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samedi 21 mars 2026

Mariage au temple décadaire

Ma roue ancestrale reste bloquée sur Presle et indique 10 pluviôse de l’an 7, come back en Savoie, enfin retour dans le Département du Mont-Blanc. Plusieurs personnes sortent des maisons en cette frisquette matinée, et s’ébranlent d’un pas vif et décidé.

Au milieu du gué, enfin du chemin, accostée par un quidam, je me vois suggérer d’opérer un demi-tour et de filer avec les marcheurs vers La Rochette. Soi-disant enquêteuse d’ancêtres j’obtempère.

Quidam qui se présente ainsi : - Augustin FORAY gendre de Georges CAILLET qui marie son fils Vincent un cadet.

Moi, bouche bée, d’être aussi bien tombée quasiment dans les bras d’un nouvel aïeul, le priant de m’expliquer où il compte me conduire.

AD 73 EC La Rochette 1799 extrait

- Mais enfin, juste une petite heure de marche pour atteindre le chef-lieu de canton où chaque décadi se tiennent les mariages de différentes communes, cela fait partie des nouveautés de la République dont on dépend désormais, an 7 qu’ils disent les révolutionnaires.

-  Le décadi, tous les 10 jours ma petite dame, est un jour chômé, jour de repos républicain à la place du ci-devant dimanche de notre bon vieux calendrier qu’ils disent. Tout cela ne nous plaît pas dans notre contrée, même qu’ils imposent un mariage civil avec des tas de paperasses.

- Donc le beau-frère  va se marier dans le temple décadaire qu’ils appellent à La Rochette. Ils disent cet édifice public, y lisent les lois chaque décade, publient les naissances et les décès, et ont même essayé de célébrer leur religion républicaine, un culte dit de la Raison ou de l’Etre suprême. Quelle époque je vous dis, gardez le pour vous, d’autant que ce temple est dans l’église fermée, après avoir chassé les prêtres.

- Allez nous voilà arrivés, entrons et rapprochons nous des mariés.

Dans le temple décadaire plusieurs couples, une longue table encombrée de dossiers derrière laquelle siègent des conseillers. Un homme d’une certaine prestance porte une écharpe tricolore, dénommé Claude Puzet président de l’administration municipale du canton, il officie pour les mariages du décadi.

Allez hop, au tour des héros principaux Vincent CAILLET fils de Georges CAILLET et de feue Marie PICOLLET et Marie CHARDONNET BŒUF fille d’Isidore et de Madeleine GERVASON.

Sur le modèle imprimé de l’acte sont barrés les mots « en la maison commune » et ajouté manuscritement « temple décadaire », les qualités des mariées sont déclinées dont l’âge 19 et 18 ans, et mentionnés les consentements des deux pères présents.

Si la date de naissance de la belle ne pose pas de problème pour mon collatéral cela accroche « de mémoire à laquelle il a été procédé devant le juge de paix du canton le sept de ce mois, il résulte que ledit Vincent Caillet est né en septembre mil sept cent septante neuf à Presle du légitime mariage entre Georges Caillet et la Marie Picollet ci-dessus dénommés (sa naissance ayant été omise dans le registre de l’état civil) »

AD 73 EC La Rochette 1799 extrait

Ah les paperasses pour justifier de son identité, lorsque le registre paroissial du curé de 1779 comporte des lacunes, ne me dites pas que les parents ont oublié de faire baptiser ledit Vincent. Côté témoins Vincent MANIPOUD (possible parrain à mon sens) qui signe, et  Augustin FORAY mon aïeul qui ne paraphe pas.
 
Bon Vincent et Marie sont unis pour le meilleur et le pire, civilement. 

Et figurez vous, sur suggestion de mes ancêtres, en catimini j'ai assisté au mariage religieux du jeune couple, le seul valable pour ces savoyards, l'acte en latin daté du 4 février 1799  est planqué dans un registre paroissial de la commune de La Table. L'histoire ne dit pas si le prêtre qui a béni l'union agissait secrètement ou pas en cette période particulière pour l'exercice de la religion catholique, certains curés ayant pris la fuite, d'autres se cachant. 

Cet acte dans un temple décadaire est le premier inscrit dans mon arbre généalogique. 

Retrouver cette famille 



Sources
AD 73 La Rochette et La Table
via indexation Geneanet premium 


vendredi 28 mars 2025

Pont à réparer

Sur le pont d’Avrieux on y danse, on y danse, enfin peut-être, sur le pont d’Avrieux on y travaille, on y répare, en cette année 1756.

Dans ce village de montagne, fief d’une pléiade d’ancêtres et de collatéraux qui plus est, le syndic et les conseillers se sont interrogés sur l’état du pont du village sous lequel passe la rivière d’Arc et ont conclu à la nécessité d’engager des travaux.

Il faut éviter que la route desservant le haut de la vallée soit coupée, axe primordial dans la liaison Chambéry, Saint-Jean de Maurienne, le col du Montcenis et Turin la capitale dans le Piémont de l’autre côté des Alpes.

AD 73 Avrieux extrait mappe 

Les actes notariés, s’ils permettent de découvrir des pans de vie de nos ancêtres, dévoilent aussi des aspects de la gestion communale, grâce au méticuleux notaire royal Ratel de Modane en Savoie voici le déroulé de la procédure pour le « prix fait du pont de la paroisse d’Avrieux. »

Comme de coutume, devant les paroissiens assemblés à la sortie des offices divins, des annonces ont été publiées trois dimanches successifs au sujet du pont à réparer, à l’issue desquelles seul le nommé Jean Pierre fils de Joseph Girard d’Avrieux a misé sur cent quatre-vingts livres.

