Jeanne ROMIEUX, ma lointaine arrière-grand-tante, que s’est-il vraiment passé ? Après ton contrat de mariage signé en 1768 avec André GENSEL et votre union bénie par le pasteur, je te savais mère de trois enfants baptisés protestants. Tu avais connu la douleur de perdre l’un d’eux tout petit, mais aussi la joie de voir grandir les deux autres.
Puis le registre paroissial de Montmeyran, dans la Drôme, révèle que ton mari a pris son courage à deux mains pour aller trouver le curé :
« Le 13 février 1787, André GENSEL, granger aux Veyriers, est venu m’avertir que Jeanne ROMIEU, se disant son épouse, était décédée depuis environ deux mois et avait été ensevelie en terre profane comme protestante. Grasson, Curé ».
Cette déclaration situerait donc ton décès, Jeanne, vers la fin de novembre 1786.
Les « nouveaux convertis » omettent parfois de déclarer un décès à l’autorité religieuse, ou le font tardivement. Mais revenir un mois plus tard…
« Le 18 mars 1787, André GENSEL, se disant époux de Jeanne ROMIEUX, est venu m’avertir que cette dernière était décédée du 24 octobre dernier et avait été ensevelie aux Veyriers, grange de Maître Nery, comme professant la religion prétendue réformée. Elle avait environ 52 ans. Grasson Curé »
Cette seconde déclaration est plus précise. Le choc de ton décès a-t-il provoqué une amnésie temporaire chez André, incapable de se souvenir de sa première démarche et de répondre à ce sujet à ses proches ou son employeur ? Nous ne le saurons jamais.
Jeanne, tu laisses ton mari et deux grands enfants.
Pour mon lointain arrière-grand-oncle, les déclarations ne s’arrêtent pas là. Cette fois, l’édit de Tolérance du 7 novembre 1787 lui offre une heureuse raison de revenir.
Par cet édit, le roi Louis XVI accorde aux protestants un état civil et le droit de vivre dans le royaume sans être inquiétés pour leur religion.
André GENSEL est parmi les premiers à déclarer son mariage au curé de Montmeyran pour faire reconnaître légalement son union et légitimer ses enfants.
« L’an 1789 et le premier mars comparus André Gensel demeurant aux Veyriers paroisse de Montmeyran veuf de Jeanne Romieux, lequel m’a déclaré qu’il avait contracté mariage le 14 août 1769 (sic) et avait cohabité ensemble, de laquelle cohabitation ils en étaient nés deux enfants encore vivants, Magdeleine âgée de 19 ans et Mathieu âgé de 14 ans laquelle déclaration j’ai relu en présence de Simon Néry, Pierre Deloche et Jean Pierre Vial » Grasson Curé. »
Malgré l’erreur sur la date du contrat, le mariage est réhabilité. André GENSEL assiste au mariage de sa fille Magdeleine, le destin de son fils Mathieu reste inconnu.
D'autres silhouettes collatérales un peu moins ignorées.
Pour retrouver cette famille
N,B : Par grange il faut entendre propriété, possédée ici par Maître Néry notaire du village voisin, et exploitée par un granger qui partage la récolte avec le propriétaire
Sources
AD 26 Montmeyran BMS













