mardi 30 mai 2023

Noces de chanvre avec Antoine Lefort

Sous prétexte qu’au mois de mai, il est suggéré d’évoquer une profession de ses ancêtres, me voilà obligé de me livrer à des confidences, moi Antoine Jérôme Lefort dit Antoine. Quelle époque !

Premier-né vers 1730 au foyer de Louis Lefort et Marie Anne Descarsin, tout juste mariés en 1729 à Camelin, il me faut ensuite partager l’attention de mes parents avec trois sœurs et un frère.

Mon second prénom Jérôme est en lien avec la famille de ma mère, dont je n’ai pas connu ses parents. Mais côté Lefort, si j’ai des vagues images de mon grand-père Antoine Lefort, de tendres souvenirs me lient avec ma grand-mère paternelle Louise Narbonne décédée à un âge avancé.

Chanvrier le père,
Chanvrier le grand-père,
Chanvrier l’arrière-grand-père,
Chanvrier je suis !
Mon fils chanvrier le sera !
Une dynastie de chanvriers quoi !

Mon village Camelin, bâti sur un monticule allongé, situé dans l’ancien Soissonnais, est désormais dans le département de l’Aisne. Il existe déjà au 9ème siècle, désigné sous Campus Lini en latin ce qui signifie « champ de lin »

Camelin renvoie aussi à un tissu de laine, dans lequel entre une proportion de poil de chèvre, le Roi Saint-Louis portait un manteau de camelin paraît-il, de ce qu’un érudit m’a soufflé !

Courageux, sachant compter, connaissant mes lettres, je signe les actes des registres paroissiaux, tout comme le père et le grand-père. Dans la famille, en bon chanvrier, on repère un chanvre de qualité et on connaît toutes les étapes de sa transformation. On se déplace comme marchand-chanvrier pour trouver cette matière textile et des débouchés pour nos toiles ou cordages.

Bref, cinq heures de marche pour arriver à Barisis aux Bois, ne me font pas peur, quelques lieues, soit vingt kilomètres à votre époque. A faire le va et vient, j’ai remarqué une avenante et sage fille.


Avec le consentement de nos parents, en une froide journée d’hiver, le 5 février 1754, à Barisis aux Bois qui devient ma nouvelle paroisse, je dis « oui » à Marie Marguerite Tellier, fille de feu Charles Tellier laboureur et de Marie Catherine Rossignol remariée à un laboureur.

Cliquer pour agrandir 


Je m’enracine, sans rompre les liens avec mon village natal, et poursuit mon activité de chanvrier, je ne suis pas dépaysé avec une kyrielle de fileuses, un bataillon de chanvriers, une flopée de tisserands.

Barisis, paroisse entourée de forêts, à l’écart d’une grande route, voit en effet plus du cinq-douzièmes de ses habitants se livrer à l’apprêt du chanvre, la confection du filet et de la toile tant au 17ème qu’au 18ème siècles.

Ma vaillante épouse Marie Marguerite met au monde onze enfants, huit garçons dont des jumeaux et trois filles, certains tout-petits passent trop vite sur cette terre. Avant de tirer ma révérence vers 1783, j’ai la joie d’assister aux mariages de trois de mes garçons et d’une de mes filles

Il paraît que celle qui me sert de secrétaire, pour mon bref récit, descend de Louis Alexis Lefort marchand-chanvrier aussi. Une dynastie de chanvriers quoi !

Toute cette chaîne de chanvriers, serait-elle vraiment étonnée de découvrir, qu'après un déclin au 19ème siècle, la culture de chanvre est remise à l'honneur aujourd'hui : sa graine intéresse l'industrie agroalimentaire et sa fibre peut être utilisée pour l'isolation des bâtiments. 


Retrouver son épouse

Retrouver une des filles

 


Sources
AD 02 BMS Camelin et Barisis 
Photo Pixabay
Carte faite avec Viamichelin
Visuel fait avec Canva

 

vendredi 5 mai 2023

Félicité Sophie dite Demilly

Entre terres axonaise, mosellane et provençale, j’ai reconstitué le fil de vie de Félicité Sophie une enfant de Félicité Lefort ma lointaine grand-tante.