Le 6 février 1756, notre précieux notaire et secrétaire de la paroisse, a enregistré l’offre du seul enchérisseur et noté le devis estimatif.

Le 14 février il a reçu du syndic du village un mandat pour adresser une requête au Seigneur Intendant de la province de Maurienne au sujet des travaux et du devis, et solliciter la permission d’effectuer les réparations du pont.

A cette requête expédiée le 29 février 1756 (tiens une année bissextile) ledit Seigneur Intendant a répondu favorablement par décret dès le 9 mars. Voilà un dossier diligenté en peu de temps.

AD 73 Tabellion St-Michel 1756 extrait

Dans la foulée le 15 mars, Maître Ratel reçoit donc en son étude de Modane pour l’acte authentique « Jean Pierre fils de Joseph Girard, natif et habitant Avrieux, l’enchérisseur et maçon, et Jean-Baptiste feu Esprit Favre natif de Bramans et habitant Avrieux, lesquels de leur gré et solidairement ont promis de refaire à neuf le pont sous lequel passe la rivière d’Arc suivant les termes et le devis estimatif et promettent de rendre l’ouvrage fait et parfait pour la fin de décembre prochain. »

Les responsables de la paroisse présents soit Michel feu Antoine Daval syndic de l’année dernière excusant honorable Thomas fils émancipé de Mathieu Dupuy conseiller qui se trouve malade, Michel feu Etienne Pascal et Basile feu Jean Antoine Pascal syndic et conseiller « promettent de fournir aux maçons les matériaux nécessaires, acceptent le prix fait pour la somme de cent quatre-vingt livres, et s’engagent à payer la moitié lorsque la moitié de l’ouvrage sera faite et l’autre moitié à la fin des réparations.»

Un brin de vie locale, une affaire réglée pour la sécurité de tous, la liberté de déplacer. 
Peut-être a-t-on dansé sur le pont d'Avrieux refait ? 

Ce « prix fait » est enregistré dans le Tabellion à la suite de l'acte de partage des biens (et dettes) de feu Vincent Porte un ancêtre, partage déjà évoqué ICI  



Source
AD 73 Tabellion St Michel de Maurienne 2C 2813 vue 90

vendredi 6 décembre 2024

La mariée oubliée

La famille de Jean Rossignol et Marie Blanchard, ancêtres picards tout en haut d’une branche, m’a fait errer dans les registres de Barisis aux Bois, village aujourd’hui dans l’Aisne : versions années 1677-1720 et années 1721-1750.

Une fille de ce couple : Marie Magdeleine Rossignol unie à Jean Pasques a donné naissance à un fils Alexandre en 1706.

Voilà que ce gaillard d’Alexandre Pasques convole en l’an de grâce 1732 avec ?

AD 02 Barisis BMS 1721-1750 extrait 

Là, le bât blesse parce que le prêtre sur sa copie du registre a été distrait, même en lisant l’acte de mariage à haute voix, et en le transcrivant cela donne :

« le 26 mai 1732 ont été solennellement mariés par moi curé soussigné Alexandre Pasques fils des défunts Jean Pasques et Marie Magdeleine Rossignol,

et ?

après les avoir fiancés, les bans publiés par trois dimanches, à la messe de la paroisse, sans qu’il s’y soit trouvé aucun empêchement,

en présence d’Alexandre Rossignol parrain, Jean Louis et Raphaël Pasques frères de l’époux, François Grandvalet père, Albert, Nicolas Grandvalet frères de l’épouse qui ont signé avec l’époux non l’épouse aux minutes. »

Qui est cette mariée oubliée, au patronyme connu, avec un père en vie et deux frères ?

Un petit tour sur les indices de Geneanet et une flânerie dans les registres s’imposent donc pour repérer la famille de la mariée, et les enfants du nouveau couple.

Côté famille répondent présents François Grandvalet meunier uni avec Marie Mennessier, heureux parents de deux fils Albert et Nicolas et d'une fille prénommée Marie-Catherine : est-elle la mariée oubliée.

Côté descendance, en février 1733 naît Alexandre fils d’Alexandre Pasques et de Marie-Catherine Grandvalet, voilà le prénom de la promise et de la jeune mère, suit en 1735 une petiote baptisée Marie-Catherine comme celle qui lui a donné la vie.

Extrait d'arbre fait avec Généatique 


Hélas l’an 1737 voit disparaître à 29 ans à peine le père de famille, et son fils le suit de peu dans l’au-delà.

Veuve le 13 mars 1737 d’Alexandre Pasques, Marie-Catherine Grandvalet se remarie moins de 3 mois après : le 4 juin avec Jean Louis Liénard laboureur fils de mon ancêtre Louis Liénard salpêtrier.

Curieux ce remariage si rapide pour une femme, dont l'enfant de ce second lit pointe son nez 17 mois plus tard. Gardons en mémoire que le délai de viduité n'existe pas sous l'Ancien Régime ni pour les femmes ni pour les hommes. 

Une mariée retrouvée, des branches qui s'entrecroisent dans mes recherches généalogiques sur la paroisse de Barisis aux Bois. 



Retrouver




samedi 23 mars 2024

Un acte d'hiverne

Le ciel est bleu, l’herbe verte, mais pas toute l’année, mon ancêtre Jean Vernier feu Hugues est préoccupé et me fournit une archive insolite pile poil dans le généathème de mars de l’association Geneatech.

Direction la belle Maurienne en Savoie et le village de Montvernier au début octobre de l’an de grâce 1701, Jean Vernier manque de place dans son étable pour une de ses vaches, soucieux du bien-être animal et de son capital, il veut lui trouver un hébergement pour l’hiver.


