mardi 4 juin 2024

Si peu remariée

Marie Pierpont, si éloignée dans le temps, cela ne t’ennuie pas que je chuchote à ton sujet ? Tu ignores que plusieurs de tes descendants te comptent comme ancêtre, j’en fait partie. 

Dans l'Aisne actuelle, à peine âgée de quinze ans, rougissante et émue, le 22 janvier 1691, tu pénètres dans l’église paroissiale de Barisis pour unir ta destinée à Jean Rossignol, vingt ans tout juste, pas peu fier de s’établir. 

Outre votre jeunesse vous avez en commun de ne plus avoir vos parents mais une importante fratrie, cette alliance n’est pas la première entre vos deux familles. 

Toi Marie tu es fille de défunt Antoine Pierpont et de feue Catherine Leclerc et ton Jean est fils de défunt Jean Rossignol et de feue Marie Blanchard.

Tu accouches de Charles en 1696 qui ne vit qu’une semaine hélas, et d’un garçon ondoyé à la hâte par la sage-femme Marguerite Dauthuille en 1702, là encore ton époux signe l’acte d’inhumation. Heureusement votre fils Jean Antoine et votre fille Marie Catherine sont des enfants plus costauds qui égayent votre foyer en 1699 et 1703.

Tout bascule un 16 février 1705, Jean Rossignol ton époux s’éteint à trente-trois ans à peine, et te voilà veuve à la trentaine avec deux petits sur les bras. Je subodore le clan des frères Rossignol de t’avoir épaulée, et ne doute pas de ton courage.

Un grand silence de ta part dans les registres pendant 19 années et puis une surprise : j’écarquille mes yeux en découvrant un remariage tardif. Le 25 janvier 1724 tu convoles avec Jean Martin veuf de quelques mois avec 2 grands enfants.

Lui demande à son frère François Martin et à son fils Antoine de lui servir de témoins, et toi Marie tu choisis Alexis Rossignol ton beau-frère et ton fils Jean Antoine.

Et autre surprise ton nouvel époux trépasse le 12 février suivant, tout cela s’avère étrange.

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Que de supputations de ma part : un remariage par intérêt, lié aux suppliques d’un veuf qui cherche une ménagère ou une garde-malade, ou lié aux pressions d’enfants qui ne souhaitent plus t’héberger.

Mais non tu n’es pas brouillée avec les tiens puisque tu portes sur les fonts baptismaux ta petite-fille Marie-Catherine Tellier et ton petit-fils Jacques Philippe Rossignol en 1728 et 1732.

Tu as le temps de voir grandir plusieurs de tes petits-enfants, de s’occuper d’eux, tout en continuant à filer le chanvre au coin du feu, sans être flanquée d’un compagnon ronchon ou autoritaire.

AD 02 BMS Barisis extrait 1739 

Début 1739 ton temps est compté, tu reçois les sacrements de pénitence, du saint viatique et l’extrême onction avant de t’éteindre entourée des tiens le 1er octobre 1739 à environ 66 ans. Le lendemain ton fils Jean Antoine signe ton acte d’inhumation, tout comme Antoine Marchand et Jean-Baptiste Marlot un autre ancêtre, soit dit au passage, à la signature affirmée voire envahissante.

Tu es désignée comme veuve de Jean Rossignol, veuve pendant 34 années après 14 ans d'une union avec le père de tes enfants. Si peu remariée avec Jean Martin, que cette éphémère alliance est passée à la trappe.

Etonnante Marie Pierpont juste une dernière confidence : j’ai osé intituler une rencontre avec ta fille Dépoussiérer Marie-Catherine Rossignol



Sources 
- Image détail tableau Le Nain
©Washington National Gallery of Art
- AD 02 Barisis BMS
- Indices arbre Geneanet milou02


mardi 28 mai 2024

Un couple ordinaire

Une vie simple pour un couple ordinaire aux patronymes passe-partout : Jacques Dupont et Anne Martin, couple qui constitue cependant un maillon dans la chaîne de mes ancêtres dans un village de l’ancien Laonnois, aujourd’hui dans l’Aisne.

Regardez cette vieille carte, cherchez leur lieu de vie : Barisis, à l’écart des grandes routes, à proximité de Saint-Gobain et de Coucy entouré de forêts. Chanvriers, tisserands, fileuses, laboureurs, bûcherons et scieurs de long, ou garde-ventes se côtoient dans cette paroisse sous l’autorité de l’abbaye, dont les religieux administrent les sacrements et tiennent les registres.

Gallica Carte Cassini extrait sur Barisis 

Jacques Dupont (sosa 830), premier-né de Claude Dupont scieur de long et Marie Magnier est baptisé le 9 décembre 1696, tout juste âgé d’un jour, entouré de son parrain Jacques Henry et Marie Magdeleine Magnier.

Il grandit avec ses cadets Antoine, Charles, Marie et Pierre sous l’autorité bienveillante et ferme de ses parents, espérons le, sa famille élargie n’est pas connue.

Anne Martin (sosa 831), dernière-née de Claude Martin et Charlotte Hauteur, est portée sur les fonts baptismaux le 2 mars 1699 par Anne Antoinette Richemont et Pierre Jonquoy au nom de Louis son fils.

Si elle partage ses jeux ou contraintes avec sa sœur Marie et son frère Pierre, cela ne peut être le cas avec son grand frère Jean : dix-sept années les séparent. Anne se retrouve orpheline de père très vite, leur mère aidée par son grand fils et soutenue par son frère Jean Hauteur doit faire face au quotidien et lutter pour leur survie.

Les familles ont courbé l’échine pendant le grand hiver de 1709-1710, luttant lors de la disette des grains, ignorant peu ou prou la disparition du Roi Louis XIV en 1715, le temps de la Régence dans la jeunesse du Roi XV.

Et puis viennent les épousailles célébrées solennellement dans la petite église paroissiale le 14 juin 1721. Le marié, sous l’autorité de son père Claude Dupont, a comme témoins ses frères Antoine et Charles, la mariée est assistée de son oncle Jean Hauteur et de son beau-frère Antoine Martin, bien que non citées les mères doivent être présentes.

