vendredi 29 mai 2026

Antoine Barbier un moblot drômois

Un petit gars parti trop tôt, un moblot drômois, un lointain cousin.

Sa famille

Petit-fils de Jacques ARNOUX et Marianne SAVOYE mes ancêtres évoqués dans mes premiers billets, Antoine BARBIER a pour parents Marie Anne ARNOUX et Jean Antoine BARBIER qui se sont mariés le 24 septembre 1842 à la mairie de Montmeyran dans la Drôme.

Il naît le 6 février 1849 et grandit entouré de ses deux grandes sœurs Emilie et Marie-Louise surnommée Fanchette.

Gravure extraite de Gallica

Son père cultivateur, dit aussi journalier et propriétaire selon les documents, est catholique, et sa mère protestante comme les enfants. La famille demeure au lieudit Bois Gros et semble avoir rencontré des difficultés en 1852, selon un registre du diaconat protestant de Montmeyran où elle est qualifiée de pauvres.

En 1866 non recensé au foyer paternel, Antoine doit louer ses bras aux alentours pour gagner son pain.

Sa sœur Fanchette se marie en septembre 1869 avec Jean François PALLIER un cultivateur de Chabeuil un bourg voisin, un bref moment d’espoir avant que tout s’emballe en cette fin du Second Empire

Dans le tourbillon du conflit franco-prussien

A 20 ans, Antoine est enrôlé dans la Garde nationale mobile, dont la mission tend à épauler, comme armée auxiliaire, l’armée active à la défense des places fortes de l’Empire, de ses frontières et le maintien de l’ordre.

Voilà donc Antoine avec des hommes de 20 à 40 ans, réserviste, appelé « Mobile ou Moblot », n’ayant pas fait le service militaire mais soumis à des périodes de préparation militaire. Côté formation, équipement, habillement et ravitaillement, la suite révèlera plus que des défaillances ou de l’improvisation.

Guy de Maupassant dans Boule de suif écrit « On voyait surtout des mobilisés, gens pacifiques, rentiers tranquilles, pliant sous le poids du fusil ; des petits moblots alertes, faciles à l'épouvante et prompts à l'enthousiasme, prêts à l'attaque comme à la fuite ».

Au début du conflit franco-prussien, le comte de Palikao ministre de l’Empereur Napoléon III demande l’organisation de 100 000 Mobiles. En province, 400 bataillons furent constitués avec les classes de 1865 à 1869.

Pour sa part, la Garde mobile de la Drôme dispose de deux bataillons d’infanterie et d’une batterie d’artillerie, soit 4000 hommes.

Le 18 août 1870, le 2ème bataillon et la batterie d’artillerie sont rassemblés à Valence, deux jours plus tard, c’est au tour du 1er bataillon à Montélimar. Fin août, les trois corps sont armés et prêts à partir en campagne. Le 2ème bataillon et la batterie d’artillerie sont désignés pour prendre part à la défense de Paris.

Terrible engrenage que la capitulation de Sedan, la défaite de l’Empereur, la proclamation de la République, l’encerclement de la capitale, s’en suit une réorganisation de l’armée, d’autres batailles sur la Loire et dans le Nord. Les prussiens, enfin les allemands, filent en Bourgogne vers Dijon, encore des combats 

AD 21 Beaune extrait état-civil

Et là à deux pas, à Beaune, Antoine BARBIER s’éteint le 31 décembre 1870 à l’hospice des malades, le portier fait la déclaration en mairie le lendemain, il y retourne les jours suivants pour les décès d’autres moblots de différents bataillons de plusieurs coins du pays.

Antoine est dit garde national mobile de la Drôme du 3ème bataillon et de la 1ère compagnie, sa disparition est transcrite sur l’état-civil de sa commune natale le 16 mai 1871, plus de quatre mois de délai. Antoine avait vingt ans, traversé dieu sait quelles épreuves pendant son bref temps à défendre son pays.

