samedi 16 avril 2022

Laisser derrière soi

Elles miroitent au loin ces fières Aiguilles d’Arves, à plus de 3500 mètres d’altitude, emblème de la Maurienne, la plus belle trilogie des Alpes selon l’anglais Coolidge qui en fit la première ascension en 1878.

Un peu en contre-bas - comme déposée sur une butte arrondie, l’église Saint-Nicolas de Montrond, paroisse de Savoie, témoigne de la piété des hommes.

Montrond  © Montrond Tourisme 

Ne soyez pas étonnés d’un rendez-vous à Montrond, village dont Jean Claude Roche est natif. Rappelez-vous, lors d’une quittance mutuelle signée à Modane, j’avais déniché ce lointain ancêtre marié à Dominique Clappier, veuve d’un vieux barbon, flanqué de beaux-enfants et tuteur de ces derniers.

Inévitablement, je suis allée à la rencontre de l’enfance de cet ancêtre fils de Balthazard Roche (sosa 600) et à la rencontre des siens, à Montrond, village niché à 1400 mètres d’altitude avec 300 à 400 habitants tout au plus.

Alchimie curieuse de pages tournées, d’indices grappillés, d’éléments de documentation et voilà une série de séquences qui défilent, et s’animent.

AD 73 extrait carte Maurienne

Balthazard Roche feu Jean-Baptiste, vos parents et amis, vous me semblez encore présents dans votre église paroissiale de montagne au modeste volume, un simple rectangle mais avec un portail en tuf bien taillé selon les accords passés en 1674 par les « communiers » avec un maître-maçon du Val Sesia (1), église consacrée en 1677 par l’évêque de Maurienne.

Vous tous, simples communiers, dans cet élan de piété et de diffusion de l’art baroque, comment avez-vous pu passer et honorer tous ces contrats avec les artistes locaux, pour le riche décor de chœur, le retable, les tableaux et la poutre de gloire. Je sais que le clergé vous incitait à témoigner votre foi et à penser à votre salut, mais vous aviez si peu.

Dans cette petite église Saint-Nicolas, conservée et restaurée, Balthazard Roche je vous vois recevoir le baptême en 1662, nouveau-né de Jeanne Sibué votre mère, puis je suis présente à votre mariage avec Françoise Grand en 1683, et de même lorsque vos fils à leur tour furent tenus sur les fonts baptismaux.

***

Votre quotidien Balthazard, celui de vos parents et amis, est rythmé par les saisons, le travail aux champs l’été, et les soins au bétail.

En hiver, qui dure la moitié de l’année, votre horaire est tributaire de votre bétail, très tôt le matin il vous faut nourrir les vaches et les traire, à midi, vous occuper des porcs, puis dans l’après-midi œuvrer pour le nouveau repas de fourrage des vaches. Et le soir Balthazard, il vous faut « ranger » les animaux de l’étable, c’est-à-dire les soigner, encore traire, et « couler » le lait dans le chaudron.

Oh, j’ai bien saisi qu’en hiver, lorsque la bourrasque accumule la neige mètre par mètre contre les murs des maisons de pierre, l’horaire des repas des gens ne peut s’écarter de celui des animaux.

Repas frugaux pour votre famille Balthazard, servis dans une écuelle de terre cuite, avec seulement une cuillère pour avaler, matin et soir, la soupe préparée par Françoise, sorte de bouillie de farine de seigle et d'orge, arrosée d’un peu de lait, dans laquelle vous trempez tous du pain noir et dur cuit deux fois l’an.

Un peu de lard le dimanche j’espère, voire du chou seul légume qui pousse en altitude, ce n’est pas encore l’époque de la pomme de terre, ni celle de la diffusion de la farine de maïs pour faire la « polente ». Une fois le repas achevé, vous relevez la table fixée au mur par des charnières, pour éviter que les poules y grimpent !

Eh oui, dans la pièce unique partagée avec tout le bétail, contre le mur de l’étable des lits superposés pour votre repos, à proximité des vaches, des moutons et volaille, hommes et bêtes vivant ensemble se tiennent chaud.

***

Et lors de ces longues journées d’hiver à Montrond, j’imagine les femmes filant et tissant le chanvre, préparant les trousseaux de leurs filles, et vous messieurs, adroits de vos mains, travaillant le bois pour confectionner des sabots, des seilles (2) et des bouteilles de bois.