AD 02 Barisis acte mariage 1721

La vie de couple de Jacques Dupont et Anne Martin s’étend sur une vingtaine d’années, arrivent au foyer quatre enfants : un petit Claude prénommé comme les grands-pères au destin inconnu, puis Marie Anne mon aïeule, Charlotte et Marie Magdeleine. Les filles grandissent.

Mon ancêtre Jacques, avec un père et un frère scieur de long, est-il aussi un homme du bois ? Les registres sont muets sur son métier.

AD 02 Barisis décès du grand-père en 1740

Sa malhabile signature figure seulement sur l’acte d’inhumation de son père Claude en 1740 et celui d'Anne son épouse en 1741, touchant témoignage lors de tristes événements. Le grand-père et sa bru sont décédés dans leur maison et ont reçu les derniers sacrements.

AD 02 Barisis décès d'Anne en 1741

Veuf de cinq mois Jacques s’éteint la même année que son épouse en 1741, leur fille cadette disparait peu après.

Entre 1739 et 1741, vent, froidure et pluie sévissent en France et en Europe : les faux dégels causent bien du dommage sur les terres ensemencées, s’en suit disette, sous alimentation et épidémie.

Rassurez vous Marie-Anne Dupont et sa sœur Charlotte survivent, un grand oncle Jean Hauteur et un oncle Antoine Dupont veillent sur elles et tentent de les établir.

Une trace ordinaire, pour un couple simple, un peu moins ignoré.


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Sources
AD 02 Barisis BMS
Indices Geneanet milou02 

samedi 18 mai 2024

Claude Dupont scieur de long

En piste pour une rencontre ancestrale à Barisis aux Bois, dans l’Aisne actuelle, commune lovée dans un écrin de forêts où se cachent de nombreux ancêtres : Claude Dupont (sosa 1660) a les oreilles qui bourdonnent avec ces quelques lignes.

Trace est gardée de son passage sur notre terre dans les registres paroissiaux, fils des défunts Robert et Jeanne Dauthuile, dans la petite église paroissiale, Claude âgé de 27 ans est solennellement marié le 14 novembre 1695 avec Marie Magnier ou Meunier (sosa 1661) veuve de 34 ans.


Débarquent au foyer Jacques (sosa 830), Antoine, Charles, Marie et Pierre, trace est gardée de leurs baptêmes entre 1696 et 1704, l’aîné est mon lointain grand-père.

Le temps file, Claude Dupont assiste aux mariage des quatre aînés, le temps s’arrête trop tôt en 1727 pour son épouse Marie, mais sa vie continue après ses secondes noces avec Yolaine Pannequin veuve.

Son temps s’achève le 24 décembre 1740, muni des derniers sacrements, entouré des siens, fils et petits-fils émargent son acte d’inhumation le même jour veille de Noël. Il était scieur de long, âgé d’environ 70 ans.


Gallica extrait planche sur le scieur de long

Quel métier épuisant que celui de mon aïeul Claude, métier reconnu en tant que tel depuis le 15ème siècle, exercé en itinérance à travers tout le Royaume de France, où en sédentaire dans son cas, savoir-faire transmis de génération en génération.

Sa tâche, avec d’autres compagnons, vise à transformer un tronc en planches. Le doleur avec une hache équarrit la pièce de bois, puis trace une ligne de coupe avec une corde trempée dans un mélange de cendres et d’eau qui laisse une ligne noire sur le tronc.

La scie de long ou scie à déligner est une grande scie à refendre le bois, conçue pour couper le bois dans le sens du fil de bois, ses dents affutées agissent comme un petit rabot qui retire un copeau.

Cette lourde scie est maniée par deux personnes : le chevrier qui se trouve debout en haut de l’échafaudage et le renardier qui se trouve en dessous et se protège ses yeux de la sciure par un grand sac ou un chapeau. Le chevrier remonte la scie, qui descend ensuite de son propre poids, aidée par l'impulsion du renardier.

Un travail d’équipe que celui de scieur de long, du matin au crépuscule, pour Claude Dupont, ses compères, et ses fils.

Travail judicieusement observé et mis en mots choisis et termes ciselés par un chansonnier et poète du 19ème siècle Pierre Dupont, amoureux du Forez, terre de scieurs de long, ceux qui partaient dans tout le pays, je vous propose d'écouter le poème sur le scieur de long. 


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Retrouver son fils Jacques 


Sources 
AD 02 Barisis BMS et Geneanet pseudo milou02
Pierre Dupont 1821-1870 Chansonnier et poète 
Poème extrait de Chants et chansons, poésie et musique volume 4 


samedi 20 avril 2024

Révérend Rémy Vernier chanoine

Bien m’en a pris de ne pas laisser au bord du chemin, Révérend Messire Rémy Vernier chanoine et prêtre, lointain grand-oncle à la douzième génération dans une famille enracinée en terre de Savoie à Montvernier.

Révérend Messire Rémy vous êtes fils de feu Hugues Vernier et de Jeanne Humille avec deux frères aînés et deux frères cadets, en fait foi un précieux partage. Cinq garçons arrivés à l’âge adulte en ce milieu du 17ème siècle et aussi trois filles dont une seule se marie.

Votre acte de baptême a disparu, comme celui vos cadets car situé entre 1640 et 1646, tandis que trace en est gardée pour les baptêmes de vos sœurs.

Dois-je penser à des jeux partagés avec vos frères Jean Cosme, Philippe, ou avec Jean et François tous deux mes ancêtres, ou plus sûrement des travaux et tâches adaptés à vos âges respectifs dans ce village de montagne où orge et seigle sont semés, la vigne cultivée et les vergers présents.

© Montagnicimes Montvernier et la vallée 

Où avez-vous appris à lire et à écrire, car à votre époque Montvernier n’a pas d’école créée à l’initiative de l’assemblée des villageois, ou par une fondation d’une œuvre pieuse. Certains parents se cotisaient peut-être pour payer un maître quelques mois de l’année, mystère. Vous n’avez pas pour autant pas échappé aux cours de catéchisme du prêtre, a-t-il noté votre propension à la piété, votre intelligence, mystère.