Jean Vernier a barjaqué, enfin causé avec un dénommé Pierre Durieu feu Michel qui dispose de place pour la vache, et lui jure qu’il fera tout comme pour les siennes et lui propose de toper dans la main en guise d’acquiescement.

Mais mon ancêtre Jean Vernier, tatillon et prudent, préfère que l’affaire soit conclue devant le notaire avec un acte d’hiverne.

« Acte d’hiverne pour honnête Pierre feu Michel Durieu l’an mille sept cent et un le second octobre par devant moi Notaire ducal soussigné, et présents ci-après nommés et personnellement établis

honnête Pierre feu Michel Durieu de Montvernier lequel de son gré pour lui et les siens, déclare et confesse tenir, et promet tenir à honnête Jean feu Hughes Vernier dudit lieu présent et acceptant pour lui et les siens, savoir une vache poil rouge d’environ trois ou quatre veaux en hiverne

et icelle promet de nourrir pendant tout l’hiver jusqu’à la Saint Claude prochaine comme les siennes propres

et icelle promet rendre audit Vernier à la Saint Claude en bon état.. »

Maître Bonivard ajoute des formules de réserve pour les impondérables, et recueille entre ses mains les serments des deux parties à l’acte d’hiverne. Non mais c’est sérieux tout cela, deux témoins sont présents bien sûr.

Jean Vernier mon aïeul est rassuré sa vache rouge passera la mauvaise saison dans un lieu propice sous bonne garde jusqu’au 6 juin en principe. La terminologie « vache de trois ou quatre veaux » donne une indication de l’âge de la bête, 4 ou 5 ans a minima. 

La généalogie, les archives et la vie montagnarde avec ses us et coutumes. 




Source 
AD 73 Tabellion Saint Jean de Maurienne
1701 2C 2446 vue 466

vendredi 5 janvier 2024

Trouvé dans un panier

Dans le froid glacial et la nuit noire, on devine à peine une silhouette furtive et courbée dont les bras sont chargés d’un fardeau. Voilà mon esprit s’emballe au vu d’un acte particulier du registre d’état-civil de Montmeyran dans la Drôme, et ce après avoir fait pile sur une indexation.

Le maire a commencé sa journée sur les chapeaux de roue un certain 16 février 1815, et nous offre une chronique villageoise sur l’exposition d’un enfant avec un procès-verbal détaillé de ce qu’il advint ce matin-là, acte reporté sur le registre d'état-civil.

Photo Pixabay

« Par devant nous Jean Jacques Pons Faure atteste qu’à environ cinq heures du matin on a frappé plusieurs coups redoublés à ma porte et m’étant levé et mis à ma fenêtre, j’ai aperçu Joseph Milhan et Jean Louis Boullau tous deux aubergistes et Antoine Gueyraud fils habitant de la commune d’Upie qui m’ont dit avoir entendu en passant crier un enfant qui était dans un panier lequel était placé sur un banc de pierre devant notre porte.

Je me suis sur le champ habillé et ouvert ma porte, j’ai fait entrer le panier couvert d’osier dans la maison et fait entrer avec moi les dénommés ci-dessus, ayant vérifié qui était dedans, j’ai reconnu que c’était un enfant mâle qui ne paraissait âgé que d’un jour, le panier avec de couvertes de même bois. (1)

L’enfant était plié dans un mauvais lange, une vieille chemise et une autre pièce d’étoffe brune avec une bordure au bas de fleurs noires en laine, et avec un mouchoir de tête en toile de Hollande avec un bord en mousseline.

N'ayant trouvé dans le panier aucune marque ni distinction pour reconnaître à qui appartenait cet enfant, nous avons de suite fait appeler la nommée Fantine Chomier épouse de Pierre Boullau qui est nourrice pour donner à téter à cet enfant afin de lui conserver la vie. »

Donc après les premières constatations, les dispositions pratiques pour nourrir et calmer le nouveau-né, le maire passe à l’enquête flanqué de personnages compétents.

« Cela fait, accompagné du garde-champêtre, de Pierre Arnoux adjoint à la mairie, de Marie Anne Vial accoucheuse et de Pierre Néry secrétaire à la mairie, nous sommes allés chez une fille de la commune que nous savions être enceinte pour nous assurer si ce n’était pas elle qui avait exposé l’enfant. Nous avons vu qu’elle n’était pas encore accouchée. N’ayant pu découvrir aucune autre personne, nous avons cessé notre visite.

De suite, avons inscrit l’enfant sous le nom et prénom de Panier Joseph et avons ordonné qu’il fut remis à François Janet garde-champêtre et son épouse pour le porter à Valence afin de le faire mettre à l’hôpital, et de quoi avons dressé procès-verbal. »

Le petiot, à défaut d’avoir été sauvé des eaux et être prénommé Moïse, a été sauvé du froid, et reçoit le prénom Joseph comme un des sauveteurs, avec le patronyme Panier que je trouve attendrissant, cet objet précieux qui l’a protégé et dans lequel une mère ou grand-mère désespérée l’a déposé et abandonné avec un secret espoir.



Rassurez-vous après les premières années passées à l’orphelinat ou chez une nourrice, Joseph Panier a été mis en apprentissage auprès d’un boulanger.

Deux-trois indexations plus tard et quelques clics permettent de découvrir que Joseph Pannier se marie à Upie commune voisine de son lieu d’exposition, un jour de 1844 il ouvre une nouvelle page de vie avec Marguerite Rodet. Son premier enfant naît chez sa belle-mère, puis le couple s’installe à Montoison juste à côté, là aussi on a besoin d’un boulanger et d’autres enfants égaient la famille. Joseph s’éteint à Upie chez un fils en 1877.

