vendredi 5 juin 2026

Maître d'école à Neuve-Maison

A Neuve-Maison dans l’Aisne, en haut d’une branche de mon arbre, quatre des enfants de Vincent DUFRENOIS et Louise BLONDEAU savent signer, mon ancêtre Pierre DUFRENOIS né en 1664, son frère Antoine, et leurs sœurs Catherine et Jeanne.

Que puis-je découvrir sur leur école et leur maître ? La monographie de la commune rédigée par l’instituteur en 1884 apporte des éléments sur la vie paroissiale à la fin du 17ème siècle, la première école et les fonctions de celui qui enseigne.

Van Ostade Adrien le maître d'école 17e
© MHAH Genève
« La première école construite dans la commune de Neuve-Maison date de 1687. Elle est jugée nécessaire par le Curé B. Caron, Nicolas Mozelle Maire, Gilbert Binet marguiller, Claude Poulain syndic et les habitants assemblés à l’issue des vêpres».

Une fois la décision prise, tout le monde participe, qui en mettant la main à la pâte, qui en offrant un bout de terrain, avec moult précisions et usages anciens. 

« Les habitants et notables charrient les matériaux. On va chercher du bois aux Usagers avec la permission de son Altesse. On mettra à regain des prés soumis à la vaine pâture pour payer les ouvriers, c’est-à-dire que le propriétaire d’un pré paiera une certaine contribution pour le regain qu’il récoltera sur son propre pré, retranché à son profit de la vaine pâture » .

« M. le curé cède le terrain d’une partie du jardin de la cure à condition que le maître d’école paiera au Seigneur pour M. le curé un jalois d’avoine et une poule pour la décharge de ce lieu et du reste du presbytère.
L’école se compose d’un comble sur deux places avec appentis au pignon » .

« On ne voit pas que le maître d’école reçoive quelque chose si ce n’est pour chanter les obits. Le maître est clerc à l’église et perçoit le casuel.

En 1661, 1666, 1683, 1685, il reçoit 6 livres pour les obits.
En 1670, il écrit les adjudications des prés de l’église et reçoit 25 sols.
En 1695, 1696 il a 4 livres pour enseigner les pauvres écoliers» .

« Avec sa femme, le maître ramasse des dîmes pour M. le curé qui lui en cède une légère part pour salaire.

En 1693, Nicolas Richepin est maître d’école et Marie Dubois sa femme recueillent les dîmes du blé, du chanvre, du lin pour M. le Curé qui leur en abandonne 3 jalois et demi de blé pour salaire.
Dans un bail du 15 février 1693, le même Nicolas Richepin loue des terres et des prés pour les cultiver ».

« En 1696, les revenus d’immeuble étaient destinés suivant donation à payer des filles chargées d’apprendre le catéchisme aux enfants et si l’on ne trouvait point de ces filles le revenu retournait aux pauvres ».

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En principe les parents doivent envoyer leurs enfants pour recevoir des rudiments d'instruction : lecture, calcul et écriture, un peu de grammaire, et surtout les prières, moyennant une contribution de 3 à 6 sols par mois. 

Ces maîtres d'école qui doivent aussi balayer l'église, préparer l'autel, envoyer un gamin raisonnable pour sonner la cloche, et autre charges ou corvées sont recrutés par les paroissiens avec l'avis du curé. Dans le proche Vermandois, en 1684 à Ribemont, est retenu un clerc qui excelle tant dans le plain-chant que dans l'écriture, avec un peu de chance il connait l'arithmétique. 

Enfin je ne boude pas mon plaisir de connaître les noms des maîtres d'école de mon ancêtre Pierre DUFRENOIS laboureur et de son fils Jean. 

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Liste des maîtres d'école de Neuve-Maison 
au 17ème siècle et au 18ème siècle
En 1661 Nicolas Fleury qui décède en 1673
              Nicolas Fleury fils du précédent marié à Marie Champion 
En 1685 Nicolas Richepin marié à Marie Dubois 
En 1701 Charles Lagasse
En 1705 Henry Fleury
En 1739 Jean-Baptiste Liancourt
En 1742 Louis Poulain
En 1764 Charles Boutiller
En 1774 Jacques Rousseau


Définitions
- le regain est l'herbe qui repousse dans une prairie après la première coupe
- l'obit est le service religieux à la mémoire du défunt
- le casuel est une offrande versée à l'occasion de la célébration d'un sacrement
- le jalois est une ancienne mesure de capacité pour les  grains
- la vaine pâture est un droit d'usage qui permet, gratuitement, de faire paître son bétail en dehors de ses terres, dans les bords des chemins, les « terres vaines et vagues », les terres nues de leurs cultures, les bois ou taillis 

Pour aller plus loin 
Monographie communale intégrale de Neuve-Maison sur le site des Archives de l'Aisne
Nomination d'un maître d'école à Cutry en 1792 sur le site de l'Association Généalogie-Aisne

vendredi 29 mai 2026

Antoine Barbier un moblot drômois

Un petit gars parti trop tôt, un moblot drômois, un lointain cousin.

