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vendredi 5 juin 2026

Maître d'école à Neuve-Maison

A Neuve-Maison dans l’Aisne, en haut d’une branche de mon arbre, quatre des enfants de Vincent DUFRENOIS et Louise BLONDEAU savent signer, mon ancêtre Pierre DUFRENOIS né en 1664, son frère Antoine, et leurs sœurs Catherine et Jeanne.

Que puis-je découvrir sur leur école et leur maître ? La monographie de la commune rédigée par l’instituteur en 1884 apporte des éléments sur la vie paroissiale à la fin du 17ème siècle, la première école et les fonctions de celui qui enseigne.

Van Ostade Adrien le maître d'école 17e
© MHAH Genève
« La première école construite dans la commune de Neuve-Maison date de 1687. Elle est jugée nécessaire par le Curé B. Caron, Nicolas Mozelle Maire, Gilbert Binet marguiller, Claude Poulain syndic et les habitants assemblés à l’issue des vêpres».

Une fois la décision prise, tout le monde participe, qui en mettant la main à la pâte, qui en offrant un bout de terrain, avec moult précisions et usages anciens. 

« Les habitants et notables charrient les matériaux. On va chercher du bois aux Usagers avec la permission de son Altesse. On mettra à regain des prés soumis à la vaine pâture pour payer les ouvriers, c’est-à-dire que le propriétaire d’un pré paiera une certaine contribution pour le regain qu’il récoltera sur son propre pré, retranché à son profit de la vaine pâture » .

« M. le curé cède le terrain d’une partie du jardin de la cure à condition que le maître d’école paiera au Seigneur pour M. le curé un jalois d’avoine et une poule pour la décharge de ce lieu et du reste du presbytère.
L’école se compose d’un comble sur deux places avec appentis au pignon » .

« On ne voit pas que le maître d’école reçoive quelque chose si ce n’est pour chanter les obits. Le maître est clerc à l’église et perçoit le casuel.

En 1661, 1666, 1683, 1685, il reçoit 6 livres pour les obits.
En 1670, il écrit les adjudications des prés de l’église et reçoit 25 sols.
En 1695, 1696 il a 4 livres pour enseigner les pauvres écoliers» .

« Avec sa femme, le maître ramasse des dîmes pour M. le curé qui lui en cède une légère part pour salaire.

En 1693, Nicolas Richepin est maître d’école et Marie Dubois sa femme recueillent les dîmes du blé, du chanvre, du lin pour M. le Curé qui leur en abandonne 3 jalois et demi de blé pour salaire.
Dans un bail du 15 février 1693, le même Nicolas Richepin loue des terres et des prés pour les cultiver ».

« En 1696, les revenus d’immeuble étaient destinés suivant donation à payer des filles chargées d’apprendre le catéchisme aux enfants et si l’on ne trouvait point de ces filles le revenu retournait aux pauvres ».

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En principe les parents doivent envoyer leurs enfants pour recevoir des rudiments d'instruction : lecture, calcul et écriture, un peu de grammaire, et surtout les prières, moyennant une contribution de 3 à 6 sols par mois. 

Ces maîtres d'école qui doivent aussi balayer l'église, préparer l'autel, envoyer un gamin raisonnable pour sonner la cloche, et autre charges ou corvées sont recrutés par les paroissiens avec l'avis du curé. Dans le proche Vermandois, en 1684 à Ribemont, est retenu un clerc qui excelle tant dans le plain-chant que dans l'écriture, avec un peu de chance il connait l'arithmétique. 

Enfin je ne boude pas mon plaisir de connaître les noms des maîtres d'école de mon ancêtre Pierre DUFRENOIS laboureur et de son fils Jean. 

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Liste des maîtres d'école de Neuve-Maison 
au 17ème siècle et au 18ème siècle
En 1661 Nicolas Fleury qui décède en 1673
              Nicolas Fleury fils du précédent marié à Marie Champion 
En 1685 Nicolas Richepin marié à Marie Dubois 
En 1701 Charles Lagasse
En 1705 Henry Fleury
En 1739 Jean-Baptiste Liancourt
En 1742 Louis Poulain
En 1764 Charles Boutiller
En 1774 Jacques Rousseau


Définitions
- le regain est l'herbe qui repousse dans une prairie après la première coupe
- l'obit est le service religieux à la mémoire du défunt
- le casuel est une offrande versée à l'occasion de la célébration d'un sacrement
- le jalois est une ancienne mesure de capacité pour les  grains
- la vaine pâture est un droit d'usage qui permet, gratuitement, de faire paître son bétail en dehors de ses terres, dans les bords des chemins, les « terres vaines et vagues », les terres nues de leurs cultures, les bois ou taillis 

Pour aller plus loin 
Monographie communale intégrale de Neuve-Maison sur le site des Archives de l'Aisne
Nomination d'un maître d'école à Cutry en 1792 sur le site de l'Association Généalogie-Aisne

mercredi 29 avril 2026

Claude Nicolas Lecat chirurgien

Le généathème d’avril proposé par Geneatech sur la santé, m’incite à évoquer un lointain et célèbre cousin au 16ème degré : Claude Nicolas LECAT maître-chirurgien, axonais d’origine puis rouennais.

De nombreux documents sur ce docte personnage sont disponibles, et plusieurs portraits aussi, pour illustrer son aspect physique, j’ai retenu une peinture dans son âge mur, le représentant de profil. En homme établi, et respectable, il porte une perruque grise, a revêtu une veste vert tendre doublée de fourrure sur une chemise bordée de dentelles, une forte personnalité sans nul doute.

