tous les fruits des biens de l’Antoinette Buisson-Carles sa feue femme et mère dudit Jean-Pierre. Magnanime le père condescend à relâcher son fiston pour tous les biens meubles et immeubles qu’il a acquis depuis qu’il est séparé d’avec lui. 


Monsieur Brunet Juge-Mage adhérant à ces propositions :
« fait asseoir, sur une chaise à côté de nous ledit Jean-Baptiste Sibué, son chapeau sur la tête, ledit Jean-Pierre Sibué, le fils s’était remué comme il a pu de son lit, se mettant devant son dit père,
avant icellui les mains jointes entre celles de son dit père, qui les lui a ouvertes et fermées par trois différentes fois, en lui disant à chaque fois : 
« Mon fils, je vous émancipe et vous mets hors de mes liens et puissance paternelle » avec pouvoir qu’il lui a donné de tester, contracter, ester en jugement et de faire tous les actes et contrats que peuvent faire les personnes libres et dûment émancipées, de quoi ledit Jean-Pierre Sibué a remercié son dit père en nous requérant acte par lequel il nous plût de le déclarer libre et émancipé.» 

Dès lors il ne restait plus à l’autorité judiciaire qu’à valider cet acte d’émancipation en le signant, à recueillir le contreseing du notaire qui avait aussi pour mission de l’insinuer à l’office du Tabellion de Saint-Jean de Maurienne après avoir récupéré trois livres auprès du nouvel émancipé. 

Ce petit article déniché sur Gallica souligne la gestuelle symbolique de l’acte d’émancipation en pays de droit écrit sous l’influence du droit romain (et non pas seulement propre à la Savoie). 

Avant le décès du père c’est le seul acte qui permet à l’enfant quelque soit son âge de s’affranchir de la puissance paternelle et d’obtenir la pleine capacité juridique. Les gestes entre le père et son fils sont tout autant importants que les phrases échangées et symbolisent la rupture du devoir d’obéissance, la fin de la soumission à son ascendant. 

Dans le lien vers un article d’Histoire-Généalogie sur l’émancipation, ICI l’exemple cité pour la Drôme révèle que les fils doivent se mettre à deux genoux devant leur père également assis sur une chaise. 

Au cours de vos lectures ou recherches avez-vous eu connaissance de ce type d’acte ou avez-vous des ancêtres ou collatéraux émancipés ? 





Sources
Gallica Revue Société d’Histoire et d’Archéologie de la Maurienne
Généanet
Image Théodore Géricault Musée de Bayonne

Pour aller plus loin


vendredi 11 janvier 2019

Père prudent et fille courageuse à Fontcouverte

Au détour d’un vagabondage sur Gallica, je suis tombée sur une page de procédure sur le principe de précaution avant la lettre qui constitue une anecdote au pays de mes ancêtres et collatéraux.
 
En route pour Fontcouverte, cette paroisse de montagne en Maurienne est en grand émoi en ce début de l’an 1735, on jase, potine, cancane.  L’épouse et mère des protagonistes, non désignée comme souvent en Savoie, est Marie-Antoinette Anselme sœur d’Urbane Anselme mon ancêtre Sosa 1505
 
Il se chuchote, il se dit que …
 
Toujours est-il que le 12 février 1735, Egrège Antoine Dompnier, notaire à Fontcouverte a du comparaître devant le tribunal de l’Officialité à Saint-Jean, où il était cité par sa propre fille Michelette, et par Jean-Baptiste Sibué fils de Jean, du même lieu.
 
 
C’est que le bon notaire, en père de famille affectueux et prudent, s’oppose obstinément au mariage de sa fille Michelette, avec ledit Jean-Baptiste.
 
Le motif ?
Oh, Antoine Dompnier n’a rien à redire contre l’honorabilité du prétendant, mais ce dernier a le tort d’habiter la Roche de Charvin : il ne veut pas que sa fille soit exposée aux dangers des précipices. Ce n’est pas là une crainte vaine et puérile : dans sa carrière de notaire il a été appelé quatre fois à prêter son concours pour la visite de cadavres de gens tués dans ces précipices.
 
