mercredi 18 mars 2026

Autour de Georges Caillet

Après des vérifications, nouvelles trouvailles et recoupements, je mets à l’affiche un aïeul à la 8ème génération qui vivait en Savoie. Georges CAILLET (sosa 166) pointe son nez un 21 décembre 1742, aussitôt baptisé dans l’église de Presle, il est le numéro six des sept enfants de Claude CAILLET et de Pernette PAGANON.



L’année de naissance de mon ancêtre correspond au début de l’occupation du Duché de Savoie par l’armée espagnole alors sur le chemin de son retour. Ladite armée était allée guerroyer en Italie du Nord contre les troupes autrichiennes et piémontaises durant la Guerre de Succession d’Autriche qui opposait plusieurs nations.

Les Espagnols pénètrent début 1743 dans Chambéry et transforment les alentours en base arrière, une délégation générale est chargée de prélever des fournitures pour l’entretien de l’armée espagnole, soit 30 000 hommes.

Pendant sept années, les Espagnols vont réquisitionner et piller toutes les ressources de la Savoie et laisser, à leur départ, le territoire et ses habitants ruinés. Les Savoyards durent fournir à l’occupant des quantités énormes de nourriture, de bois, de bétail et bêtes de somme, et s’acquitter d’impositions importantes prélevées chaque mois sur tous les habitants de plus de 7 ans.

Gallica extrait carte département du Mont-Blanc 


Georges passe le cap de la petite enfance et grandit avec quatre frères et sœurs au moins, son univers c’est le village de Presle de 500 âmes environ.

Presle au flanc d’un coteau en pente douce se terminant par un plateau, entre deux rivières, comporte de nombreux hameaux dispersés au milieu de boqueteaux, de feuillus et de quelques sapins. Les prés entourés de haies, sont plantés de poiriers, pommiers, parfois de quelques noyers ou de treilles. Au bas de la pente, cultures et vignes sont plus apparentes.

Le chef-lieu, avec un bâti groupé, a une vue dégagée sur La Rochette paroisse où officie le notaire, homme au courant des affaires, alliances ou tensions des familles des alentours. 

La première alliance de Georges

Georges a choisi -espérons le - une bien belle et sage fille -rêvons un peu – Marie PICOLLET (sosa 167), et soyons lucide tout a été convenu par les pères, le mariage est une chose sérieuse voyons ! Un 26 janvier 1765 à deux heures après midi, débarquent chez Maître Philibert Fosseret à La Rochette, les fiancés flanqués de leurs pères, des témoins et j’ose espérer les mères.

Le notaire précise que le promis Georges est fils de Claude CAILLET feu Gaspard, et la promise Marie fille de Laurent PICOLLET feu Jean, et s’abstient de mentionner les noms des mères, comme souvent en Savoie. Elles sont en vie à ce moment-là Pernette PAGANON et Claudie HUMILLE ou HUMILLIOZ.

AD 73 extrait Tabellion 1765

Pour contribuer aux charges du mariage, le père de Marie PICOLLET lui constitue une dot de 260 livres pour ses droits paternels et maternels, que ledit père promet de payer au cours des quatre années prochaines, sans intérêts pour les deux premières années.

Marie doit être fière de son trousseau, pas moins de :
- quinze chemises de toile mêlée mi-usées, seize tabliers dont un d'indienne, deux tabliers de toile, neuf tabliers de toile barrée, et neuf de serge tous mi-usées,
- sept douzaines de coiffes tant grandes que petites, trois mouchoirs d'indienne,
- une pièce de toile de marchand et une de toile ordinaire, six nappes de toile barrée à la mode de pays de bon usage,
- un corps à manche courte de finette mi-usée, un autre à manches de ratine bleue mi-usée, un autre à manches de serge d'orange presque neuf, et aussi trois corps sans manches mi-usée, une jupe de serge d'orange,
- six paires de bas de laine, une paire de souliers,
- six draps de toile mêlée tous presque neufs,
- une garniture de lit de toile de bergame. 

Tout ce trossel selon le terme usité en Savoie est contenu dans un coffre de noyer fermant à clef, et accompagné du tour à filer de Marie. 

Le père de Marie donne aussi six mères brebis dans les deux premières années de l’union, soit trois au bout d’un an et trois la deuxième année suivante.