Et lors des veillées hivernales, j’imagine l’évocation des absents du pays, émigrés le temps de la mauvaise saison ou plus, marchand mercier par exemple,

A trop écouter les récits de ceux tentés par l’aventure d’un ailleurs, un jour vers 1715 - paysage, lieu et famille - furent abandonnés par Jean Claude Roche fils de Balthazard, pour démarrer sa vie d’homme à Modane.

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Retrouver cette famille

(1) les communiers sont les habitants d’une paroisse en Savoie et le Val Sesia est une vallée alpine italienne au nord de Turin

(2 la seille est un seau en bois, les bouteilles de bois sont destinées au village proche de Saint-Julien qui a des vignobles


Sources
AD 73 BMS Montrond - St-Jean d'Arves
Indices trouvés sur Geneanet et vérifiés
Ancien site Sabaudia Histoire de Montrond

jeudi 7 avril 2022

Bisbille fatale au village

Naviguer entre plusieurs sources : une dose de presse ancienne, un soupçon de registre d’état-civil, et voilà mon clavier qui se réveille pour relater une bisbille fatale dans un lieu où vécurent mes ancêtres.

Un article pioché dans « Le Guetteur de Saint-Quentin et de l’Aisne du 24 octobre 1897 » avec des tournures un peu datées, mais un vocabulaire précis, permet au lecteur d’imaginer l’incident malencontreux, dont un des protagonistes est un lointain collatéral.


« Une scène de meurtre, qui a été bientôt connue dans le village de Barisis, où elle a, comme bien on pense, défrayé les conversations depuis quelques jours, s’est produite mardi, vers 3 heures de l’après-midi, aux abords de la ferme de Buin, exploitée par la société sucrière de Barisis.

Deux ouvriers, Louis-Edouard Painvin, âgé de 57 ans, et Constant Jérôme dit Lucas âgé de 69 ans, tous deux demeurant au hameau de Berganouste, travaillaient avec divers camarades à l’arrangement d’un silo de betteraves sur le bord de la route.

Ils avaient pris le café ensemble à midi, mais selon, la détestable habitude de beaucoup de gens qui s’imaginent qu’un café sans goutte ne vaut pas le diable, ils avaient fortement assaisonné leur breuvage. Ils étaient donc assez excités lorsqu’ils reprirent leur travail, et une dispute sans importance s’éleva entre eux. On s’envoyait des mots piquants, on se répondait de même, Jérôme, à moins que ce ne soit Painvin qui avait commencé, en vint à reprocher à Painvain d’avoir été condamné pour vol, l’autre riposta qu’il l’avait été lui-même pour braconnage, et tout aussitôt, on passa aux violences.

- Répète un peu dit Jérôme, et ce disant, il éleva sa grande fourche qui sert à pelleter les betteraves, et il en porta, à plat, un furieux coup à la tempe gauche de Painvin, Painvin tomba à la renverse, mais cette chute ne calma pas Jérôme, qui envoya dans la poitrine de son camarade deux coups de pied.

On s’empressa autour de ce malheureux, on le releva et comme la tête paraissait ne plus tenir sur les épaules, on s’imagina qu’il avait les vertèbres cervicales brisées. M. le docteur Prévot, de Chauny, mandé par dépêche, constata que Painvin avait été assommé et que si la mort n’avait pas immédiatement suivi, elle était fatale. Painvin en effet est mort vers 5 heures du soir, sans avoir repris connaissance.

M. le maire de Barisis, informé du meurtre, fit les diligences désirables et mercredi matin, M. Carré, juge de paix, son greffier et cinq gendarmes de la brigade de Coucy arrivaient aux Carrières, où ils procédaient aux informations judiciaires.

Jérôme qui s’était enfuit et était rentré dans la nuit à son domicile, a été arrêté sans résistance. Ce n’est point paraît-il un mauvais homme, il était très camarade avec Painvin, mais tous deux avaient la réputation de se livrer à la boisson ».

Dans le registre d’état-civil de Barisis aux Bois, à la date du 19 octobre 1897, figure la déclaration de décès d’Edouard Painvin faite par son beau-frère et le garde-champêtre. Le malheureux manouvrier décédé à son domicile, était le fils de Théodore Painvin et Louise Gosset, et s’était marié dans le village avec Marie Félicité Aimable Pétral. L’acte dressé par le maire est réglementaire et ne comporte aucune allusion aux causes du décès.

