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samedi 11 septembre 2021

Sommaire enquête pour un baptême

Lacunes dans le registre : mots honnis et terreur pour le généalogiste, mais avez-vous pensé à la situation des intéressés de leur vivant ? Que devaient-ils faire pour prouver leur existence devant Dieu et les hommes ? Suivez le mode d’emploi du Révérend Cordel qui sortit de l’ornière Pierre Badin natif de Montgilbert en Savoie. 

Le mémoire du chanoine, en français, est inséré dans les actes en latin, il constitue un intéressant instantané sur une paroisse de mes ancêtres, en faisant certes abstraction de répétitions inhérentes à ce type d’acte

AD 73 Montgilbert BMS 
« Sommaire enquête faite par le RD Claude Cordel prêtre chanoine du chapitre d’Ayguebelle official du district du même lieu aux faits du baptême de Pierre à feu Georges Badin de la paroisse de Montgilbert 

L’an mille sept cent cinquante deux, et le douze février, au lieu d’Ayguebelle dans ma maison canoniale, et dans l’enclos du chapitre Sainte Catherine d’Ayguebelle, 

A comparu par devant moi, honnête Pierre à feu Georges Badin, natif de la paroisse de Montgilbert, et demeurant à la croix d’Ayguebelle, paroisse de Bourgneuf, 

lequel m’aurait représenté, qu’ayant fait chercher dans l’église paroissiale dudit Montgilbert, et aux archives dudit chapitre d’Ayguebelle, les registres de baptême de feu Rd Baptiste Didier vivant pour lors curé de ladite paroisse de Montgilbert, 

pour avoir une expédition de son baptême, dont il a grand besoin, tant pour gérer ses affaires, que pour espérir ? ses droits et prétentions, envers ses …? détenteurs de ses biens. 

Ses diligences recherches ayant été inutiles et, sur l’assertion qui lui a été faite, que les registres dudit feu Rd Didier ont été perdus et égarés, il m’aurait prié et requis de vouloir procéder à l’audition de deux témoins idoines, savant du fait, circonstances, et dépendant de son baptême, 

Et m’aurait à cette fin produit honnête Pierre à feu Catherin André et Barthélemy à feu André Rivet tous deux natifs et habitant ledit Montgilbert, témoins de probité et par moi connus, qui après serment dûment entre mes mains sur les saintes écritures, séparément touchées l’un après l’autre, et leur avoir expliqué l’importance d’iceluy, et les peines qu’encourent les parjures, tant en ce monde qu’en l’autre, ouï et examiné sur le baptême dudit Pierre Badin, 

Et promis et juré de bien fidèlement déposer et rapporter selon Dieu et conscience, et ont rapporté comme s’en suit : 

Savoir Pierre André dit et dépose qu’en l’année mille sept cent onze, le quinzième jour de janvier, ne se souvenant pas de l’heure mais bien du jour, à cause de la solennité que l’on fait ledit jour dans l’église du chapitre d’Ayguebelle en l’honneur de Saint Maur (1) où il y a une grande dévotion et concours de peuple, et où une grande partie des habitants de notre paroisse sont en coutume de se rendre, pour invoquer ce Saint, 

il vint au monde ce jour une enfant dont accoucha la Clauda Maillet femme dudit Georges Badin, mère dudit Pierre dont il s’agit, ce que sais de science certaine que l’on ait appelé de la part de la Clauda Maillet, la Françoise Durand qui était chez moi et qui étais venue pour se rendre en qualité de sage-femme ses charitables secours à ma femme qui avait aussi accouchée d’une fille, 

Et dit et rapporte que l’enfant dont accoucha la Clauda Maillet et femme dudit Georges Badin et dont il devait être le parrain, fut porté à l’église ledit jour et qui fut baptisé et appelé Pierre, ce que je sais précisément pour être leur plus proche voisin, et que le nommé Pierre Maillet dit Raton fut son parrain et que c’est le même qui est aujourd’hui en existence et qui m’a requis mon témoignage. 

Barthélemy Rivet dépose et rapporte, qu’étant ouvrier journalier me souvenir qu’étant allé aider à Georges Badin père dudit Pierre dont il s’agit, à battre son blé en l’année mille sept cent onze le quinzième jour que l’on fait fête au chapitre d’Ayguebelle où il y a une grande dévotion en l’honneur de St Bon et St Maur et où se rendent de toutes les paroisses voisines un grand nombre de personnes et notamment de la paroisse pour y implorer le secours du ciel par le mérite et l’intérêt de ce saint, 

j’entendis depuis la grange où je battais le blé depuis la maison beaucoup de bruit et des cris pitoyables dans ladite maison y accouru pour y voir ce que c’était, l’on me dit que la Clauda Maillet femme de Georges Badin venait d’accoucher d’un enfant que je vis entre les mains de Françoise Durand sage-femme de notre paroisse, que l’on portât baptiser à l’église, et dont le nommé Pierre Maillet dit Raton fut parrain, tout ce que dessus et rapporte, pour être savant du fait, et que ledit Pierre Badin vivant aujourd’hui est le même que j’ai vu naître, et qui a été baptisé par feu Rd Didier pour lors notre curé et autre dit ne savoir. 

Ensuite de quoi j’ai interrogé lesdits témoins pour savoir leur âge, profession, valeur de leurs biens et s’ils ne sont point parents, alliés, créanciers, débiteurs, ou domestiques des parties, et s’ils n’ont point commis pour rendre leurs dits témoignages 

Ont répondu savoir le Pierre André j’ai presque soixante et dix ans, j’ai environ dix mille livres en biens fonds, je suis encore un peu parent audit Pierre Badin mais de loin et pour de loin au 5e ou 6e degré sans savoir comment, je ne suis ni créancier, ni débiteur, ni domestique et je n’ai point été commis pour faire ma disposition 

Barthélemy Rivet j’ai environ septante ans, j’ai environ deux cent livres en biens fonds, je ne suis point parent, allié, créancier, débiteur ni domestique dudit Pierre Badin, je n’ai point été commis, ni par respect humain, ni par autre manière de rendre mon susdit témoignage. 

AD 73 Montgilbert BMS 
J’aurais fait lecture aux susdits témoins de leurs susdits témoignage et les ai interpellés s’ils veulent persister, ajouter ou diminuer et nous y persistons et pour être illettré de ce enquis ont chacun fait leur marque ordinaire, et moi soussigné ai mon office envoyé et expédié au présent audit Pierre Badin le requérant, 
A Ayguebelle, ce susdit douze février mille sept cent cinquante deux. » 

J’adore la formulation de la parenté entre le requérant et le premier témoin Pierre André fils à Catherin André qui est un lointain collatéral. 