Le 3ème bataillon d'Antoine doit-il être assimilé à la batterie d'artillerie, mystère faute d'éléments glanés sur la toile, il est bien référencé dans l'inventaire des archives départementales de la Drôme sous plusieurs cotes à consulter sur place. 

Après

Le père Jean Antoine BARBIER a-t-il cherché à se rendre sur la tombe de son fils ? Malade, il entre à l’hôpital de la Croix-Rousse de Lyon le 20 juillet 1871 et y décède le 21 août suivant, sa disparition est transcrite à Montmeyran le 17 mars 1872 sept mois plus tard.

Sécheresse des actes, claquement des dates, douleur dans la famille.

Marie Anne ARNOUX mère et femme éprouvée s’installe à Chabeuil auprès d’une de ses filles. Elle est en vie lors du mariage d’une de ses petites filles, avant de rendre son dernier soupir en 1899 a un âge avancé.

Juste une modeste approche.


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Pour aller plus loin 

Sources 
AD 26 Montmeyran et Chabeuil Etat-civil et recensement
AD 21 Beaune Etat-civil
Archives de la Ville de Lyon Etat-civil et entrée des Hospices Civils de Lyon
Protestants de la plaine de Valence au 19ème 

samedi 16 mai 2026

Si discrète Polonie Lagier

Au hameau des Vesonières à Upie dans la Drôme, effervescence au logis de Daniel LAGIER car son épouse Elisabeth METIFIOT est à nouveau dans les douleurs de l’enfantement. La fille aînée a sous son aile les petits priés d’être sages, les deux grands frères ont été expédiés chez les voisins ou dans l’écurie au chaud près des bêtes.

Une parente seconde la sage-femme, le futur père est optimiste, ce n’est pas la première fois pour sa valeureuse moitié, pensez-donc voilà que le neuvième enfant s’annonce en une froide soirée d’hiver.

Emile Friant- Philadelphia Museum 
La petite Polonie LAGIER pousse son premier cri à une heure du matin le 9 février 1846, neuvième enfant de mes ancêtres Elisabeth et Daniel.

Voilà un prénom rare pour ce petit-bout, une déformation de Pauline peut-être, ou en lien avec Sainte Apolline vierge et martyre à Alexandrie en 249 qui préféra offrir sa vie que renoncer à sa foi.

Polonie désormais la petite dernière prend la place de la petiote Adeline, surveillée par ses sœurs Mélanie et Elisabeth, chahutée ou ignorée par les garçons Pierre, Rémy, Casimir et Ferdinand.

Le père maçon un temps, se dit ensuite cultivateur et propriétaire, la mère Elisabeth déclarée couturière à son mariage a bien besoin de ce savoir-faire pour réparer et transformer les habits de la maisonnée. Filles et garçons se « passent » les vêtements de l’un à l’autre de toute façon.

Polonie ne reste pas la plus jeune, deux autres filles débarquent au foyer Fanny et Noémie notre ancêtre, soit une flopée d’enfants. Elle doit partager au mieux une vieille poupée en chiffons avec ses cadettes, et plus sûrement se voit confier des petites tâches, nourrir la basse-cour, récupérer les œufs.

Elle figure âgée de 5 mois sur le recensement de 1846 avec le prénom Pauline, sa sœur Adeline se retrouve nommée Deline, en 1851 l’agent recenseur est plus à même des nouveaux prénoms et note Polonie et Adeline correctement…

Allez savoir pourquoi je l’imagine un peu pâlotte, en retrait, se confiant au chat, revêtue d’un mantelet à capuche pour aller à l’école.

AD 26 EC Upie 1856

Et puis en mai 1855 en la période dite des Saints de Glace, l'atmosphère est pesante dans  la maison familiale, regards douloureux des parents, chuchotements des grands, prières,  Polonie ne va pas bien, elle reste au lit. L'issue fatale intervient le 16 mai à neuf heures du soir, l'enfant de 9 ans rejoint au Ciel son petit frère Daniel qu'elle n'a pas connu. 

Il y a 171 ans ce jour. 