La maman est divorcée d’avec Jean Louis Demilly depuis le 16 février 1796 selon un acte dressé à Barisis dans l’Aisne.

La petite Félicité Sophie pousse son premier cri le 30 mars 1797, la déclaration de naissance faite à l'officier public par la sage-femme Marie Anne Godmet est un peu alambiquée : l’enfant est dite « une fille, que Jean Louis Demilly ci-devant capitaine en est le père (sic), et que Félicité Lefort sa femme (sic) en est la mère et reçoit les prénoms de Félicité Sophie ».

AD 02 Barisis Etat Civil 1797

Deux prénoms inscrits et pas de patronyme, et la vague impression qu’au village on n’était pas trop au courant de la séparation du couple, à moins que la sage-femme et les témoins aient voulu éviter des commérages vis-à-vis de l’enfant.

Honnêtement dans mon logiciel était noté Lefort, puisque le divorce d’avec du citoyen Demilly remontait à plus de 13 mois, en son absence qui plus est. Recherches et pointages m’ont fait découvrir des indexations pour la naissance de la petiote avec « Godmet » comme patronyme soit celui de la sage-femme, ou comme patronyme « Sophie » soit le second prénom.

***

Dans le temps, qu’est devenue cette enfant naturelle d’une femme divorcée, puis remariée, qui se retrouve orpheline à 10 ans en 1807 ?

La réponse est toujours à Barisis dans l’Aisne le 13 décembre 1817, ce jour d’hiver Félicité Sophie fileuse de 20 ans et 8 mois épouse Jean Louis Charlemagne Henique un chanvrier de 31 ans veuf avec un petit garçon.

Ce jour-là l’acte est précis et clair « fille mineure, assistée de Jean-Baptiste Alexis Lefort chanvrier, nommé tuteur ad hoc de ladite Félicité Sophie, de par acte de consentement de famille passé devant Monsieur le juge de paix du canton le 5 du présent mois, ici présent et consentant, fille naturelle de défunte Félicité Lefort femme de Médard Grandin décédée le 22 septembre 1807, divorcée de Jean Louis Demilly le 16 février 1796 ».

Cette jeune mariée avec juste deux prénoms, sans patronyme, a donc pour tuteur son cousin germain mon ancêtre, ce que je découvre.

Jeune veuve de 25 ans, Félicité Sophie ma lointaine cousine se remarie avec Pierre Louis Pasques ouvrier de 27 ans, un jour d’hiver le 16 janvier 1823. Deux filles naissent rapidement à Barisis : Hortense Ambroisine et Eléonore Félicité.

Et triste trouvaille, elles décèdent à La Fère en 1827 toutes jeunettes, peu après la naissance d’une enfant sans vie, là dans les actes la mère est désignée comme Félicité Sophie Demilly (sic). La mention d’un patronyme pour la mère peut s’expliquer pour des raisons de respectabilité du couple.

Le lieu est différent, une ville de tradition militaire, siège d’une école royale d’artillerie et le père Pierre Louis Pasques est désormais canonnier au 4ème régiment d’artillerie en garnison.

***

Ensuite cap sur la Moselle car il faut défendre les frontières du pays, à Corny, le couple accueille dans son foyer le 8 mai 1831 une petite Julie Félicité Pâque, papa a pris du galon le voilà maréchal des logis et maman se nomme Demilly bien sûr.

L’année suivante encore en Moselle, à Sarrebourg cette fois, naît le 8 décembre 1832 Julie Augustine Pasques. Pasques, Pâques, Dumilly, Dumillé il faut se faire une raison.


Cliquer pour agrandir la frise 

Plus tard ma petite famille se cache au bord de la Méditerranée, dans les Bouches du Rhône à La Ciotat, ville où se développent les chantiers navals. Jour de fête le 30 août 1848 : Julie Félicité Pâque couturière de 17 ans se marie avec Jacques Bézie un ouvrier serrurier né en Charente.