A douze ans vous prenez le chemin du collège et séminaire de la Cité de Saint-Jean de Maurienne créé grâce aux dotations et libéralités faites par Monseigneur Pierre de Lambert, évêque de Maurienne en 1591, création incitée par le Concile de Trente de 1563 pour toute ville épiscopale.

Ce collège dénommé par la suite « Collège Lambertin » fournit un moyen facile de s’instruire aux jeunes gens de tous rangs et toutes conditions dès lors qu’ils sont enfant issu d’un mariage légitime.

Au départ les professeurs doivent être pris dans les rangs du clergé ou à défaut des laïcs suffisamment instruits, un ecclésiastique connaissant bien la musique leur est adjoint.

Le programme de vos études porte sur la grammaire, la philosophie, la rhétorique, et les humanités, sans omettre les exercices spirituels, prières et messes dans la proche cathédrale, certains de vos condisciples deviennent notaires, avocats, apothicaires ou médecins.

Après les études, l’état clérical vous attend avec une ordination à une date inconnue, tout comme votre lieu d'affectation comme prêtre.

Vous êtes prêtre et parrain en 1679 et 1682 à Montvernier lors des baptêmes de deux neveux, baptêmes qui témoignent de vos liens familiaux : Rémy fils de votre frère Philippe et Rémy fils de votre frère Jean Vernier.

Révérend Messire Rémy je confesse être parti à votre recherche par le biais de votre second filleul, mon ancêtre disparu assez jeune, et son surprenant inventaire après décès citant un sac d’actes notariés et le contenu des livres empilés dans un précieux coffre. Je subodorais alors un legs à l’énumération des titres édifiants.


Ces livres, vos livres, s’avèrent être en rapport avec votre position tels le catéchisme du Concile de Trente, le triomphe de la Croix, l’examen et la censure des bibles, le bon curé, le guide du pécheur. A côté de la philosophie universelle, les épitres choisis de Cicéron, l’art de la rhétorique, voisine le Parfait Notaire.

J’avoue m’être étonnée et renseignée sur deux titres :

- les remèdes charitables de Madame Fouquet, pour guérir à peu de frais toutes sortes de maux tant internes qu’externes, invétérés, qui sont passés jusqu’à présent incurables.

Marie de Maupéou épouse de François Fouquet magistrat au Parlement de Paris, mère de nombreux enfants dont Nicolas Fouquet surintendant des finances du Roi Louix XIV, avait une grande connaissance de la médecine des simples et confectionnait elle-même de nombreux remèdes qu’elle administrait à ses protégés.

- les secrets du Révérend Seigneur Alexis Piémontois contenant excellents remèdes contre plusieurs maladies, plaies avec la manière de faire distillation, parfums, confitures, teintures, couleurs traduit de l’italien.

Avez-vous tenté de soulager vos paroissiens et contemporains. à défaut de devenir apothicaire ? 

Et puis un jour vous avez rejoint le vénérable chapitre de la Cathédrale de Saint-Jean de Maurienne en tant que chanoine, une docte assemblée de près d’une vingtaine de personnes, assemblée croisée dans la salle capitulaire à l’occasion d’une quittance faite à Jean et François Vernier vos frères mes ancêtres.

© Wikipedia Stalles du chœur de la cathédrale de St Jean de Maurienne

Chanoine, vous disposez d’une stalle dans le chœur de la cathédrale, sur les hauts dossiers alternent apôtres, prophètes et saints populaires, sous l’assise relevable du siège une précieuse miséricorde sculptée d'un mascaron vous rend moins pénible la station debout pendant les nombreux et longs offices.

***
Révérend Messire, le 30 janvier 1699, le notaire vient dans votre maison capitulaire pour établir votre testament nuncupatif car vous êtes détenu de maladie dans votre lit, sain toutefois d'esprit de mémoire et d'entendement. Vous souhaitez disposer des biens qu'il a plu à Dieu dans sa divine bonté de vous prêter dans ce monde.

Après avoir fait le signe de la Croix, recommandé votre âme à Dieu le créateur, souhaité l’intersession de la glorieuse Vierge Marie, de tous les Saints et de votre bon ange gardien par Saint Rémy votre patron, vous dictez à Maître Berger vos desiderata.

Vous prévoyez la sépulture de votre corps dans les tombeaux des Révérends Chanoines de la cathédrale, et pour les funérailles vous vous en remettez à la volonté de vos héritiers, entendant néanmoins qu'il ne soit pas dérogé aux solennités accoutumées dues à votre égard.

Vous donnez 700 florins au chapitre de la Cathédrale pour la fondation d'autant de messes que le Vénérable Chapitre des Révérends Chanoines jugera à propos de faire célébrer annuellement et à perpétuité pour le salut de votre âme, somme que vos héritiers devront s’acquitter une année après votre décès. Un legs de 10 florins est prévu pour Monseigneur l’Evêque payable six mois après votre décès.

***
S’agissant de la dévolution de vos biens terrestres, permettez très lointain grand-oncle de m’en tenir à votre second testament, daté du jour d’après soit le 31 janvier 1699. Je ne sais si la nuit vous a porté conseil et les raisons de votre revirement.

Toujours est-il que vous maintenez le legs de 300 florins pour les enfants de votre frère feu Philippe Vernier, payable deux ans après votre décès sans intérêts, moyennant vous les excluez du résidu de votre hoirie.

A votre nièce Marie Vernier fille de votre frère François, vous léguez 400 florins payables une année après son mariage. Marie âgée de vingt ans est mon ancêtre, future épouse de Joseph Deschamps.

A vos nièces Françoise et Jeanne filles cadettes du même François, le legs est réduit de 400 à 200 florins, soit 100 chacune payables une année après leur mariage.

Vous donnez et léguez à vos deux neveux François Vernier fils de feu Jean Cosme et Rémy Vernier fils de Jean la part de bâtiments, place, vergers de Montvernier, 4 quartellées de terre vers la croix des Rameaux vers Montbrunal, plus des vignes.

Pour tout le reste vous nommez comme héritiers universels Jean et François Vernier vos frères par parts égales, et prévoyez des clauses de substitution, si François décède sans héritier mâle, et si vos trois nièces meurent sans enfants, leur part sera réversible sur les autres héritiers mâles.