Sa famille

Petit-fils de Jacques ARNOUX et Marianne SAVOYE mes ancêtres évoqués dans mes premiers billets, Antoine BARBIER a pour parents Marie Anne ARNOUX et Jean Antoine BARBIER qui se sont mariés le 24 septembre 1842 à la mairie de Montmeyran dans la Drôme.

Il naît le 6 février 1849 et grandit entouré de ses deux grandes sœurs Emilie et Marie-Louise surnommée Fanchette.

Gravure extraite de Gallica

Son père cultivateur, dit aussi journalier et propriétaire selon les documents, est catholique, et sa mère protestante comme les enfants. La famille demeure au lieudit Bois Gros et semble avoir rencontré des difficultés en 1852, selon un registre du diaconat protestant de Montmeyran où elle est qualifiée de pauvres.

En 1866 non recensé au foyer paternel, Antoine doit louer ses bras aux alentours pour gagner son pain.

Sa sœur Fanchette se marie en septembre 1869 avec Jean François PALLIER un cultivateur de Chabeuil un bourg voisin, un bref moment d’espoir avant que tout s’emballe en cette fin du Second Empire

Dans le tourbillon du conflit franco-prussien

A 20 ans, Antoine est enrôlé dans la Garde nationale mobile, dont la mission tend à épauler, comme armée auxiliaire, l’armée active à la défense des places fortes de l’Empire, de ses frontières et le maintien de l’ordre.

Voilà donc Antoine avec des hommes de 20 à 40 ans, réserviste, appelé « Mobile ou Moblot », n’ayant pas fait le service militaire mais soumis à des périodes de préparation militaire. Côté formation, équipement, habillement et ravitaillement, la suite révèlera plus que des défaillances ou de l’improvisation.

Guy de Maupassant dans Boule de suif écrit « On voyait surtout des mobilisés, gens pacifiques, rentiers tranquilles, pliant sous le poids du fusil ; des petits moblots alertes, faciles à l'épouvante et prompts à l'enthousiasme, prêts à l'attaque comme à la fuite ».

Au début du conflit franco-prussien, le comte de Palikao ministre de l’Empereur Napoléon III demande l’organisation de 100 000 Mobiles. En province, 400 bataillons furent constitués avec les classes de 1865 à 1869.

Pour sa part, la Garde mobile de la Drôme dispose de deux bataillons d’infanterie et d’une batterie d’artillerie, soit 4000 hommes.

Le 18 août 1870, le 2ème bataillon et la batterie d’artillerie sont rassemblés à Valence, deux jours plus tard, c’est au tour du 1er bataillon à Montélimar. Fin août, les trois corps sont armés et prêts à partir en campagne. Le 2ème bataillon et la batterie d’artillerie sont désignés pour prendre part à la défense de Paris.

Terrible engrenage que la capitulation de Sedan, la défaite de l’Empereur, la proclamation de la République, l’encerclement de la capitale, s’en suit une réorganisation de l’armée, d’autres batailles sur la Loire et dans le Nord. Les prussiens, enfin les allemands, filent en Bourgogne vers Dijon, encore des combats 

AD 21 Beaune extrait état-civil

Et là à deux pas, à Beaune, Antoine BARBIER s’éteint le 31 décembre 1870 à l’hospice des malades, le portier fait la déclaration en mairie le lendemain, il y retourne les jours suivants pour les décès d’autres moblots de différents bataillons de plusieurs coins du pays.

Antoine est dit garde national mobile de la Drôme du 3ème bataillon et de la 1ère compagnie, sa disparition est transcrite sur l’état-civil de sa commune natale le 16 mai 1871, plus de quatre mois de délai. Antoine avait vingt ans, traversé dieu sait quelles épreuves pendant son bref temps à défendre son pays.

Le 3ème bataillon d'Antoine doit-il être assimilé à la batterie d'artillerie, mystère faute d'éléments glanés sur la toile, il est bien référencé dans l'inventaire des archives départementales de la Drôme sous plusieurs cotes à consulter sur place. 