Je ne sais ce que furent les conclusions de l’enquête, et si le dénommé Jérôme, auteur de coups et blessures sans intention de donner la mort, passa en jugement.

Toujours est-il que mon lointain collatéral Auguste Constant Jérôme âgé de 77 ans (en fait 73 ans) est présent au village voisin de Folembray, lors du remariage le 6 juin 1903, de son fils prénommé Paul Jérôme Jérôme (sic).

La signature du père est particulièrement hésitante dans tous les actes le concernant, qualifié de carrier puis de manouvrier, il est possible que sa manie de braconnage ait été transmise à son fils prénommé Paul Jérôme si on se réfère aux annotations de la fiche matricule de ce dernier…

Mon trop dynamique collatéral Auguste Constant s’avère être le fils de Marie Catherine Rosalie Héry vaillante héroïne du billet la femme le carrier et le chevreuil, passez donc la voir !



Sources
Gallica : presse ancienne
AD 02 Etat-Civil Barisis et Folembray
AD 02 Fiche matricule
Geneanet arbre gdubray1



samedi 19 février 2022

Une quittance mutuelle

Rendez-vous imaginaire et possible, tant la présence de nos ancêtres dans de vieux papiers, est forte. Deux silhouettes s’éloignent sans un regard sur les sommets dominant ce village de Savoie, le ciel est limpide ce 4 juillet 1726.

Un couple sort d’une maison, est-ce la banche du notaire royal de Modane qui a tant œuvré pour les différentes parties, et aplanit les difficultés ? Elle, rapide coup d’œil à mon égard et s’esquive, des tâches l’attendent ; lui hoche la tête, façon d’exprimer : c’est fait !

Je hèle mes ancêtres Dominique Clappier et son second mari Claude Roche (mes sosas 301 et 300) eux seuls peuvent m’apporter des précisions sur une quittance liée à la succession de feu Etienne Clappier.

Pixabay

Rappelez-vous, en 1718 ledit Etienne s’éteint, laissant des héritiers de ses deux unions, et mon aïeule Dominique seule avec 4 jeunes enfants et la mission de curatrice.

Huit années après, Maître Martin de sa plus belle écriture boucle la délicate succession dans un intitulé fort précis :

« Quittance mutuelle et réciproque d’entre honorables Etienne et Jean Clappier frères, enfants en second lit de feu honorable Etienne Clappier,
   la Pétronille fille en premier lit dudit feu Etienne femme d’Honorable Claude Fontan,
  la Dominique Clappier leur belle-mère femme en premier lit dudit feu Etienne et à présent femme d’honnête Claude Roche de la paroisse de Montrond. »

Cher Claude, là officiellement, vous entrez dans la ligne de vie de « ma » Dominique, arrêtez-moi si je fais une mauvaise interprétation.

Vous êtes le tuteur de votre beau-fils Jean encore mineur à 14 ans et intervenez à ce titre, l’aîné Etienne âgé de 20 ans, mentionné majeur, agit de de son propre chef.

Dans les beaux-enfants de Dominique, issus du premier lit de son vieux barbon, on découvre Joseph, Pierre, Jean-Baptiste tous installés à Turin … ainsi que Charles Bellegarde demeurant en Piémont veuf de leur sœur Marguerite !

Bon les expatriés, quoique c’est le même pays, disons les quatre bourlingueurs ont passé un acte de cession devant notaire à Turin la capitale.

Une fois le papier reçu par Maître Martin, vous cher Claude et « votre » Dominique, ainsi que la dernière belle-fille Pétronille, assistée de son mari originaire d’Allemond en Dauphiné et habitant Modane, ce jour d’été 1726 vous scellez votre accord.

Acquiescement de la main de mon ancêtre Claude feu Balthazard.

En aparté, et pour ceux qui décrochent, seul Etienne et Jean sont de lointains collatéraux, car fils du premier mariage de mon aïeule, qui a été privilégiée par son vieux mari dans son dernier testament.

Donc Etienne et Jean « de leur plein gré, pour eux et leurs ayants droit, pour leur lien de paix et terminer tous leurs différents et procès ont convenu, transigé, et accordé comme suit… ». Cette formulation est fort révélatrice de tensions.

Et là mon cher Claude, j’ai tenté de m’accrocher sur l’aspect financier et dressé un pense-bête, et extirpé de ma poche un papier un peu froissé sur lequel dansent plusieurs chiffres, livres et sols, qui est créancier, qui est débiteur. 