Papa est toujours maréchal des logis d’artillerie et maman sans profession avec son patronyme d’usage. Comme témoins ont été recrutés un ajusteur, un pâtissier, un sous-brigadier des douanes et un journalier.

Jeune veuve Julie Félicité Pâques convole à nouveau le 16 mai 1855 avec Louis Claude Joseph Boisson un ajusteur né à Orléans fils d’un agent de police. Son père est dit cette fois maréchal des logis d’artillerie à la retraite.

Née en Moselle, elle opte le 30 septembre 1872 pour la nationalité française qu’elle entend conserver avec l’autorisation de son époux, en application du traité de Francfort de 1871 et de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne.

Entre-temps, sa sœur Julie Augustine Pasque, repasseuse de son état, est décédée le 26 février 1864 à La Ciotat.

De même son père Pierre Louis Pâque a rendu son dernier soupir le 13 décembre 1865 âgé de 71 ans. En tant que sergent à la 4ème compagnie de canonniers vétérans, il bénéficiait d’une pension pour une  durée de services de 35 ans 6 mois et 16 jours. Il était aussi titulaire de la médaille de Sainte-Hélène pour la campagne de 1813-1814. 

« La médaille de Sainte-Hélène est instituée par décret de Napoléon III, le  12 août 1857, sous le Second Empire. Elle est dédiée aux « compagnons de gloire » de Napoléon 1er  dans les « campagnes de 1792 à 1815 », afin de satisfaire en partie les dernières volontés de Napoléon Bonaparte telles que rédigées dans son testament à Sainte-Hélène. Elle est considérée comme la première « médaille commémorative » française ».(1)

Sa mère Félicité Sophie dite Demilly s’éteint le 17 mars 1883 âgée de 86 ans entourée des siens. Ainsi se tourne une page d'une lointaine cousine au patronyme d'usage, page qui sera peut-être réouverte un jour par des descendants directs. 


Voilà ma petite famille bénéficie d'un billet enfin bouclé sur la suggestion du Généathème d'avril de Geneatech de terminer un brouillon. 


Retrouver cette famille

Sources 
AD 02 Barisis et La Fère 
AD 57 Corny et Sarrebourg
AD 13 La Ciotat 
Relevés Filae et Geneanet 
(1) Wikipedia 

 

 

samedi 11 mars 2023

La nouvelle vie de l'ex

C’est à Orléans, dans département du Loiret, que réapparait Jean Louis Demilly l’éphémère époux de Félicité Lefort ma lointaine grand-tante.

Ce fringant militaire, au bord de la Loire, a emberlificoté une séduisante coiffeuse de 21 ans.

Gallica
Ce chef de bataillon au 23ème régiment d’infanterie légère épouse Jeanne Victoire Champion le 27 floréal de l’an IV en la salle publique de la maison commune d’Orléans

Le citoyen Demilly, âgé alors de 32 ans, est domicilié 5 rue du Cheval Rouge à Orléans (5ème section), tout comme sa belle citoyenne fille de Claude Jacques Champion et Françoise Ratoré.

Papa Champion est présent et consentant, le futur a comme témoins deux amis : un aubergiste et un employé du département en ce printanier 6 mai 1796.

Appliqué, l’officier d’état civil stipule que ledit Demilly, né à Amigny-Rouy en 1769 dans l’Aisne, est fils de feu Pierre Demilly et Marie Magdeleine Moreau, et a communiqué son acte de naissance et l’acte de décès de son père.

De même ce fier militaire a fourni « un certificat authentique du Conseil d’Administration du Premier Bataillon du Vingt troisième Régiment d’Infanterie Légère, du 15 présent mois, délivré à Argenton le Peuple (Département des Deux-Sèvres) par lequel il appert que ledit futur n’a jusqu’à ce jour contracté aucun mariage ».

Aucun doute l’homme est bien l’ancien époux de Félicité Lefort ma collatérale, dont le mariage religieux de 1791 vient d’être dissous civilement le 16 février 1796 à Barisis dans l’Aisne à 250 kilomètres d’Orléans.