Georges le promis accorde à sa future femme un augment de 130 livres sur la portion de ses biens pour l’aider à s’entretenir selon sa qualité au cas où il décéderait.

Si tout ce petit monde sait gérer ses affaires, compter et énumérer de mémoire, il n’est pas en mesure de signer l’acte.

Une fois le contrat dotal établi, s’ensuit l’engagement respectif à l’église de Presle le 10 février 1765, Georges CAILLET a 22 ans, et Marie PICOLLET presque 20 printemps.

Leur vie commune est égayée par la naissance de sept enfants, le premier-né trop faible fait partie des petits anges, Catherine mon aïeule (sosa 83), Constance et Claire poussent bien, tout comme les garçons Claude, Vincent et Joseph. Mais Marie la mère, fatiguée par ses maternités, usée par les travaux des champs pour aider Georges cultivateur, s’éteint hélas le 27 octobre 1782.

Le remariage de Georges 

Certes les filles aînées aident le père et gèrent les plus petits, mais Georges veuf a besoin d’une nouvelle compagne et jette son dévolu sur Barbe DUNAND veuve aussi.


AD 73 extrait Tabellion 1783


Un contrat dotal est passé à La Rochette le 5 juin 1783, à 7 heures de l’après-midi, Barbe DUNAND feu Jean, veuve de Laurent TRUCHET native du Verneuil habitant à Presle, constitue elle-même sa dot à son nouveau promis. Elle consigne à Georges mon aïeul une somme de 200 livres identique à ce qui figurait dans son contrat avec son défunt époux.

Le précieux contrat révèle que Claude TURCHET, le beau-père de Barbe, lui doit une génisse et une brebis, ainsi que des intérêts sur la somme de 100 livres de son augment, plus les frais encore dus pour entretenir ses trois enfants.

Barbe recycle son trousseau de jeune fille, du détail je cite les cinq douzaines de coiffes, un coffre en noyer fermant à clef et un tour à filer. Barbe apporte aussi un bronzin de gueuse tenant environ quatre pots, un chaudron de cuivre, un seau, une poêle à frire, une pioche, trois haches pour le bois.

Georges CAILLET et Barbe formalise leur union le 25 juin 1783 à l’église de Presle. L’histoire ne dit pas si les six enfants vivants de l’un et les trois enfants de l’une assistaient à la cérémonie et si la famille recomposée vécut en heureuse harmonie.

Barbe qui perd sa petite Marie issue de son premier lit en 1784, donne à mon lointain grand-père Georges trois enfants : Félix fait prisonnier à Feistritz, Magdeleine et Marguerite. Barbe rend son dernier souffle en 1798 avant de connaître le triste sort de son fils ou d’assister aux mariages de ses enfants et de laisser son homme veuf.



Georges pater familias 

Avec sept enfants d'un premier lit et trois enfants d'une seconde union, Georges CAILLET a veillé au meilleur établissement de sa progéniture avec en premier en 1788 le contrat dotal de Catherine mon ancêtre avec Augustin FORAY, ces deux-là seront sous les feux de la rampe à l'occasion.

Pater familias, Georges assiste aux mariages de sept enfants : cérémonies religieuses ou civiles, figure comme témoin dans des actes d'état civil pendant la période où la Savoie fut un département français entre 1792 et 1815, et par là peut se vanter de m'avoir fait plonger dans de nombreux registres.

Autour de lui gravitent de nombreux petits-enfants. dont Josèphte FORAY mon aïeule,  qui a du conserver des souvenirs de son grand-père.

Homme de la terre, Georges CAILLET y est enseveli un jour le 28 juillet 1817 à l'âge respectable de 74 ans. Né dans une période troublée de l'occupation espagnole, citoyen français un temps, sujet de l'Empereur Napoléon Ier, cet ancêtre s'éteint alors que le Duché de Savoie est repassé dans le giron du Royaume de Sardaigne avec le Roi Victor-Emmanuel Ier. 

Ainsi va le fil de vie d'un invisible aïeul au départ, cultivateur de son état dont la descendance s'est éparpillée dans d'autres lieux que le petit village de Presle. 