Après

Le père Jean Antoine BARBIER a-t-il cherché à se rendre sur la tombe de son fils ? Malade, il entre à l’hôpital de la Croix-Rousse de Lyon le 20 juillet 1871 et y décède le 21 août suivant, sa disparition est transcrite à Montmeyran le 17 mars 1872 sept mois plus tard.

Sécheresse des actes, claquement des dates, douleur dans la famille.

Marie Anne ARNOUX mère et femme éprouvée s’installe à Chabeuil auprès d’une de ses filles. Elle est en vie lors du mariage d’une de ses petites filles, avant de rendre son dernier soupir en 1899 a un âge avancé.

Juste une modeste approche.


Retrouver cette famille 


Pour aller plus loin 

Sources 
AD 26 Montmeyran et Chabeuil Etat-civil et recensement
AD 21 Beaune Etat-civil
Archives de la Ville de Lyon Etat-civil et entrée des Hospices Civils de Lyon
Protestants de la plaine de Valence au 19ème 

samedi 16 mai 2026

Si discrète Polonie Lagier

Au hameau des Vesonières à Upie dans la Drôme, effervescence au logis de Daniel LAGIER car son épouse Elisabeth METIFIOT est à nouveau dans les douleurs de l’enfantement. La fille aînée a sous son aile les petits priés d’être sages, les deux grands frères ont été expédiés chez les voisins ou dans l’écurie au chaud près des bêtes.

Une parente seconde la sage-femme, le futur père est optimiste, ce n’est pas la première fois pour sa valeureuse moitié, pensez-donc voilà que le neuvième enfant s’annonce en une froide soirée d’hiver.

Emile Friant- Philadelphia Museum 
La petite Polonie LAGIER pousse son premier cri à une heure du matin le 9 février 1846, neuvième enfant de mes ancêtres Elisabeth et Daniel.

Voilà un prénom rare pour ce petit-bout, une déformation de Pauline peut-être, ou en lien avec Sainte Apolline vierge et martyre à Alexandrie en 249 qui préféra offrir sa vie que renoncer à sa foi.

Polonie désormais la petite dernière prend la place de la petiote Adeline, surveillée par ses sœurs Mélanie et Elisabeth, chahutée ou ignorée par les garçons Pierre, Rémy, Casimir et Ferdinand.

Le père maçon un temps, se dit ensuite cultivateur et propriétaire, la mère Elisabeth déclarée couturière à son mariage a bien besoin de ce savoir-faire pour réparer et transformer les habits de la maisonnée. Filles et garçons se « passent » les vêtements de l’un à l’autre de toute façon.

Polonie ne reste pas la plus jeune, deux autres filles débarquent au foyer Fanny et Noémie notre ancêtre, soit une flopée d’enfants. Elle doit partager au mieux une vieille poupée en chiffons avec ses cadettes, et plus sûrement se voit confier des petites tâches, nourrir la basse-cour, récupérer les œufs.

Elle figure âgée de 5 mois sur le recensement de 1846 avec le prénom Pauline, sa sœur Adeline se retrouve nommée Deline, en 1851 l’agent recenseur est plus à même des nouveaux prénoms et note Polonie et Adeline correctement…

Allez savoir pourquoi je l’imagine un peu pâlotte, en retrait, se confiant au chat, revêtue d’un mantelet à capuche pour aller à l’école.

AD 26 EC Upie 1856

Et puis en mai 1855 en la période dite des Saints de Glace, l'atmosphère est pesante dans  la maison familiale, regards douloureux des parents, chuchotements des grands, prières,  Polonie ne va pas bien, elle reste au lit. L'issue fatale intervient le 16 mai à neuf heures du soir, l'enfant de 9 ans rejoint au Ciel son petit frère Daniel qu'elle n'a pas connu. 

Il y a 171 ans ce jour. 

Daniel le père va faire la déclaration en mairie, perturbé il se trompe dans l'âge de Polonie. Un choc pour toute la famille, qui prononce ensuite le prénom de la si discrète Polonie, garde en mémoire les traits de son visage, ses qualités ou travers, et pendant combien de temps, sa mère sûrement.


 
Retrouver cette famille 


mardi 5 mai 2026

Nicolas Narbonne vigneron

Deux actes détaillés à Camelin dans l’Aisne, et soudain un rameau fragile de mon arbre s’anime.

En 1670, dans une maison du hameau du Bresson, autour d’un malade, une famille s’inquiète, le prêtre a été appelé car Nicolas NARBONNE, comme tout catholique pratiquant, tient à être en règle pour son passage dans l’au-delà.