Précieux sésame que ce mémoire valant certificat de baptême pour Pierre Badin, qui confirme formellement la perte des registres du Révérend Didier. 


Source
AD 73 BMS Montgilbert 3E 356 vues 159/160
http://www.archinoe.fr/v2/ark:/77293/0422d52bfaf9fb89


(1) le15 janvier est fêté Saint Maur patron des charbonniers et chaudronniers 
Disciple et successeur de saint Benoît, Saint Maur était abbé de Glanfeuil sur la Loire en Anjou

samedi 20 février 2021

Résoudre l'épine d'Anne Poty

Il n’y pas de problèmes mais que des solutions, m’assène Anne Poty sosa 89, ma lointaine grand-mère, puisque tu as bien fait une découverte sur ma famille grâce aux archives de Savoie, sur ton devoir de Geneatech, ce n’est pas écrit en présentiel comme vous dites depuis l’an 2020.

Anne, ma chère épine, j’ai bien franchi un portail, circulé entre les rayonnages des dépôts du Tabellion, ouvert les registres remplis d’actes notariés, virtuellement seul mode communicable pour les documents de votre époque, et aujourd’hui je remonte le temps pour vous rencontrer à nouveau.

Alors raconte-moi tes trouvailles, puisque tu es une de mes descendantes.

Mon interlocutrice, bonne septuagénaire, aux yeux gris, m’accueille à Montgilbert en Savoie, terre du roi de Piémont-Sardaigne en 1833 : elle est veuve de Denis Gay-Rosset sosa 88, feu François qui étaient cultivateurs.


Photo Pixabay 
Je vous connaissais en tant qu’épouse, mère de 4 fils :Thomas laboureur qui fut enrôlé dans l’armée napoléonienne, soigné à l’hôpital d’Udine et revint au pays, Blaise à peine incorporé décéda à l’hôpital du Séminaire, ensuite Antoine, et enfin votre fils François mon ancêtre qui se maria deux fois en 1832 dont avec Anne Rivet.

Tardivement je découvrais le nom de votre père Jacques, mais votre acte de mariage m’échappant je butais sur vos origines.

Bon, bon, venons au fait !

Je me doutais que vous veniez d’un autre village, hésitais à éplucher les registres paroissiaux d’alentour, optais pour les registres du Tabellion d’Aiguebelle où les notaires avaient l’obligation de déposer les copies de leurs actes et de s’acquitter des droits d’enregistrement.

Sur la piste d’un contrat de mariage, je ciblais deux-trois années et ratissais les répertoires des registres et – cris de victoire - lorsque je dénichais une quittance au nom de votre père Jacques Poty de Saint-Georges d’Hurtières de la part de François Gay-Rosset votre beau-père.

AD 73 Tabellion extrait de quittance

Oh que tout cela est loin murmure mon ancêtre, un tantinet nostalgique.

Merveilleuse quittance du 17 avril 1787 dont je ne résiste pas à lire le début à Anne mon ancêtre « Honnête François Gay-Rosset à feu Jacques, natif et demeurant à la paroisse Montgilbert, lequel de son plein gré en qualité de père et légitime administrateur de Denis Rosset son fils, icelui en qualité de mari et constitutaire de ladite Anne Poty sa femme, ainsi que par acte du 17 mai 1785 reçu par Brunier notaire, déclare d’avoir reçu de Honnête Jacques à feu Vital Poty natif de la paroisse de Boisset en Forez et de Jean Pierre à feu Jean Claude Nambollet natif de la paroisse de ??? en Alsace française et tous deux habitant la paroisse de St Georges d’Hurtières ….. ».

Stupeur, sans tremblements, voilà de nouvelles origines ! voilà la référence du contrat ! Qui est ce Jean-Pierre Nambollet ?

Et le brave notaire de Saint Alban des Hurtières de décrire la scène de la remise de la monnaie sonnante et trébuchante dans ce lieu de Savoie :
« Savoir dudit Poty la somme de cent cinquante livres que ce dernier a présentement compté en nombre écus neufs de France valeur de dernier édit et le surplus en bonne monnaie, et dudit Nambollet celle de cent livres qu’il a de même compté et nombré en vingt-neuf écus de France suivant la valeur du dernier édit et le surplus de même en bonne monnaie, lesquelles sommes vérifiées retirées et emboursées par ledit François Rosset devant moi notaire et témoins … »

Dans un soupir, énonce Anne Poty : je ne me souvenais pas trop de cela…
Et le contrat tu l’as déniché ma petite ?

Bien sûr, avec impatience je suis allée ouvrir le registre à la date du 17 mai 1785 d’autant que vous Anne et Denis votre futur étaient les protagonistes principaux.


AD 73 Tabellion extrait contrat de mariage
Là le notaire qualifie toutes les personnes d’Honorable, l’aspect financier s’éclaire Jacques Poty feu Vital constitue une dot de 150 livres pour sa fille, et Jean-Pierre Nambollet feu Jean Claude constitue une dot de 100 livres pour sa nièce. Le père et l’oncle deux intervenants qui savent signer.

A ce stade Anne Poty votre ascendance sortait des brumes : un père, un grand-père, un oncle tous originaires du Royaume de France.

Dans tes papiers ma petite le trossel était bien précisé ?

Oui, le notaire détaille : « 5 douzaines de coiffes grandes et petites, la moitié de bonne valeur, la moitié mi-usées, 15 chemises de toiles mêlées soit 8 neuves et 7 mi-usées, 7 tabliers de coton de marchand et d’indienne de bonne valeur, 6 autres tabliers journaliers de fil et laine 4 neufs et mi-usés … »

Vous savez Anne je réalise ma chance d’avoir des éléments tangibles venus du passé. Il faudrait m’expliquer les différences entre les paires de manches en ratine et les corps de manches en serge ou droguet.

Une de vos robes était en serge de Valence, l’autre en ratine, vos jupons étaient de toile de drap ou de coton de marchand ou de fil et laine. Vous aviez des paires de bas en laine ou de coton ainsi qu’une paire de souliers, des serviettes à la Venise. Votre oncle vous avez offert des draps de toile mêlée.

Allez, je n’oublie pas le coffre de noyer neuf fermant à clé, mais je ne voudrais pas vous ennuyer avec cette énumération ou vous fatiguer.

Pas du tout, rappelle-moi le jour de la bénédiction nuptiale dans mon village natal Saint-Georges d’Hurtières.