Jean Louis Demilly peut fort bien convoler civilement en justes noces, mais le libellé de l’acte de mariage laisse entendre que sa nouvelle dulcinée et ses parents ne sont pas au courant d’une union précédente et d’un divorce, nullement mentionnés, par l’officier d’état-civil.

AD 45 Orléans extrait  EC 1796
Bon la mariée Jeanne Victoire Champion appose une fort belle signature tout comme son séducteur.

Et la vie continue, avec la naissance le 13 mars 1797 de Pierre Louis Alphonse Demilly déclarée par le père redevenu charpentier.

S’en suit, toujours à Orléans, la naissance de Pierre Alexandre Demilly le 28 janvier 1799 déclarée cette fois-ci par l’officier de santé, vu l’absence pour affaires du père charpentier, avec comme témoin le grand-père Champion portier à la Maison d’Arrêt !

Puis coup de tonnerre dans le foyer, s’en est trop pour la nouvelle épouse Jeanne Victoire Champion, comme bien d’autres femmes, elle entame une procédure de divorce en vertu de la loi du 20 septembre 1792.

Sur le registre d’état-civil au 27 janvier 1804, soit le 6 pluviôse de l’an XII, un acte de divorce de plus de quatre pages, d’une écriture serrée, détaille la procédure avec les motifs et doléances de la requérante.

Au fil des lignes on découvre que deux enfants mâles demeurent à la charge de Jeanne Victoire Champion, et que celle-ci avec « prévenances, douceur et patience a tout mis en œuvre pour tâcher de vaincre l’humeur difficile et le caractère fougueux de son époux trop enclin à la dissipation et à la débauche, elle se flattait que la naissance d’un enfant, la qualité de père, pourrait le toucher apaiser ses réflexions et le rendre plus traitable envers son épouse »

« Vain espoir, aucun changement, toujours les mêmes duretés, enfin lassée d’une existence aussi pénible  ladite Champion engage une première procédure qui débouche sur une conciliation.»
Naïve Jeanne Victoire, trop confiante.

« Quand son mari revient dans les apparences de repentir et de regret, lui promettant une conduite plus digne de lui et d’elle, confiante de ses promesses elle l’accueillit de nouveau trop heureuse de retrouver son époux, père de ses enfants, mais il oublia bientôt ses nouvelles dispositions qu’il lui avait montrées et se livra de plus fort à ses emportements et qu’il n’avait pas honte de ses outrages. »

« Désespérée de sa condescendance qui lui a fait perdre le fruit de sa première procédure, elle se détermina à recommencer la procédure et demande un divorce pour cause d’incompatibilité d’humeur et de caractère. » 
Et bis repetita des diverses formalités…

Et là, enfin, après l’acte définitif de non-conciliation du tribunal civil, le maire constate le divorce en l’absence de Jean Louis Demilly. Voilà une étape douloureuse terminée pour Jeanne Victoire, elle est libre et seule avec deux garçons.

Tiens voici l’aîné Pierre Louis Alphonse Demilly, devenu commis-négociant, qui se marie à Saint-Saulge dans la Nièvre le 6 novembre 1820, sa mère est présente et consentante toujours domiciliée à Orléans.

Le marié pour son père justifie qu’il est « absent depuis plus de vingt-deux ans, sans avoir pu recevoir de ses nouvelles, ainsi qu’il résulte d’un acte de notoriété établis par devant Me Bernard et son collègue notaires à Orléans le 29 septembre dernier et enregistré le 2 octobre suivant légalisé par le président du tribunal civil dudit Orléans le 3 octobre du même mois. »

***

Dans la nature le dénommé Jean Louis Demilly ?

En tant que charpentier compagnon, il fait étape à Septeuil dans l’ancienne Seine et Oise – actuellement les Yvelines - où il reconnaît le 10 novembre 1809 un fils naturel Louis Ambroise Demilly issu d’une liaison avec Marie Victoire Moulin.

AD 78 Septeuil EC 1809
Sa signature et son lieu d’origine confirment qu’il s’agit bien de l’ex-époux de ma Félicité Lefort et de Jeanne Victoire Champion.