« Le dimanche fête de Saint Barthélémy vingt quatrième jour du mois d’août de l’an mille six cent soixante-dix est décédé Nicolas Narbonne, âgé de soixante douze ans, vigneron demeurant au Bresson, en la communion de notre Sainte Eglise, duquel corps a été inhumé dans le cimetière, iceluy s’était confessé et reçu le Saint-Viatique du corps de notre Seigneur et l’extrême onction, par moi Messire Curé soussigné. »


On ne saura jamais pour quelles raisons le prêtre a fait référence au saint du jour, un siècle après le terrible massacre des chefs protestants et leurs coreligionnaires le 24 août 1572 jour de la Saint-Barthélemy.

Nicolas mon ancêtre naît vers 1598, sous le règne du roi Henri IV de France et de Navarre, prince tantôt protestant, tantôt catholique. Nicolas s’éteint en 1670 sous le règne du roi Louis XIV, l’année où démarre dans la capitale la construction de l’Hôtel des Invalides pour recueillir les soldats invalides des armées, et l’envoi de troupes dans le Vivarais pour réprimer une jacquerie.

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Deux ans plus tard en 1672, la même famille est endeuillée avec la disparition de mon aïeule Michelle BRENOT l’épouse de Nicolas

« Le quatorzième jour de l’an mille six cent douze est décédée en la communion de notre Sainte Eglise Michelle Brenot âgée de soixante-six ans, veuve de feu Nicolas Narbonne vivant vigneron demeurant au Bresson, de laquelle le corps a été inhumé dans le cimetière icelle après s’être confessée et avoir reçu le Viatique du corps de notre Seigneur et l’extrême onction par moi Prêtre Curé et ont signés Pierre, Jacques et Louis Narbonne leurs enfants ».

Gallica carte de Cassini axée sur Camelin

Des petits riens, une vie dans un des hameaux de Camelin village où chanvriers, tisserands, laboureurs et vignerons se côtoient, et autour de Nicolas et Michelle trois fils arrivés à l’âge adulte pour reprendre le flambeau et aussi une fille Anne.

Cercle reconstitué patiemment au fil d’actes, et de mentions de parenté ou parrainage : Pierre NARBONNE, un des fils et ancêtre, répond présent aux mariages du grand-père et du père de mon étonnant collatéral Claude Nicolas LECAT.

Nicolas NARBONNE vigneron, ainsi que Pierre, ont a priori exploité des vignes appartenant à une abbaye, un seigneur ou un riche bourgeois, vigne cultivée en échalas en Picardie et dont certains crus, à une lointaine époque, étaient appréciés par le Roi François Ier et le Roi Henri IV. 

Ecoutons Nicolas sur son métier tel que suggéré dans la légende de la gravure :

« Sans me servir d’autre équipage
Que celui de mon village
Ni sans employer mes voisins
J’ai les épaules assez fortes
Pour transporter en mille fortes
Des paniers remplis de raisins
Mais tout ce qui me semble étrange
C’est qu’en matière de vendange
Je passe pour un grand devin
Ce qu’avec toute mon adresse
Je n’ai pas assez de finesse
Pour vendre la force du vin »


Billet écrit sur le thème des rameaux cachés initié par une blogueuse 

Sources 
AD 02 BMS Camelin 
Relevé Généalogie Aisne 
Gravure Musée Grand-Palais à Paris 

mercredi 29 avril 2026

Claude Nicolas Lecat chirurgien

Le généathème d’avril proposé par Geneatech sur la santé, m’incite à évoquer un lointain et célèbre cousin au 16ème degré : Claude Nicolas LECAT maître-chirurgien, axonais d’origine puis rouennais.

De nombreux documents sur ce docte personnage sont disponibles, et plusieurs portraits aussi, pour illustrer son aspect physique, j’ai retenu une peinture dans son âge mur, le représentant de profil. En homme établi, et respectable, il porte une perruque grise, a revêtu une veste vert tendre doublée de fourrure sur une chemise bordée de dentelles, une forte personnalité sans nul doute.

Claude Nicolas LECAT par Louis Montfiquet © Wikipedia  
 
Tout commence dans l’Aisne, Louis LECAT le grand-père naît à Camelin, ainsi que sa sœur Marie LECAT mon aïeule, tailleur d’habits de son état, marié à Marguerite EGRET, il ne voit grandir que son fils Claude sur ses cinq enfants.

Le père Claude LECAT lors de son mariage dans le gros bourg voisin de Blérancourt le 18 janvier 1695 est déjà dit chirurgien à 23 ans, l’heureuse élue Marie Anne MERESSE est fille de défunt Simon MERESSE vivant chirurgien et de Françoise BERTRAND et petite fille de chirurgien.