Non, non et non, le bon notaire, persiste dans son opposition, et si sa fille passe outre, qu’elle n’espère rien de ses parents : donc pas de dot.
 
Sauf que Michelette tient de son père, et se montre devant le tribunal aussi éloquente, et non moins obstinée.
 
L’existence d’un village à la Roche de Charvin, dit-elle en résumé, prouve bien que le danger des précipices n’est pas tellement redoutable. Le curé de Fontcouverte, lui-même, y va célébrer la messe plusieurs fois l’an, le village est bien abordable.
 
D’ailleurs, elle a de trente-quatre à trente-cinq ans, et elle ne veut plus attendre. (sic)
 
Toutes bonnes raisons  qui font que le tribunal de l’Officialité de Saint-Jean déboute le père de son opposition, ce qui permet aux fiancés de convoler, sans tarder 6 jours après la décision, soit le 18 février 1735. 
 
Effectivement le registre paroissial de Fontcouverte, mentionne à ladite date, vu la dispense de 2 bans, l’union de Michelette et de Jean-Baptiste assistés de leurs 3 témoins. Dans l’acte les deux pères sont nommés, mais le curé s’est abstenu de mentionner le métier de notaire d’Antoine Dompnier, peut-être pour ne pas s’attirer le courroux du notable.
 
Elle n’avait pas d’autre choix que d’être convaincante et têtue Michelette ma lointaine collatérale pour éviter le déshonneur, car cinq mois plus tard une petite fille prénommée Françoise pointait le nez le 4 août 1735.  Le couple eut au moins deux fils ensuite et une descendance.
 
Le bon notaire Antoine Dompnier décède à la fin de l’année 1738, l’histoire ne dit pas s’il s’était réconcilié avec sa fille, éventuellement avec la médiation de Marie-Antoinette Anselme la maman de Michelette.
 
Père prudent, ou furieux,
fille courageuse ou séduisante, galant entreprenant,
à vous de voir
 

Un autre billet concernant le même village

Sources
Gallica : SHAM 1927 (SER2,T7,PART1)
AD 73 RP 4 1723-1783 Fontcouverte
Artnet : peinture de Pietro Rotari
 

jeudi 6 décembre 2018

Louis Claraz un chanoine pas très vaillant

Chez Louis Claraz  - un lointain grand-oncle - a été signé en 1698 en Savoie le contrat de mariage de sa nièce Marguerite CLARAZ sosa 705 avec Antoine GAY-ROSSET sosa 704 mes ancêtres.  Qualifié de chanoine, l’acte a été rédigé dans sa maison d’habitation située dans l’enclos du vénérable chapitre d’Aiguebelle.
 
Il s’agit de la Collégiale Sainte-Catherine construite vers la fin du 13ème siècle avec à sa tête un prévôt pour le temporel et 12 chanoines dont un chantre et un trésorier. L’église, de style ogival en forme de croix, comportait 120 stalles sculptées dans son chœur, sur le toit étaient posées des lamelles de plomb et sa porte principale était recouverte d’une peau d’élan enrichie d’enroulements de fer. A côté de la sacristie on trouvait la salle capitulaire, et des maisons entouraient l’édifice, le tout entouré d’un immense enclos.
 
AD 73 extrait carte mappe Collégiale
Et voilà que je retrouve Révérend Louis Claraz prêtre en 1704 dans le même lieu, mais il n’est pas très vaillant, il est même alité et Maître François Brunier notaire s’est déplacé le 2 novembre.
 
Dit par le Notaire Royal « de bon sens, esprit, mémoire et entendement, quoique détenu dans son lit de maladie corporelle » Louis Claraz premier chanoine du vénérable chapitre Sainte-Catherine tient à faire son unique et seul testament nuncupatif.
 
En Savoie, ce testament de loin le plus courant (de nuncupare = nommer et déclarer) est prononcé verbalement par le testateur devant le notaire qui le rédige et l’enregistre en présence de 7 témoins.
 
Après avoir recommandé son âme au bon Dieu et à la Sainte Vierge  et à tous les Saints de Paradis, Louis Claraz souhaite que  la sépulture de son corps se fasse dans le tombeau des Révérends Chanoines du Chapitre. Il lègue à Monseigneur illustrissime et révérendissime Evêque de Maurienne son prélat : 10 florins.
 