Retrouver cette famille

Nota Bene
- la toile de bergame est une grosse tapisserie, qui se fabrique avec différentes sortes de matières filées, comme la bourre de soie, la laine, le coton, le chanvre, des poils de bœuf, de vache, ou de chèvre. Les premiers inventeurs seraient les habitants de Bergame ville d'Italie.
- un bronzin de gueuse, terme en Maurienne, est un objet en métal coulé 


Sources
AD 73 Presle BMS
Indices d'arbres Geneanet
AD 73 Presle La Rochette La Table via Geneanet premium
AD 73 Tabellion La Rochette 1765 2C 970 vue 40
AD 73 Tabellion La Rochette 1783 2C 991 vue 18

samedi 21 février 2026

En la maison commune de Presle

Ma boussole ancestrale se déclenche à la veille d’un rendez-vous avec des âmes oubliées, et me propulse dans une petite pièce pas trop éclairée. Au mur une carte du Département du Mont-Blanc, m’indique que je suis dans un coin de l’ancien duché de Savoie, envahi par les troupes révolutionnaires et rattaché à la République française en 1792.

Me revient en mémoire que ce fut une période difficile lors de la mise en place du nouveau régime, temps de terreur et d’oppositions. Face à la levée de troupes, de nombreux jeunes furent déclarés réfractaires, des prêtres refusèrent de prêter serment à la constitution et furent traqués et arrêtés, les églises furent fermées.

Pauvres souverains de la maison de Savoie, Victor-Amédée III et Charles-Emmanuel IV qui perdent alors la Savoie et le comté de Nice.

Gallica extrait carte département du Mont-Blanc

Sur une table des paperasses, des registres, la tentation est trop forte de lorgner la page ouverte, de noter le nom de Presle un village de mes ancêtres et soudain :

- On ne touche pas aux documents publics ! qui êtes-vous, comment êtes-vous entrée dans la salle publique de la maison commune ?

Me voilà admonestée par un homme, peut-être l’officier chargé de l’état-civil, qui vient de pénétrer dans la pièce.

- Oh je suis une petite-fille GERVASON (la stricte vérité par ma grand-mère paternelle) et je cherche des renseignements.

Face à mon intrusion, le titulaire de l’autorité soupire et énonce doctement :

- Ma petite dame avec tous les changements récents, je suis chargé de l’état-civil de la commune et dresse les actes constatant les naissances, les mariages et les décès des citoyens de Presle.

Sur sa lancée, l’agent municipal ajoute qu’on vient d’entamer le mois de Germinal de l’An 7, mois de la germination, on est le 3 précisément. Au printemps 1799 si vous voulez, parce que je sais les gens perdus avec le nouveau calendrier révolutionnaire.

Gallica extrait calendrier républicain

L’attention de mon interlocuteur est détournée par l’arrivée de trois personnes dont une tient un paquet qui vagit…

Salutations respectives des protagonistes, le plus âgé précise que c’est pour une bonne nouvelle, sa fille Constance CAILLET a accouché d’un enfant mâle à deux heures du matin.

L’heureux père, à savoir Etienne GERVASON, se dit charbonnier âgé de 34 ans, demeure au lieu Mollard-Ciseaux, oh là ce hameau est assez loin du chef-lieu !

Son beau-père et fier grand-père George CAILLET, donne son prénom au nouveau-né. Ledit George CAILLET premier témoin s’avère être mon ancêtre à la 8ème génération, qualifié de cultivateur et dit âgé de 50 ans, 57 ans en fait !

Toujours est-il le second témoin, de sexe féminin se nomme Jeanne CHAPELLET, 21 ans à peine, avec l’enfant dans ses bras bien emmailloté, et habilitée à témoigner avec la laïcisation de l’état civil en 1792. Hélas, la réaction napoléonienne et le patriarcalisme du Code civil mettent vite fin à cette présence potentielle des femmes comme témoin.

L’acte du petit George daté du 3 Germinal de l’An 7 correspond au 23 mars 1799, son père sait signer ce qui n’est pas le cas des témoins, l’officier municipal a rempli un imprimé encore disponible, le stock épuisé il devra tout écrire à la main.

AD 73 Presle extrait acte de naissance

L’enfant reçoit le baptême avec un décalage de plus de 6 mois, le 17 octobre 1799, l’acte en latin inclut dans un registre paroissial reconstitué ne permet pas de déterminer le prêtre qui officie.