Claude Nicolas LECAT par Louis Montfiquet © Wikipedia  
 
Tout commence dans l’Aisne, Louis LECAT le grand-père naît à Camelin, ainsi que sa sœur Marie LECAT mon aïeule, tailleur d’habits de son état, marié à Marguerite EGRET, il ne voit grandir que son fils Claude sur ses cinq enfants.

Le père Claude LECAT lors de son mariage dans le gros bourg voisin de Blérancourt le 18 janvier 1695 est déjà dit chirurgien à 23 ans, l’heureuse élue Marie Anne MERESSE est fille de défunt Simon MERESSE vivant chirurgien et de Françoise BERTRAND et petite fille de chirurgien.

Claude formé à l’Hôtel-Dieu de Paris était chirurgien lettré et élève de Charles Georges MARESCHAL de BIEVRE premier chirurgien du Roi qui voulait prendre soin de sa fortune en commençant par le faire chirurgien de l’escadre du Comte de TOURVILLE, mais il le refusa par attachement à ses parents dont il était fils unique. 

Installé à Blérancourt, Claude est un homme d’importance dans la corporation des chirurgiens qu’il contrôle, puisqu’il en est maître-juré.

Feu son beau-père Simon MERESSE réputé pour son habileté étudia aussi à Paris, tout comme son propre beau-père, ce dernier ayant été sollicité selon la tradition familiale pour donner des soins à la Reine Anne d’Autriche épouse du Roi Louis XIII à Compiègne.


Cliquer pour agrandir


Claude Nicolas LECAT baptisé en 1700 est le troisième enfant d’une fratrie de huit, et côtoie seulement deux sœurs qui passent le cap de la petite enfance.

Ses parents le destinent à l’état ecclésiastique dont il porte l’habit pendant plusieurs années, parrain d’un cousin en 1716 il est qualifié de clerc, mais le recueillement perpétuel et l’austérité pour distribuer les vérités sacrées s’accordent mal à son esprit créatif.

Après le collège et le séminaire de Soissons, Claude Nicolas soutient une thèse de philosophie en 1720 à Paris, s’intéresse à l’architecture, aux mathématiques, écrit une lettre sur l’aurore boréale de 1725, et arrive à convaincre ses parents de sa véritable orientation.

Claude Nicolas est plus porté vers la médecine, et surtout la chirurgie et l’anatomie et apprend donc les premiers éléments de son art avec son père avant de partir étudier à Reims en 1723, puis à Paris pour se perfectionner. Il fréquente l’Hôtel-Dieu, la maison de La Charité, la faculté de médecine et le collège Mazarin pour des cours d’anatomie, chirurgie, médecine et mathématiques ou physique, un boulimique d’études, curieux de tout, porté aux discussions. Ouf !

Gallica extrait carte de Cassini - Rouen 
Son ardeur au travail le fait remarquer par Monseigneur du TRESSAN archevêque de Rouen en 1729 qui le nomme premier médecin et chirurgien, place obtenue semble-t-il par protection, avant d’avoir soutenu sa thèse de médecine, ce le sera en 1732, ni obtenu sa maîtrise de chirurgie, épreuves passées en 1734.

Toujours est-il Claude Nicolas LECAT s’implante définitivement à Rouen, nommé survivancier (1) dans la place de chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de la capitale de la Normandie.

A Rouen, en plus des opérations courantes assez limitées à cette époque, il pratique des grandes opérations comme la taille vésicale qui consiste à inciser la chair et la vessie pour extraire la pierre, appelée aujourd’hui cystotomie. Il opère aussi les cataractes et les becs de lièvre. Il assure lui-même les pansements matin et soir, alors qu’il pourrait confier ces tâches, et s’occupe activement de son service, et pour prévenir des escarres fait réaliser un lit mécanique. Il donne des soins à une clientèle privée qui vient de toute la France et aussi de l'étranger. 

LECAT a le don de l’enseignement, et ouvre en 1736 un cours public et gratuit d’anatomie avec dissection, cours annoncé par affiche où il professe avec une robe amarante et bonnet carré, aménage à ses frais un amphithéâtre. Face à ce sacrilège, s'ensuit une très vive opposition et forte jalousie des médecins, qui réclament le paiement d'une redevance à leur égard pour pouvoir donner ces leçons.
 
Procès sur le dos, mon lointain cousin persiste dans ses cours, d’autant que son enseignement connait du succès jusqu’à Paris, en 1739 le Roi Louis XV le nomme démonstrateur royal c’est-à-dire professeur en anatomie et chirurgie ce qui est un encouragement à poursuivre ses projets

Lecteur de ce siècle, ayez en mémoire que l’art de la chirurgie s’est progressivement détaché, non pas de la médecine, mais du savoir-faire des garçons-barbiers en devenant une spécialisation plus savante. Le médecin fait des études universitaires, le chirurgien apprend auprès d’un maître.

Au moment de l’essor de la chirurgie, les médecins sont particulièrement pointilleux sur la prééminence de leur rang sur les chirurgiens, ces derniers devant leur verser des honoraires, d’où la querelle à Rouen entre le collège des médecins et notre dynamique et passionné chirurgien LECAT.