Surtout, le testateur donne et lègue pour œuvres charitables à l’église collégiale de Sainte Catherine d’Aiguebelle tous ses biens meubles, immeubles et créances du lieu d’Aiguebelle sans aucune exception pour être employés le prix des sommes desdits biens aux réparations les plus urgentes de ladite église.
 
Pour l’exécution dudit legs Louis Claraz désigne comme exécuteurs testamentaires les Révérends Gaspard Vincent chantre  et Jean Joseph Arnaud tous deux prêtres et chanoines audit chapitre qui vont devoir vendre les biens et s’occuper des réparations.
 
AD 73 Aiguebelle Tabellion 1704
 
Il crée et nomme de sa propre bouche comme ses héritiers universels honorables Louis et Benoît Claraz frères et enfants de feu Louis Claraz de Fontcouverte en Maurienne ses neveux. Ceux-ci devront payer et s’acquitter des dettes, légats et œuvres pieuses.
 
Sont donc cités et présents les deux frères de Marguerite à savoir Louis et Benoît Claraz venus de leur village, ce qui laisse entendre que leur oncle Chanoine était souffrant depuis quelque temps et révèle les liens familiaux.
 
Tout comme était là comme 7ème témoin mon aïeul Antoine fils de feu Pierre GAY-ROSSET de Montgilbert neveu par alliance, peut être Marguerite était-elle aussi  au chevet de son oncle.
 
Louis Claraz le testateur en 1704 est un homme âgé de 66 ou de 68 ans, lui et son frère aussi prénommé Louis sont les enfants de Benoît Claraz et de son épouse Marie nés en 1636 et 1638 à Fontcouverte. Dans les arbres en ligne le cadet est indiqué comme marié, mais je ne suis pas convaincue, et pense que c’est le cadet qui a fait des études religieuses et que l’ainé est mon ancêtre marié et resté au village, tradition oblige.
 
En raison des lacunes dans le registre paroissial de Randens, commune où était située la collégiale, il n’est pas possible de connaître la date de décès du testateur.
 
Un jour peut-être au hasard du répertoire du Tabellion d’Aiguebelle, je glanerai un élément lié à la succession et à l’inventaire de mon lointain grand-oncle chanoine.
 
Pensée à lui, ainsi qu’au 6 autres témoins :
 
Rd Etienne Laurent prêtre et bénéficier audit chapitre
Honnête Claude fils de feu Nicolas Guillot charpentier
Joseph fils de feu Jean Lejeune Arnaud
Barthélemy fils de feu Claude Déglise,
Pierre Brunier tous quatre de Notre-Dame de Randens
Claude fils de feu François Marthenod d’Ayton


La signature du contrat dotal de Marguerite Claraz ICI

Sources
AD 73 Tabellion d’Aiguebelle année 1704
Testament du 2/12/1704 2C 2081 vue 479/576
AD 73 Histoire de Randens

samedi 20 octobre 2018

Chez Messire le Chanoine Louis Claraz

Enigmatique billet à la belle écriture cursive, au style châtié, qui a attisé ma curiosité puisqu’il était question des proches du rédacteur. Celui-ci m’enjoignait d’être présente  à Aiguebelle en Savoie le 5 août 1698 en début d’après-midi, ce qui nécessitait de faire étape à Chambéry ville pourvue de bonnes auberges : signé Louis Claraz.
 
Voilà donc tout trouvé le sujet de mon nouveau Rendez-Vous Ancestral, sauf que les Claraz qui me trottinent dans ma tête ne sont pas d’Aiguebelle !
 
Par une journée d’été ensoleillée mais non caniculaire, je me retrouve donc sur la route entre Chambéry et Aiguebelle, avec seulement deux relais de poste pour l’ultime étape. Les  balancements de la diligence, voiture tirée par quatre chevaux, constituent une nouveauté, mes compagnons de trajet trouvent la chaussée en bon état (mouais si on veut).