Cette situation est à rapprocher de l’arrestation en 1793 du curé Boniface envoyé à Rochefort et déporté en Guyane, libéré après la mort du terrible Robespierre, revenu en Savoie, arrêté à nouveau, il s’échappe au Piémont de l’autre côté des Alpes. Toujours en 1793, certains habitants de Presle opposés à la prise des cloches de l’église pour fondre des canons, se sont retrouvés emprisonnés à Chambéry.

Ce petit Georges, entraperçu avec son grand-père, s’éteint trop vite le 26 floréal de l’an 13, noté sur le registre de l’état-civil et le registre paroissial, enfant de 6 ans inhumé un 17 mai 1805.

AD 73 Presle acte d'inhumation

Petit enfant croisé dans de vieux documents qui m’a fait signe et m’incite à interroger un peu plus ses proches des branches Caillet, Foray et Gervason.

Petit épisode dans une époque charnière pour la Savoie, celle du Département du Mont-Blanc entre 1792 et 1815, avec son lot de tensions, de changements, ainsi a été embarqué dans les tourments de l'histoire un des fils de George CAILLET :

Pister ses ancêtres et collatéraux savoyards, implique de la patience en raison de registres paroissiaux disparus, reconstitués parfois, bizarrement classés, et naviguer aussi dans les actes d'état-civil parfois disponibles. 



Sources 
AD 73 Presle BMS 
et Registres Etat-civil via Geneanet Premium  

  

samedi 31 janvier 2026

Des âmes oubliées

Quelques lignes pour sortir de l’oubli Marie Anne ARNOUX, une lointaine grand-tante, et son époux François BATARRE qui ont vécu dans la Drôme. Marie Anne aussi dite Marie nait à Montmeyran en 1811 au foyer de Jacques ARNOUX cultivateur et Marianne SAVOYE mes ancêtres.

Avant-dernière d’une fratrie de sept enfants dont les trois premiers ont très peu vécu, elle grandit dans un prospère village de plaine de 1800 habitants à l’activité agricole et aux foires animées.

Au fil des recensements de Montmeyran, Marie Anne apparaît au hameau des Dorelons avec ses parents et une sœur cadette Marie dite Marianne (oui désolée de ce micmac) puis avec son frère Jacques célibataire.

Si son frère Pierre ARNOUX a fondé un foyer avec Catherine SAYN en 1836, Marie la cadette a convolé en 1842 avec Jean Antoine BARBIER.

Gallica Plan axé sur Montmeyran et Combovin

L’héroïne du jour Marie Anne l’ainée, blonde ou brune, avenante ou pas, sans dot a priori, ayant perdu ses parents, résignée à se caser à tout prix prend le chemin de la mairie de Montmeyran le 26 novembre 1847.

L’heureux élu, ou "embobineur" François BATARRE, cultivateur à Combovin, affiche 26 printemps au compteur et accepte une future qui avoue 36 années déjà. Enfin ils sont tous deux protestants, un point commun.

Le village de Combovin de 830 habitants, à dominante agricole et forestière, localisé au pied du Vercors, s’étend sur les premiers plateaux du massif, avec un point culminant dépassant 900 mètres.  Trois rivières prennent leur source sur ce territoire, sillonnent dans des combes étroites avant de se rejoindre à l’entrée du village. 

Pour ma lointaine grand-tante Marie Anne démarre une nouvelle vie à Combovin, dans la famille BATARRE au hameau des Batarres, juste 4-5 bâtisses isolées en pleine nature, à deux pas du ravin et du sentier des Batarres…

AD 26 Combovin plan 1937 extrait 

Le centre bourg se situe à 20 minutes à pied, des ruelles tortueuses aux maisons de pierre, la nouvelle mariée n’a pas eu beaucoup de temps pour y flâner.

Marie Anne a de quoi faire pour satisfaire deux hommes : son époux et son beau-père veuf et cultivateur aussi, ménage, cuisine, basse-cour, chèvres à traire, travaux aux champs. Je la pense isolée, silencieuse, résignée, puis épuisée.

AD 26 Combovin recensement 1861

Les recensements de Combovin mentionnent le trio Jean-Pierre BATARRE le père, François le fils et Marie Anne la belle-fille dite ménagère. Une maison sans cris d’enfants, remplie de silence, et de fatigue, les journées sont si longues pour tous, dures.

Un jour d’hiver Marie Anne ne s’est pas levée, elle s’est éteinte à deux heures du soir le 6 janvier 1864 dite avoir 50 ans. Difficile de savoir si son frère Pierre ARNOUX mon ancêtre a été informé de son mauvais état de santé et pu assister à son inhumation compte tenu de la mauvaise saison.