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Là non, mon ancêtre se renfrogne et s’évanouit : on ne parle pas de questions d’argent à n’importe qui, mon rendez-vous ancestral avorte.

Pourtant Claude Roche, vous avez œuvré dans le bâtiment de ville de feu Etienne pour des réparations et des embellissements, il est normal d’en obtenir compensation. Dominique, désormais votre épouse, qui a conservé tous les meubles délaissés par son vieux barbon était en bonne place dans le testament.

Pas rancunière de votre disparition, je prévois de continuer à réveiller les âmes de votre famille.



                                                                                       Retrouver cette famille
                                                                                                 Des actes et des intérêts


N.B. la banche est l'étude du notaire en Savoie
        la cense est une redevance 

Sources
AD73  Modane BMS
AD73 Tabellion Saint-Michel 1726 2C 2771 vue 7 
Geneanet arbre jglisse 

lundi 14 février 2022

Des actes et des intérêts

Sur le thème - les délices des familles recomposées - je vous embarque à nouveau en Savoie avec le clan Clappier. Thadée Clappier mon aïeul mentionné aveugle , juste avant de s’éteindre, a pu donner son consentement au mariage de sa fille cadette Dominique.

En premières noces, mon ancêtre Dominique Clappier épouse le 1er septembre 1704 un dénommé Etienne Clappier, l’acte rédigé par le prêtre de Modane est sommaire, seule la filiation de Dominique y figure et les témoins,

Fort heureusement un contrat de mariage est signé le 7 janvier 1705, donc 4 mois après la cérémonie, le décès de Thadée peut expliquer ce décalage ou les difficultés à s’entendre sur les modalités, ou un autre motif.

Avec le consciencieux notaire, je découvre ce premier mari qualifié d’Honorable Etienne fils de feu Maître Pierre Clappier. Ledit Etienne intervient directement, tandis que ma jeunette Dominique est assistée de sa mère Claudie Romollon veuve, laquelle constitue à sa fille une dot en son nom.



Claudie donne à sa fille sur ses droits maternels et pour son mari : 5 modures (1) de terre à un endroit, et 6 autres modures un peu plus loin.

Elle donne aussi 150 florins en monnaie de Savoie, et sur 50 de ces florins, Etienne Clappier s’oblige à verser la cense (2) à sa belle-mère sa vie durant, et si elle en a besoin, en cas de maladie ou de vieillesse et nécessité urgente, il lui promet de lui rendre les 50 florins sans difficulté. Brave homme cet Etienne ou belle-mère organisée, je vous laisse juge !

Claudie Romollon promet aussi de faire sa fille héritière, et des parts égales aux enfants qu'aura Dominique, et elle verse bien les 150 florins à son nouveau gendre.

Lui, Etienne Clappier, donne 100 florins pour augment à sa moitié, conformément à la coutume, un bref inventaire mentionne 2 assiettes d’étain, des pots, 4 linceuls, et des objets dont les termes m’échappent. Il apporte plusieurs terres, une maison de ville et un logis avec une enseigne « à l’enseigne de Saint-Jean », est-il aubergiste ?

Dans le trossel (3) de la jeune épousée, on trouve une robe de drap blanc de pays ayant son corsage en bon drap, et une autre avec un corsage et des manches de drap violet. Les tissus en couleur sont plus onéreux, aussi je souligne que Dominique a aussi une foudelle de femme de ratine violette (4), et d’autres de cadis violet et rouge (5). La coquette dispose aussi d’une foudelle de soie rouge, de cinq coiffes de soie, et cinq gorgerines de lin avec des dentelles (6).

Plus prosaïques sont les deux serviettes de bonne victuaille, des poches donc de bonne contenance pour conserver des aliments, des pattes de toile grossière ou en lin neuf.

Et puis dans le trossel, et dans cet ordre le notaire énumère : trois anneaux, une bague et une croix d'argent, une paire d'escarpins de drap noir de pays, un coffre de sapin fermant à clef, une cuillère d'étain et une de cuivre.

***

Ainsi parés et équipés, la vie commune démarre. Au fil du temps, Etienne et Dominique accueillent dans leur foyer 6 enfants en 12 ans, ou peut-être 7.