Désormais Révérend Messire vous êtes en paix avec vous-même, après avoir exprimé vos préférences avec différents liens familiaux. Le temps vous est cependant compté, au mois de mars 1699 votre présence est attestée dans une séance du chapitre cathédral, mais en juin 1669 Claude Roche, prêtre de Villarembert, vous remplace et devient chanoine, le Seigneur vous a rappelé à Lui entretemps.


Je confesse avoir apprécié vous découvrir à travers différents actes notariés, vous êtes un lointain collatéral, un collatéral-clé à plusieurs titres, dont les legs à vos nièces toutes filles de votre frère François qui me confirment l'alliance de celui-ci, je vous en remercie très respectueusement. 


A suivre

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Sources 

AD 73 Tabellion Saint-Jean de Maurienne
            1699 2C 2436 vues 208 et s
Gallica Histoire du collège Lambertin par l'abbé Rambaud
Gallica les deux livres cités
Google Books Travaux de la SHAM
             Chapitre de la cathédrale


samedi 6 avril 2024

Jean et François Vernier en la salle capitulaire

Dans le sac de titres de l’inventaire après décès de mon ancêtre Rémy Vernier feu Jean établit en 1725, une quittance a attiré mon attention vu les protagonistes concernés.

Me voilà donc en compagnie de Jean et François Vernier frères et fils de feu Hugues comme indiqué dans un partage de 1708, tous deux mes ancêtres soit dit au passage, et bonjour les implexes dans le village de Montvernier en Savoie.

Là en ce 5 février 1700, Jean et François ont pris la route pour la Cité de Saint-Jean de Maurienne, anxieux des formalités à accomplir, enveloppés dans des houppelandes pour lutter contre le froid, sans un regard sur les beaux sommets enneigés.

© Wikipedia Cloître Cathédrale St-Jean de Maurienne 

Ville active de 2000 âmes environ, située sur une voie de passage, s’y côtoient journaliers et laboureurs, domestiques, artisans et commerçants, procureurs et notaires, sans oublier un important clergé. La Cité s’enorgueillit d’un bel ensemble cathédral dont la construction démarra au XIème siècle, l’évêque y est entouré de nombreux chanoines.

Préoccupés, Jean et François Vernier, une fois la cathédrale traversée, se laissent guider sans s’attarder dans le cloître canonial aux baies trilobées en gypse. On les attend dans la salle capitulaire, lieu privilégié de la communauté canoniale.

En ce 5 février 1700, assemblé au son de la grande cloche en la manière accoutumée, le très Vénérable Chapitre de l’église cathédrale de la Cité de Saint-Jean est au complet face à mes ancêtres intimidés par ces doctes personnages.

Le notaire ducal énumère les patronymes des Révérends Messires tous prêtres et chanoines Nicaise Coste en premier et ensuite treize commensaux (1), trois chanoines absents sont excusés.

La mission du notaire consiste à rédiger une quittance pour honnêtes Jean et François Vernier frères de Montvernier passée par le Vénérable Chapitre de la cathédrale de Maurienne

« Faisant les Révérends Chanoines de ladite Eglise lesquels de leur gré tant en leur nom que des autres des Révérends Chanoines absents,

Ont confessé et confessent avoir reçu d'honnêtes François et Jean Vernier frères de Montvernier ici présents et acceptant, pour eux et les leurs, en qualité d'héritiers de Révérend Messire Rémy Vernier leur frère quand vivait prêtre et chanoine de la même église,

Savoir la somme de sept cents florins monnaie de Savoie à eux léguée par feu Messire Chanoine Vernier pour la fondation de messes par son testament du 31 janvier 1699. »

Voilà donc la présence de mes ancêtres dans ce lieu particulier explicitée et les liens familiaux mis en exergue.

« Icelle somme présentement et réellement délivrée par les frères Vernier de vingt-cinq louis d'or de bon or sur le pied de vingt-sept florins six sols étant communs six écus de France à raison de sept florins aussi …»

Blason de St-Jean de Maurienne 
Ciel, une valse entre le florin monnaie de Savoie, les louis d’or et écus monnaies de France, révélatrice des échanges et usages !

Tout cela a été compté par les Révérends Chanoines puis retiré et porté dans le dépôt du chapitre en présence du notaire, et quitus est fait à mes ancêtres. Ouf le compte est bon.

Le Vénérable Chapitre s’engage à célébrer et faire célébrer les messes perpétuelles pour l’âme du Chanoine Rémy Vernier, n’a-t-il pas commence le 1er juillet 1699 selon son souhait. 

Maître Berger notaire du diocèse de Maurienne recueille les signatures de deux des chanoines au nom des leurs, Jean et François Vernier ne sont pas en mesure de le faire.

Mes ancêtres savaient ils que le blason de la Cité : d'azur à une main droite bénissant d'argent comportait trois doigts en référence à la relique de Saint-Jean-Baptiste conservée dans la cathédrale ? Leur frère Rémy certainement, il me reste à dénicher son testament.  

Un peu de curiosité et un pan de vie ancestrale et religieuse s'esquisse. 



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N.B 
(1) Liste des chanoines présents : Nicaise Coste, Antoine Bonivan, François Desains ? Antoine Dalbert, Jean-Baptiste Tardy, Pierre Jacques Platé, Vincent Marcoz, Bernard Didier, Jacques Grange, Joseph Collomb, Félix Thomas, Claude Milleret, Jean-Baptiste Martin, Claude Roche

Sources 
AD 73 Tabellion Saint Jean de Maurienne
1700 2C 2440 folio 711 vue 113/452 

samedi 23 mars 2024

Un acte d'hiverne

Le ciel est bleu, l’herbe verte, mais pas toute l’année, mon ancêtre Jean Vernier feu Hugues est préoccupé et me fournit une archive insolite pile poil dans le généathème de mars de l’association Geneatech.

Direction la belle Maurienne en Savoie et le village de Montvernier au début octobre de l’an de grâce 1701, Jean Vernier manque de place dans son étable pour une de ses vaches, soucieux du bien-être animal et de son capital, il veut lui trouver un hébergement pour l’hiver.


Jean Vernier a barjaqué, enfin causé avec un dénommé Pierre Durieu feu Michel qui dispose de place pour la vache, et lui jure qu’il fera tout comme pour les siennes et lui propose de toper dans la main en guise d’acquiescement.