AD 26 Combovin recensement 1872

François BATARRE désormais veuf, figure tout seul au recensement de 1866 en tant que cultivateur près du village, en 1872 il est mentionné revendeur, synonyme de brocanteur, cherchant à acheter des vieux effets ou objets pour les revendre, et finalement mendiant en 1876.

Ce lointain collatéral décède à 55 ans dans sa maison le 3 mars 1877 qualifié de mendiant, son frère ainé déclare sa disparition au maire de Combovin.

Silence et poussière, chape de l'oubli,  jusqu’à ce qu'une apprentie généalogiste farfouille dans des registres et perde du temps.



Retrouver cette famille 


Sources 
AD 26 Montmeyran et Combovin 
           Etat-civil et recensements 

samedi 24 janvier 2026

Qui êtes-vous Moyse Reynier

En janvier il est de bon ton de pister l’ancêtre de l’année. En 2026, la traque tend à débusquer un homme appartenant à la 11ème génération, du côté de la branche maternelle : le sosa 2026, sosa étant un repère pour distinguer les ancêtres des collatéraux

Retour dans la Drôme, dans le village verdoyant de Plan de Baix, au pied d’un fier rocher pour retrouver ma sosa 1013 Jeanne REYNIER une invisible mise en avant dans un billet l'an dernier. 

Jeanne, fille d’un Moyse REYNIER sur lequel je ne m’étais pas approfondi et d’une mère inconnue, avait deux cadets Zacharie et Isabeau. Jeanne épousait en 1645 Jacques SAUSSE mon sosa 1012 originaire de la Baume Cornillane.

Terre protestante oblige, l’acte de mariage était établi par un Pasteur, et manquaient trois filiations, hélas.

Rembrandt © Rmn 
 
S’ensuivit des errances dans des registres notariés (à défaut de registres paroissiaux détruits), la pioche d’un testament d’un jeune collatéral Pierre SAUSSE qui me mit sur le chemin de mon aïeul Jacques SAUSSE et par là de son ascendance.

Ma chère Jeanne REYNIER s’est donc alliée à Jacques SAUSSE un drapier, puis laboureur, à la signature bien reconnaissable, neveu d’un Jacques EYNARD capitaine-châtelain et petit-fils d’Antoine EYNARD châtelain de la Baume Cornillane.

Oh ces messieurs je les ai croisés dans mes divagations, leurs paraphes paradent au bas de nombreux actes. Avaient-ils tous des chapeaux au large bord, et une sobre collerette ou un strict rabat ?

Comme l’impression d’être observée du haut d’une branche de mon arbre.

***

Ma chère Jeanne ma sosa 1013,  qui était votre père Moyse REYNIER mon sosa 2026 ?

Puis-je retenir celui qui exerçait la fonction de capitaine-châtelain à Plan de Baix ?

Ce Moyse s’est marié avant 1633 avec Marguerite GRESSE d’une famille de notables des environs (chirurgien, drapier) et a eu au moins 4 enfants avec elle. Les indices semés par un passionné sur Geneanet m’interpellent fortement.

Marthe serait votre sœur, épouse de Jacques RODET un bourgeois de Beaumont et fils de notaire, d’ailleurs vous étiez la marraine d’un de leurs enfants.

Grève (oui c’est un prénom) serait votre frère, mentionné avocat au Parlement lors d’un baptême en 1664, il se serait réfugié en Suisse après la Révocation de l'Edit de Nantes compte tenu des persécutions religieuses et devenu bourgeois de Vevey.

Cliquer pour agrandir 


Ma chère Jeanne vous êtes a priori la fille aînée d’un premier lit de Moyse REYNIER qui a tenu à vous allier à une lignée implantée à proximité et acquise aux idées de la Réforme.

Fille d’un capitaine-châtelain, votre beau-grand-père exerce la même fonction pour le même seigneur, Plan de Baix et La Baume Cornillane dépendant des descendants de Catherine de Cornillan.

Moyse votre père, d’une famille de notable, instruit, représente localement l’autorité seigneuriale, veille au maintien de l’ordre, gère les terres, et ce vers 1660-1670. Dans une région du Dauphiné où la communauté protestante est importante, province-frontière avec la Savoie, il s'est trouvé confronté au passage de troupes, des réquisitions et des restrictions des pratiques du culte réformé.