   - Etienne baptisé le 7 mars 1706, le nom de sa mère est omis,
     mais des actes ultérieurs le rattache bien à Dominique Clappier
   - Françoise baptisée le 16 septembre 1707 est décédée le 27 août 1708
   - Jean baptisé le 7 juillet 1710
   - Bernard baptisé le 11 septembre 1712
   - Sébastien né vers 1714

   - Jean-Baptiste baptisé le 23 août 1716

Faut-il affecter au couple, Sébastien baptisé le 21 décembre 1704, s’il est dit fils d’Etienne, la mère est prénommée Marguerite Clappier et non Dominique ? Une erreur sur le prénom de la mère n’est pas exclue, les actes en Savoie ne sont pas rédigés en temps réel, des confusions sur l’identité de la mère se rencontrent. Si je retiens ce petit enfant, cela signifie que le premier mariage de mon ancêtre a été précipité par une future maternité !

Oh, la ligne de vie de ce jeune couple n’est pas un long fleuve tranquille, jeune-jeune, oui pour elle, mais pour Etienne au vu de cailloux semés par des passionnés j'ai comme un doute.


AD 73 1716 Tabellion 

Je n’invente rien, dans un codicille du 26 août 1716, Etienne Clappier époux de Dominique Clappier évoque les 9 enfants tant mâles que filles, dont 3 morts en bas âge, de feu Anne Col du lieu d’Aussois sa première épouse.

Donc mon aïeule née vers 1682 a épousé un vieux barbon qui a 30 ans de plus qu’elle.

Feu Anne Col originaire d’un autre village, est décédée en 1690 à Modane, où elle a eu ses enfants échelonnés entre 1675 et 1689, son mariage aux alentours de 1675 m’oblige à vieillir Etienne né en 1651, et à voir différemment l’union et la vie de mon ancêtre Dominique.

Ce jour de 1716, sain de corps et d’esprit, quoique détenu de maladie corporelle depuis plusieurs jours, ledit Etienne Clappier souligne que les enfants de son premier lit ont hérité de leur mère qui avait 600 florins de dot et 100 florins de son augment.

Il privilégie donc ses enfants mâles Etienne, Jean, Bernard et Sébastien issus de la Dominique a feu Thadée Clappier, et soucieux de la jeunesse de ses enfants souhaite que leur mère soit désignée tutrice par le Juge-Mage de Maurienne, le moment venu (7), et qu’elle s’acquitte avec probité de cette charge.

D’autres passages de cet acte rédigé par le notaire royal, j’ai repéré qu’Etienne a emprunté 50 florins à sa belle-sœur Marie Clappier et qu’il a exigé et reçu les droits dotaux de Dominique son actuelle épouse, soit 50 florins. Ce n’est pas simple de défendre ses intérêts…

AD 73 1718 Tabellion 

Etienne époux de Dominique a vaincu ce cap difficile, et un autre jour, pris la route pour le proche village d’Aussois et, alors âgé de 67 ans et en parfaite santé, confie ses desiderata à un autre notaire Maître Girard.

Dans le testament du 12 septembre 1718, de son bon gré et volonté, le testateur donne et lègue par institution particulière à Joseph, Jean-Baptiste, Jean-Pierre, Marguerite et Pernette ses enfants du premier lit à chacun la somme de 6 livres. Ce choix limité tient au fait « qu’il n’a reçu aucun soulagement desdits enfants dans la nécessité de la vieillesse et maladie. »

De même il donne et lègue pour institution particulière à Etienne, Jean, Bernard et Sébastien ses enfants du second lit la somme de 6 livres (8) et les réduit aussi à ses droits légitimes. A tous les autres prétendants de son hoirie Etienne donne et lègue la somme de 3 sols.

Enfin et surtout il désigne héritière universelle sa seconde femme Dominique Clappier mon ancêtre, « laissant ses biens à la connaissance de notre Sainte-Mère l’Eglise (sic), cassant, et annulant tous les autres testaments et codicilles ».

Ouf, me dites-vous ! mais avec les délices des familles recomposées, les mentalités ou comportements.

Ledit Etienne s’éteint 2 mois après ses dernières dispositions testamentaires le 19 novembre 1718 à Modane.

Voilà mon aïeule Dominique Clappier veuve, avec 4 jeunes enfants sur les bras, et une succession à gérer en lien avec ses beaux-enfants qui s’annonce difficile, vu l’esprit chicaneur de chacun s’agissant d’intérêts. 