Oh, peu temps après le contrat, vous avez épousé Denis Gay-Rosset le mercredi 1er juin 1785, lui n’avait pas encore 19 ans, et vous aviez encore 29 printemps.


AD 73 Montgilbert baptême 
Rappelle-moi aussi l’année de mon baptême, tant de temps a coulé depuis.

Anne, votre baptême est inscrit au 19 octobre 1755 du registre paroissial de Saint-Georges d’Hurtières, fille de Jacques Poty et de Martine Bonfand, vous aviez pour parrain Jean Cordier originaire de Boisset diocèse du Puy en France, et pour marraine Anne Bonfand.

Martine Bonfand votre mère avait une sœur Anne votre marraine, et aussi une sœur Françoise l’épouse de Jean-Pierre Nambollet l’oncle qui a complété votre dot : fil renoué après d’autres recherches.

Anne vous n’êtes plus une épine généalogie, mais vous me restez chère, si peu de distance séparent Saint-Georges d’Hurtières et Montgilbert vos deux lieux de vie, il en est autrement pour Jacques Poty votre père dont la vie s’écoula entre le Forez et les Hurtières.

Au programme s’imposent le fil de vie de Jacques Poty et celui des proches de son épouse.

Se perdre dans les archives, avoir des réponses et d’autres questions, éternelles recherches captivantes, étonnantes : et je me déniche des racines dans l’ancien comté du Forez qui fut rattaché à la Généralité de Lyon.

Pages d’histoire à réviser, pages de vies en attente.


Pour retrouver Anne Poty et les siens 




Sources
AD 73 Montgilbert BMS
AD 73 Tabellion Aiguebelle 1787 2C 2185 folio 315
et 1785 2C 2182 folio 437
Mémoire des Hommes FM Thomas Poty 





samedi 13 février 2021

Mariage de raison ou d'inclination

Parlez-mois d’amour, dites-moi chers ancêtres le fond de votre cœur, c’est peu ou prou le thème du second défi d’écriture de Geneatch en cette semaine de Saint-Valentin. Transmission de secrets de famille, aucun : que d’interrogations malgré mes prières muettes aux unes et aux autres !

Allez en piste, je vous fais part de la déclinaison de mes impressions sur les unions de mes aïeux, enfin certaines.

Raison en 1698, lorsque Marguerite Claraz orpheline s’allie avec Antoine Gay-Rosset et acceptation pour ce dernier, son oncle Messire Louis Claraz chanoine à Aiguebelle en Savoie s’est préoccupé de son établissement, n’a-t-elle pas 1100 florins dans sa dot ?

Acceptation voire inclination pour Marie Ratel qui a plusieurs robes dans son trousseau  - mais pas trop de florins - lorsqu’elle épouse en 1711 Jean-Baptiste Parmier un jeune veuf, sans enfant, bâtier de son état. Elle n’aura pas de belle-mère à supporter mais un beau-père à servir outre son conjoint.


Image Pixabay
Invocation en Savoie de Saint Blaise guérisseur des maux de gorge, par les filles en quête d’un mari : « un mari s’il vous plaît, qu’il soit tordu, qu’il soit bossu, c’est tout pareil un monsieur et il m’en a donné un ! » pour avoir une position de femme mariée et pas délaissée, sous la pression de la communauté paroissiale.

Ou libation de vin bénit le 3 février à Montmélian par les garçons et filles pour se marier dans l’année.

Toujours en Savoie, au décès en 1702 d’André Durieu-Trolliet, la vie continua pour Jeanne Montaz-Rosset, émancipation pour cette veuve somme toute, elle mena sa barque, éleva ses enfants et géra ses biens.

Et si pour sa fille Benoîte Durieu mariée avec Louis Arbessier en 1721, on pouvait parler d’association, celui-ci ne prend-t-il pas toutes dispositions au cas où,  en homme organisé.

***

Du côté de l’Aisne, à Barisis obligation pour Antoine Mercier clerc laïc qui a trouvé du boulot et épouse en même temps la fille de l’ancien maître d’école, puis a priori inclination avec la jeunette Marie-Marguerite Barbançon  lorsqu'il convole  en 1738.

Pour Marie-Catherine Rossignol, veuve de Charles Tellier, hésitation et obligation en 1744 car Jacques Bleuet l'avait consolée de trop près, trahie par son fil de vie.

Séduction ou admiration réciproque de Jean-Baptiste Marlot charron et Marie-Barbe Daubenton la fille du garde-vente, couple dont je n’ai pas encore parlé ; lors de la déclaration de décès de son épouse bien que cité il oublie de signer, lui dont j’ai pisté moult fois le paraphe dans le registre paroissial.

***

Que dire, que penser des tractations pour les mariages dits « double » d’un frère et une sœur d’une famille avec une sœur et un frère d’une autre famille, pas de sous à verser ou de legs de parcelle, seulement le trousseau à constituer pour les donzelles.

Que penser de mon aïeule Catherine Replat qui à Modane en Savoie, veuve de Claude Replat, épouse en 1725 Charles Replat le neveu, ce que ne dit pas l’acte de mariage, le contrat de mariage le dévoile : tractations et obligation au menu.

Consolation rapide ou obligation pour les veufs avec de jeunes enfants, qui 20 ou 40 jours après l’ensevelissement de la jeune mère, convolent à nouveau devant le curé de la paroisse. C’est peut-être lui qui a suggéré de marier la - pas toute jeune Claudie- ou la -pas trop vieille Jeannette veuve- pour les sortir de l’ornière avec les gamins et le travail.

Tractations aussi pour l’étrange mariage de François Rosset en 1831 avec Martine Buet veuve d’un cousin, qui le laisse seul 3 semaines plus tard, et pas vraiment éploré  puisqu’il convole à nouveau la même année avec Anne Rivet avec inclination cette fois, espérons-le !


Rassurez-vous ils n’étaient pas de bois mes ancêtres ! au grand dam et épouvantable souci des prêtres : le problème des processions pour éviter les débordements : placer les jeunes filles en tête, les épouses ensuite, et la gent masculine enfin.


Autre hantise des prêtres en montagne, les occasions pour se rencontrer avec l’inalpage l’été où les contraintes sociales se relâchaient et diminuaient la surveillance des adultes, les travaux en commun, les longues soirées étoilées favorables aux simples amourettes « berger-bergère » préparant des fiançailles officielles ou relations pré-nuptiales.

Prêtres qui craignaient aussi les veillées hivernales où les parents trop pris par leur propre bavardage se préoccupaient moins de leur progéniture, celle-ci chantant, batifolant, voire profitant d’une chandelle éteinte par un courant d’air : baisers volés ou un peu plus !