Extrait Gazette littéraire de l'Europe 1758

Pour lier un peu plus Claude Nicolas LECAT à Rouen, on s'occupe de sa vie privée et arrange un mariage, lui a 42 ans et la très jeune épousée 13 ans et 3 mois lorsque leur destin est scellé le 30 juillet 1742 dans l'église Saint-Maclou. 
Marguerite CHAMPOSSIN orpheline est la fille d'Antoine CHAMPOSSIN marchand et de Marguerite BLONDEL.

La jeune femme a été présentée à ses beaux-parents en Picardie à Blérancourt à l'été 1746 où elle est marraine d'un cousin de son époux, ce qui laisse entendre qu'il conserve des liens familiaux.

Leur fille Bonne Charlotte LECAT naît à Rouen six ans plus tard en 1748, dans son acte de baptême figurent tous les titres et qualités, comme résumés dans l'extrait ci-après d'un éloge sur son père : 


Claude Nicolas ne se contente pas d'opérer et d'enseigner, il participe au concours annuel de l'Académie Royale de chirurgie et rafle les prix plusieurs années, il est un des fondateurs de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen avec plus de 190 mémoires et communications en 24 années.

Il est membre associé de plusieurs sociétés savantes en Europe : Londres, Madrid, Porto, Madrid, Bologne et Berlin sans oublier Saint-Pétersbourg, homme du siècle des Lumières tout l'intéresse. 

A côté de ses ouvrages médicaux, comme "le traité de l'opération de la cataracte", on peut citer un ouvrage physiologique comme "le traité des sens". Ce touche-à-tout a communiqué sur l'homme automate, l'astronomie, la météorologie, la géologie, les lois sur la chute des corps qu'il vérifie d'ailleurs par des expériences du haut de la cathédrale. 

Curieux de botanique, amateur d'art et mécène, il s'entoure de peintres et sculpteurs, son cabinet de curiosités, ouvert lors du passage de savants ou lettrés, et sa bibliothèque de plus de 2000 livres reflètent son éclectisme et son approche multidisciplinaire. 

Pensionné par le souverain, Claude Nicolas, suprême honneur est anobli par le Roi XV en janvier 1762 ce qui n'était pas facile aux maîtres en chirurgie d'accéder à la noblesse.  Le voilà écuyer avec un blason et des armes parlantes : un chat, un caducée, deux étoiles pour ses talents soit ses services rendus à la science et au public. 

Hélas la même année un incendie lui fait perdre une partie de ses trésors et de ses travaux dont certains non publiés, il ne s'en remet pas. De santé délicate avec un affection gastrique, épuisé par un travail acharné pour reconstituer ses études et "mourir les armes à la mains" selon ses propos, Claude Nicolas LECAT cessa de vivre le 20 juillet 1768 ou plutôt de travailler. 

Sur cet homme ambitieux certes, mais charitable et bienveillant et dont l'intelligence, le travail et le savoir ont justifié la réputation, fut rédigé l'épitaphe suivant ;

Ci-git qui par le vrai sut terrasser l'envie
par les traits du talent qui terrassa la mort
qui par son immortel génie
triomphe maintenant du cercueil et du sort


Epitaphe écrit par son gendre Jean Pierre DAVID chirurgien et même cursus, époux de Charlotte Bonne LECAT qui reprend le flambeau comme chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Rouen. 





N.B. le survivancier est celui qui a la survivance d'une charge, qui exerce du vivant du titulaire et avec son consentement 

Pour aller plus loin 
Gallica Précis analytique des travaux de l'académie de Rouen 1967 :

Sur la descendance de Claude Nicolas LECAT 

Sources 
La gazette littéraire de l'Europe 1768
L'éloge sur Monsieur Lecat 1769
AD 02 Camelin & Blérancourt
AD 76 Rouen 
Indices Geneanet 


mardi 2 décembre 2025

Domaine de Chaillard

Voilà notre ancêtre Louis CLEMENT granger des Ursulines, comme convenu avec les religieuses de Chabeuil dans le bail de grangeage du 25 février 1715, il s’installe à la Toussaint au domaine de Chaillard avec son épouse, ses enfants, et ses parents.

Madeleine REBOUL, sa courageuse compagne, met au monde le 20 décembre 1715 un petit Daniel, baptisé par le curé, il sera suivi d’une fille née en 1717.

Selon le document - registre paroissial, acte notarié, carte ancienne ou contemporaine - l’orthographe du toponyme du domaine des Dames de Sainte-Ursule varie : Challe, Chaliar, Chaliard, Challiard, Chaillard.

AD 26 Chabeuil cadastre napoléonien extrait 

D’abord localisé sur la précieuse carte de Cassini de 1746, le domaine de Chaillard se repère aussi sur le cadastre napoléonien de 1812 à proximité de la rivière Véore.

L’inventaire numérisé fournit un bonus d’informations, puisque que Louis CLEMENT s’est plié aux formalités de l’état des lieux. Vu la date du 28 décembre 1715, je pense que le nouvel acte notarié a été aussi rédigé au parloir des religieuses et non en plein vent sur place, ou sur le bord d’une table bancale du domaine.

Maître Bérenger, peut-être fatigué ou pressé, ne précise pas le lieu où il dresse son acte, pourtant le document est détaillé sur certains points, voire redondant. On retrouve les quatre même religieuses dont Dame Elisabeth Deyriaux la supérieure du monastère  de Sainte Ursule.

L’univers de la petite famille CLEMENT comprend deux bâtiments  : un ancien et un nouveau. Le nouveau bâti sert d’habitation au granger, sa porte d’entrée ferme à clef avec son barreau et gond, il y a une fenêtre fermant avec une porte de bois avec un verrou, une barre et gond.