Je ne sais si votre père a acheté ou hérité sa charge, des pans de son existence resteront inconnus, tout comme certains aspects de votre propre vie Jeanne. Il faut faire avec les archives détruites et celles qui ne sont pas accessibles. 

***

Le lecteur attentif aura compris qu’à ce jour il me paraît plausible que Moyse REYNIER soit un de mes ancêtres et aussi celui de proches IRL (In Real Life) dans la vraie vie.

Pensez-vous que je me fourvoie ? 




Sources
Geneanet : Précieux indices de l’arbre déposé sous le pseudo chamcro
AD 26 Plan de Baix BMS et actes notariés


samedi 20 décembre 2025

Un mariage à Rocroi

Rêverie ancestrale avec sous le coude : une carte ancienne, des actes de registres paroissiaux, une documentation dont une gravure et ma procrastination se prolonge. Rêverie centrée sur un coin de Thiérache, à cheval sur l’Aisne et les Ardennes, à deux pas de la Belgique, entre Watigny et Rocroi.

Et soudain une voix féminine me chuchote : alors lance-toi !
Une voix plus grave complète : six ou sept lieues de distance tout au plus, trois quarts de journée à pied, pas de quoi fouetter un chat ! Et puis nous sommes nés tous deux dans le même village tu le sais bien.

AD 60 extrait de carte axé sur la Thiérache 

Ainsi boostée par mes lointains ancêtres Nicole BAUDOUIN et Nicolas BRUGNON (sosas 872 et 873) privilège du généalogiste je remonte le temps.

Me voilà donc vers 1700 dans le petit village de Watigny à moitié couvert de prés et champs et à moitié d’une belle forêt, avec une église de briques devant laquelle un couple m’attend.

Après des regards hésitants, des courbettes respectives, Nicole mon aïeule énonce : c’est dans cette église que nous avons été baptisés en 1661 et 1670, il en sera de même pour tous nos enfants. J’ai grandi ici avec mes frères et sœurs, puis avec nos parents nous sommes partis à Rocroi vers 1683 où notre fratrie s’est étoffée.

Et de Nicolas de prendre le relais : sais-tu que notre village remonte au 12ème siècle, époque où l'abbaye de Foigny (1) y construisit une cense à savoir une ferme, elle creusa aussi un étang de 70 arpents de superficie, et bâtit deux forges, autour desquelles se sont groupées des habitations.

Alors cela explique la mention par le curé dans le registre paroissial des métiers de forgeron, maréchal, voire souffleur de grosse forge, à côté des métiers de laboureur ou de manouvrier.

Comme habitants de Watigny, l’abbaye nous autorise à faire paître nos chevaux ou bœufs dans la forêt moyennant une redevance, les moutons, chèvres et porcs sont exclus de cette tolérance, ajoute mon ancêtre.

AD 08 Gravure de Rocroi en 1650

Nicolas vous êtes laboureur de votre état je crois, et avez réfléchi avant de vous établir avec Nicole que vous aviez connue enfant et pour cela êtes allez à Rocroi dans les Ardennes pour vous marier.

Puis-je m’étonner officiellement de ce mariage à Rocroi, ville symbolique d’une glorieuse victoire pour le Royaume de France en 1643 grâce au jeune duc d’Enghien surnommé ensuite le Grand Condé, victoire décisive dans l’épouvantable guerre de Trente Ans alors que le Roi Louis XIV a seulement 4 ans.

Et Nicolas de répondre : Oui ce que tu évoques, c’était du temps de la jeunesse de nos parents, il n'y a plus de soldats, de canons, de chevaux aux abords de la ville de Rocroi, dans les champs à l’extérieur des remparts on croise maintenant des laboureurs avec leur bœufs, des troupeaux. Et regarde bien sur ta gravure, au loin observe la haute flèche imposante de l’église où nous nous sommes mariés en 1697 Nicole et moi.  

AD 08 Rocroi extrait BMS 

Oh vous savez en découvrant votre acte de mariage détaillé du 12 novembre 1697 établi par le curé de Rocroi, j’ai eu l’impression de partager avec votre famille ce moment d’engagement solennel entre vous Nicole, fiancée de 27 printemps, et vous Nicolas, un homme de 38 ans. 