Juste une trace concrète de cet enfant trouvé dans un panier, ces signatures extraites d'actes qui révèlent la maîtrise d’un beau paraphe et par là un certain niveau d’instruction.



(1) Sens de rabats ou de couvercles

Sources
AD 26 
EC Montmeyran 1813-1822 vue 119/541
EC Upie & EC Montoison 

jeudi 7 décembre 2023

Gasparde guérisseuse ou sorcière

Surprenant, s’avère être, le fil de vie de Gasparde Romollon, fille de Claude Romollon et de Marie Mellurin mes ancêtres à la 11ème génération, et sœur aînée de Claudie Romollon épouse de Thadée Clappier, couple précédemment mis en valeur dans un billet intitulé Un aïeul mentionné aveugle.

La famille habitait en Haute Maurienne à Modane dans le Duché de Savoie à la fin du XVIIème siècle, et faisait partie des rescapés de l’épouvantable épidémie de peste qui avait sévi dans la vallée en 1630 et 1631.

Gasparde Romollon, lointaine collatérale, lors de son baptême le 19 décembre 1632 à Modane, reçut le prénom de sa marraine épouse de Jacques Romollon le parrain, des proches donc.

Hans Sebald Beham-Musée du Louvre
En ce temps-là, dans une société montagnarde et paysanne qui luttait pour sa survie, on craignait Dieu, les éléments, les épidémies, les sortilèges et maléfices, car on était désarmé face aux maladies des gens mais aussi du bétail, désarmé face aux calamités naturelles.

Le parcours singulier de Gasparde est retracé dans l’ouvrage de Jean et Renée Nicolas sur « la vie quotidienne en Savoie aux XVII et XVIII èmes siècles » et évoqué dans un article de la Société d’Histoire et d’Archéologie de la Maurienne de Michèle Brocart-Plaut.

La matière leur a été fourni par un procès conservé aux archives départementales de Savoie « ma » Gasparde apparaissant dans une affaire jugée par le Sénat en 1686 pour un type de délit : sortilèges et maléfices.


Stupeur de ma part lors de cette découverte, et grande curiosité surtout !


Gasparde Romollon était considérée pour être une fameuse guérisseuse, elle qui fut une élève pendant douze années auprès d’un médecin de La Grave en Dauphiné, et la rumeur lui prêtait de réels talents.

« Entre autres cures, appelée pour un petit enfant « enflé » elle le frotte d’une certaine huile et fait aller chercher trois "babies" c’est-à-dire des crapauds, qu’elle enveloppe dans du linge, et pendants trois nuits fait coucher le petit enfant dessus pour qu’ils attirent le venin. Ailleurs elle prescrit l’herbe de la " rotaz" pour faire décailler le sang, ou encore un emplâtre pour les ruptures, coupures, et catarrhes ».

« L’herbe de l’encombre, dont elle use aussi, est bonne à ôter les maléfices ; il faut la cueillir à jeun le matin, ou plutôt la veille de la Saint-Jean car elle agit ainsi avec beaucoup plus de force. »

« Elle lève aussi les sorts aux bêtes, vaches ou poules dit-on. 

Tout cela pour un salaire modeste, sa nourriture tant qu’elle est là, une place à l’écurie, une quarte de pommes ou de noix quand elle s’en va. »

Requise par le cordonnier Arnaud de Termignon, dont l’épouse souffrait de mille maux et avait fait des pèlerinages, Gasparde s’installa à demeure chez le couple pour préparer ses drogues et exorcismes, désigna une coupable mais ne réussit pas cette fois à lever le sort.

Pour lever ledit sort, Gasparde désignait l’ensorceleur, le faisait venir et utilisait le cérémonial suivant :

« Elle dépose un vêtement sale du malade, bien imprégné de ses sucs, dans un chaudron neuf, avec une livre de sel béni. Après l’avoir posé sur le feu, elle fait jeter tous les liquides contenus dans la demeure, fermer toutes les fenêtres et même le trou de la serrure, car, dit-elle, là ou peut se tenir une mouche il y entre un heregoz soit une forme de sorcier. 
Puis elle prend l’une après l’autre cinq petites verges d’osier composées chacune de neuf brins et en bat le cul de chaudron de la main droite, jusqu’à usure des brins. Dans le même temps, elle maintient le chaudron avec un bâton de frêne béni tenu de la main gauche, et remarque au passage que, si l’on prend de l’eau bénite avec le doigt, on lui ôte toute sa vertu. »


La corde est raide entre guérir et désensorceler vous vous en doutez-bien, les curés trouvent à redire à ses manèges, des bruits courent sur sa mauvaise influence et Gasparde fut dénoncée par ceux-là mêmes qu’elle a soignés et parfois guéris.

Gasparde Romollon feu Claude de Saint Julien-Montdenis a la cinquantaine au moment de son procès vers 1687. Les juges ont renoncé à la cataloguer sorcière, le Procureur Général du Sénat ayant souligné « ses remèdes ont presque toujours eu un heureux succès. » Toutefois le bruit qui se fait autour d’elle indispose la justice qui finalement la condamne au bannissement à vie.

En cette fin du XVIIème siècle dans les Etats du Duc de Savoie la mort par le feu des sorciers ou sorcières n’existait plus, et le bannissement des états du Duc de Savoie, fut reconnu comme la peine maximale. Au préalable les condamnés devaient subir  une peine humiliante et afflictive, conduits à tous les carrefours de la ville, pour y être battus jusqu'à effusion de sang, ils devaient payer une lourde amende, assortie quelque fois de la confiscation de leurs biens.

Je ne sais si ma lointaine collatérale bannie (mais pas sorcière) eut à subir l’ensemble de ces procédés, pensées à elle enfuie dans une région inconnue, morte au bord d’un chemin ou dans une hutte abandonnée …

Pour ma part Gasparde Romollon figure dans mon arbre comme guérisseuse. 