Rendez-vous au prochain billet pour retrouver le clan Clappier …


N.B. Qui dit intérêts, dit questions d'argent, et donc ces lignes correspondent au Généathème de rattrapage de décembre dernier suggéré par Geneatech, certes avec un décalage. 


Glossaire
(1) la modure est une mesure de surface en Savoie
(2) la cense est une taxe sur des terres, moulins, fours etc 
(3) le trossel correspond aux vêtements de la mariée
(4) la foudelle est un tablier et la ratine une étoffe de laine épaisse cardée
(5) le cadis est une étoffe de laine grossière et solide
(6) la gorgerine semble être un fichu noué sur le haut du corsage
(7) le Juge-Mage intervient pour les tutelles et les émancipations
(8) avec l'Edit du 17 février 1717, la Cour de Turin unifie les monnaies de compte utilisées dans ses Etats, Elle supprime l'ancien florin de Savoie pour aligner la nouvelle livre de Savoie sur celle du Piémont. Dans les faits les deux monnaies vont coexister, ce que révèle le testament de 1718. 


Sources
Image extrait tableau d'un anonyme les compteurs d'argent MBA Nancy
AD 73 Modane BMS 
AD 73 Tabellion St-Michel 1705 - 2C 2748 vue 44
            Tabellion St-Michel 1716 - 2C 2759 vue 240
            Tabellion Termignon 1718 - 2C 2341 vue 364
Relevés GeneMaurienne
Geneanet arbres mbarnier69, arcval, jglisse 



lundi 31 janvier 2022

Un aïeul mentionné aveugle

Loin dans le temps, mon aïeul Thadée Clappier ouvre les yeux le 27 septembre 1634 à Villarodin au foyer de Daniel et Marie, juste après un petit Jean, ils sont des rescapés de la grande épidémie de peste de 1630-1631 qui a sévi dans la vallée de la Maurienne en Savoie.

Daniel Clappier le père, s’installe à Modane, avec Andrée il a 2 enfants en 1648 et en 1652, perd une petite Emerentienne dont le nom de la mère est inconnu, et établit sa fille Dominique Clappier en 1674 avec Jean Clappier.

Cette esquisse du cadre familial a nécessité recherches et vérifications pour une branche en haut de mon arbre, afin de situer mon protagoniste principal Thadée, et répondre à l’invitation du généathème de Geneatch sur un ancêtre aveugle ou malvoyant.

Gallica détail estampe J Callot

Thadée dont le prénom signifie courage, et le patronyme Clappier renvoie à un lieu rocailleux, s’unit d’abord avec Marie Albert en 1660, veuf avec 3 enfants, il convole cette fois avec Claudie Ramollon feu Claude mon ancêtre le 20 janvier 1670.

Sept autres enfants pour Thadée, l’aînée de son premier lit qui se marie, les années défilent, le souci de mettre en ordre ses affaires et voilà que j’écarquille les yeux sur une donation faite à sa seconde épouse.

AD 73 1697 Tabellion Termignon 

Le 26 juin 1697, devant Maître Floret notaire ducal et royal de Villarodin, honnête Thadée Clappier feu Daniel, de son plein gré a exprimé vouloir donner son augment de 60 florins de Savoye à honnête Claudie Ramollon feu Claude, pour assurer le futur de son épouse lorsqu’il ne sera plus.


AD 73 1698 Tabellion St-Michel

Nouveau passage chez le notaire, Maître Joseph Dufour au village de Saint-André, on est le 6 mai 1698 pour la ratification d’une vente faite au profit d’honnête Michel Pinet feu Mathieu demeurant lui à Fourneaux.

Des formules ampoulées du notaire, il ressort qu’une vente d’une pièce de chènevière (1) est intervenue précédemment et qu’il convient de ratifier l’acquis certifiant le paiement de la valeur du bien, bref que tout s’est bien déroulé …

Mon ancêtre Thadée est présent, ainsi que Jean son fils de 19 ans issu de son premier lit, ce dernier intervient aussi pour le compte de ses sœurs Marie et Catherine, sous l’autorité de son père et ledit Jean Clappier est dit assister son père à présent aveugle.

Trouver cette mention dans un acte si ancien m’a émue, mon ancêtre est âgé de 64 ans en 1698, c’est un vieil homme pour l’époque, avait-il un glaucome ou la cataracte, une basse vision ou une cécité totale ? Mes questions resteront sans réponse.