La porte des degrés pour monter au galetas ferme à clé avec son verrou et gond, audit grenier une fenêtre du côté du levant et une autre du côté du couchant.

Allez, on redescend en direction de l’écurie des mulets dont la porte est en médiocre état, de même pour la crèche (au sens de mangeoire), la petite échelle pour aller à la fenêtre est aussi en médiocre état, mais cette fenêtre est ferrée par deux barreaux à traverse.

La porte du jardin est en médiocre état avec deux barres et deux gonds et une serrure, la petite porte pour aller à la rivière, avec ses barres et gonds, est en mauvais état.

S’en suit la référence à l’ancien bâtiment avec une partie habitation et une écurie dont l’état s’avère médiocre, sans surprise.

J’avoue avoir été touchée par cette description, avoir tenté d’imaginer Louis CLEMENT et les siens dans ces lieux relativement modestes : lieu de vie, de travail, mais un toit, un contrat pour 4 ans, ne l’oublions pas.

Dans les consignes sur les cultures, j’avoue avoir décroché. Pour le fourrage, Louis CLEMENT devra laisser à son départ la même quantité que celle qu’il a trouvé à son arrivée.

Gallica 

Notre ancêtre assure avoir réceptionné les 20 poules et le coq promis, et atteste avoir reçu 190 livres soit 150 de bonne espèce pour acheter les moutons et les brebis et 40 livres pour la valeur d’une charrette. Il lui reste à retrousser ses manches et à assumer ses tâches, à défaut de réellement s’enrichir.

***

Hélas Madeleine REBOUL décède sur ce domaine trop tôt en 1719, après Louis CLEMENT le grand-père et précédant de peu Marie GENSEL la grand-mère.

Notre Louis CLEMENT granger, remarié avec Eve IMBERT est en vie en 1741 lorsque son fils cadet Daniel se marie, mais décédé en 1752 au mariage de Claude mon lointain grand-père.

Combien de temps a-t-il été granger de ce domaine, seuls les notaires peuvent répondre, une bonne partie de leurs actes se cachent dans les étagères des archives départementales.

Curieusement en relisant un acte de baptême lié à la famille élargie de Louis, j’ai découvert qu’un petit-neveu prénommé comme lui est né en 1740 dans la grange de Chaillard à Chabeuil. Plusieurs ménages CLEMENT ont-ils résidé dans ces lieux ?

***

Le domaine des Ursulines a été vendu comme bien national à la Révolution, le cadastre napoléonien atteste encore l’existence des deux bâtiments en 1812, tout comme la carte d’état-major du milieu du 19ème siècle. Sur le cadastre de 1961 les bâtiments ont disparu, écroulés, le temps a fait son œuvre, les intempéries et les inondations peut-être.

***

Et si j’avais un peu vite qualifié Louis CLEMENT de taiseux, lui frère d’une Marie enterrée en rase campagne. Dans quelques temps son père Louis CLEMENT le patriarche aura un fil de vie, tout comme ses enfants.

                                                    


Sources
AD 26 BMS Chabeuil et Montmeyran
AD 26 Notaire Chabeuil 1714-1716 2 E 19664 vue 467

dimanche 16 novembre 2025

Granger des Ursulines

Ainsi donc Louis CLEMENT, vous avez quitté Montmeyran votre paroisse, pour devenir granger des religieuses de Sainte-Ursule de Chabeuil en 1715, vos plus jeunes enfants y sont nés, et hélas votre épouse Madeleine REBOUL s’est éteinte trop tôt vous laissant avec de jeunes pousses, vos parents âgés l’ont suivie de peu dans l’au-delà.

Appartenant à une famille de récents catholiques dits nouveaux convertis et anciens protestants, j’avoue avoir trouvé inattendu votre nouveau statut de granger auprès de respectueuses religieuses, vous deviez remplir les conditions, avoir des recommandations ou être le seul postulant.

Dans ce coin du Dauphiné, où le couvent de Chabeuil a été fondé en 1602, les Ursulines s’occupent de l’instruction des jeunes filles, des soins aux malades et des nécessiteux et ce jusqu’à la Révolution.

Le destin, où les hasards des actes notariés numérisés par les Archives de la Drôme, et me voilà sur un petit nuage : je le tiens le contrat de grangeage de notre ancêtre Louis CLEMENT rédigé par Maître Bérenger.

Portail de l'ancien couvent des Ursulines de Chabeuil - Wikipedia

Regardez notre lointain aïeul, aux sabots nettoyés, vêtements dépoussiérés, laboureur à Montmeyran, il s’engouffre dans une ruelle étroite de Chabeuil, flanqué d’un compère Jacques Gensel laboureur à Beaumont.

Une fois passé le portail et franchi l’enceinte du couvent, là dans le parloir du dévot monastère de Sainte-Ursule, l’après-midi du 25 février 1715, Louis CLEMENT se retrouve face à Dame Elisabeth Deyriaux supérieure et dames Pernette de Costal assistante, Elisabeth Derostain zélatrice (1) et Marie Claire Malet dépositaire officiante (2).

Ces dames religieuses « baillent à titre de grangeage et à moitié fruits à honnête Louis Clément laboureur, ici présent et acceptant, à savoir le domaine qu’elles possèdent au mandement de Chabeuil appelé Chaliar : terres, prés et vignes, bois, chaussées et généralement tout ce qui en dépend et les mêmes dont Pierre Parmingeat jouit à présent à même titre de grangeage, de tout quoi ledit Clément a dit être bien certain, et pour le temps et terme de quatre années qui prendront leur commencement à la prochaine fête de Toussaint et à la veille de semblable jour finissant ».