Nicole fille de François BAUDOIN dit Dubuisson et Marie BONDOT
Nicolas fils de Jean BRUGNON et Jeanne HARDY

Sur ce précieux acte doublement filiatif j'ai noté votre belle signature Nicolas, et le paraphe élaboré de votre père, chère Nicole, ainsi que votre timide croix pour entériner votre nouvel état. 

Bon on va marcher un peu vers notre maison à Coquimpré énonce Nicolas, je vais te montrer mes champs, et au fait c'est bizarre cette rencontre... 

Mes protagonistes du jour chemineront ensemble plus de 25 ans et accueilleront 5 enfants, des bribes de vies patiemment récoltés et modestement mis en avant.


Retrouver cette famille Trois Nicolas Brugnon 


(1) l' abbaye de Foigny est une ancienne et prospère abbaye cistercienne fondée en 1121 sur la commune de La Bouteille moteur économique de la Thiérache 
sur Wikipedia : la bataille de Rocroi  

Sources 
AD 02 Watigny BMS et indices Geneanet 
AD 08 Rocroi BMS

samedi 6 décembre 2025

Trois Nicolas Brugnon

On ne présente plus Saint-Nicolas qui récompense le 6 décembre les bons comportements des enfants en les gratifiant de cadeaux ou de friandises.

Cette fête de la Saint-Nicolas est issue de la célébration fixée par le calendrier liturgique catholique. Prenant de l'ampleur et quittant le cadre strictement religieux au fil des temps, elle met en scène Saint Nicolas, un personnage quasi légendaire inspiré des évêques lyciens Nicolas de Myre et Nicolas de Sion dont les traditions hagiographiques se confondent depuis le 10ème siècle. Une légende en particulier racontait qu’il avait sauvé des orphelins d’une mort atroce.


Wikipedia extrait vitrail Cathédrale de Chartres 
Devenu grand, il évitait les divertissements et préférait fréquenter les églises, il retenait dans sa mémoire tout ce qu'il y pouvait apprendre de l’Écriture sainte. »

Pour illustrer ce propos, ce vitrail de la cathédrale de Chartres représente Saint-Nicolas, reconnaissable à son auréole rouge avec au premier rang trois élèves penchés sur leur livre.

À droite, le maître enseignant lève l'index en signe d'autorité, et tient une férule dans sa main gauche. Au-dessus de la scène, une main divine sortant d'un petit nuage désigne le Saint.


Que savaient-ils nos trois Nicolas BRUGNON de cette légende et de leur saint patron, eux modestes paroissiens de Watigny en Thiérache, l’Aisne actuelle.

En plein hiver, le 7 janvier 1723, Nicolas BRUGNON s’est éteint dans sa maison de Coquimpré âgé de soixante-trois environ, lors de son inhumation dans le cimetière du village étaient présents son fils Nicolas et son frère Nicolas.

AD 02 Watigny extrait BMS 1723

Le défunt, laboureur de son état, est un lointain grand-père à la 10ème génération, époux de Nicole BAUDOIN, avec un fils Nicolas né en 1700 et mon ancêtre Jean-Louis né vers 1702. Son frère Nicolas était présent au mariage de ses neveux avant de s’éteindre célibataire en 1739.

Les deux fils Nicolas de Jean BRUGNON et Jeanne HARDY nés en 1657 et 1661 portaient tous deux le prénom de leur parrain, tout ce petit monde méritait bien un petit éclairage en ce jour de fête des Nicolas. 




Retrouver un autre famille Brugnon à Watigny Des signatures et des êtres 

Sources 
AD 02 Watigny BMS
Wikipedia 

mardi 2 décembre 2025

Domaine de Chaillard

Voilà notre ancêtre Louis CLEMENT granger des Ursulines, comme convenu avec les religieuses de Chabeuil dans le bail de grangeage du 25 février 1715, il s’installe à la Toussaint au domaine de Chaillard avec son épouse, ses enfants, et ses parents.

Madeleine REBOUL, sa courageuse compagne, met au monde le 20 décembre 1715 un petit Daniel, baptisé par le curé, il sera suivi d’une fille née en 1717.

Selon le document - registre paroissial, acte notarié, carte ancienne ou contemporaine - l’orthographe du toponyme du domaine des Dames de Sainte-Ursule varie : Challe, Chaliar, Chaliard, Challiard, Chaillard.