Devenu adulte Louis Ambroise, chartrier, se marie à Crespières le 28 septembre 1831. Sa mère atteste « la reconnaissance de la disparition du père du futur qui a quitté Septeuil environ huit ou dix ans après la naissance de son fils et que depuis son absence il n’y a pas eu moyen de découvrir sa résidence actuelle cela attesté par acte de notoriété dressé par procès-verbal en présence de témoins devant monsieur Jacques Nicolas Erard juge de paix du canton de Houdan. »

L'histoire se répète, le sieur Demilly a déserté une fois de plus vers 1820, abandonnant épouse, compagne et enfants, disons pour trouver de nouveaux chantiers ... 

Toujours est-il, que pister l’ex-conjoint de ma lointaine grand-tante, m'a fait découvrir le caractère et le tempérament d'un turbulent personnage, et rencontrer des femmes qui se sont occupées de leurs enfants, malgré leur histoire d'amour malheureuse. 
A croire que les prénoms de Félicité, Jeanne Victoire et Marie Victoire portent la poisse.


Retrouver Le divorce de Félicité Lefort ICI


Sources 
AD 02 BMS & EC Amigny-Rouy et Barisis 
AD 45 EC Orléans
AD 58 EC Saint-Saulge 
AD 78 EC Septeuil et Crespières
Geneanet indices arbres 



mardi 28 février 2023

Félicité Lefort divorce

Permettez Félicité Lefort, très lointaine grand-tante que j’évoque votre vie tourmentée à l’occasion du généathème de février sur une histoire d’amour qui s’est mal terminée.

Tout a commencé de façon classique à Barisis le 25 avril 1769 avec votre baptême, vous recevez les prénoms de Marie Charlotte Félicité et êtes le neuvième enfant du couple formé par Antoine Lefort marchand-chanvrier et Marie Marguerite Tellier mes ancêtres (sosas 408 et 409).



Trois années avant en 1766, dans ce coin du Laonnois au village tout proche d’Amigny-Rouy, était né Jean Louis Demilly fils de Pierre charpentier et Marie Madeleine Moreau.

Vous avez grandi Félicité, rencontré Jean Louis devenu charpentier, une petite dose de sentiments mutuels - je l’espère - et convolé en justes noces le 29 mars 1791 dans votre église en présence de vos mères et de vos proches.

De façon classique, vous mettez au monde le 4 mars 1792 une fille prénommée Marie Catherine Joséphine Demilly, sur l’acte de baptême le vicaire Méresse de Barisis mentionne l'absence du père.

Tiens donc, votre conjoint est-il tenu éloigné par un chantier ou parti dans la capitale en cette période troublée du début de la Révolution, à moins qu’il se soit engagé dans l’armée ? Après la chute de la Bastille, la fuite du Roi Louis XVI à Varennes, il se dit que la patrie est en danger menacée par les souverains étrangers.

Et ce même Méresse, ex-vicaire devenu entre-temps officier public sous la première république, m’a fait frémir dans sa minutieuse transcription à la date du 30 brumaire de la troisième année républicaine.

Au 20 novembre 1794 des actes de décès de l’état-civil est reporté le procès-verbal rédigé par le juge de paix du canton de Mont-Libre ci-devant Saint-Gobain à la suite de son déplacement chez Félicité Lefort où il n’a pu que constater « la mort prématurée de la petite Joséphine âgée de trois ans et demi trouvée brûlée en sa maison hier vers dix heures du matin et morte à deux heures après midi ».

Quel drame épouvantable ma pauvre Félicité, perdre cette petiote dans de telles circonstances, le danger du feu, un enfant laissé quelques instants sans surveillance, et un ange nommé Joséphine succombe à ses terribles brûlures.

Autour de vous pour vous réconforter vous avez votre sœur Marie-Anne et vos frères Louis Alexis mon aïeul et Cosme.

***

Mère meurtrie, femme délaissée, femme qui rassemble ses forces, Félicité je vous retrouve souhaitant tourner la page, effacer une union malheureuse et voulant vous libérer.