Sources 
AD 73 BMS Modane 

samedi 26 août 2023

Le noyé identifié

Alors que je farfouillais dans un registre paroissial de Barenton sur Serre, village de l’ancien Laonnois, où certains de mes ancêtres ont vécu, mon attention a été attirée par le libellé détaillé d’un acte d’inhumation de 1726.


Je vous livre la version toilettée de l’acte de Monsieur le Curé Denailles :

« C’était le vingt cinquième jour du mois d’août mille sept cent vingt six, un jeune homme conduisant un chariot tiré par des bœufs, qui pressés par la chaleur se jetèrent dans l’eau avec précipitation, pour les en retirer, il fut noyé,
ses camarades s’en étant allé bien vite sans se mettre en peine de faire chercher le corps du défunt, des pêcheurs de Cohartille l’ont cherché et mis au bord de l’eau, où nous l’avons été quérir sur le champ et déposé dans l’église,
l’on n’a rien trouvé sur lui qui puisse faire connaître son nom, son pays, ni sa religion, présumant qu’il fut chrétien et catholique nous l’avons fait ensevelir et l’avons inhumé le même jour,
une bonne partie des paroissiens ont assisté à l’enterrement et quelques uns ont signé comme en suit le jour et an que susdit. »


« Le douzième jour de septembre de la susdite année que susdite ont comparu Guillaume Toupé bouvier demeurant à (blanc) lequel a déclaré que le jeune ci-dessus était son fils et s’appelait Jean Toupet.»


Pauvre Jean qui se noya alors qu’il tentait de rapatrier ses bœufs sur la rive, lâcheté de ses acolytes qui prirent la fuite, dévouement des pêcheurs du village voisin et empathie de la population de Barenton sur Serre.

Pauvre père aussi qui récupéra ses bœufs sans son fils et se déplaça sur les lieux pour informer le prêtre,

Telle est cette mini-chronique villageoise dans une plaine près du confluent de la petite rivière la Souche et du ruisseau de Chambry, aujourd'hui dans le département de l'Aisne.


Sources 
AD 02 BMS Barenton sur Serre 1668-1740 vue 68
Image de Gallica et extrait de la carte de Cassini

jeudi 8 juin 2023

Un acte peaufiné

Alléluia en découvrant un registre paroissial de Cuts en Picardie !

Je vous félicite Monsieur le Curé pour votre écriture soignée, avec moult précisions, vous respectez les prescriptions de l’Ordonnance de Blois de 1579, et par là aidez les curieux des temps présents.

Dans votre paroisse - aujourd’hui dans le département de l’Oise - s’est marié le mardi 14 novembre 1775 un lointain grand-oncle fils aîné de mes ancêtres Antoine Lefort et Marie Marguerite Tellier sosa 408 et sosa 409.

Gallica extrait carte de Cassini

« L’an mille sept cent soixante-quinze le quatorzième jour du mois de novembre, après les fiançailles célébrées le quinze du mois d’octobre, et après la publication des bans du futur mariage entre Antoine Charles Lefort âgé de vingt et un ans fils d’Antoine Lefort chanvrier à Barisis aux Bois diocèse de Laon et Marguerite Tellier ses père et mère,

de la paroisse dudit Barisis par sa naissance et de droits, et celle de Camelin, de par son domicile de fait, d’une part,

et Marie Cécile Cauchy âgée de vingt-huit ans fille de feu Louis Cauchy vivant tisserand à Cuts et de défunte Marie Anne Lemoine ses père et mère de cette paroisse d’autre part,

publication faite, tant en cette église, que celle de Barisis aux Bois, que celle de Camelin, suivant les certificats des sieurs Don Farineau curé dudit Barisis et Maureau curé de Camelin les dimanche vingt et vingt un d’après la Pentecôte et le mardi 1er novembre d’après la Pentecôte et le mardi fête de tous les Saints, vingt-deuxième et vingt-neuvième jour d’octobre dernier et premier jour du présent mois, au prône des messes paroissiales, sans qu’il se soit trouvé aucun empêchement ni opposition,

je, prêtre curé de cette paroisse soussigné, ait reçu en cette église le mutuel consentement de mariage des susdits Antoine Charles Lefort et Marie Cécile Cauchy et leur ai donné la bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la Sainte Eglise

et consentant Antoine Lefort père de l’époux, Louis Lefort tisserand à Camelin aïeul paternel de l’époux,

Pierre Buire mulquinier de Cuts parrain de l’épouse, Joseph Panchet chanvrier de Cuts bel oncle maternel de l’épouse, Antoine Cauchy tisserand de Cuts frère de l’épouse,

Pierre Bruier tisserand à Barisis bel oncle maternel de l’époux, Alexis Lefort chanvrier à Barisis frère de l’époux, Antoine Rabeuf chanvrier à Camelin bel oncle paternel de l’époux,

qui avec l’époux ont ci-dessous signé, l’épouse ayant déclaré ne le savoir de ce interpellée. »

S’en suit les paraphes des protagonistes énumérés fort adroit, ou un peu saccadé, voire malhabile, et puis celui du comptable des âmes JACQUES curé de Cuts.

AD 60 BMS Cuts extrait acte 

Antoine Charles Lefort mon lointain grand-oncle, fils aîné d’Antoine Lefort et de Marguerite Tellier mes aïeux, naît à Barisis ainsi que ses frères et sœurs où leur père s’est installé comme chanvrier. Il fait le choix de retourner dans le village du grand-père à Camelin pour exercer le métier de tisserand, ses proches se sont déplacés à Cuts pour les noces dont son frère cadet Louis Alexis Lefort mon ancêtre sosa 204. 