Lorsque séduction, pâmoison ou affinités ; il fallait que le courageux séducteur, flanqué d’un ami, se présente un soir à la maison familiale de la belle, et gare si le père levait un tison du feu en le dressant dans la cheminée, qui signifiait un refus d’agrément. Un qui franchit ce cap fut François-Benjamin Eard puisqu’il épousa Marie-Marguerite Long en 1821 à Modane. 

***

Pour la conjugaison d’une opposition doublée d’une rébellion en Savoie, voyez du côté d’un père prudent et d'une fille courageuse, aventure véridique sortie d’une revue savante de Maurienne concernant des collatéraux cette fois.

Juste quelques réflexions, pas d’enquête exhaustive de satisfaction : parlez-moi d’amour.
Etes-vous livré à ce genre de méditation ?




samedi 6 février 2021

Les malheurs de la servante du curé

J'ai choisi un titre un tantinet accrocheur pour répondre à l'invitation de Geneatech  et vous parler d'une source moins connue en généalogie : les revues des sociétés savantes. 

Au début de mon addiction, grâce à Gallica la bibliothèque numérique, je me suis mise à fréquenter la presse et les revues, et particulièrement les revues des sociétés savantes : classées par région, puis par département. 

Pour l’Aisne et la Drôme, ce type de revues m’a permis de glaner des éléments sur les régions occupées par mes ancêtres et tenter d’approcher leur quotidien en lien avec l’histoire locale.

Pour la Savoie, 5 sociétés savantes sont au rendez-vous, dont la Société d’Histoire et d’Archéologie de la Maurienne : la SHAM toujours vaillante en 2021 depuis sa création en 1856 avec moultes travaux.

Aujourd’hui un texte de l’Académie des Sciences Belles Lettres et Arts de Savoie s’imposait, cette Académie, toujours en exercice, a publié en 1915 la Maurienne pendant la Révolution du Chanoine Adolphe Gros.

***

C’est ainsi que dans la série caractère trempé - sur fond de dénonciation en période révolutionnaire troublée - je vous présente les malheurs de Marie-Antoinette Richard servante du curé de Montgilbert petite paroisse de Savoie au début de la vallée de la Maurienne, paroisse où vivaient mes ancêtres.

Elle était la servante du révérend Saturnin Chaix, prêtre qui préféra prendre le chemin de l’exil en Piémont le 7 avril 1793, pour ne pas prêter le serment d’allégeance à la République exigée des ecclésiastiques, épisode relaté dans le billet Epoque remarquable pour Saturnin Chaix .
     
Gallica


« L’incarcération de Marie-Antoinette Richard, servante de Saturnin Chaix, chanoine d’Aiguebelle et curé de Montgilbert mérite d’être racontée avec des détails.

Après le départ du curé, elle avait continué à habiter le presbytère « de l’avis du maire qui lui avait dit de rester parce que la cure se trouverait mieux d’être habitée que fermée ».

Le 31 octobre 1793, sur dénonciation de Pierre André dit Polaillon, officier municipal de Montgilbert, le citoyen Sébastien Ferley, dépositaire de la force armée dite garde nationale du canton, se rend, accompagné de quatre gardes nationaux, au presbytère de Montgilbert pour procéder à l’arrestation d’Antoinette Richard.

Après s’être copieusement fait servir à boire, ils se saisissent de la pauvre femme à 9 heures du soir « sans lui permettre de prendre des bas et à moitié vêtue ». Comme elle était malade de la fièvre, la surprise et la frayeur la firent s’évanouir. Elle ne reprit connaissance qu’à Aiguebelle, d’où elle fut conduite, la même nuit, à Chambéry.

Elle était accusée de « fanatiser les femmes de Montgilbert en leur empêchant même d’assister à la messe des prêtres assermentés », en disant même que la plupart des officiers municipaux étaient pour elle ».

Mais la véritable raison de son arrestation, c’est que Pierre André, son dénonciateur, lui en voulait parce qu’elle lui réclamait le remboursement de 200 livres prêtées le mois de mai précédent. Il en était en outre fâché de ce que le maire n’avait pas voulu le laisser habiter la cure et avait donné sa préférence à la servante du curé.

Le 6 décembre, le Conseil Général du département, considérant que « les pièces ne contiennent aucun indice de fanatisme » arrête qu’Antoinette Richard sera provisoirement traduite dans la maison d’arrêt du district de Saint Jean de Maurienne, et les pièces transmises au juge d’Aiguebelle.

Elle fut rendue à la liberté par sentence du tribunal du district le 9 janvier 1794.

***

Quand elle rentra à Montgilbert, elle apprit que tous ses effets, linges, habillements, nippes, avec l’argent qui se trouvait dans un coffre avaient été dérobés.

Parmi les objets dérobés, il y avait une somme de 600 livres du Piémont, une pistole de 24 livres, 3 louis d’or, une demi-pistole de 12 livres, le surplus en écus de 5 et 3 livres et en menue monnaie, une croix d’or à grille et une croix d’argent à bouton.

Antoinette Richard était une femme de tête. Elle porta plainte, devant Hector Bernier, juge de paix d’Aiguebelle, contre Pierre André dit Polaillon, chez qui des témoins avaient vu plusieurs des meubles volés, ainsi que contre Claude Gay-Rosset, qu’une personne avait vu boire et manger à la cure en compagnie dudit André.

Le 27 juin elle demanda qu’André et Ferley « ses dénonciateurs et persécuteurs » fussent tenus de lui représenter les objets volés « parce que dans le cas qu’ils n’en aient pas nantis eux-mêmes, ils doivent être considérés comme responsables » car en procédant à son arrestation, ils devaient faire mettre ces objets en lieu de sûreté après en avoir fait prendre inventaire.

Par jugement du 8 novembre 1794 le tribunal de district condamna Ferley à la représentation des objets volés, et mis hors de cause André tenu néanmoins à payer la moitié des frais. »

***

Pépite d’une chronique villageoise dans le Département du Mont-Blanc, je ne sais si les objets volés furent restitués à la servante procédurière et courageuse, son dénonciateur André dit Pollaillon d’après les arbres en ligne est originaire d’un autre village. S’agissant de Claude Gay-Rosset, vu à la cure buvant et mangeant, il est sûrement un de mes collatéral ! Marie Antoinette Richard retrouva le prêtre Saturnin Chaix, tout comme les autres paroissiens, lorsqu'il rentra en 1802 après la signature du concordat entre la France et le Pape.