Pixabay
Déjà à cette époque la paroisse d’Aiguebelle était traversée par une voie rectiligne, et de l’autre côté de la rivière Arc se trouvait le Chapitre de cette petite cité.
 
- Gente Dame vous êtes arrivée, me claironne le postillon en ouvrant la portière, cela doit être pour vous le religieux à côté de la carriole !
 
- Peut-être, on devait venir me chercher …

Je suis dubitative, mais impossible de rebrousser chemin. Me revoilà dans une carriole, nous empruntons une allée bordée d’arbres, avant de passer un pont, et sur l’autre rive découvrir des maisons agglutinées autour d’une église.
 
- Voilà c'est ici, énonce soudain le religieux, je dois vous introduire chez Messire le Chanoine Louis Claraz qui demeure dans l’enclos du Chapitre d’Aiguebelle.
 
Avoir bonne contenance : ce Chanoine est-il le frère d’un autre Louis Claraz père d’une Marguerite tous originaires de Fontcouverte ? En pénétrant dans une salle fraiche, j’esquisse à tout hasard une vague révérence devant l’assemblée.
 
- Très chère parente, je suis fort aise de voir revoir en ce jour particulier pour ma nièce et de vous être déplacée. Marguerite venez saluez notre parente qui nous arrive de la grand’ville.
 
Maître Michel, notaire ici présent a commencé à rédiger le contrat de mariage d’ Antoine GAY-ROSSET sosa 704 fils de feu Pierre de Montgilbert et de ma nièce Marguerite CLARAZ sosa 705  fille de mon regretté frère Louis et de feu Balthazarde BUISSON-CARLES de Fontcouverte.

Mes neveux Louis et Benoit sont ici, tout comme Claude Gay-Rosset oncle du futur.
 
Si je situe les deux premiers, ce n’est pas le cas du dernier quidam. Tous ces messieurs ne comprennent pas trop ma présence, vu leur air particulièrement étonné.

Tiens donc voilà pourquoi Marguerite a délaissé sa paroisse natale et s’est établie dans le petit village de Montgilbert à côté d’Aiguebelle plus en aval, son oncle le Chanoine a du œuvrer en ce sens et chercher un bon parti.
 
Non, non, ami lecteur ne fuyez pas, le contexte de ce contrat est différent, il m’éclaire sur l’entourage des futurs époux et leur condition !
 
Le notaire a déjà noté le trossel ou trousseau de la future :
« dix chemises de toile mêlée moitié de bonne valeur et autre moitié  mi-usée,
douze tabliers tous moitié usés,
douze coiffes rondes toutes toile de ville, moitié neuves, moitié mi-usées,
douze autres coiffes grandes toutes aussi en toile de ville, moitié neuves moitié mi-usées,
huit gorgières (1) de  toile moitié neuves moitié mi-usées,
un habit complet brassière et jupe en drap façon d’hollande de bonne valeur,
trois cotillons (2) en toile de drap l’un neuf, les autres de peu de valeur,
une paire de bas d’estamet (3),
une paire de souliers neufs,
un coffre bois noyer mi-usé fermant à clé,
six linceuls de toile mêlée mi-usés,
»
 
 
Gallica
Chère Marguerite vous pourrez donc mettre vos cotillons et nombreuses coiffes dans le coffre en bois de votre pays, mais une seule paire de souliers, c’est bien peu. Sachez que j’ai noté la référence à la toile de ville et le drap façon d’hollande, donc des tissus achetés à des marchands-colporteurs.

 
Droite et fière, en l’absence de vos parents, Marguerite vous constituez vous-même votre dot à savoir outre le trossel la somme de onze cents florins de monnaie de Savoie, que vos frères Louis et Benoit Claraz s’engagent à verser  au futur époux présent et acceptant cinq cents florins le jour de la célébration des noces, et les six cents florins restants savoir trois cents florins en deux années et les autres trois cents restants en quatre années. 
 
Quant à Antoine le futur époux « considérant l’amitié qu’il porte à ladite future épouse et les bons soins qu’il espère recevoir d’elle », il lui donne à cause de noce et d’avoir et augment de la somme de cinq cent cinquante florins monnaie  de Savoie. Somme qui appartiendra aux enfants du présent mariage et s’il n’y en a point restera au dernier survivant.
 