Le jeune couple s’installe au lieudit « Gournay » sur Cuts tout proche de Camelin et accueille cinq enfants.

Mais profitons de l’instant, de cet acte peaufiné ;
un bijou cet acte de mariage,
une bénédiction pour les généalogistes,
un registre à consommer sans modération,
un péché pour celui qui ne prend pas la peine d’ouvrir ce précieux grimoire



Retrouver Antoine Lefort père ICI
Retrouver Marie Marguerite Tellier mère ICI

Sources
AD 02 Barisis et Camelin BMS
AD 60 Cuts BMS 1773 - 1776 3E 189/6 vue 39/54 
Geneanet arbre jfd07

samedi 11 septembre 2021

Sommaire enquête pour un baptême

Lacunes dans le registre : mots honnis et terreur pour le généalogiste, mais avez-vous pensé à la situation des intéressés de leur vivant ? Que devaient-ils faire pour prouver leur existence devant Dieu et les hommes ? Suivez le mode d’emploi du Révérend Cordel qui sortit de l’ornière Pierre Badin natif de Montgilbert en Savoie. 

Le mémoire du chanoine, en français, est inséré dans les actes en latin, il constitue un intéressant instantané sur une paroisse de mes ancêtres, en faisant certes abstraction de répétitions inhérentes à ce type d’acte

AD 73 Montgilbert BMS 
« Sommaire enquête faite par le RD Claude Cordel prêtre chanoine du chapitre d’Ayguebelle official du district du même lieu aux faits du baptême de Pierre à feu Georges Badin de la paroisse de Montgilbert 

L’an mille sept cent cinquante deux, et le douze février, au lieu d’Ayguebelle dans ma maison canoniale, et dans l’enclos du chapitre Sainte Catherine d’Ayguebelle, 

A comparu par devant moi, honnête Pierre à feu Georges Badin, natif de la paroisse de Montgilbert, et demeurant à la croix d’Ayguebelle, paroisse de Bourgneuf, 

lequel m’aurait représenté, qu’ayant fait chercher dans l’église paroissiale dudit Montgilbert, et aux archives dudit chapitre d’Ayguebelle, les registres de baptême de feu Rd Baptiste Didier vivant pour lors curé de ladite paroisse de Montgilbert, 

pour avoir une expédition de son baptême, dont il a grand besoin, tant pour gérer ses affaires, que pour espérir ? ses droits et prétentions, envers ses …? détenteurs de ses biens. 

Ses diligences recherches ayant été inutiles et, sur l’assertion qui lui a été faite, que les registres dudit feu Rd Didier ont été perdus et égarés, il m’aurait prié et requis de vouloir procéder à l’audition de deux témoins idoines, savant du fait, circonstances, et dépendant de son baptême, 

Et m’aurait à cette fin produit honnête Pierre à feu Catherin André et Barthélemy à feu André Rivet tous deux natifs et habitant ledit Montgilbert, témoins de probité et par moi connus, qui après serment dûment entre mes mains sur les saintes écritures, séparément touchées l’un après l’autre, et leur avoir expliqué l’importance d’iceluy, et les peines qu’encourent les parjures, tant en ce monde qu’en l’autre, ouï et examiné sur le baptême dudit Pierre Badin, 

Et promis et juré de bien fidèlement déposer et rapporter selon Dieu et conscience, et ont rapporté comme s’en suit : 

Savoir Pierre André dit et dépose qu’en l’année mille sept cent onze, le quinzième jour de janvier, ne se souvenant pas de l’heure mais bien du jour, à cause de la solennité que l’on fait ledit jour dans l’église du chapitre d’Ayguebelle en l’honneur de Saint Maur (1) où il y a une grande dévotion et concours de peuple, et où une grande partie des habitants de notre paroisse sont en coutume de se rendre, pour invoquer ce Saint, 

il vint au monde ce jour une enfant dont accoucha la Clauda Maillet femme dudit Georges Badin, mère dudit Pierre dont il s’agit, ce que sais de science certaine que l’on ait appelé de la part de la Clauda Maillet, la Françoise Durand qui était chez moi et qui étais venue pour se rendre en qualité de sage-femme ses charitables secours à ma femme qui avait aussi accouchée d’une fille, 

Et dit et rapporte que l’enfant dont accoucha la Clauda Maillet et femme dudit Georges Badin et dont il devait être le parrain, fut porté à l’église ledit jour et qui fut baptisé et appelé Pierre, ce que je sais précisément pour être leur plus proche voisin, et que le nommé Pierre Maillet dit Raton fut son parrain et que c’est le même qui est aujourd’hui en existence et qui m’a requis mon témoignage. 

Barthélemy Rivet dépose et rapporte, qu’étant ouvrier journalier me souvenir qu’étant allé aider à Georges Badin père dudit Pierre dont il s’agit, à battre son blé en l’année mille sept cent onze le quinzième jour que l’on fait fête au chapitre d’Ayguebelle où il y a une grande dévotion en l’honneur de St Bon et St Maur et où se rendent de toutes les paroisses voisines un grand nombre de personnes et notamment de la paroisse pour y implorer le secours du ciel par le mérite et l’intérêt de ce saint, 

j’entendis depuis la grange où je battais le blé depuis la maison beaucoup de bruit et des cris pitoyables dans ladite maison y accouru pour y voir ce que c’était, l’on me dit que la Clauda Maillet femme de Georges Badin venait d’accoucher d’un enfant que je vis entre les mains de Françoise Durand sage-femme de notre paroisse, que l’on portât baptiser à l’église, et dont le nommé Pierre Maillet dit Raton fut parrain, tout ce que dessus et rapporte, pour être savant du fait, et que ledit Pierre Badin vivant aujourd’hui est le même que j’ai vu naître, et qui a été baptisé par feu Rd Didier pour lors notre curé et autre dit ne savoir. 