De précieux articles de revues de sociétés savantes illustrent des pans de vies, d’incidents, de larcins, ou de réactions à des changements de régime; ils étoffent nos recherches généalogiques, se cachent, ne nous parlent pas forcément au premier abord, et un déclic peut intervenir ultérieurement. 


Un billet inspiré d'une revue savante





Sources 
Gallica entrée ciblée Gallica Revues Savantes
Gallica Revue Académie des Sciences Belles Lettres et Arts de la Savoie
année 1915 entrée ciblée La Maurienne pendant la Révolution

les Sites 
pour la Savoie
pour l'Aisne
pour la Drôme 

samedi 20 octobre 2018

Chez Messire le Chanoine Louis Claraz

Enigmatique billet à la belle écriture cursive, au style châtié, qui a attisé ma curiosité puisqu’il était question des proches du rédacteur. Celui-ci m’enjoignait d’être présente  à Aiguebelle en Savoie le 5 août 1698 en début d’après-midi, ce qui nécessitait de faire étape à Chambéry ville pourvue de bonnes auberges : signé Louis Claraz.
 
Voilà donc tout trouvé le sujet de mon nouveau Rendez-Vous Ancestral, sauf que les Claraz qui me trottinent dans ma tête ne sont pas d’Aiguebelle !
 
Par une journée d’été ensoleillée mais non caniculaire, je me retrouve donc sur la route entre Chambéry et Aiguebelle, avec seulement deux relais de poste pour l’ultime étape. Les  balancements de la diligence, voiture tirée par quatre chevaux, constituent une nouveauté, mes compagnons de trajet trouvent la chaussée en bon état (mouais si on veut).

Pixabay
Déjà à cette époque la paroisse d’Aiguebelle était traversée par une voie rectiligne, et de l’autre côté de la rivière Arc se trouvait le Chapitre de cette petite cité.
 
- Gente Dame vous êtes arrivée, me claironne le postillon en ouvrant la portière, cela doit être pour vous le religieux à côté de la carriole !
 
- Peut-être, on devait venir me chercher …

Je suis dubitative, mais impossible de rebrousser chemin. Me revoilà dans une carriole, nous empruntons une allée bordée d’arbres, avant de passer un pont, et sur l’autre rive découvrir des maisons agglutinées autour d’une église.
 
- Voilà c'est ici, énonce soudain le religieux, je dois vous introduire chez Messire le Chanoine Louis Claraz qui demeure dans l’enclos du Chapitre d’Aiguebelle.
 
Avoir bonne contenance : ce Chanoine est-il le frère d’un autre Louis Claraz père d’une Marguerite tous originaires de Fontcouverte ? En pénétrant dans une salle fraiche, j’esquisse à tout hasard une vague révérence devant l’assemblée.
 
- Très chère parente, je suis fort aise de voir revoir en ce jour particulier pour ma nièce et de vous être déplacée. Marguerite venez saluez notre parente qui nous arrive de la grand’ville.
 
Maître Michel, notaire ici présent a commencé à rédiger le contrat de mariage d’ Antoine GAY-ROSSET sosa 704 fils de feu Pierre de Montgilbert et de ma nièce Marguerite CLARAZ sosa 705  fille de mon regretté frère Louis et de feu Balthazarde BUISSON-CARLES de Fontcouverte.

Mes neveux Louis et Benoit sont ici, tout comme Claude Gay-Rosset oncle du futur.
 
Si je situe les deux premiers, ce n’est pas le cas du dernier quidam. Tous ces messieurs ne comprennent pas trop ma présence, vu leur air particulièrement étonné.

Tiens donc voilà pourquoi Marguerite a délaissé sa paroisse natale et s’est établie dans le petit village de Montgilbert à côté d’Aiguebelle plus en aval, son oncle le Chanoine a du œuvrer en ce sens et chercher un bon parti.
 
Non, non, ami lecteur ne fuyez pas, le contexte de ce contrat est différent, il m’éclaire sur l’entourage des futurs époux et leur condition !
 
Le notaire a déjà noté le trossel ou trousseau de la future :
« dix chemises de toile mêlée moitié de bonne valeur et autre moitié  mi-usée,
douze tabliers tous moitié usés,
douze coiffes rondes toutes toile de ville, moitié neuves, moitié mi-usées,
douze autres coiffes grandes toutes aussi en toile de ville, moitié neuves moitié mi-usées,
huit gorgières (1) de  toile moitié neuves moitié mi-usées,
un habit complet brassière et jupe en drap façon d’hollande de bonne valeur,
trois cotillons (2) en toile de drap l’un neuf, les autres de peu de valeur,
une paire de bas d’estamet (3),
une paire de souliers neufs,
un coffre bois noyer mi-usé fermant à clé,
six linceuls de toile mêlée mi-usés,
»
 
 
Gallica
Chère Marguerite vous pourrez donc mettre vos cotillons et nombreuses coiffes dans le coffre en bois de votre pays, mais une seule paire de souliers, c’est bien peu. Sachez que j’ai noté la référence à la toile de ville et le drap façon d’hollande, donc des tissus achetés à des marchands-colporteurs.

 
Droite et fière, en l’absence de vos parents, Marguerite vous constituez vous-même votre dot à savoir outre le trossel la somme de onze cents florins de monnaie de Savoie, que vos frères Louis et Benoit Claraz s’engagent à verser  au futur époux présent et acceptant cinq cents florins le jour de la célébration des noces, et les six cents florins restants savoir trois cents florins en deux années et les autres trois cents restants en quatre années. 
 
Quant à Antoine le futur époux « considérant l’amitié qu’il porte à ladite future épouse et les bons soins qu’il espère recevoir d’elle », il lui donne à cause de noce et d’avoir et augment de la somme de cinq cent cinquante florins monnaie  de Savoie. Somme qui appartiendra aux enfants du présent mariage et s’il n’y en a point restera au dernier survivant.
 
Claude Gay-Rosset l’oncle que je découvre à l’occasion de ce contrat donne six cent florins de son côté, les formulations ampoulées du notaire (dans l’attente d’un petit stage chez lui) m’échappent un peu.
 
C’est qu’il faut être précis, tout prévoir, le mariage est avant tout un contrat et un établissement : point trop de rêveries.
 
Révérend Louis Claraz, mon lointain grand-oncle, porte son regard sur l’assistance, et alors me présente les témoins au contrat qui s’avèrent être  « ses collègues » aussi Chanoines au Chapitre d’Aiguebelle : Révérend Messire Claude Buysson prêtre et curé de Monsapey et Révérend Messire Jean Pierre Allais aussi prêtre.