Claude Gay-Rosset l’oncle que je découvre à l’occasion de ce contrat donne six cent florins de son côté, les formulations ampoulées du notaire (dans l’attente d’un petit stage chez lui) m’échappent un peu.
 
C’est qu’il faut être précis, tout prévoir, le mariage est avant tout un contrat et un établissement : point trop de rêveries.
 
Révérend Louis Claraz, mon lointain grand-oncle, porte son regard sur l’assistance, et alors me présente les témoins au contrat qui s’avèrent être  « ses collègues » aussi Chanoines au Chapitre d’Aiguebelle : Révérend Messire Claude Buysson prêtre et curé de Monsapey et Révérend Messire Jean Pierre Allais aussi prêtre.

Maître Charles Michel, notaire et bourgeois d’Aiguebelle recueille sur la minute les signatures des témoins, de Louis Claraz le frère et surprise celle de la future épouse ! Le futur est dit illettré comme son oncle et l’autre frère.
 
Donc Marguerite est ma première aïeule savoyarde qui sait signer et dûment attesté qui plus est. Ceux qui parcourent les registres paroissiaux de Savoie me comprendront, car les actes ne comportent pas de signatures ce qui est assez frustrant.

Droite et fière après avoir apposé sa signature, Marguerite esquisse un sourire et me tend une main, Antoine s'avance à son tour comme s'il pressentait que je me suis attachée à eux et à leur lignée. 
 
Quinze jours plus tard  le 18 août 1698 sonneront les cloches de l’église de Montgilbert après la célébration du mariage d’Antoine et Marguerite, mentionnant des témoins différents des protagonistes de ceux du contrat de mariage. Union qui hélas durera moins de 10 ans avec la disparition prématurée de Marguerite, mais elle aura donné à Antoine deux fils Louis et Jacques mon ancêtre.

Vieux grimoires vous devez me celer encore d'autres secrets.
 


N.B.
(1) Gorgière ou corgerins : en Savoie col monté sur un corselet
(2) Cotillon :  jupon porté surtout par les paysannes
(3) Estamet : petite étoffe de laine
 
Sources:
AD 73 Tabellion d’Aiguebelle 1698 2C 2071 vues 99/100
AD 73 BMS Montgilbert 1698-1709 4 E 2341 vue 2/58
Généanet 3 sources

Pour retrouver les billets du #RDVAncestral mensuel permettant d'aller à la rencontre de ses ancêtres c'est ICI

samedi 6 octobre 2018

La consigne de Fontcouverte en 1718

« Il nous est tombé sous les yeux une consigne de tous les habitants de la  paroisse de Fontcouverte en Maurienne pour l’année 1718. C’est un rôle dressé conformément aux édits de l’Intendant général Riccardi. Le total des personnes est de 1427. »
 
Ainsi débute un article de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Maurienne déniché sur Gallica - précieuse bibliothèque numérique – en date de 1924 relatif à ce recensement en Savoie. Et à 300 ans d’écart cette fois, compte tenu du ton employé par l'érudit local, j’ai eu l’impression d’avoir rendez-vous avec mes ancêtres et de rencontrer par exemple Claude Rossat et son épouse Antoinette Boisson, ou les parents de cette dernière Antoine Boisson  et  Louise Gilbert-Collet.
 
« Ce n’est pas sans intérêt mêlé d’émotion que nous avons vu défiler devant nous à deux cent ans de distance actuellement, le tout Foncouverte de 1718. Ces hommes et ses femmes, allaient et venaient, comme ceux d’aujourd’hui, arrosant de leurs sueurs les prés et les terres, que possèdent encore leurs descendants. Leur horizon allait comme aujourd’hui de l’Ouillon aux Aiguilles d’Arves, du Mont Charvin au massif de Château-Bourreau. »
 
« Voici Claude qui devise gravement des intérêts de la communauté avec Sébastien et Barthélemy, en attendant l’heure des vêpres. Georges et Sorlin discutent vivement une question d’intérêt privé.
 