« Les deux parties ne peuvent renoncer au bail que dans la seconde année, à condition de s’avertir trois mois à l’avance ».

Gallica extrait carte Cassini sur Chabeuil et le domaine

Notre ancêtre Louis CLEMENT « fera sa résidence avec sa famille dans le domaine, qu’il conservera ensemble les fonds d'iceluy soit pour les cultures forces et autres choses en véritable père de famille, le rendra le tout en fin de terme, au même état qu'il aura trouvé, dont il se chargera à faire à son entrée dans le domaine par inventaire et encore de ce qui lui sera remis par les Dames en cheptel, ou autrement.»

« Les semences seront fournies en commun belles et bien criblées, et il sera permis aux Dames de mettre en semence celles qu’elles ont payées à charge au granger de les nourrir (dans le sens de les faire pousser)».

« Le granger donnera toutes les cultures nécessaires à la vigne du domaine, les sarments seront ramassés aux frais des Dames et leur appartiendront en entier, et notre Louis sera tenu de leur faire tous charrois nécessaires (3) ».

« A premier requis, tous les fruits qui se récolteront seront également partagés, après avoir été prélevés chaque année par les Dames cinq setiers de blé et froment sur le monceau (4), le gros bétail servant au labourage sera mis en commun, aussi bien que les charrettes et tombereaux nécessaires ».

« Quant au menu bétail, les Dames bailleront pour une fois au granger la somme de cent cinquante livres que celui-ci emploiera à l’achat de moutons ou brebis. Et sur le profit que le granger pourra faire sur tout le bétail, il paiera annuellement aux dames religieuses la somme de cinquante livres à chaque fête de la Sainte Madeleine (5) et à sa sortie du domaine, il sera aussi tenu de leur rendre la somme de cent cinquante livres ».

« Le berger qui sera pris pour la garde du bétail sera nourrit et payé par ledit granger qui peut avoir dans le troupeau quatre moutons en son propre ».


Notre Louis CLEMENT « plantera chaque année dans les fonds du domaine six douzaines à plançon (6) aux endroits nécessaires, plus quatre autres douzaines d'arbres fruitiers qui lui seront fournis par les Dames ».

« Les fagots que le granger fera annuellement sur les biens appartiendront auxdites Dames, excepté la feuille (7) qui sera donnée au bétail, feuille qui sera baillée par les dames au granger ». 

« Chaque année, le granger donnera aux Dames deux lapins de cinq livres, quatre paires de chapons et sept paires de poulets, comme aussi vingt œufs pour chaque poule, des vingt-cinq qui lui seront remises avec un coq ».

« Il sera permis auxdites Dames de mettre à leur propre frais pendant l'été, et au cours du présent grangeage, dix-huit moutons ou brebis dans ledit domaine pour y être engraissés, lequel bétail elles prendront à leur volonté ».

« Il a été convenu que si les Dames voulaient faire quelques ouvrages de maçonnerie ou réparations audit monastère les charrois de matériaux et attraits (8) seront fait par moitié par le granger et par celui de leur domaine de Lapasas ».

« De plus, lorsque les Dames voudront faire quelques réparations le long de la rivière de Véore pour la conservation des fonds du domaine de Chaliar, ledit granger sera tenu de s'y aider de sa personne et encore pour les charrois qu'il convient d'y employer ».

Notre lointain grand-père n’a pas le droit de faire un charroi de bestiaux pour une personne étrangère du domaine, ni de couper aucun arbre mort ni vif sans le consentement des Dames.

AD 26 Notaires extrait bail de Louis Clément 1715

Les parties déclarent que les biens étaient affermés au départ de la somme de cent cinquante livres, et promettent et jurent observer les clauses, à peine de tous dépens et dommages.

Fait audit parloir du monastère, lu et récité par notre sympathique notaire Bérenger en présence de noble César de Murinais et sieur Jean-Baptiste Eynard praticien, notre aïeul Louis CLEMENT ne sait pas signer contrairement à son père, et Jacques Gensel laboureur, et potentiel parent, paraphe le bail.

Intéressée et émue à découvrir les clauses détaillées de ce bail de grangeage qui lie Louis avec les Dames religieuses et le mène à s'installer avec les siens dans le domaine de Chaliar. Et si l'inventaire pouvait encore exister ? 
 


Retrouver Louis CLEMENT et sa famille 

N.B 
1 - zélatrice : religieuse chargée de l'accompagnement des novices
2 - dépositaire officiante ou sœur officiante : chante et récite l'office pendant une semaine,   le notaire a écrit dépositaire officiensée !
3 - charroi est le transport par charriot ou charrette 
4 - monceau : équivalent de tac ou vrac 
5 - la Sainte Madeleine est fêtée le 22 juillet
6 - un plançon est une branche de saule, de peuplier ou d'osier que l'on sépare du tronc pour  la planter en terre et en faire une bouture
7 - la feuille, dans le sens de fourrage 
8 - attrait ou attirail : tout ce qui sert à bâtir ou réparer une maison (terme de coutume)

Source 
AD 26 Notaires de Chabeuil Me Bérenger 
2E 19664 vue 194


jeudi 24 avril 2025

Claude Durand tailleur d'habits

Fil invisible des générations, qui nous relie à notre lointain arrière-grand-père, fil utilisé par Claude DURAND maître tailleur d’habits qui œuvrait à La Baume Cornillane en Dauphiné au pied du Vercors.