Maître Charles Michel, notaire et bourgeois d’Aiguebelle recueille sur la minute les signatures des témoins, de Louis Claraz le frère et surprise celle de la future épouse ! Le futur est dit illettré comme son oncle et l’autre frère.
 
Donc Marguerite est ma première aïeule savoyarde qui sait signer et dûment attesté qui plus est. Ceux qui parcourent les registres paroissiaux de Savoie me comprendront, car les actes ne comportent pas de signatures ce qui est assez frustrant.

Droite et fière après avoir apposé sa signature, Marguerite esquisse un sourire et me tend une main, Antoine s'avance à son tour comme s'il pressentait que je me suis attachée à eux et à leur lignée. 
 
Quinze jours plus tard  le 18 août 1698 sonneront les cloches de l’église de Montgilbert après la célébration du mariage d’Antoine et Marguerite, mentionnant des témoins différents des protagonistes de ceux du contrat de mariage. Union qui hélas durera moins de 10 ans avec la disparition prématurée de Marguerite, mais elle aura donné à Antoine deux fils Louis et Jacques mon ancêtre.

Vieux grimoires vous devez me celer encore d'autres secrets.
 


N.B.
(1) Gorgière ou corgerins : en Savoie col monté sur un corselet
(2) Cotillon :  jupon porté surtout par les paysannes
(3) Estamet : petite étoffe de laine
 
Sources:
AD 73 Tabellion d’Aiguebelle 1698 2C 2071 vues 99/100
AD 73 BMS Montgilbert 1698-1709 4 E 2341 vue 2/58
Généanet 3 sources

Pour retrouver les billets du #RDVAncestral mensuel permettant d'aller à la rencontre de ses ancêtres c'est ICI

samedi 17 mars 2018

Veuf éploré que nenni

Retour en Savoie, laissant Aiguebelle sur la grand-route dans la vallée, aux portes de la Maurienne comme on dit actuellement, je prends la direction de Montgilbert pour mon Rendez-vous Ancestral. En 1833 cette paroisse de 600 âmes environ, située à 550 mètres d’altitude,  comprend dix villages, au sens de hameaux à notre époque.
 
La nature se réveille doucement en ce mois de mars, la route monte régulièrement et serpente, à mon rythme je chemine, marque des pauses et cogite pour me remémorer mes données.
 
 
Anne POTI Sosa 89 m’avait suggéré de revenir la voir : depuis la perte de son fils Blaise en 1809, elle s’est retrouvée veuve de Denis GAY-ROSSET Sosa 88 en 1813. Son fils ainé Antoine s’est marié en 1816 avec Antoinette BUET, son fils Thomas envisage de se fiancer avec une jeune fille du village voisin.
 
Il restait  à caser le dernier fils : mon ancêtre « François-Joseph »  de ses prénoms de baptême, dit François GAY-ROSSET Sosa 44 lors de ses deux mariages. Le 7 mars 1832, à 35 ans il s’unit à une dénommée Martine BUET veuve de Pierre François GAY-ROSSET. L’acte fait référence à des empêchements : consanguinité et affinité, tiens donc ! Le latin de cet acte là ne n’inspire pas…
 
Toujours est-il que mon François se retrouve lui-même veuf le premier avril suivant : trois semaines pour une union c’est vraiment très court. Il faut dire que cette Martine BUET a environ 18 ans de plus que lui et décède à l’âge de 56 ans. Curieux mariage, quelles en furent les véritables raisons ? Et pour Anne POTI il fallait retrouver une promise pour son fils cadet.
 
Ouf ce fut chose faite dès le 3 octobre de la même année avec Anne RIVET Sosa 45 une jeunette de 22 printemps, fille d’un laboureur et charpentier, François RIVET Sosa 90 et de Sébastienne Antoinette ANDRE Sosa 91.
 
 
 

Assez de méditation en chemin, voilà deux silhouettes qui se profilent : sûrement mes ancêtres. François m’aide, car je m’entrave dans ma longue jupe, faute d’avoir l’habitude de crapahuter ainsi vêtue. Anne doit remarquer que je suis en cheveux, désolée je n’ai pas de coiffe dans mon armoire.
 
- C’est la Mère qui nous a dit de venir à votre rencontre, elle n’était pas sûre que vous alliez retrouver la maison, il paraît que vous êtes une cousine ?
 
- Enfin d'une certaine manière ! Ce n’est pas la peine d’épiloguer et de me lancer dans des précisions généalogiques. Vous savez je suis très contente de vous rencontrer tous les deux.
 
- Avec moi c’est mon épouse Anne, elle est  bien courageuse pour m’aider dans le travail, je suis cultivateur et il faut tout le temps monter, descendre dans notre beau village, suivant le champ qu’on cultive. Le paysage est beau, mais avec les nivelés, il faut mieux avoir du souffle et des bons mollets.
 
Nous continuons ensemble à monter, silencieux dans nos pensées respectives.
 
En tant que veuf, François remarié à une célibataire, a-t-il subi la coutume du charivari ? Dans sa situation il se devait de dédommager les jeunes garçons célibataires du pays, pour ne pas  trouver le jour du mariage - à la sortie de l’église - un bouc blanc attaché en signe de protestation.  A moins que dans le village, on s’en tienne à la version de répandre de la sciure depuis la maison du marié jusqu’au domicile des filles qu’il a fréquentées, afin dit-on d’éponger les larmes des délaissées…
 
Anne au vu des circonstances avait-elle son trousseau complet ? Draps de chanvre, serviettes, couverture, chemises, cotillons, mouchoirs et les fameuses coiffes ? Un coffre faisait-il partie de la dot ? Et la robe pour le grand jour, combien avait-elle de plis à l’arrière ? Je suis bien ignorante, il faut qu’on m’explique.
 
Enfin nous voilà au seuil de la maison, pour passer un moment avec Anne POTI qui a préparé un repas, instants partagés aussi avec François GAY-ROSSET et Anne RIVET pour faire plus ample connaissance, après avoir refermé la porte.
 
Bien que marié tardivement François aura avec Anne sa jeune épouse 7 enfants nés entre 1834 et 1847 à Montgilbert dont Roch ROSSET Sosa 22 mon ancêtre direct.  Les souvenirs des uns et des autres – enfin leurs traces dans les registres et leurs nouveaux lieux de vie – me donneront l’occasion de poursuivre la découverte de cette branche de mon arbre.

