Le généathème d’avril proposé par Geneatech sur la santé, m’incite à évoquer un lointain et célèbre cousin au 16ème degré : Claude Nicolas LECAT maître-chirurgien, axonais d’origine puis rouennais.
De nombreux documents sur ce docte personnage sont disponibles, et plusieurs portraits aussi, pour illustrer son aspect physique, j’ai retenu une peinture dans son âge mur, le représentant de profil. En homme établi, et respectable, il porte une perruque grise, a revêtu une veste vert tendre doublée de fourrure sur une chemise bordée de dentelles, une forte personnalité sans nul doute.
Tout commence dans l’Aisne, Louis LECAT le grand-père naît à Camelin, ainsi que sa sœur Marie LECAT mon aïeule, tailleur d’habits de son état, marié à Marguerite EGRET, il ne voit grandir que son fils Claude sur ses cinq enfants.
Le père Claude LECAT lors de son mariage dans le gros bourg voisin de Blérancourt le 18 janvier 1695 est déjà dit chirurgien à 23 ans, l’heureuse élue Marie Anne MERESSE est fille de défunt Simon MERESSE vivant chirurgien et de Françoise BERTRAND et petite fille de chirurgien.
Claude formé à l’Hôtel-Dieu de Paris était chirurgien lettré et élève de Charles Georges MARESCHAL de BIEVRE premier chirurgien du Roi qui voulait prendre soin de sa fortune en commençant par le faire chirurgien de l’escadre du Comte de TOURVILLE, mais il le refusa par attachement à ses parents dont il était fils unique.
Installé à Blérancourt, Claude est un homme d’importance dans la corporation des chirurgiens qu’il contrôle, puisqu’il en est maître-juré.
Feu son beau-père Simon MERESSE réputé pour son habileté étudia aussi à Paris, tout comme son propre beau-père, ce dernier ayant été sollicité selon la tradition familiale pour donner des soins à la Reine Anne d’Autriche épouse du Roi Louis XIII à Compiègne.
Claude Nicolas LECAT baptisé en 1700 est le troisième enfant d’une fratrie de huit, et côtoie seulement deux sœurs qui passent le cap de la petite enfance.
Ses parents le destinent à l’état ecclésiastique dont il porte l’habit pendant plusieurs années, parrain d’un cousin en 1716 il est qualifié de clerc, mais le recueillement perpétuel et l’austérité pour distribuer les vérités sacrées s’accordent mal à son esprit créatif.
Après le collège et le séminaire de Soissons, Claude Nicolas soutient une thèse de philosophie en 1720 à Paris, s’intéresse à l’architecture, aux mathématiques, écrit une lettre sur l’aurore boréale de 1725, et arrive à convaincre ses parents de sa véritable orientation.
Claude Nicolas est plus porté vers la médecine, et surtout la chirurgie et l’anatomie et apprend donc les premiers éléments de son art avec son père avant de partir étudier à Reims en 1723, puis à Paris pour se perfectionner. Il fréquente l’Hôtel-Dieu, la maison de La Charité, la faculté de médecine et le collège Mazarin pour des cours d’anatomie, chirurgie, médecine et mathématiques ou physique, un boulimique d’études, curieux de tout, porté aux discussions. Ouf !
Son ardeur au travail le fait remarquer par Monseigneur du TRESSAN archevêque de Rouen en 1729 qui le nomme premier médecin et chirurgien, place obtenue semble-t-il par protection, avant d’avoir soutenu sa thèse de médecine, ce le sera en 1732, ni obtenu sa maîtrise de chirurgie, épreuves passées en 1734.
Toujours est-il Claude Nicolas LECAT s’implante définitivement à Rouen, nommé survivancier (1) dans la place de chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de la capitale de la Normandie.
A Rouen, en plus des opérations courantes assez limitées à cette époque, il pratique des grandes opérations comme la taille vésicale qui consiste à inciser la chair et la vessie pour extraire la pierre, appelée aujourd’hui cystotomie. Il opère aussi les cataractes et les becs de lièvre. Il assure lui-même les pansements matin et soir, alors qu’il pourrait confier ces tâches, et s’occupe activement de son service, et pour prévenir des escarres fait réaliser un lit mécanique. Il donne des soins à une clientèle privée qui vient de toute la France et aussi de l'étranger.