Et ce groupe rieur qui s’avance vivement avec l’insouciance de la jeunesse ? Sans doute Antoiniz, Philippaz et Albane, à moins que ce ne soit Gabrielle, Georgiz ou Michelette. Et n’allez pas croire qu’elles ne puissent pas soutenir la comparaison avec celles d’aujourd’hui. Est-ce qu’un soldat de Paris appartenant à l’une des trois compagnies françaises cantonnées dans cette paroisse, n’a pas épousé avant de partir, il y a cinq ans, une fille de Fontcouverte Jeanne Boisson avec la permission du commandant de Mailly ? »

 
« Mais aujourd’hui, le secrétaire de la communauté Jean Gilbert, quoiqu’encore garçon, ne pense seulement pas à regarder s’il y a Michelle. Il est tout préoccupé de cet état-consigne demandé par l’Intendant général. Il en aura toute une semaine à parcourir tous les villages de la paroisse avec l’honnête Jean-Claude Claraz, l’un des syndics et Antoine Boisson « l’un des apparent et des plus informé du détail de la paroisse.
 
Tiens voilà que je découvre que mon aïeul Antoine Boisson ou Buisson, laboureur de son état, aurait aidé le quidam chargé de la consigne !
 
Puis il lui faudra encore, à lui secrétaire, une autre semaine pour dresser le rôle en deux copies ; et cela au mois de septembre, pendant que les autres font leurs semailles. »
 
« Onze colonnes à remplir :
- une pour les chefs de famille,
- une pour les enfants majeurs de 5 ans,
- une pour les mineurs de 5 ans,
- une pour les enfants encore au berceau,
- une pour les bœufs et les vaches,
- une pour les veaux,
- une pour les brebis, moutons ou chèvres,
- une pour les agneaux et chevreaux qui tètent,
- une pour les cochons
- et une pour le sel,
- et une pour les cabaretiers, boulangers ou revendeurs. »
 
« Pour les cochons c’est zéro de haut en bas. Heureusement que Monsieur l’Intendant n’a pas eu l’idée de faire compter aussi les poules. Pour le sel, il ne s’agit pas de la consommation totale de la famille, mais seulement du sel destiné à la salaison du fromage et de la viande. De la viande, il n’est pas « en coutume d’y tuer et saler aucune viande pour l’usage de la famille, sauf s’il arrive quelque accident ». Des cabaretiers, boulangers, revendeurs, point. »
 
« Mais déjà tout le monde est rentré dans l’église, où le Réverend Curé Jean-Baptiste Favier vient d’entonner le dixit. «

***
 
Un petit éclairage sur les prénoms de ces paroissiens de Fontcouverte est possible grâce au pointage de Jean-Baptiste Albert curé-archiprêtre en 1924:
 
En tête pour les hommes il y a Jean (81) Jean-Baptiste (81) Claude (55) Pierre (55) Louis (41) et également présents Gaspard, Barthélemy, Etienne, Philippe et Sébastien.
Mais on trouve aussi des Catherin  - cas rare d’un nom masculin dérivé du féminin-  Aynard, Colomban, Sorlin et un étrange Murix !
 
En tête pour les femmes il y a Marie (93) Jeanne (70) Françoise (56) Michelle (36) Antoiniz (36) mais aussi des Barbe, Amblarde, Jenette, Jacquemine, et Guigonne.
 
Dans ces prénoms féminins on note des désinences en iz ou az à savoir Antoiniz, Georgiz, Philippaz  qui se retrouvent dans des patronymes comme Claraz. Que dire sur ces désinences, élément variable à la fin d’un mot, sinon qu’elles ne se prononcent pas et que les érudits locaux peinent à trouver leur origine…
 
***
 
Sachez  Monsieur le secrétaire Jean Gilbert-Collet que ce fastidieux travail sur le dénombrement de tous les paroissiens de Fontcouverte n’a pas été inutile, il est précieux pour des curieux « farfouilleurs » d’archives que sont les généalogistes amateurs.


Sources
- Gallica
Revue Société d'Histoire et d'Archéologie de Maurienne 1924 Tome VI 2e partie vue 27
- Tableau le dénombrement de Brueghel le jeune (détail) Palais des Beaux-Arts de Lille