 
Pour retrouver Anne POTI et son fils Blaise ici : Décédé à l'hôpital du séminaire


Sources
AD 73 Montgilbert  3E  2437 1814-1837 vues 101 et 102
Photos Pixabay

 
 

samedi 17 février 2018

Décédé à l'hôpital du séminaire

« Ça va aller, vous pouvez me laisser » Deux femmes s’éloignent en cette journée d’été 1811 : il y a tant à faire à Montgilbert. J’aperçois Anne Poti toute repliée sur elle-même, assise sur un muret de pierre, anéantie, désespérée, ratatinée par la souffrance, comme une petite vieille alors qu’elle a environ 55 ans.
 
En ce jour, Anne POTI Sosa 89 est incapable de rejoindre dans les champs son époux Denis ROSSET Sosa 88. « Ils m’ont pris mon fils, ils ont tué mon petit ».
 
Oh mon Dieu que se passe-t-il alors que j’atteins ce petit village de Savoie ?
En 1811 Montgilbert est dans le nouveau Département du Mont-Blanc depuis la Révolution et terre du Premier Empire désormais.
 
Gallica Vieille femme Henry Monnier
« Vous qui n’êtes pas d’ici, peut-être de la ville, expliquez-moi pourquoi on nous prend nos fils ? La guerre au loin, très loin. Blaise, mon petit Blaise, je ne le reverrai pas. »
 
Anne Poti me tend alors un papier officiel. Elle me relate de façon un peu décousue qu'hier le Maire Pierre David est venu les voir, car il devait noter sur son grand registre le décès de leur fils Blaise ROSSET.
 
Comme un coup sur la tête pour Anne, parce qu’en tant que mère, obstinément elle ne croyait pas à l’irrémédiable, malgré ce qu’il se murmurait, malgré l’absence de nouvelles depuis deux ans. Elle se remet à pleurer, je lui prends les mains, m’installe à ses côtés, silences, regards sur les champs en contre-bas.
 
« C’est vrai ce qu’il a dit Monsieur le Maire  ? Il ne s’est pas trompé ? »
 
En lisant la transcription faite la veille 17 juillet 1811,  je découvre qu’à même pas 19 ans Blaise ROSSET  a été enrôlé dans l’Armée en 1809 sous le Premier Empire.
 
L'année 1808 ouvrit l'ère des énormes levées de conscrits: d'importantes consommations d'hommes dans les campagnes de la Grande Armée de Napoléon, et l'ouverture du second front en Espagne, creusant des trous qu'il faut sans cesse combler. Les meilleures divisions de la Grande Armée sont jetées en Espagne, qui ne les rendra pas. En moins d'un an, l’Empereur demande trois conscriptions.
 
Que dire à une mère éplorée, que la patrie était en danger et qu’il fallait la défendre, envers et contre tout, alors que Napoléon était lancé dans des conquêtes sans fin ? Que représentaient, pour les habitants d’un petit village de la Savoie luttant au quotidien pour arracher à la terre leur subsistance, tous ces chamboulements de régimes, d’administration, d’état-civil, cette conscription pesante et rapprochée sur tous les hommes valides ?
 
Ah, ce fichu acte est précis : Blaise ROSSET - un lointain grand-oncle - était  Chasseur du Troisième Régiment d’Infanterie Léger, cela sonne bien, et signifie  qu’il mesurait plus de 1, 70 mètre, donc grand pour cette époque. Célibataire, ayant tiré un mauvais numéro, sa famille ne pouvant payer un remplaçant, il était bon pour un service militaire de cinq ans.
 
Blaise est donc entré comme conscrit le 9 avril 1809. Anne votre fils a été malade, et s’est à la suite d’une fièvre qu’il est mort à l’hôpital du séminaire le 29 avril 1809, soit 20 jours après son incorporation.
 
Ce soldat n’aura pas usé son bel uniforme et un livret à son nom a-t-il seulement établi ? Je remarque qu’il a fallu 2 ans à l’administration militaire pour transcrire le décès à Paris, et 2 mois et demi de  plus pour que la pièce officielle arrive sur le bureau du maire.
 
« C’est où cet hôpital, ce séminaire, et la ville ? Il a été enterré où mon fils ? Il y a eu une messe ? »
 
Je relis l’acte établi par le Secrétaire général du Ministre de la Guerre : si l’endroit du décès est indiqué, la commune n’est pas mentionnée. Que puis-je répondre à cette maman effondrée ?
 
Vous savez Anne, je me souviens avoir lu qu’un important séminaire à Annecy était dirigé par l’ordre des Lazaristes , ceux-ci comme bien d’autres, furent réquisitionnés pour loger une partie des troupes. Ce séminaire fut aussi retenu pour établir un hôpital pour soigner les soldats blessés ou malades de passage.
 
« Ah bon ! Au fait pourquoi vous êtes là ! Vous êtes qui ? »

J’explique à Anne que je suis une lointaine parente, et que j’aime la montagne, et comme d’autres personnes je rencontre chaque mois un ancêtre. Je dis mon désarroi devant sa peine, n’ose évoquer ses autres fils d’autant que l’aîné aussi célibataire est peut être soldat, les deux fils cadets dont mon ancêtre François-Joseph sont encore jeunes  …
 
« Faudra revenir, quand je serai moins tourneboulée et que mon homme il sera à la maison, et dans d’autres circonstances ».

D’accord Anne, je viendrai vous revoir bientôt pour un autre rendez-vous ancestral.
 

En attendant vous pouvez retrouver ici : Anne ma chère épine

 
Petit rappel, si les dialogues et descriptions sont pure fiction, les personnes citées ont bien vécues dans les lieux cités et dates évoquées. Cette façon de voir sa généalogie a été initiée par Guillaume du Blog Le Grenier de nos Ancêtres.


Sources
- AD Savoie Montgilbert
- Fondation Napoléon : La conscription sous le Premier Empire
- Image du livret militaire tirée du site de Fréderic Berjaud :
le 3e régiment d'infanterie légère
- Gallica : Chanoine C.M Rebord ;
Grand Séminaire du Diocèse de Genève Annecy Chambéry



 

vendredi 12 janvier 2018

Epoque remarquable pour Saturnin Chaix

Direction la Savoie, et la petite paroisse de Montgilbert, en Maurienne, où j’ai de nombreux ancêtres. En  feuilletant un registre paroissial, j’ai remarqué une mention  portée par Saturnin Chaix Curé de Montgilbert suivie d’une petite note.
 