Mais mon ancêtre Jean Vernier, tatillon et prudent, préfère que l’affaire soit conclue devant le notaire avec un acte d’hiverne.

« Acte d’hiverne pour honnête Pierre feu Michel Durieu l’an mille sept cent et un le second octobre par devant moi Notaire ducal soussigné, et présents ci-après nommés et personnellement établis

honnête Pierre feu Michel Durieu de Montvernier lequel de son gré pour lui et les siens, déclare et confesse tenir, et promet tenir à honnête Jean feu Hughes Vernier dudit lieu présent et acceptant pour lui et les siens, savoir une vache poil rouge d’environ trois ou quatre veaux en hiverne

et icelle promet de nourrir pendant tout l’hiver jusqu’à la Saint Claude prochaine comme les siennes propres

et icelle promet rendre audit Vernier à la Saint Claude en bon état.. »

Maître Bonivard ajoute des formules de réserve pour les impondérables, et recueille entre ses mains les serments des deux parties à l’acte d’hiverne. Non mais c’est sérieux tout cela, deux témoins sont présents bien sûr.

Jean Vernier mon aïeul est rassuré sa vache rouge passera la mauvaise saison dans un lieu propice sous bonne garde jusqu’au 6 juin en principe. La terminologie « vache de trois ou quatre veaux » donne une indication de l’âge de la bête, 4 ou 5 ans a minima. 

La généalogie, les archives et la vie montagnarde avec ses us et coutumes. 




Source 
AD 73 Tabellion Saint Jean de Maurienne
1701 2C 2446 vue 466

samedi 16 mars 2024

Les pépites d'un partage

Là dans l’hiver, ils ont décidé de régler cette histoire de partage, allées et venues entre maisons, hommes qui se déplacent et lorgnent le bâti, gestes des bras et hochements de tête approuvant ou déniant, tant des intéressés que des intermédiaires.

Bref le rendez-vous ancestral se déroule à Montvernier en Savoie le 27 février 1708, en présence du précieux notaire local Louis Dupré, l’acte de partage est à la fois une chronique généalogique et une tranche de vie,



Dès le préambule mes yeux papillonnent « étant ainsi que par les partages verbaux entre feu Révérend Messire Rémy Vernier, Jean Vernier et François Vernier et feu Philippe Vernier tous frères et enfants de feu Hugues Vernier, et encore François feu Jean Cosme Vernier fils audit feu Hugues Vernier… »

Apportée su plateau, voilà une fratrie de cinq frères, tous fils de feu Hugues Vernier, dûment estampillée par le notaire.

Notre ancêtre Jean Vernier est bien entouré, dans ce partage il intervient pour le compte de son fils Rémy déjà marié, face à son neveu François Vernier feu Jean Cosme, tous deux sont cohéritiers de leur frère ou oncle Révérend Messire Rémy Vernier.

Le notaire souligne « qu’il reste encore à partager les bâtiments de feu Rémy Humille avec le jardin devant lesdits bâtiments. » Tiens voilà encore un Rémy, à situer dans l’arbre généalogique.



- Oui confirme Jean Vernier, il me revient le quart pour mon fils, et les trois-quarts concernent mon neveu François.

Mine interrogative de Maître Dupré, donc avec l’entremise d’amis communs vous avez négocié ce partage, précisez moi bien ce que vous avez convenu. Je vous écoute afin de formaliser l’acte.

- Oh pour moi, énonce Jean notre ancêtre, me revient le grenier de pierre et son serre-tout qui jouxte ma grange. Puis au-dessus du plancher de ce grenier de pierre, le grenier de bois revient à mon neveu, car il fait partie de sa grange.

- Oui, oui opine ledit François neveu.

- Ensuite, ajoute notre aïeul Jean, pour le jardin me reviennent trente toises selon les bornes mises du côté de mon pré, le reste de jardin est pour François. La haie au-dessus du jardin m’appartient.

- Là François souligne que son oncle ne peut pas planter de noyer et qu’ils ont décidé de limiter la hauteur des haies à quatre pieds.

De plus j’ai droit à la moitié des fruits d’un poirier qui est à la tête du jardin sur la part de Jean mon oncle, qui ne doit pas couper les branches tant qu’il y a des fruits.

Sourcil relevé du notaire, sa patience diminue-t-elle ?

- Faut inscrire, ajoute Jean notre ancêtre, « moi et les miens conservons toujours le passage libre par devant les bâtiments pour s’en servir comme bon lui semble, et comme par le passé les ruelles demeurent communes. »

Régler les droits de passage j’adhère, mais je m’étonne face à l’exigence de Jean de laisser pendant sa vie une cuve qu’il a dans le serre-tout de son neveu.

- Ledit François n’est pas en reste, car il tient à pouvoir bâtir sur le grenier de pierre de son oncle « sans poser des emportes sur les angles des murailles dudit grenier pour faire voûte, si bon lui semble, sans qu’il puisse néanmoins endommager le couvert de la grange dudit Jean. »

Sacrebleu qui est le plus tatillon, et le plus exigeant ?

Bon ce n’est pas tout, les biens partagés s’avèrent de valeurs inégales, au détriment de notre ancêtre, François pour sa soulte donne à son oncle sa part d’un pré situé à La Bachillière qui vient de l'aïeul Hugues.

Ouf, les modalités du partage sont bouclées, la plume du notaire court encore un bon moment pour noter cette chronique familiale et patrimoniale.

François Vernier le neveu, chez qui l’acte est passé, sait signer contrairement à Jean Vernier notre ancêtre. Cette scène villageoise, outre le patient notaire, s’est déroulée en présence des témoins et amis communs Michel Humille Gonnet et Joseph feu Antoine Dussuel.

Pas si anodin ce partage qui fourmille de pépites, donne un indice avec Révérend Messire le frère et oncle : un prêtre vu la qualité déclinée, celui dont les livres à connotation religieuse figurent dans le surprenant inventaire de son neveu Rémy. 