Claude né vers 1610, se marie avant 1640 avec Judith PETIT, père d’au moins trois enfants dont Moyse notre aïeul, il est qualifié de maître tailleur d’habits dans un acte notarié de 1636.

Ce n’est qu’en 1588, sous le règne du roi Henri III, qu’apparaît la « dénomination Maître Tailleurs d’Habits, avec pouvoir de faire tous les vêtements d’homme & de femme sans aucune exception ».

En 1675, le roi Louis XIV « dit Roi-Soleil », jugeant que les femmes avaient aussi le droit d’habiller leurs semblables, constitue un corps de maitrise sous le nom de Maîtresse Couturières avec pouvoir de confectionner uniquement les vêtements féminins. 

Pour porter le titre de Maître, il faut d’abord être confirmé compagnon au bout de trois ans d’apprentissage, puis présenter un chef d’œuvre trois ans plus tard.

Allons donc retrouver Claude DURAND vers 1650 qui a reçu commande d’un justaucorps de la part de Jacques EYNARD châtelain de La Baume. Au vu d’un portefeuille d’échantillons, ce dernier a choisi pour le dessus une étoffe de laine lustrée d’un côté, dénommée calmande, de couleur noisette et pour la doublure une fine serge de laine avec des côtes obliques d’un ton plus clair.



En maître tailleur minutieux, Claude a vérifié les mesures de son client avec un ruban de papier, calculé les aunes nécessaires pour le vêtement, s’est procuré les étoffes auprès d’un drapier du lieu ou de Chabeuil car on lui fait confiance.

Tout est ordonné dans sa pièce de travail, voyez le porte-chandelier entouré de petites cases où sont rangés soigneusement les fils et les aiguilles.

Le maître a dégagé son bureau, disposé son matériel, comme une craie pour reporter sur l’étoffe les différentes pièces du justaucorps, grâce à ses patrons de papier fort utiles. Pour couper deux pièces à la fois, il double l’étoffe et choisit la paire de ciseaux adéquate selon l’épaisseur, avec dextérité il entame la matière.

Intervient l’étape de la couture, du choix de la qualité du fil, du point adapté au vêtement, un maître tailleur connaît forcément tous les points : de côté, de devant, point-arrière, point-lacet, ainsi que les points à rabattre, ceux qui forment les boutonnières. 

Du fait-main en intégralité à cette époque, avec l’aide d’un apprenti sûrement, peut-être celle de l’épouse ou d’un frère, il ne m’a pas tout dit Claude DURAND, mais il assure le montage du justaucorps, l’entoilage, veille aux finitions comme celles des poches, à la disposition des boutons retenus.

En artisan avisé il prévoit un essayage avec son client pour vérifier le tombé du vêtement et faire des retouches le cas échéant. Soigneux, à la fin de l’ouvrage, pour ouvrir les coutures et remettre à plat le tissu, il sort le grand carreau ou le petit carreau, sorte de fer à repasser chauffé sur les braises, juste ce qu’il faut, afin de rendre un vêtement impeccable.

La fierté d’un savoir-faire maîtrisé, du bel ouvrage, il y tient sans aucun doute ce très lointain grand-père. Claude DURAND sait lire, écrire et signer, une signature assurée dans les actes grapillés dans des registres notariés de l’époque 1630-1655, il est souvent témoin avec la mention de sa qualité professionnelle. 

Fil de signatures, en attendant de faire un essai de décryptage de ces anciens actes à l'écriture austère, actes précieux et repères temporels pour cette famille et les autres habitants de La Baume Cornillane, village acquis très tôt aux idées de la Réforme dont les registres paroissiaux protestants ont disparus. 


Retrouver une ancienne rencontre avec son fils 



Sources 
AD 26 Actes notariés numérisés de 
           Me Bérengier de  La Baume Cornillane
Gallica - Gravure de Jost Amman extraite du livre de métiers 
            - L'art du tailleur de F P A Gersault 
ENCCRE version numérique de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert 



samedi 18 mai 2024

Claude Dupont scieur de long

En piste pour une rencontre ancestrale à Barisis aux Bois, dans l’Aisne actuelle, commune lovée dans un écrin de forêts où se cachent de nombreux ancêtres : Claude Dupont (sosa 1660) a les oreilles qui bourdonnent avec ces quelques lignes.

Trace est gardée de son passage sur notre terre dans les registres paroissiaux, fils des défunts Robert et Jeanne Dauthuile, dans la petite église paroissiale, Claude âgé de 27 ans est solennellement marié le 14 novembre 1695 avec Marie Magnier ou Meunier (sosa 1661) veuve de 34 ans.


Débarquent au foyer Jacques (sosa 830), Antoine, Charles, Marie et Pierre, trace est gardée de leurs baptêmes entre 1696 et 1704, l’aîné est mon lointain grand-père.

Le temps file, Claude Dupont assiste aux mariage des quatre aînés, le temps s’arrête trop tôt en 1727 pour son épouse Marie, mais sa vie continue après ses secondes noces avec Yolaine Pannequin veuve.

Son temps s’achève le 24 décembre 1740, muni des derniers sacrements, entouré des siens, fils et petits-fils émargent son acte d’inhumation le même jour veille de Noël. Il était scieur de long, âgé d’environ 70 ans.