Daniel le père va faire la déclaration en mairie, perturbé il se trompe dans l'âge de Polonie. Un choc pour toute la famille, qui prononce ensuite le prénom de la si discrète Polonie, garde en mémoire les traits de son visage, ses qualités ou travers, et pendant combien de temps, sa mère sûrement.


 
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mardi 5 mai 2026

Nicolas Narbonne vigneron

Deux actes détaillés à Camelin dans l’Aisne, et soudain un rameau fragile de mon arbre s’anime.

En 1670, dans une maison du hameau du Bresson, autour d’un malade, une famille s’inquiète, le prêtre a été appelé car Nicolas NARBONNE, comme tout catholique pratiquant, tient à être en règle pour son passage dans l’au-delà.

« Le dimanche fête de Saint Barthélémy vingt quatrième jour du mois d’août de l’an mille six cent soixante-dix est décédé Nicolas Narbonne, âgé de soixante douze ans, vigneron demeurant au Bresson, en la communion de notre Sainte Eglise, duquel corps a été inhumé dans le cimetière, iceluy s’était confessé et reçu le Saint-Viatique du corps de notre Seigneur et l’extrême onction, par moi Messire Curé soussigné. »


On ne saura jamais pour quelles raisons le prêtre a fait référence au saint du jour, un siècle après le terrible massacre des chefs protestants et leurs coreligionnaires le 24 août 1572 jour de la Saint-Barthélemy.

Nicolas mon ancêtre naît vers 1598, sous le règne du roi Henri IV de France et de Navarre, prince tantôt protestant, tantôt catholique. Nicolas s’éteint en 1670 sous le règne du roi Louis XIV, l’année où démarre dans la capitale la construction de l’Hôtel des Invalides pour recueillir les soldats invalides des armées, et l’envoi de troupes dans le Vivarais pour réprimer une jacquerie.

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Deux ans plus tard en 1672, la même famille est endeuillée avec la disparition de mon aïeule Michelle BRENOT l’épouse de Nicolas

« Le quatorzième jour de l’an mille six cent douze est décédée en la communion de notre Sainte Eglise Michelle Brenot âgée de soixante-six ans, veuve de feu Nicolas Narbonne vivant vigneron demeurant au Bresson, de laquelle le corps a été inhumé dans le cimetière icelle après s’être confessée et avoir reçu le Viatique du corps de notre Seigneur et l’extrême onction par moi Prêtre Curé et ont signés Pierre, Jacques et Louis Narbonne leurs enfants ».

Gallica carte de Cassini axée sur Camelin

Des petits riens, une vie dans un des hameaux de Camelin village où chanvriers, tisserands, laboureurs et vignerons se côtoient, et autour de Nicolas et Michelle trois fils arrivés à l’âge adulte pour reprendre le flambeau et aussi une fille Anne.

Cercle reconstitué patiemment au fil d’actes, et de mentions de parenté ou parrainage : Pierre NARBONNE, un des fils et ancêtre, répond présent aux mariages du grand-père et du père de mon étonnant collatéral Claude Nicolas LECAT.

Nicolas NARBONNE vigneron, ainsi que Pierre, ont a priori exploité des vignes appartenant à une abbaye, un seigneur ou un riche bourgeois, vigne cultivée en échalas en Picardie et dont certains crus, à une lointaine époque, étaient appréciés par le Roi François Ier et le Roi Henri IV. 

Ecoutons Nicolas sur son métier tel que suggéré dans la légende de la gravure :

« Sans me servir d’autre équipage
Que celui de mon village
Ni sans employer mes voisins
J’ai les épaules assez fortes
Pour transporter en mille fortes
Des paniers remplis de raisins
Mais tout ce qui me semble étrange
C’est qu’en matière de vendange
Je passe pour un grand devin
Ce qu’avec toute mon adresse
Je n’ai pas assez de finesse
Pour vendre la force du vin »


Billet écrit sur le thème des rameaux cachés initié par une blogueuse 

Sources 
AD 02 BMS Camelin 
Relevé Généalogie Aisne 
Gravure Musée Grand-Palais à Paris