 


Retrouver cette famille

Qui êtes-vous Jean Vernier

Le temps des épreuves

Un surprenant inventaire

En la salle capitulaire 

Révérend Rémy Vernier chanoine 



N.B. le serre-tout est une pièce de débarras


Sources

AD73 Tabellion Saint Jean de Maurienne 

1708 2C 2460 vue 126

Relevé GénéMaurienne

Généanet arbre pseudo lepontin

et arbre pseudo montvernier 

 



vendredi 8 mars 2024

Un surprenant inventaire

En quarante-huit heures Dominique Humille notre aïeule s’est retrouvée veuve de Rémy Vernier feu Jean, et désignée tutrice de trois garçons, il lui reste encore à subir l’épreuve d’un loyal inventaire.

Pour tout généalogiste, l’inventaire après décès est un acte notarié particulier, un temps suspendu où on pénètre en catimini dans la maison de ses ancêtres, découvre la configuration des lieux, les meubles et objets du quotidien, les immeubles, voire les dettes ou les créances.

Là-haut à Montvernier en Savoie, le 11 juin 1725, débarque Maître Dupré à sept heures du matin en la maison des hoirs de Rémy Vernier, dûment muni d’encre, de plusieurs plumes d’oie et de feuilles de papier. L’inventaire détaillé se poursuit le lendemain et comporte quatorze pages et demie du minutaire notarial, feuillets dépassant le format A4 contemporain et flirtant avec le format A3. 


Le notaire royal collégié rappelle en préambule que l’inventaire après décès est effectué au bénéfice des enfants mâles mineurs et pupilles Michel âgé de quatorze ans, Joseph âgé de douze ans, et Dominique âgé de huit ans (mon ancêtre).

La mère désormais tutrice déclare ne rien cacher et dire tout ce qui est vrai.

Maître Louis Dupré cite trois témoins tous honorables :
- Jean feu François Tronel
- Joseph feu Jean Louis Deschamps (bonjour lointain grand-père)
- Jacques feu Jean Louis Roux.

De même, il intervient avec l’assistance des plus proches agnats et affins tous honorables ;
- Joseph feu Michel Humille oncle maternel
- Pierre fils de feu Philippe Vernier cousin germain
-Jacques et Pierre frères enfants de feu Michel Durieu cousins germains dudit feu Rémy.

Excellente idée de préciser les parentés et précieux indices qui vont permettre d’avancer dans mon arbre.

La visite commence dans la cuisine avec pour mobilier
- un buffet à deux portes de bois blanc tout à fait usé,
- une tablette de noyer avec ses montants de bois blanc et un tiroir, le tout de peu de valeur,
- deux bancs de bois blanc de peu de valeur
- une arche de fayard contenant environ 30 quartes (un coffre)
- une forme de lit de bois blanc,
- deux petits chenets de fer et un petit soufflet,
- une crémaillère à trois jambes et sept boucles.

Côté déco : un petit bénitier en étain commun et un chandelier en laiton, ainsi que deux lampes.

Pour préparer les repas et s’alimenter :
- une poêle à feu et deux poêles à frire,
- un grand mortier de pierre,
- deux poches dont une percée de fer (louche)
- un seau de bois à tenir l'eau et son bassin assez bon,
- un bronzin de cuivre, et un bronzin de métal,
- deux chaudrons, et deux marmites ont une avec son couvercle,
- deux pots à feu de métal,
- neuf plats d'étain commun et huit assiettes,
- trois salières d'étain, deux pots d'étain, huit colliers d'étain,
- huit tranchants, huit écuelles de bois et un couteau,
- un faissellier et une faisselle, deux pots de terre à tenir le beurre.

Mais encore des objets divers :
- un récipient de bois blanc contenant environ 24 quartes,
- deux petits achons et un gros,
- une caisse assez bonne de cuir,
- deux paires de cordes et un filet,
- une faux, deux faucilles, et une pelle assez bonne,
- un petit joug avec ses courroies et un joug collé ferré,
- un van et un crible. et aussi un marteau. 

 © Photos Musée Savoisien

Sur les talons du méticuleux notaire, l’inventaire se poursuit dans la pièce dite le poêle en Maurienne avec pour mobilier :
- une grande table de noyer avec son montant de bois blanc,
- un banc de bois blanc,
- une chaise rapetassée et tout à fait usée et quatre sièges de noyer,
- une forme de lit de bois blanc,
- une garde-robe de noyer à quatre portes et deux tiroirs, lesdites portes fermant à clef,
- trois coffres en bois blanc fermant à clé de différentes contenances dont un appartient à la veuve Dominique Humille.

Côté objets, j’ai sourcillé sur :
- un tableau sans cadre à l'effigie de Saint Rémy,
- un poids à peser l'or et l'argent, et un compas,
- une marque de famille : objet pour apposer une initiale ou un sigle sur les bêtes qui partent à l’alpage,
- un « baptisé » qui est en indivis entre tous les consorts Vernier, linge qui entoure le nouveau-né conduit à l’église pour son baptême.

Morceaux choisis du linge des coffres :
- deux nappes de toile ciré usées,
- deux nappes à grain d'orge mi-usées,
- deux pendants de lit mi-usés, et une vieille couverte de Catalogne,
- dix chemises du défunt mi-usées,
- douze draps de lits assez bon, dont sept appartenant à la veuve,
- quatre draps de couture neuf ou assez bon,
- sept serviettes et trois nappes assez bon.

Des espèces à savoir : trente-huit livres en argent de différentes monnaies provenant de la vente de froment et c'est pour servir au paiement des différentes tailles et usages de la maison.

***

Ensuite le notaire grimpe à l’étage et entre dans une chambre au-dessus du poêle, il repère deux coffres fermant à clé en bois blanc et en noyer. De même il répertorie des mesures de plusieurs contenances réservées soit au froment et au seigle, soit à la laine.

Puis dans les caves, Maître Dupré note un mauvais bachat à tenir du fromage (seau), un entonnoir pour baril, énumère des tonneaux et des barils de différentes contenances, avec deux ou un grand cercle, de peu de valeur. Il fatigue et je me déconcentre un tantinet.

Enfin à l’étable se trouvent :
une mule âgée d'environ deux ans, un bœuf, un petit bœuf, une vache d'environ huit veaux, une génisse d'une année, une chèvre et deux brebis.