Gallica extrait planche sur le scieur de long

Quel métier épuisant que celui de mon aïeul Claude, métier reconnu en tant que tel depuis le 15ème siècle, exercé en itinérance à travers tout le Royaume de France, où en sédentaire dans son cas, savoir-faire transmis de génération en génération.

Sa tâche, avec d’autres compagnons, vise à transformer un tronc en planches. Le doleur avec une hache équarrit la pièce de bois, puis trace une ligne de coupe avec une corde trempée dans un mélange de cendres et d’eau qui laisse une ligne noire sur le tronc.

La scie de long ou scie à déligner est une grande scie à refendre le bois, conçue pour couper le bois dans le sens du fil de bois, ses dents affutées agissent comme un petit rabot qui retire un copeau.

Cette lourde scie est maniée par deux personnes : le chevrier qui se trouve debout en haut de l’échafaudage et le renardier qui se trouve en dessous et se protège ses yeux de la sciure par un grand sac ou un chapeau. Le chevrier remonte la scie, qui descend ensuite de son propre poids, aidée par l'impulsion du renardier.

Un travail d’équipe que celui de scieur de long, du matin au crépuscule, pour Claude Dupont, ses compères, et ses fils.

Travail judicieusement observé et mis en mots choisis et termes ciselés par un chansonnier et poète du 19ème siècle Pierre Dupont, amoureux du Forez, terre de scieurs de long, ceux qui partaient dans tout le pays, je vous propose d'écouter le poème sur le scieur de long. 


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Retrouver son fils Jacques 


Sources 
AD 02 Barisis BMS et Geneanet pseudo milou02
Pierre Dupont 1821-1870 Chansonnier et poète 
Poème extrait de Chants et chansons, poésie et musique volume 4 


vendredi 8 mars 2024

Un surprenant inventaire

En quarante-huit heures Dominique Humille notre aïeule s’est retrouvée veuve de Rémy Vernier feu Jean, et désignée tutrice de trois garçons, il lui reste encore à subir l’épreuve d’un loyal inventaire.

Pour tout généalogiste, l’inventaire après décès est un acte notarié particulier, un temps suspendu où on pénètre en catimini dans la maison de ses ancêtres, découvre la configuration des lieux, les meubles et objets du quotidien, les immeubles, voire les dettes ou les créances.

Là-haut à Montvernier en Savoie, le 11 juin 1725, débarque Maître Dupré à sept heures du matin en la maison des hoirs de Rémy Vernier, dûment muni d’encre, de plusieurs plumes d’oie et de feuilles de papier. L’inventaire détaillé se poursuit le lendemain et comporte quatorze pages et demie du minutaire notarial, feuillets dépassant le format A4 contemporain et flirtant avec le format A3. 


Le notaire royal collégié rappelle en préambule que l’inventaire après décès est effectué au bénéfice des enfants mâles mineurs et pupilles Michel âgé de quatorze ans, Joseph âgé de douze ans, et Dominique âgé de huit ans (mon ancêtre).

La mère désormais tutrice déclare ne rien cacher et dire tout ce qui est vrai.

Maître Louis Dupré cite trois témoins tous honorables :
- Jean feu François Tronel
- Joseph feu Jean Louis Deschamps (bonjour lointain grand-père)
- Jacques feu Jean Louis Roux.

De même, il intervient avec l’assistance des plus proches agnats et affins tous honorables ;
- Joseph feu Michel Humille oncle maternel
- Pierre fils de feu Philippe Vernier cousin germain
-Jacques et Pierre frères enfants de feu Michel Durieu cousins germains dudit feu Rémy.

Excellente idée de préciser les parentés et précieux indices qui vont permettre d’avancer dans mon arbre.

La visite commence dans la cuisine avec pour mobilier
- un buffet à deux portes de bois blanc tout à fait usé,
- une tablette de noyer avec ses montants de bois blanc et un tiroir, le tout de peu de valeur,
- deux bancs de bois blanc de peu de valeur
- une arche de fayard contenant environ 30 quartes (un coffre)
- une forme de lit de bois blanc,
- deux petits chenets de fer et un petit soufflet,
- une crémaillère à trois jambes et sept boucles.

Côté déco : un petit bénitier en étain commun et un chandelier en laiton, ainsi que deux lampes.

Pour préparer les repas et s’alimenter :
- une poêle à feu et deux poêles à frire,
- un grand mortier de pierre,
- deux poches dont une percée de fer (louche)
- un seau de bois à tenir l'eau et son bassin assez bon,
- un bronzin de cuivre, et un bronzin de métal,
- deux chaudrons, et deux marmites ont une avec son couvercle,
- deux pots à feu de métal,
- neuf plats d'étain commun et huit assiettes,
- trois salières d'étain, deux pots d'étain, huit colliers d'étain,
- huit tranchants, huit écuelles de bois et un couteau,
- un faissellier et une faisselle, deux pots de terre à tenir le beurre.

Mais encore des objets divers :
- un récipient de bois blanc contenant environ 24 quartes,
- deux petits achons et un gros,
- une caisse assez bonne de cuir,
- deux paires de cordes et un filet,
- une faux, deux faucilles, et une pelle assez bonne,
- un petit joug avec ses courroies et un joug collé ferré,
- un van et un crible. et aussi un marteau. 

 © Photos Musée Savoisien

Sur les talons du méticuleux notaire, l’inventaire se poursuit dans la pièce dite le poêle en Maurienne avec pour mobilier :
- une grande table de noyer avec son montant de bois blanc,
- un banc de bois blanc,
- une chaise rapetassée et tout à fait usée et quatre sièges de noyer,
- une forme de lit de bois blanc,
- une garde-robe de noyer à quatre portes et deux tiroirs, lesdites portes fermant à clef,
- trois coffres en bois blanc fermant à clé de différentes contenances dont un appartient à la veuve Dominique Humille.