Qu’à cela ne tienne, comme bien d’autres femmes à cette époque vous demandez le divorce pour rompre votre mariage avec Jean Louis Demilly profitant de la loi du 20 septembre 1792.

« Aujourd’hui 27 pluviôse quatrième année républicaine à trois heures du soir en la maison de commune de Barisis, et par devant nous Bruyer agent municipal de cette commune, nommé pour recevoir les actes de naissance, mariage et décès, s’est présentée Félicité Lefort femme de Jean Louis Demilly, 

Icelle demeurante à Barisis marchande de chanvre, laquelle nous a présenté les actes de poursuite par elle aux fins de divorce, ainsi que l’exploit de réquisition à lui signifié le vingt-sept frimaire présent an dûment enregistré de se trouver à ces jour, lieu et heure pour entendre prononcer la dissolution de leur mariage,

Elle nous a requis acte de ses diligences et comparution et à que cette dissolution soit prononcée tant en son absence que présence,

Qu’en conséquence lecture faite des pièces qui sont ensemble de la réquisition, le délai prescrit par la loi et le jour indiqué, par nous étant échus,

Nous en présence de Nicolas Thuilot tailleur d’habits, Cosme Lefort manouvrier, Jean-Baptiste Viéville commerçant de chanvre, et de Charlemagne Lolliot, tous quatre témoins majeurs demeurant à Barisis, qui ont accompagné la requérante,

Et en l’absence de Jean Louis Demilly, avons prononcé en ces termes, Félicité Lefort je vous déclare au nom de la loi et en vertu du pouvoir qu’elle nous confère que votre mariage avec Jean Louis Demilly est dissous,

De ce avons de suite dressé le présent acte sur le registre double du mariage à ce lieu jour et an comme dessus et ont les témoins signés excepté Félicité Lefort qui a déclaré ne savoir signer de ce interpellée ».

Voilà au 16 février 1796, Félicité Lefort vous êtes une femme dénouée de tout lien matrimonial, à défaut d’avoir connaissance des pièces évoquées que retenir pour les causes : abandon, incompatibilité d’humeur, sévices ?

***
Et puis, ce qui est sûr vous donnez naissance le 30 mars 1797 à une enfant déclarée par la sage-femme à l’officier public comme fille de Jean Louis Demilly ci-devant capitaine (sic) et Félicité Lefort, la petite reçoit les prénoms de Sophie Félicité.

***
Marchande de chanvre ou fileuse, mère célibataire avec un petit-bout sans vraiment de père, lucide Félicité, vous vous remariez l’année suivante avec Médard Grandin chanvrier puis tisserand, et lui donnez trois enfants nés à Barisis dans l'Aisne.

Attachante Félicité Lefort et lointaine collatérale vous vous éteignez dans votre village le 21 septembre 1807, âgée de 38 ans seulement, Médard Grandin votre époux intervient pour la déclaration de décès et mention est faite de votre divorce d’avec Jean Louis Demilly ci-devant commandant au vingt-troisième régiment de chasseurs à pied. Tiens donc voilà l’ex-époux qualifié d’un autre grade dans l’armée !

Vous laissez deux filles Sophie Félicité avec tout juste 10 printemps et Alexandrine Anastasie Grandin 7 ans à peine, elles vont grandir et se marier rassurez-vous, témoignant ainsi de votre passage sur terre.



Une autre victime du feu 

Qui était vraiment l'époux de Félicité Lefort 


Sources
AD Aisne
Barisis aux Bois BMS et EC
Indices d'arbres sur Geneanet 
Images de Pixabay

samedi 18 février 2023

Jacques Barnier marchand drapier

J’ai l’esprit vagabond à rebrousse-temps jusqu’à la fin du 17ème siècle, un peu en catimini je tente une rapide visite et une rencontre fragmentaire pour aborder une âme oubliée.

Gallica échantillons de tissus 
Côté étoffes du velours cramoisi, une peluche de soie couleur ponceau pour attirer le chaland aisé, des rubans de soie pour plaire à la fille du châtelain ou la coquette épouse d’un avocat, ces étoffes, je les imagine présentes dans la boutique de Jacques Barnier marchand-drapier à Chabeuil en Dauphiné.