Ensuite de quoi j’ai interrogé lesdits témoins pour savoir leur âge, profession, valeur de leurs biens et s’ils ne sont point parents, alliés, créanciers, débiteurs, ou domestiques des parties, et s’ils n’ont point commis pour rendre leurs dits témoignages 

Ont répondu savoir le Pierre André j’ai presque soixante et dix ans, j’ai environ dix mille livres en biens fonds, je suis encore un peu parent audit Pierre Badin mais de loin et pour de loin au 5e ou 6e degré sans savoir comment, je ne suis ni créancier, ni débiteur, ni domestique et je n’ai point été commis pour faire ma disposition 

Barthélemy Rivet j’ai environ septante ans, j’ai environ deux cent livres en biens fonds, je ne suis point parent, allié, créancier, débiteur ni domestique dudit Pierre Badin, je n’ai point été commis, ni par respect humain, ni par autre manière de rendre mon susdit témoignage. 

AD 73 Montgilbert BMS 
J’aurais fait lecture aux susdits témoins de leurs susdits témoignage et les ai interpellés s’ils veulent persister, ajouter ou diminuer et nous y persistons et pour être illettré de ce enquis ont chacun fait leur marque ordinaire, et moi soussigné ai mon office envoyé et expédié au présent audit Pierre Badin le requérant, 
A Ayguebelle, ce susdit douze février mille sept cent cinquante deux. » 

J’adore la formulation de la parenté entre le requérant et le premier témoin Pierre André fils à Catherin André qui est un lointain collatéral. 

Précieux sésame que ce mémoire valant certificat de baptême pour Pierre Badin, qui confirme formellement la perte des registres du Révérend Didier. 


Source
AD 73 BMS Montgilbert 3E 356 vues 159/160
http://www.archinoe.fr/v2/ark:/77293/0422d52bfaf9fb89


(1) le15 janvier est fêté Saint Maur patron des charbonniers et chaudronniers 
Disciple et successeur de saint Benoît, Saint Maur était abbé de Glanfeuil sur la Loire en Anjou

samedi 6 février 2021

Les malheurs de la servante du curé

J'ai choisi un titre un tantinet accrocheur pour répondre à l'invitation de Geneatech  et vous parler d'une source moins connue en généalogie : les revues des sociétés savantes. 

Au début de mon addiction, grâce à Gallica la bibliothèque numérique, je me suis mise à fréquenter la presse et les revues, et particulièrement les revues des sociétés savantes : classées par région, puis par département. 

Pour l’Aisne et la Drôme, ce type de revues m’a permis de glaner des éléments sur les régions occupées par mes ancêtres et tenter d’approcher leur quotidien en lien avec l’histoire locale.

Pour la Savoie, 5 sociétés savantes sont au rendez-vous, dont la Société d’Histoire et d’Archéologie de la Maurienne : la SHAM toujours vaillante en 2021 depuis sa création en 1856 avec moultes travaux.

Aujourd’hui un texte de l’Académie des Sciences Belles Lettres et Arts de Savoie s’imposait, cette Académie, toujours en exercice, a publié en 1915 la Maurienne pendant la Révolution du Chanoine Adolphe Gros.

***

C’est ainsi que dans la série caractère trempé - sur fond de dénonciation en période révolutionnaire troublée - je vous présente les malheurs de Marie-Antoinette Richard servante du curé de Montgilbert petite paroisse de Savoie au début de la vallée de la Maurienne, paroisse où vivaient mes ancêtres.

Elle était la servante du révérend Saturnin Chaix, prêtre qui préféra prendre le chemin de l’exil en Piémont le 7 avril 1793, pour ne pas prêter le serment d’allégeance à la République exigée des ecclésiastiques, épisode relaté dans le billet Epoque remarquable pour Saturnin Chaix .
     
Gallica


« L’incarcération de Marie-Antoinette Richard, servante de Saturnin Chaix, chanoine d’Aiguebelle et curé de Montgilbert mérite d’être racontée avec des détails.

Après le départ du curé, elle avait continué à habiter le presbytère « de l’avis du maire qui lui avait dit de rester parce que la cure se trouverait mieux d’être habitée que fermée ».

Le 31 octobre 1793, sur dénonciation de Pierre André dit Polaillon, officier municipal de Montgilbert, le citoyen Sébastien Ferley, dépositaire de la force armée dite garde nationale du canton, se rend, accompagné de quatre gardes nationaux, au presbytère de Montgilbert pour procéder à l’arrestation d’Antoinette Richard.

Après s’être copieusement fait servir à boire, ils se saisissent de la pauvre femme à 9 heures du soir « sans lui permettre de prendre des bas et à moitié vêtue ». Comme elle était malade de la fièvre, la surprise et la frayeur la firent s’évanouir. Elle ne reprit connaissance qu’à Aiguebelle, d’où elle fut conduite, la même nuit, à Chambéry.

Elle était accusée de « fanatiser les femmes de Montgilbert en leur empêchant même d’assister à la messe des prêtres assermentés », en disant même que la plupart des officiers municipaux étaient pour elle ».

Mais la véritable raison de son arrestation, c’est que Pierre André, son dénonciateur, lui en voulait parce qu’elle lui réclamait le remboursement de 200 livres prêtées le mois de mai précédent. Il en était en outre fâché de ce que le maire n’avait pas voulu le laisser habiter la cure et avait donné sa préférence à la servante du curé.