Claude formé à l’Hôtel-Dieu de Paris était chirurgien lettré et élève de Charles Georges MARESCHAL de BIEVRE premier chirurgien du Roi qui voulait prendre soin de sa fortune en commençant par le faire chirurgien de l’escadre du Comte de TOURVILLE, mais il le refusa par attachement à ses parents dont il était fils unique. 

Installé à Blérancourt, Claude est un homme d’importance dans la corporation des chirurgiens qu’il contrôle, puisqu’il en est maître-juré.

Feu son beau-père Simon MERESSE réputé pour son habileté étudia aussi à Paris, tout comme son propre beau-père, ce dernier ayant été sollicité selon la tradition familiale pour donner des soins à la Reine Anne d’Autriche épouse du Roi Louis XIII à Compiègne.


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Claude Nicolas LECAT baptisé en 1700 est le troisième enfant d’une fratrie de huit, et côtoie seulement deux sœurs qui passent le cap de la petite enfance.

Ses parents le destinent à l’état ecclésiastique dont il porte l’habit pendant plusieurs années, parrain d’un cousin en 1716 il est qualifié de clerc, mais le recueillement perpétuel et l’austérité pour distribuer les vérités sacrées s’accordent mal à son esprit créatif.

Après le collège et le séminaire de Soissons, Claude Nicolas soutient une thèse de philosophie en 1720 à Paris, s’intéresse à l’architecture, aux mathématiques, écrit une lettre sur l’aurore boréale de 1725, et arrive à convaincre ses parents de sa véritable orientation.

Claude Nicolas est plus porté vers la médecine, et surtout la chirurgie et l’anatomie et apprend donc les premiers éléments de son art avec son père avant de partir étudier à Reims en 1723, puis à Paris pour se perfectionner. Il fréquente l’Hôtel-Dieu, la maison de La Charité, la faculté de médecine et le collège Mazarin pour des cours d’anatomie, chirurgie, médecine et mathématiques ou physique, un boulimique d’études, curieux de tout, porté aux discussions. Ouf !

Gallica extrait carte de Cassini - Rouen 
Son ardeur au travail le fait remarquer par Monseigneur du TRESSAN archevêque de Rouen en 1729 qui le nomme premier médecin et chirurgien, place obtenue semble-t-il par protection, avant d’avoir soutenu sa thèse de médecine, ce le sera en 1732, ni obtenu sa maîtrise de chirurgie, épreuves passées en 1734.

Toujours est-il Claude Nicolas LECAT s’implante définitivement à Rouen, nommé survivancier (1) dans la place de chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de la capitale de la Normandie.

A Rouen, en plus des opérations courantes assez limitées à cette époque, il pratique des grandes opérations comme la taille vésicale qui consiste à inciser la chair et la vessie pour extraire la pierre, appelée aujourd’hui cystotomie. Il opère aussi les cataractes et les becs de lièvre. Il assure lui-même les pansements matin et soir, alors qu’il pourrait confier ces tâches, et s’occupe activement de son service, et pour prévenir des escarres fait réaliser un lit mécanique. Il donne des soins à une clientèle privée qui vient de toute la France et aussi de l'étranger. 

LECAT a le don de l’enseignement, et ouvre en 1736 un cours public et gratuit d’anatomie avec dissection, cours annoncé par affiche où il professe avec une robe amarante et bonnet carré, aménage à ses frais un amphithéâtre. Face à ce sacrilège, s'ensuit une très vive opposition et forte jalousie des médecins, qui réclament le paiement d'une redevance à leur égard pour pouvoir donner ces leçons.
 
Procès sur le dos, mon lointain cousin persiste dans ses cours, d’autant que son enseignement connait du succès jusqu’à Paris, en 1739 le Roi Louis XV le nomme démonstrateur royal c’est-à-dire professeur en anatomie et chirurgie ce qui est un encouragement à poursuivre ses projets

Lecteur de ce siècle, ayez en mémoire que l’art de la chirurgie s’est progressivement détaché, non pas de la médecine, mais du savoir-faire des garçons-barbiers en devenant une spécialisation plus savante. Le médecin fait des études universitaires, le chirurgien apprend auprès d’un maître.

Au moment de l’essor de la chirurgie, les médecins sont particulièrement pointilleux sur la prééminence de leur rang sur les chirurgiens, ces derniers devant leur verser des honoraires, d’où la querelle à Rouen entre le collège des médecins et notre dynamique et passionné chirurgien LECAT.