AD 73 1699 Tabellion St-Michel 

Allez encore un acte du 23 août 1699 passé à Modane au Logis des Trois Roys, dont l’hôte (2) est Jean Pierre Ratel feu honnête Prosper, on y retrouve Thadée qui assiste en tant qu’époux Claudie Romollon, pour une ratification d’un contrat d’acquis.

Maître Michel Martin notaire officie, de ses phrases emberlificotées mais précieuses, je découvre dans cette ratification que Marie Mellurin est la mère de ma Claudie. Donc ladite Marie Mellurin alors veuve, pour assurer sa vieillesse a cédé à un Prosper Ratel en 1680 cinq modures (3) de terre moyennant 57 florins monnaie de Savoye.

L’épine dans cette affaire et que ces modures figuraient dans le contrat de mariage de sa fille passé antérieurement, ces parcelles étaient réservées à Claudie et devaient lui revenir à son décès, et donc ne pas être vendues à un tiers …

A première lecture, j’ai eu du mal à démêler ce sac d’embrouilles, puis j’ai imaginé les conciliabules de Thadée et Claudie, les tractations avec l’autre partie, et l’arbitrage et conseils du notaire.

Car avouons-le, Claudie était sur le point de livrer un procès à Jean Pierre Ratel feu Prosper comme héritier universel pour reprendre les 5 modures, non mais c’est à moi devait dire mon ancêtre.

Avec sagesse, voulant éviter les frais de dépens qui pourraient s’en suivre de part et d’autre, les parties ont convenu devant le notaire, en présence de témoins, d’un dédommagement au profit de mon aïeule Claudie qui reçoit 25 florins de Savoye remis devant ledit notaire par Jean Pierre Ratel. Thadée et Claudie sont dit ne pas savoir signer ce jour-là, mais tout est bien qui finit bien …

***
Thadée Clappier fermera les yeux le 13 septembre 1704 à Modane, autour de lui Claudie Ramollon et aussi leur fille Dominique, toute une vie dans des villages de montagne. 

Ce noyau familial m’a bien occupé, il est moins anonyme et mérite une suite.





(1) la chènevière est un champ où on cultive le chanvre 
(2) hôte dans le sens d'hôtelier et aubergiste 
(3) la modure est une mesure de surface en Savoie


Sources
AD 73 BMS Villarodin - Modane
AD 73 Tabellion Termignon 1697 2C 2316 vue 486
                            St-Michel  1698 2C 2738 vue 27
                            St-Michel  1699  2C 2740 vue 7
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samedi 15 janvier 2022

La femme le carrier et le chevreuil

Aujourd’hui une brève de presse qui date du 9 juillet 1837, fournie par un encart du Journal de la Ville de Saint-Quentin, à la rédaction délicieuse, Barisis aux Bois, commune du Département de l’Aisne lovée dans un écrin de forêts, est au cœur de l’action.

« On nous écrit de Coucy le Château :
« Le 2 juillet courant, vers quatre heures matin, un chevreuil d’assez forte taille se précipita en faisant grand bruit, dans une carrière de Barisis, habitée par le nommé Jérôme (Louis) tireur de pierres. Jérôme était encore au lit, se reposant des travaux de la veille, mais sa femme était déjà debout.

Au bruit fait par cet animal, dont elle ne peut reconnaître la nature toute pacifique, à cause de la grande obscurité de la carrière, cette femme craignant pour les jours de son mari, s’arme d’un grand courage et se précipite sur ce qu’elle prend pour un loup ; après une lutte de peu de durée, elle terrasse son adversaire.

Le mari réveillé arrive à son tour armé d’une pioche et tue d’un seul coup le visiteur matinal. »
« Que de femmes à la place de celle-ci eussent pris la fuite, se félicitant du heureux hasard qui pouvait les rendre veuves. »

Pixabay

Bon, monsieur épuisé, était encore au plumard, tandis que sa moitié était déjà au labeur, enfin un peu dans le noir ! Faible femme, elle est capable à mains nues de terrasser la bête, et son vaillant bonhomme - émergé de sa léthargie - achève avec un outil ce pauvre chevreuil échappé de la vaste forêt de Coucy et de Saint-Gobain.

Je vous laisse méditer sur l’allusion au veuvage de celui qui a écrit cet encart en 1837, correspondant local du journal ou « journaleux ». Le pauvre chevreuil a-t-il été restitué aux autorités, vendu ou cuisiné ?