***

Fin du premier acte pour la docte assemblée, et début de second acte avec l’inventaire des biens immeubles poursuivit courageusement par le notaire :

Donc à Montvernier, la famille de Rémy Vernier notre ancêtre habite au lieu-dit La Place dans un bâtiment consistant en la cuisine, le poêle et une chambre au-dessus, un galetas, avec deux caves, et au-dessous de la maison : un jardin et un peu de verger, une grange et une étable, tout cela au chef-lieu de la paroisse.

Tant au levant qu’au couchant, sont précisés les noms des propriétaires riverains.

Côté bâti plus haut, à Montbrunal au lieu-dit Mollaret, Rémy Vernier possède une grange et étable et sa part d'une maison, le tout tombant en ruine.

 

.***


Avec encore un peu de force, le notaire se lance dans l’énumération des terrains, et recense des parcelles de vignes mesurées en toises, avec chaque fois la précision des propriétaires riverains. A priori une bonne douzaine de parcelles dans les hoirs de feu Rémy Vernier notre ancêtre.

Ne soyez pas étonnés de la présence de vignes, bien qu’en altitude la paroisse est bien exposée.

Là se termine une dure journée.

Le lendemain dès six heures cette fois, en présence de la même équipe, Maître Dupré démarre, frais et dispos, la litanie des parcelles de terrain, trois quartellées par-ci, quatre quartellées par-là, confinée par etc etc etc  …. Il noircit plusieurs pages, comment fait-il pour se souvenir de tous ces terrains, aidé par les témoins et les membres de la famille certes.

A ce stade j’ai décroché, malgré tout l’intérêt que je porte à cette branche d’ancêtres, et faute d’avoir un stagiaire sous la main à faire trimer pour un beau tableau, vous échappez à l’ultime énumération.  

Rassurez-vous l’inventaire a été bouclé avec les formules adéquates et les signatures de ceux qui peuvent apposer leur griffe. Dominique Humille la veuve est soulagée de cette longue et pénible formalité, rejointe par ses trois fils, elle va assumer le quotidien. 


Cela vous dit deux bonus tirés des coffres : une friandise (enfin pour les généalogistes) et une énigme ?

D'un un coffre a été extrait un sac de titres contenant les actes notariés passés par Rémy Vernier ou son père Jean Vernier, pas moins de quarante-deux cottets, énumérés et cités dans le détail par notre professionnel notaire. Logiquement d’autres pans de vie devraient pouvoir être dévoilés.

Dans un autre coffre était planquée toute une bibliothèque, vingt-deux livres au total, je suis restée bouche bée à la lecture des titres édifiants. Juste un extrait et vous laisse méditer :
- le guide du pécheur,
- un antiphonaire,
- le catéchisme du Concile de Trente,
- le notaire parfait.

Dois-je me noyer un peu plus dans les registres du Tabellion pour éclaircir éventuellement certains mystères ? 
En attendant je m'esquive sur la pointe des pieds. 


A suivre 

Retrouver cette famille 


N.B
Un agnat est issu d'une même souche masculine
Un affin est un parent par alliance 
La toise est une mesure de longueur
La quartellée est une mesure de surface
Le grain d'orge est une étoffe croisée avec un dessin imitant le grain d'orge 
Le cottet est une numérotation utilisée en Savoie pour lister les actes notariés 

Source 
AD 73 Tabellion Saint-Jean de Maurienne 1725 
2C 2495 f 511 vue 558/586 et Relevé GénéMaurienne


vendredi 23 février 2024

Noces de coquelicot

Mine de rien, voici 8 ans, la Ronde des Ancêtres prenait son envol en sabots, galoches ou souliers s’apprêtant à déambuler sur les chemins de l’Aisne, de la Drôme et de la Savoie

Noces de coquelicot avec ma troupe malicieuse et cachottière.

Coquelicot, fleur chargée de symbolique ; amour ou souvenir, fleur de l’éphémère aussi, et par là appropriée à la généalogie.



Ma petite Ronde compte 147 billets à son actif sur 8 ans, et autant de fils de vie, avec 600 commentaires déposés par des lectrices et lecteurs sur le blog, sans compter ceux laissés sur des groupes de généalogie de Facebook. Je les en remercie.

Des billets n’ont pas décollé, certains présentent un score correct, et d’autres se sont envolés. Le mystère de la vie des billets côtoie le plaisir d’être contactée par des généa-cousins ou des personnes pour qui le récit résonne particulièrement.

Le métier de salpêtrier vous est inconnu : questionnez Louis Liénard de Barisis dans l’Aisne.
 
Le travail de la laine vous intéresse : questionnez  Abraham Barnier drapier à Chabeuil dans la Drôme. 

Le contrat dotal en Savoie et les subtilités d’un testament en Savoie vous interpellent : grimpez à Montvernier et voyez avec ma troupe Deschamps Jean-François ICI  et Joseph ICI

Savez-vous que lors de la réunion préliminaire avec mes ancêtres, j’ai eu droit à des murmures de contentement des élues ou élus, des grimaces de celles et ceux restés sur la touche, et des soupirs de soulagement pour les réticents à voir leur situation familiale ou leurs affaires d’argent dévoilées.

Lesdits ancêtres ont constaté mon éparpillement dans les recherches, noté le déblocage d’une branche dans l’Aisne, le repérage d’actes notariés pour les drômois, et mon addiction profonde aux registres des Tabellion en Savoie.

Après m’avoir suggéré de moins me disperser, et de m'organiser, tout en me faisant plaisir, lesdits ancêtres ont convenu de me garder comme secrétaire du blog.

Ouf j’ai passé l’examen des 8 ans et continue à dépoussiérer ces silhouettes de papier croisées dans des registres ou actes notariés.

Objectif : ralentir l’oubli.



samedi 10 février 2024

Le temps des épreuves

Trois gamins tassés dans un coin de la pièce jettent un regard inquiet sur le curé de Montvernier Révérend Alban André, et Maître Louis Dupré notaire du lieu, tous deux appelés auprès de leur père détenu de maladie dans son lit.

C’est l’après-midi du 30 janvier 1725 en plein hiver dans un village de montagne en Maurienne dans le duché de Savoie.