Extrait Gazette littéraire de l'Europe 1758

Pour lier un peu plus Claude Nicolas LECAT à Rouen, on s'occupe de sa vie privée et arrange un mariage, lui a 42 ans et la très jeune épousée 13 ans et 3 mois lorsque leur destin est scellé le 30 juillet 1742 dans l'église Saint-Maclou. 
Marguerite CHAMPOSSIN orpheline est la fille d'Antoine CHAMPOSSIN marchand et de Marguerite BLONDEL.

La jeune femme a été présentée à ses beaux-parents en Picardie à Blérancourt à l'été 1746 où elle est marraine d'un cousin de son époux, ce qui laisse entendre qu'il conserve des liens familiaux.

Leur fille Bonne Charlotte LECAT naît à Rouen six ans plus tard en 1748, dans son acte de baptême figurent tous les titres et qualités, comme résumés dans l'extrait ci-après d'un éloge sur son père : 


Claude Nicolas ne se contente pas d'opérer et d'enseigner, il participe au concours annuel de l'Académie Royale de chirurgie et rafle les prix plusieurs années, il est un des fondateurs de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen avec plus de 190 mémoires et communications en 24 années.

Il est membre associé de plusieurs sociétés savantes en Europe : Londres, Madrid, Porto, Madrid, Bologne et Berlin sans oublier Saint-Pétersbourg, homme du siècle des Lumières tout l'intéresse. 

A côté de ses ouvrages médicaux, comme "le traité de l'opération de la cataracte", on peut citer un ouvrage physiologique comme "le traité des sens". Ce touche-à-tout a communiqué sur l'homme automate, l'astronomie, la météorologie, la géologie, les lois sur la chute des corps qu'il vérifie d'ailleurs par des expériences du haut de la cathédrale. 

Curieux de botanique, amateur d'art et mécène, il s'entoure de peintres et sculpteurs, son cabinet de curiosités, ouvert lors du passage de savants ou lettrés, et sa bibliothèque de plus de 2000 livres reflètent son éclectisme et son approche multidisciplinaire. 

Pensionné par le souverain, Claude Nicolas, suprême honneur est anobli par le Roi XV en janvier 1762 ce qui n'était pas facile aux maîtres en chirurgie d'accéder à la noblesse.  Le voilà écuyer avec un blason et des armes parlantes : un chat, un caducée, deux étoiles pour ses talents soit ses services rendus à la science et au public. 

Hélas la même année un incendie lui fait perdre une partie de ses trésors et de ses travaux dont certains non publiés, il ne s'en remet pas. De santé délicate avec un affection gastrique, épuisé par un travail acharné pour reconstituer ses études et "mourir les armes à la mains" selon ses propos, Claude Nicolas LECAT cessa de vivre le 20 juillet 1768 ou plutôt de travailler. 

Sur cet homme ambitieux certes, mais charitable et bienveillant et dont l'intelligence, le travail et le savoir ont justifié la réputation, fut rédigé l'épitaphe suivant ;

Ci-git qui par le vrai sut terrasser l'envie
par les traits du talent qui terrassa la mort
qui par son immortel génie
triomphe maintenant du cercueil et du sort


Epitaphe écrit par son gendre Jean Pierre DAVID chirurgien et même cursus, époux de Charlotte Bonne LECAT qui reprend le flambeau comme chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Rouen. 





N.B. le survivancier est celui qui a la survivance d'une charge, qui exerce du vivant du titulaire et avec son consentement 

Pour aller plus loin 
Gallica Précis analytique des travaux de l'académie de Rouen 1967 :

Sur la descendance de Claude Nicolas LECAT 

Sources 
La gazette littéraire de l'Europe 1768
L'éloge sur Monsieur Lecat 1769
AD 02 Camelin & Blérancourt
AD 76 Rouen 
Indices Geneanet 


samedi 18 avril 2026

Louise Blondeau témoigne

Muets sur leurs parents, Louise BLONDEAU témoigne et Vincent DUFRENOIS raconte depuis leur coin de Thiérache, rencontrons les dans l’actuel département de l’Aisne.

Petite ou grande, blonde ou pas dans sa jeunesse, puis grisonnante, Louise la seule ancêtre à porter ce patronyme, naît vers 1641 et Vincent, filiforme ou enveloppé, démarre son existence vers 1630, les voilà en couple à partir de 1663 dans le village de Neuve-Maison.