Vous vous doutez que le tireur de pierres ou carrier est l’ouvrier qui travaille dans une carrière, mais vous ne savez pas forcément qu’à Barisis se trouvent des carrières dites « de Lentillières » et « de la Ville » comportant des habitations troglodytes dénommées « creutes » localement. Des familles modestes y demeuraient et tiraient profit de ces endroits en extrayant des pierres qui servaient à la réfection des chemins, parmi celle-ci nos protagonistes.

Soucieuse de dénicher le prénom dudit Jérôme et sortir sa femme de l’anonymat, j’ai lorgné sur le site de Généanet et repéré Jean Louis Jérôme né à Fresne en 1795 et marié à Folembray le 16 août 1814 avec Marie Catherine Rosalie Hery, heureux parents de 5 enfants nés à Barisis aux Bois.

Je ne sais si les descendants directs connaissent la mésaventure de leurs ancêtres, désormais je tiens une anecdote pour une lointaine collatérale Marie Catherine Rosalie Hery, collatérale à plusieurs titres. J’ai découvert que sa mère Marie-Marguerite Lançon veuve s’est remariée à un dénomme Jean Pierre Jérôme veuf, et ils ont incités leurs enfants respectifs à convoler ensemble !


La presse et Barisis


Sources 
Retronews : extrait de presse 
AD 02 EC Barisis Folembray
Geneanet arbre gdubray1

vendredi 7 janvier 2022

Des parents volages

Lire, relire, s’intéresser au noyau familial de ses ancêtres, et à ce qu’il advint d’une lointaine collatérale : en piste pour Barisis aux Bois un village situé aujourd’hui dans l’Aisne.

Le dixième jour du mois d’août 1698 naquît une fille de Simone Grandin, laquelle a déclaré à la sage-femme, en présence de témoins, être du fait et œuvre d’Anthoine Cointoy marchand à Barisis aux Bois.

Le lendemain dans la petite église, l’enfant reçut le baptême et le prénom de Simone, entourée de son parrain François Carlier et de sa marraine Elisabeth Carlier.

AD 02 Barisis 1698 Baptême Simone Cointoy 

Sous l’Ancien Régime, depuis l’édit du Roi Henri II de 1556, pour prévenir les avortements et les infanticides, les femmes enceintes - non mariées ou veuves - étaient fortement incitées à déclarer leur grossesse devant le notaire ou le lieutenant de justice. Cet édit devait être rappelé tous les 3 mois aux prônes des messes paroissiales.

La sage-femme, lorsque la parturiente n’était pas mariée, ou était veuve, devait la questionner sur l’identité du père. Marguerite Ravissot est arrivée à obtenir le nom du séducteur, propos confirmé par Charlotte Hauteur une de mes ancêtres, et Barbe Guerlot, femmes qui assistaient à l’accouchement.

***

Simone Grandin la mère, était veuve depuis 8 années avec 2 fils de son union avec Antoine Bachery, et quant au dénommé Anthoine Cointoy, il était engagé dans les liens sacrés du mariage, avec une certaine Marie Bachery !

Simone Grandin n’était pas une frêle jeune fille séduite, mais elle a eu des faiblesses avec le beau-frère de son défunt époux. Marie Bachery l’épouse bafouée avait le défaut d’avoir 20 ans de plus que son dernier et jeune époux, aussi Anthoine Cointoy chercha-t-il un lot de consolation.

L’histoire ne dit pas, si le géniteur contribua à l’entretien de la petite, la mère se remaria en 1706 avec Claude Boulongne un veuf, et s’éteindra en 1731.

AD 02 Barisis 1719 Mariage Simone Cointoy

Simone Cointoy l’enfant naturel et illégitime, grandit et se maria en 1719 avec Antoine Dupont scieur de long, son père volage est mentionné décédé, mais sa mère assagie verra naître des petits-enfants, l’un d’entre eux Charles Dupont garde-vente fut le second mari de Marie-Marguerite Barbençon une de mes aïeules. Charles est présent en 1742 lors du décès de sa mère Simone Cointoy comme l’atteste sa belle signature sur l’acte d’inhumation.

AD 02 Barisis1742 Décès Simone Cointoy

Les chemins de vie se croisent souvent dans les villages, la descendance de ces parents volages recoupe en partie celle d’autres branches de ma généalogie…



Sources 
AD 02 Barisis BMS 
Indices d'arbres de Geneanet