LECAT a le don de l’enseignement, et ouvre en 1736 un cours public et gratuit d’anatomie avec dissection, cours annoncé par affiche où il professe avec une robe amarante et bonnet carré, aménage à ses frais un amphithéâtre. Face à ce sacrilège, s'ensuit une très vive opposition et forte jalousie des médecins, qui réclament le paiement d'une redevance à leur égard pour pouvoir donner ces leçons.
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Lecteur de ce siècle, ayez en mémoire que l’art de la chirurgie s’est progressivement détaché, non pas de la médecine, mais du savoir-faire des garçons-barbiers en devenant une spécialisation plus savante. Le médecin fait des études universitaires, le chirurgien apprend auprès d’un maître.
Au moment de l’essor de la chirurgie, les médecins sont particulièrement pointilleux sur la prééminence de leur rang sur les chirurgiens, ces derniers devant leur verser des honoraires, d’où la querelle à Rouen entre le collège des médecins et notre dynamique et passionné chirurgien LECAT.
Marguerite CHAMPOSSIN orpheline est la fille d'Antoine CHAMPOSSIN marchand et de Marguerite BLONDEL.
La jeune femme a été présentée à ses beaux-parents en Picardie à Blérancourt à l'été 1746 où elle est marraine d'un cousin de son époux, ce qui laisse entendre qu'il conserve des liens familiaux.
Leur fille Bonne Charlotte LECAT naît à Rouen six ans plus tard en 1748, dans son acte de baptême figurent tous les titres et qualités, comme résumés dans l'extrait ci-après d'un éloge sur son père :
Il est membre associé de plusieurs sociétés savantes en Europe : Londres, Madrid, Porto, Madrid, Bologne et Berlin sans oublier Saint-Pétersbourg, homme du siècle des Lumières tout l'intéresse.
A côté de ses ouvrages médicaux, comme "le traité de l'opération de la cataracte", on peut citer un ouvrage physiologique comme "le traité des sens". Ce touche-à-tout a communiqué sur l'homme automate, l'astronomie, la météorologie, la géologie, les lois sur la chute des corps qu'il vérifie d'ailleurs par des expériences du haut de la cathédrale.
Curieux de botanique, amateur d'art et mécène, il s'entoure de peintres et sculpteurs, son cabinet de curiosités, ouvert lors du passage de savants ou lettrés, et sa bibliothèque de plus de 2000 livres reflètent son éclectisme et son approche multidisciplinaire.
Pensionné par le souverain, Claude Nicolas, suprême honneur est anobli par le Roi XV en janvier 1762 ce qui n'était pas facile aux maîtres en chirurgie d'accéder à la noblesse. Le voilà écuyer avec un blason et des armes parlantes : un chat, un caducée, deux étoiles pour ses talents soit ses services rendus à la science et au public.
Hélas la même année un incendie lui fait perdre une partie de ses trésors et de ses travaux dont certains non publiés, il ne s'en remet pas. De santé délicate avec un affection gastrique, épuisé par un travail acharné pour reconstituer ses études et "mourir les armes à la mains" selon ses propos, Claude Nicolas LECAT cessa de vivre le 20 juillet 1768 ou plutôt de travailler.
Sur cet homme ambitieux certes, mais charitable et bienveillant et dont l'intelligence, le travail et le savoir ont justifié la réputation, fut rédigé l'épitaphe suivant ;
Ci-git qui par le vrai sut terrasser l'envie
par les traits du talent qui terrassa la mort
qui par son immortel génie
triomphe maintenant du cercueil et du sort
Epitaphe écrit par son gendre Jean Pierre DAVID chirurgien et même cursus, époux de Charlotte Bonne LECAT qui reprend le flambeau comme chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Rouen.
N.B. le survivancier est celui qui a la survivance d'une charge, qui exerce du vivant du titulaire et avec son consentement
Pour aller plus loin
Site Persée : Un chirurgien au siècle des lumières
Gallica Précis analytique des travaux de l'académie de Rouen 1967 :
Sur la descendance de Claude Nicolas LECAT
Sources
La gazette littéraire de l'Europe 1768
L'éloge sur Monsieur Lecat 1769
AD 02 Camelin & Blérancourt
AD 76 Rouen
Indices Geneanet







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