Le temps des noces remonte à près de 25 ans. Dominique Humille l’épouse se tord les mains, se penche angoissée sur Rémy Vernier frissonnant sur sa paillasse, le temps des épreuves commence.

Pixabay 

Notre ancêtre soucieux de sa famille et du devenir de son âme dicte ses dernières volontés au notaire ducal :

« De son gré, sain de ses sens et paroles, présent d’esprit et en bon jugement quoique détenu de maladie corporelle dicte son testament nuncupatif et à ses fins, en bon chrétien, après avoir fait le vénérable signe de la croix, recommande son âme à Dieu le créateur et qu’il soit intercédé auprès de sa divine majesté pour obtenir la rémission de ses péchés et le salut de son âme. »

Rémy Vernier prévoit cinq livres pour son luminaire ainsi que la célébration de six messes lors de son enterrement, et qu’il en soit de même pour la neuvaine et au bout de l’an

Selon la coutume du lieu, doit être offert l'aumône de pain accoutumée avec un pot de vin chaque dimanche, Et au bout de l’an, doit être faite une aumône générale aux pauvres du lieu qui se présenteront pour la recevoir, aumône comprenant douze quartes de seigle et douze d'orge, en pain cuit avec du potage.

De plus les vénérables confréries du Saint-Sacrement et du Rosaire doivent recevoir chacune la somme de trois livres payables par ses héritiers entre les mains des procureurs desdites confréries.

AD 73 Tabellion St-Jean 1725 extrait testament

Le testateur fait, la Dominique Humille sa femme, maîtresse et gouvernante et usufruitière, sans compte à rendre, de tous ses biens, en les utilisant pour nourrir, vêtir et entretenir ses enfants, moyennant leur travail et ce tant qu’elle mènera une vie chaste et honnête en son nom.

Il la nomme tutrice et curatrice, en faisant faire un bon et loyal inventaire

« Et parce que l'institution héréditaire universelle est le chef de tout testament, à cette cause ledit testateur a fait et crée institue, de sa propre bouche, nomme et veut être les héritiers universels spéciaux et généraux savoir Michel Joseph et Dominique ses chers fils et le posthume devant naître si c'est mâle, par parts égales.»

Tel est le dernier testament de notre ancêtre Rémy Vernier feu Jean, dont les sept témoins sont priés de garder en mémoire le contenu, et appelés à émarger le précieux acte notarié.

Homme usé, homme malade qui reçoit les derniers sacrements du prêtre, veillé par les siens, Rémy Vernier s’éteint a priori le 31 janvier 1725 âgé de 44 ans. Son ensevelissement est noté au 1er février dans le registre paroissial par le curé Alban André.

AD 73 Montvernier BMS extrait 1725

Affligée sans nul doute, quoique bénéficiant des solidarités familiales et villageoises pour tout le cérémonial des funérailles, Dominique Humille doit encore faire entériner son statut de tutrice et prendre la route ce même 1er février.

Entre Montvernier, village de montagne et la cité de Saint-Jean de Maurienne dans la vallée, avec un dénivelé d’environ 800 mètres et près de 9 kilomètres, il faut compter à pied plus de 2 heures de marche sous le froid avec un chemin enneigé.

J’ai vérifié les dates plusieurs fois, et me suis interrogée sur la réelle présence de Dominique Humille tout juste veuve, mais il semble que le notaire tenait à faire les formalités au plus vite, et le registre du Tabellion est formel.

Dans le duché de Savoie, les actes notariés sont enregistrés auprès du Tabellion le plus proche, et dans la cité de Saint-Jean se trouve une judicature-maje pour traiter des affaires civiles et criminelles et statuer en matière de tutelle.

AD 73 Tabellion St-Jean 1725 extrait tutelle

« Nous, Noble Pierre François Martin, Avocat au Sénat en la judicature-maje de Maurienne, à tous qu'il appartiendra, avoir faisons savoir que ce jour d'hui premier février mil sept cent vingt-cinq,

a comparu par devant nous en la cité de St Jean de Maurienne dans notre chambre d'étude la Dominique Humille veuve de Rémy Vernier de la paroisse de Montvernier,

laquelle nous a représenté que son mari par son testament du 30 janvier proche passé reçu et signé par Me Dupré notaire l'a nommée tutrice de Michel âgée de treize ans et demi, Joseph âgé de douze ans et Dominique âgé de huit ans leurs enfants pupilles,

laquelle charge a déclaré être prête à accepter, prêter serment, passer toutes les incombances en tel cas requis.»

« Suivant quoi nous … avons icelle Dominique Vernier (et non Humille !) établit, nommée pour tutrice des personnes et biens de Michel, Joseph et Dominique enfants pupilles de feu Rémy Vernier,

laquelle après lui avoir fait les remontrances (au sens de conseil) en tel cas requis, a promis et juré sur les Saintes Ecritures entre nos mains touchées, de bien et fidèlement verser en ladite charge de tutrice,

faire faire bon et loyal inventaire, s'en charger, en rendre bon compte, prêter le reliquat à qui appartiendra, et généralement exercer ladite charge à la forme du droit et des Royales Constitutions de Sa Majesté. »

« En tout quoi nous lui avons accordé acte et ordonné à notre greffier d’enregistrer notre décret. »

Trois journées douloureuses dans la vie d'une famille, trois journées éprouvantes pour Dominique Humille avec un retour de nuit dans sa paroisse, cette aïeule se doit d'être vaillante et courageuse. 

La lectrice attentive ou l'inconscient qui n'a pas pris la tangente avec les extraits de transcription, dispose d'un indice pour trouver le sujet d'un projet billet, à bientôt donc. 


Rémy Vernier et Dominique Humille sont mes ancêtres
 à la 11ème génération (sosas 1524 et 1525) 
et leur fils cadet Dominique est un lointain grand-père 





N.B. 
L'incombance est une charge, un devoir dont l’inobservation expose son auteur non à une condamnation, mais à la perte des avantages attachés à l’accomplissement du devoir, en cas de tutelle la perte de la qualité de tuteur ou tutrice 

Sources 
AD 73 Montvernier BMS 3E 362 vue 163
AD 73 Tabellion Saint-Jean de Maurienne 1725
2C 2495 vue 96 et 133