Le 6 décembre, le Conseil Général du département, considérant que « les pièces ne contiennent aucun indice de fanatisme » arrête qu’Antoinette Richard sera provisoirement traduite dans la maison d’arrêt du district de Saint Jean de Maurienne, et les pièces transmises au juge d’Aiguebelle.

Elle fut rendue à la liberté par sentence du tribunal du district le 9 janvier 1794.

***

Quand elle rentra à Montgilbert, elle apprit que tous ses effets, linges, habillements, nippes, avec l’argent qui se trouvait dans un coffre avaient été dérobés.

Parmi les objets dérobés, il y avait une somme de 600 livres du Piémont, une pistole de 24 livres, 3 louis d’or, une demi-pistole de 12 livres, le surplus en écus de 5 et 3 livres et en menue monnaie, une croix d’or à grille et une croix d’argent à bouton.

Antoinette Richard était une femme de tête. Elle porta plainte, devant Hector Bernier, juge de paix d’Aiguebelle, contre Pierre André dit Polaillon, chez qui des témoins avaient vu plusieurs des meubles volés, ainsi que contre Claude Gay-Rosset, qu’une personne avait vu boire et manger à la cure en compagnie dudit André.

Le 27 juin elle demanda qu’André et Ferley « ses dénonciateurs et persécuteurs » fussent tenus de lui représenter les objets volés « parce que dans le cas qu’ils n’en aient pas nantis eux-mêmes, ils doivent être considérés comme responsables » car en procédant à son arrestation, ils devaient faire mettre ces objets en lieu de sûreté après en avoir fait prendre inventaire.

Par jugement du 8 novembre 1794 le tribunal de district condamna Ferley à la représentation des objets volés, et mis hors de cause André tenu néanmoins à payer la moitié des frais. »

***

Pépite d’une chronique villageoise dans le Département du Mont-Blanc, je ne sais si les objets volés furent restitués à la servante procédurière et courageuse, son dénonciateur André dit Pollaillon d’après les arbres en ligne est originaire d’un autre village. S’agissant de Claude Gay-Rosset, vu à la cure buvant et mangeant, il est sûrement un de mes collatéral ! Marie Antoinette Richard retrouva le prêtre Saturnin Chaix, tout comme les autres paroissiens, lorsqu'il rentra en 1802 après la signature du concordat entre la France et le Pape.

De précieux articles de revues de sociétés savantes illustrent des pans de vies, d’incidents, de larcins, ou de réactions à des changements de régime; ils étoffent nos recherches généalogiques, se cachent, ne nous parlent pas forcément au premier abord, et un déclic peut intervenir ultérieurement. 


Un billet inspiré d'une revue savante





Sources 
Gallica entrée ciblée Gallica Revues Savantes
Gallica Revue Académie des Sciences Belles Lettres et Arts de la Savoie
année 1915 entrée ciblée La Maurienne pendant la Révolution

les Sites 
pour la Savoie
pour l'Aisne
pour la Drôme 

samedi 8 février 2020

La frousse du postillon

C’est juste un petit entrefilet dans la presse du 1er février 1877 sur un fait divers dans un coin habité par mes ancêtres de la Drôme, je ne sais s’ils en ont eu connaissance, mais les commentaires ont pu aller bon train dans les cafés de Montmeyran. 

Gallica Monnier Henry

« La voiture qui fait le service du courrier entre Montmeyran et Valence a brûlé au beau milieu de la route. Le feu avait pris à l’intérieur, sans que l’on sache comment, cet intérieur étant complètement vide. 

Quelque dame avait-elle oublié un charbon de sa chaufferette ? Quelque gamin grimpé sur le marchepied y avait-il laissé tomber une allumette ? C’est ce qu’il sera impossible de découvrir. 

Toujours est-il que le conducteur qui marchait contre le vent, s’aperçut tout à coup qu’il voiturait un torrent de flammes. Peindre sa surprise serait inutile. Il n’eut que le temps de descendre, de sauver les dépêches et de dételer son cheval, abandonnant sur la route, comme une épave, son véhicule que les flammes achevèrent de dévorer. 

Ce jour-là, le courrier de Montmeyran fit son entrée à Valence comme les postillons du bon vieux temps ». 

Quel bel exemple de courrier – homme qui autrefois portait les lettres - esclave de son devoir et conscience professionnelle oblige, il termina à cheval comme ses prédécesseurs. 

Le soupçon de distraction de la gent féminine avec une chaufferette me plaît moins. 

Pour tout savoir sur cet objet portatif suranné de la fin du 19ème siècle, il suffit de se plonger dans la Revue des Nouveautés. 

Dans un numéro de 1890 elle vante avec force détails : La chaufferette à veilleuse, à huile inversable, système J. Février. Elle insiste sur le fonctionnement du nouveau modèle portatif pour le dehors, lequel sera très apprécié par les personnes qui se rendent dans des réunions ou conférences, à l’église ou à la promenade, etc … 

Le dessin ci-contre représente la chaufferette ouverte, la plaque de cuivre est relevée pour montrer la position pendant le transport. 


La chaufferette est aussi aisée à la main qu’un petit sac de dame, elle ne mesure que 20 centimètres de longueur, 14 centimètres de largeur et 8 de hauteur. Pour les personnes que le désireront, une housse élégante, spécialement fabriquée en velours de couleur, leur sera fournie, afin qu’elles puissent à leur gré couvrir leur chaufferette. Ce qui se fait facilement sans avoir à éteindre la veilleuse. 

Peut-être une de vos aïeules avait-elle cet objet de confort pour ses voyages, ou l’église, à moins que couturière, ou dame de comptoir elle ait opté pour une chaufferette forme tabouret







Sources
Source Rétronews Le Rappel 1er février 1877
Gallica La revue des nouveautés n°7- octobre 1890