 « Epoque remarquable de la Révolution française »
 « Le 7 avril 1793 ensuite de la proclamation du 8 février même année, je suis parti à mon grand regret de cette paroisse pour ne pas prêter le serment qu’exigeait ladite proclamation. Les officiers municipaux en vertu de ladite proclamation m’ont expédié un passeport en date du 7 avril 1793.
Je me suis retiré en Piémont dans la ville et province de Bielle jusqu’au 23 juin 1802 et le 27 je me suis rendu auprès de ce peuple qui m’a revu avec bien de satisfaction.»
                                    Saturnin Chaix Curé
 
« Notre Savoie a été sous la domination française depuis le 23 septembre 1792 jusqu’au mois de mai 1814. »
 
  
Le 22 septembre 1792, les armées françaises républicaines du Général Montesquiou entrent en Savoie. Les troupes du Roi de Sardaigne se retirent sans se mettre en état de défense, en sorte que le pays tombe en une matinée sous la domination des Français.
 
Quelque temps après, on convoqua à Chambéry une assemblée générale de la Savoie, dans cette assemblée dite des Allobroges, on décréta  la réunion de la Savoie, pour ne faire qu’une république indivisible et démocratique. Dans l’organisation du département du Mont-Blanc, les quatre commissaires, députés de Paris, publièrent une proclamation en date du 8 février 1793, par laquelle ils exigent de tous les ecclésiastiques et de tous les fonctionnaires publics le serment de maintenir l’égalité et la liberté, et de mourir en les défendant, et ordonnant à ceux qui refuseraient  ce serment de sortir de la République.
 
Saturnin Chaix, Curé de Montgilbert fût un des nombreux prêtres de Maurienne à prendre le chemin de l’exil, à ce titre il figure sur la liste des Emigrés du  Département du Mont-Blanc.
 
Il partit donc pour le Piémont avec François Molin, Curé d’Epierre. Les mémoires de ce dernier sont instructives sur la concertation entre les différents prêtres en vue de la conduite à tenir, la décision de prêter serment qui permettait de rester près de leurs ouailles, ou de partir muni d’un passeport délivré par les nouvelles autorités.
 
François Molin, menacé d’arrestation, rejoint par Saturnin Chaix Curé de Montgilbert, partirent bien d’Epierre, le 8 avril 1793, très tôt : mais après avoir dit la messe… Ils dinent à Saint-Rémy, soupent à Sainte-Marie de Cuines chez le notaire Rostaing, repartent dans la nuit au nombre de 8 à 10. Tout ce petit monde marche la nuit, hors des grands chemins. Le 9 avril, ils sont au nombre de 30, tant prêtres que guides…
 
A l’entrée de la nuit le 10 avril, après avoir traversé les montagnes, sans aucun fâcheux incident, sauf pour le Chanoine Pascal, Curé de Saint-Michel, à qui les doigts de pieds ont gelé, le groupe arrive à Bardonnechia dans la vallée d’Oulx, dans les Etats du Roi de Sardaigne. Le groupe d’émigrés y séjourna pour respirer.
 
Saturnin Chaix s’installa et demeura dans la ville et province de Bielle sans discontinuité, il ne revient dans sa paroisse de Montgilbert qu’en 1802, après la signature du Concordat entre la France et le Pape qui redéfinit les relations entre l’Etat et l’Eglise. François Molin Curé d’Epierre fît lui des va-et-vient entre les deux côtés des Alpes, et ses mémoires sont une mine sur cette période.
 
***

Soigneux et préoccupé, le Curé de Montgilbert dans le même registre inscrit aussi :
« Il y a ici une grande lacune des registres de baptêmes (1) de mariages et de sépultures depuis l’exil des Curés à cause du refus du serment porté par la proclamation du 8 février 1793.

Ainsi ceux qui désirant se procurer des extraits des registres de Baptêmes, de Mariages et de Sépultures pourront recourir à la chambre de la Municipalité de la Commune où les actes desdits Baptêmes, soit naissances, Mariages, et Sépultures se sont passés par devant l’officier public muni des pouvoirs de la République française.
 
(1) Je les recueille dans un cahier non relié avec ceux fait par Mr Cantin curé en sa qualité de desservant pendant mon absence. »
 

 
Plus loin, dans le registre, lié aux sépultures, Saturnin Chaix note :
« Les droits funéraires de M. le Curé sont pour les chefs de famille douze livres
Pour le traitement dudit Curé, chaque faisant feu, doit une carte de froment, et une carte de seigle à l’envers, avouée par délibération du conseil de la commune du 15 juillet 1741. Brunier Secrétaire.
On paye un demi pot de vin pour chaque fosserée du vignoble de Rebuffet. »
Pour mémoire pour mes successeurs.
 
Petite précision, la carte ou quarte est une mesure pour les matières sèches. La fosserée est une unité de surface approximative, correspondant à la surface de vigne qu’un homme peut piocher dans la journée.
 
Un registre paroissial peut fort bien inciter à réviser l’histoire, et à se plonger dans les délices des anciennes mesures …. Procrastination vous dîtes ?

 
Ce qu'il est advenu à sa servante dans ce billet 


Sources
Archives départementales Savoie :
Registre paroissial Montgilbert 4 E 2354 vues 11,12 et 68
Gallica :
Souvenirs de la persécution soufferte par le clergé du diocèse de Maurienne pendant la période révolutionnaire par François Molin curé d’Epierre.

vendredi 27 octobre 2017

Généathème : Anne ma chère épine

100 mots pour une vie, 100 mots pour une épine
 
Collection personnelle
 
Née vers 1756, ma chère Anne épouse, avant 1797, Denis Gay-Rosset un cultivateur,
où mystère ? Sa vie de mère se déroule à Montgilbert, petit village, en Savoie.
 
Elle a au moins quatre enfants : Antoine, Blaise, Thomas
et François-Joseph mon ancêtre.
 
Selon les actes de baptêmes ou de décès de ceux-ci, son patronyme est orthographié
Poti Potti Potty Pothi Potheau.
 
Elle devient veuve en 1813, je l’imagine mère autoritaire, allez savoir pourquoi ?
Elle quitte notre terre en 1835, dite octogénaire, fille de Jacques Poti
et d’une mère au nom inconnu.
 
Ainsi vont les écrits et les registres manquants.
 
 
 

Denis GAY-ROSSET (SOSA 88) 1766-1813 Montgilbert
Anne POTI (SOSA 89) ca 1756 ? -1835 Montgilbert
 
- Antoine GAY-ROSSET marié à Antoinette BUET
- Blaise GAY-ROSSET
- Thomas GAY-Rosset
- François Joseph ROSSET (SOSA 44) marié à Martine BUET
  puis à Anne RIVET (SOSA 45)
 
 
Sources
Archives départementales Savoie