Imaginons les dans un lieu de vie en plat pays, avec quelques buttes, le centre du village d’un côté et les hameaux de l’autre séparés par un méandre de la rivière Oise, autour des terres de labour, des pâturages et des profondes forêts.

Un des chemins est surnommé "chemin de l’armée" en souvenir du passage du roi Louis XIV avec son armée en février 1672 alors qu’il se dirigeait vers les Pays-Bas pour aller guerroyer, la Thiérache eut hélas à souffrir de nombreux conflits et  destructions du fait de sa position aux confins du royaume.


Fonts baptismaux et église de Neuve-Maison

Dans cette paroisse, dont le patron est Saint-Lazare, l’église dépend de l’abbaye de Bucilly, le prêtre veille sur 86 ménages et se désespère des 20 âmes huguenotes restantes.

Regardez cette fière église dont la nef centrale date du XIIème siècle, son chœur et la sacristie construits vers 1683, Vincent DUFRENOIS comme tout paroissien a fait des charrois pour les matériaux dont le sable, le maçon œuvrait pour 6 sous par jour.

Regardez les fonts baptismaux du XIIème, en pierre bleue très dure, avec sur les quatre faces sculptés un loup, un paon et des poissons.

Vaillante et solide, Louise BLONDEAU donne neuf enfants à Vincent tous baptisés sur cette sobre et ancienne cuve : Pierre mon aïeul en août 1662, puis Louise, Catherine, Jeanne, Antoine, Marie, Louise, Marie et Jean dit Vincent en novembre1686.

Le petit dernier nait cinq mois après le mariage de sa grande sœur Catherine en juin 1686 avec Jean DEVIN laboureur, lorsque le cycle des naissances télescope le cycle des mariages…


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Etablir six enfants n’est pas une mince affaire, les tractations, les trousseaux des filles, la dot à verser, mes ancêtres admettent en janvier 1693 le mariage de leur fille Jeanne  avec Daniel MENNESSON laboureur, ce dernier religionnaire (donc protestant) acceptant de rentrer dans le giron de la sainte église catholique pour épouser sa belle après avoir abjuré sa foi.

Extrait revue sur l'histoire de la Thiérache 

Perturbé le prêtre oublie de mentionner les filiations, pourtant ce gendre Daniel apparaît bien lors d'actes de la famille de Vincent DUFRENOIS.

Ce dernier, comme tous les laboureurs, apprécie fort peu la pression fiscale de la dîme. Rendez-vous compte : toute terre sujette à la dîme le reste, même si elle est convertie en prairies ou herbages, cette dîme est payée sur les récoltes diverses, mais aussi sur les agneaux, les toisons des brebis, les cochons, les oisons. Tout laboureur doit être à jour avant d’enlever sa récolte sinon il risque la confiscation de ses chevaux ou charrettes et de ses fruits.

Que de travail, de soucis, Vincent est un homme usé qui s’éteint à 70 ans en 1699 entouré par ses enfants, sans oublier sa vaillante Louise à qui il passe le flambeau de la mémoire familiale.

Louise BLONDEAU plus solide voit grandir certains petits-enfants, elle fait partie des aînés du village de Neuve-Maison et à ce titre témoigne le 5 décembre 1720 avec d'autres vieilles personnes dans le cadre d'un contentieux successoral. 

Extrait de déposition Geneanet et AD 02

Les doctes membres de la justice d'Hirson se sont déplacés eu égard au grand âge et infirmités des témoins convoqués, pour tenter d'éclaircir des parentés d'une ou deux branches de dénommés MARTIN. 

Sous serment, dite âgée de quatre-vingts ans, ni alliée, ni servante, ni domestique des parties, Louise BLONDEAU  dépose sur les faits mentionnés :  
" Elle a connu Jean MARTIN qui s’appelait Vigneron, parce que Simon MARTIN  son père est venu du pays de vignoble, 
" elle a aussi connu Marie MARTIN laquelle avait épousé Martin PIERRA et  que le père de sa femme s’appelait Pierre MARTIN, 
" elle ne sait pas s’il était parent audit Jean MARTIN dit Vigneron lequel avait marié sa fille audit Pierre TISSERAND" .

Déposition lue à Louise qui a fait sa marque pour ne savoir signer, une petite tranche de vie d'une aïeule évoquant une généalogie, absolument pas inventée et touchante.

Louise après son témoignage poursuit son fragile chemin de vie et s'éteint en 1726 à l'âge avancé de 85 ans, un an après son fils aîné Pierre mon lointain arrière-grand-père. 

A la fois rameaux cachés et rendez-vous ancestral. 