AD 26 Chabeuil cadastre napoléonien extrait 

D’abord localisé sur la précieuse carte de Cassini de 1746, le domaine de Chaillard se repère aussi sur le cadastre napoléonien de 1812 à proximité de la rivière Véore.

L’inventaire numérisé fournit un bonus d’informations, puisque que Louis CLEMENT s’est plié aux formalités de l’état des lieux. Vu la date du 28 décembre 1715, je pense que le nouvel acte notarié a été aussi rédigé au parloir des religieuses et non en plein vent sur place, ou sur le bord d’une table bancale du domaine.

Maître Bérenger, peut-être fatigué ou pressé, ne précise pas le lieu où il dresse son acte, pourtant le document est détaillé sur certains points, voire redondant. On retrouve les quatre même religieuses dont Dame Elisabeth Deyriaux la supérieure du monastère  de Sainte Ursule.

L’univers de la petite famille CLEMENT comprend deux bâtiments  : un ancien et un nouveau. Le nouveau bâti sert d’habitation au granger, sa porte d’entrée ferme à clef avec son barreau et gond, il y a une fenêtre fermant avec une porte de bois avec un verrou, une barre et gond.

La porte des degrés pour monter au galetas ferme à clé avec son verrou et gond, audit grenier une fenêtre du côté du levant et une autre du côté du couchant.

Allez, on redescend en direction de l’écurie des mulets dont la porte est en médiocre état, de même pour la crèche (au sens de mangeoire), la petite échelle pour aller à la fenêtre est aussi en médiocre état, mais cette fenêtre est ferrée par deux barreaux à traverse.

La porte du jardin est en médiocre état avec deux barres et deux gonds et une serrure, la petite porte pour aller à la rivière, avec ses barres et gonds, est en mauvais état.

S’en suit la référence à l’ancien bâtiment avec une partie habitation et une écurie dont l’état s’avère médiocre, sans surprise.

J’avoue avoir été touchée par cette description, avoir tenté d’imaginer Louis CLEMENT et les siens dans ces lieux relativement modestes : lieu de vie, de travail, mais un toit, un contrat pour 4 ans, ne l’oublions pas.

Dans les consignes sur les cultures, j’avoue avoir décroché. Pour le fourrage, Louis CLEMENT devra laisser à son départ la même quantité que celle qu’il a trouvé à son arrivée.

Gallica 

Notre ancêtre assure avoir réceptionné les 20 poules et le coq promis, et atteste avoir reçu 190 livres soit 150 de bonne espèce pour acheter les moutons et les brebis et 40 livres pour la valeur d’une charrette. Il lui reste à retrousser ses manches et à assumer ses tâches, à défaut de réellement s’enrichir.

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Hélas Madeleine REBOUL décède sur ce domaine trop tôt en 1719, après Louis CLEMENT le grand-père et précédant de peu Marie GENSEL la grand-mère.

Notre Louis CLEMENT granger, remarié avec Eve IMBERT est en vie en 1741 lorsque son fils cadet Daniel se marie, mais décédé en 1752 au mariage de Claude mon lointain grand-père.

Combien de temps a-t-il été granger de ce domaine, seuls les notaires peuvent répondre, une bonne partie de leurs actes se cachent dans les étagères des archives départementales.

Curieusement en relisant un acte de baptême lié à la famille élargie de Louis, j’ai découvert qu’un petit-neveu prénommé comme lui est né en 1740 dans la grange de Chaillard à Chabeuil. Plusieurs ménages CLEMENT ont-ils résidé dans ces lieux ?

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Le domaine des Ursulines a été vendu comme bien national à la Révolution, le cadastre napoléonien atteste encore l’existence des deux bâtiments en 1812, tout comme la carte d’état-major du milieu du 19ème siècle. Sur le cadastre de 1961 les bâtiments ont disparu, écroulés, le temps a fait son œuvre, les intempéries et les inondations peut-être.

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Et si j’avais un peu vite qualifié Louis CLEMENT de taiseux, lui frère d’une Marie enterrée en rase campagne. Dans quelques temps son père Louis CLEMENT le patriarche aura un fil de vie, tout comme ses enfants.

                                                    


Sources
AD 26 BMS Chabeuil et Montmeyran
AD 26 Notaire Chabeuil 1714-1716 2 E 19664 vue 467