Côté objets, j’ai sourcillé sur :
- un tableau sans cadre à l'effigie de Saint Rémy,
- un poids à peser l'or et l'argent, et un compas,
- une marque de famille : objet pour apposer une initiale ou un sigle sur les bêtes qui partent à l’alpage,
- un « baptisé » qui est en indivis entre tous les consorts Vernier, linge qui entoure le nouveau-né conduit à l’église pour son baptême.

Morceaux choisis du linge des coffres :
- deux nappes de toile ciré usées,
- deux nappes à grain d'orge mi-usées,
- deux pendants de lit mi-usés, et une vieille couverte de Catalogne,
- dix chemises du défunt mi-usées,
- douze draps de lits assez bon, dont sept appartenant à la veuve,
- quatre draps de couture neuf ou assez bon,
- sept serviettes et trois nappes assez bon.

Des espèces à savoir : trente-huit livres en argent de différentes monnaies provenant de la vente de froment et c'est pour servir au paiement des différentes tailles et usages de la maison.

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Ensuite le notaire grimpe à l’étage et entre dans une chambre au-dessus du poêle, il repère deux coffres fermant à clé en bois blanc et en noyer. De même il répertorie des mesures de plusieurs contenances réservées soit au froment et au seigle, soit à la laine.

Puis dans les caves, Maître Dupré note un mauvais bachat à tenir du fromage (seau), un entonnoir pour baril, énumère des tonneaux et des barils de différentes contenances, avec deux ou un grand cercle, de peu de valeur. Il fatigue et je me déconcentre un tantinet.

Enfin à l’étable se trouvent :
une mule âgée d'environ deux ans, un bœuf, un petit bœuf, une vache d'environ huit veaux, une génisse d'une année, une chèvre et deux brebis.

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Fin du premier acte pour la docte assemblée, et début de second acte avec l’inventaire des biens immeubles poursuivit courageusement par le notaire :

Donc à Montvernier, la famille de Rémy Vernier notre ancêtre habite au lieu-dit La Place dans un bâtiment consistant en la cuisine, le poêle et une chambre au-dessus, un galetas, avec deux caves, et au-dessous de la maison : un jardin et un peu de verger, une grange et une étable, tout cela au chef-lieu de la paroisse.

Tant au levant qu’au couchant, sont précisés les noms des propriétaires riverains.

Côté bâti plus haut, à Montbrunal au lieu-dit Mollaret, Rémy Vernier possède une grange et étable et sa part d'une maison, le tout tombant en ruine.

 

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Avec encore un peu de force, le notaire se lance dans l’énumération des terrains, et recense des parcelles de vignes mesurées en toises, avec chaque fois la précision des propriétaires riverains. A priori une bonne douzaine de parcelles dans les hoirs de feu Rémy Vernier notre ancêtre.

Ne soyez pas étonnés de la présence de vignes, bien qu’en altitude la paroisse est bien exposée.

Là se termine une dure journée.

Le lendemain dès six heures cette fois, en présence de la même équipe, Maître Dupré démarre, frais et dispos, la litanie des parcelles de terrain, trois quartellées par-ci, quatre quartellées par-là, confinée par etc etc etc  …. Il noircit plusieurs pages, comment fait-il pour se souvenir de tous ces terrains, aidé par les témoins et les membres de la famille certes.

A ce stade j’ai décroché, malgré tout l’intérêt que je porte à cette branche d’ancêtres, et faute d’avoir un stagiaire sous la main à faire trimer pour un beau tableau, vous échappez à l’ultime énumération.  

Rassurez-vous l’inventaire a été bouclé avec les formules adéquates et les signatures de ceux qui peuvent apposer leur griffe. Dominique Humille la veuve est soulagée de cette longue et pénible formalité, rejointe par ses trois fils, elle va assumer le quotidien. 


Cela vous dit deux bonus tirés des coffres : une friandise (enfin pour les généalogistes) et une énigme ?

D'un un coffre a été extrait un sac de titres contenant les actes notariés passés par Rémy Vernier ou son père Jean Vernier, pas moins de quarante-deux cottets, énumérés et cités dans le détail par notre professionnel notaire. Logiquement d’autres pans de vie devraient pouvoir être dévoilés.

Dans un autre coffre était planquée toute une bibliothèque, vingt-deux livres au total, je suis restée bouche bée à la lecture des titres édifiants. Juste un extrait et vous laisse méditer :
- le guide du pécheur,
- un antiphonaire,
- le catéchisme du Concile de Trente,
- le notaire parfait.

Dois-je me noyer un peu plus dans les registres du Tabellion pour éclaircir éventuellement certains mystères ? 
En attendant je m'esquive sur la pointe des pieds. 



Retrouver cette famille 


N.B
Un agnat est issu d'une même souche masculine
Un affin est un parent par alliance 
La toise est une mesure de longueur
La quartellée est une mesure de surface
Le grain d'orge est une étoffe croisée avec un dessin imitant le grain d'orge 
Le cottet est une numérotation utilisée en Savoie pour lister les actes notariés 

Source 
AD 73 Tabellion Saint-Jean de Maurienne 1725 
2C 2495 f 511 vue 558/586 et Relevé GénéMaurienne