Sources 
AD 02 Neuve-Maison BMS
AD 02 Neuve-Maison monographie communale établie par l'instituteur en 1884 
Gallica extrait revue Sté historique de Vervins et Thiérache  
Geneanet indices d'arbres et document déposé par le généanaute pseudo fauxbaton1


samedi 21 mars 2026

Mariage au temple décadaire

Ma roue ancestrale reste bloquée sur Presle et indique 10 pluviôse de l’an 7, come back en Savoie, enfin retour dans le Département du Mont-Blanc. Plusieurs personnes sortent des maisons en cette frisquette matinée, et s’ébranlent d’un pas vif et décidé.

Au milieu du gué, enfin du chemin, accostée par un quidam, je me vois suggérer d’opérer un demi-tour et de filer avec les marcheurs vers La Rochette. Soi-disant enquêteuse d’ancêtres j’obtempère.

Quidam qui se présente ainsi : - Augustin FORAY gendre de Georges CAILLET qui marie son fils Vincent un cadet.

Moi, bouche bée, d’être aussi bien tombée quasiment dans les bras d’un nouvel aïeul, le priant de m’expliquer où il compte me conduire.

AD 73 EC La Rochette 1799 extrait

- Mais enfin, juste une petite heure de marche pour atteindre le chef-lieu de canton où chaque décadi se tiennent les mariages de différentes communes, cela fait partie des nouveautés de la République dont on dépend désormais, an 7 qu’ils disent les révolutionnaires.

-  Le décadi, tous les 10 jours ma petite dame, est un jour chômé, jour de repos républicain à la place du ci-devant dimanche de notre bon vieux calendrier qu’ils disent. Tout cela ne nous plaît pas dans notre contrée, même qu’ils imposent un mariage civil avec des tas de paperasses.

- Donc le beau-frère  va se marier dans le temple décadaire qu’ils appellent à La Rochette. Ils disent cet édifice public, y lisent les lois chaque décade, publient les naissances et les décès, et ont même essayé de célébrer leur religion républicaine, un culte dit de la Raison ou de l’Etre suprême. Quelle époque je vous dis, gardez le pour vous, d’autant que ce temple est dans l’église fermée, après avoir chassé les prêtres.

- Allez nous voilà arrivés, entrons et rapprochons nous des mariés.

Dans le temple décadaire plusieurs couples, une longue table encombrée de dossiers derrière laquelle siègent des conseillers. Un homme d’une certaine prestance porte une écharpe tricolore, dénommé Claude Puzet président de l’administration municipale du canton, il officie pour les mariages du décadi.

Allez hop, au tour des héros principaux Vincent CAILLET fils de Georges CAILLET et de feue Marie PICOLLET et Marie CHARDONNET BŒUF fille d’Isidore et de Madeleine GERVASON.

Sur le modèle imprimé de l’acte sont barrés les mots « en la maison commune » et ajouté manuscritement « temple décadaire », les qualités des mariées sont déclinées dont l’âge 19 et 18 ans, et mentionnés les consentements des deux pères présents.

Si la date de naissance de la belle ne pose pas de problème pour mon collatéral cela accroche « de mémoire à laquelle il a été procédé devant le juge de paix du canton le sept de ce mois, il résulte que ledit Vincent Caillet est né en septembre mil sept cent septante neuf à Presle du légitime mariage entre Georges Caillet et la Marie Picollet ci-dessus dénommés (sa naissance ayant été omise dans le registre de l’état civil) »

AD 73 EC La Rochette 1799 extrait

Ah les paperasses pour justifier de son identité, lorsque le registre paroissial du curé de 1779 comporte des lacunes, ne me dites pas que les parents ont oublié de faire baptiser ledit Vincent. Côté témoins Vincent MANIPOUD (possible parrain à mon sens) qui signe, et  Augustin FORAY mon aïeul qui ne paraphe pas.
 
Bon Vincent et Marie sont unis pour le meilleur et le pire, civilement. 

Et figurez vous, sur suggestion de mes ancêtres, en catimini j'ai assisté au mariage religieux du jeune couple, le seul valable pour ces savoyards, l'acte en latin daté du 4 février 1799  est planqué dans un registre paroissial de la commune de La Table. L'histoire ne dit pas si le prêtre qui a béni l'union agissait secrètement ou pas en cette période particulière pour l'exercice de la religion catholique, certains curés ayant pris la fuite, d'autres se cachant. 

Cet acte dans un temple décadaire est le premier inscrit dans mon arbre généalogique. 

Retrouver cette famille 



Sources
AD 73 La Rochette et La Table
via indexation Geneanet premium