Ce lointain ancêtre, né vers 1635 environ, exerçant en homme avisé son activité, veille à proposer à ses clients du douillet moleton blanc utilisé pour tailler les gilets, du cordillat rouge ou blanc en laine très fine qui fait la réputation de la cité, sans oublier du cadis, ce solide tissu de laine qui sert à la confection des vêtements populaires.  

Gallica échantillons de tissus 

Prévoyant, Jacques Barnier détient aussi le camelot d’Amiens de grand usage et la calemande rayée de Lille employée pour les gilets ou l'ameublement.

Combien d’aunes d’étoffes a-t-il commandé et installé sur les rayons de sa boutique ? Mystère faute de détenir son livre de comptes ?

Et puis, revoilà mon aïeul Jacques un jour de printemps, le 6 mai 1683 !

Ce jour-là, à Chabeuil, le notaire royal s’affaire pour un acte concernant Maître Jean Béranger avocat au Parlement (sous-entendu celui de Grenoble) habitant audit lieu. Ledit avocat vend, cède et remet à perpétuité, irrévocablement à mon aïeul marchand-drapier, qui achète et accepte, une pièce de vigne, pour la somme de centre trente-huit livres versée en louis d’or.

Jacques Barnier fait-il un placement des fruits de son négoce ou souhaite-t-il pouvoir récolter, sur un terrain bien exposé, un peu plus de vin nécessaire au quotidien des siens, sachant qu’en son temps on évite de boire de l’eau ? Interrogation là encore.

Grand merci en tout cas au notaire consciencieux qui recueille les signatures de tous les protagonistes dont celle de mon aïeul, précieux témoignage d’un temps lointain.

AD 26 extrait acte d'achat de 1683

Des nuages dans le ciel du royaume de France deux ans plus tard avec le gong de la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685 par le roi Louis XIV, et l’interdiction de l’exercice de la religion protestante. A Chabeuil, cité prospère favorable aux échanges et ouverte aux nouvelles idées, des indices me chuchotent que la famille de Jacques Barnier appartient à ceux qui durent abjurer leur foi, dénommés nouveaux convertis.

Et puis je retrouve toute la famille de mon ancêtre, sous un ciel sombre et tourmenté un jour de 1693, le 31 août précisément dans la demeure de Jacques, où s’est déplacé le notaire royal pour recueillir les dernières volontés du testateur amoindri.

AD 26 extrait du testament de 1693

Maître Guyremand pour ce testament nuncupatif, donc oral, se doit d’utiliser les formules habituelles, et mentionne que Jacques « a fait le signe de la Sainte-Croix et recommande son âme à Dieu le Père et supplie humblement de lui faire pardon et miséricorde pour ses fautes ».

Autour de Jacques sont réunis fort inquiets sa femme Catherine Métiffiot, ses fils : Pierre l’aîné, Abraham mon aïeul et Jean, et aussi Mabile sa fille. D’une certaine manière, propre à une descendante curieuse de ses racines, je les vois tous et j’entends les dispositions énoncées par Jacques, et filer la plume du notaire qui accroche sur le papier.

« Donne et lègue par institution particulière à honnête Catherine Métiffiot sa femme la moitié de leurs biens et immeubles en payant au mieux les charges »

« Donne et lègue à Abraham et Jean Barnier ses enfants naturels la somme de deux cent quinze livres payables en deux parts égales au choix de son héritier, savoir la première à l’âge de vingt-cinq ans et l’autre au bout d’une année »

« Donne et lègue à Mabile sa fille la somme de deux cent cinquante livres payables aussi en deux parts égales, la première lorsqu’elle aura vingt-cinq ans et l’autre une année après, ou la moitié dès lors qu’elle se sera établie en légitime mariage, suivie de l'autre moitié un an après »

« Nomme et institue son héritier universel Pierre son autre fils naturel et légitime »

Mon esprit vagabond manque de concentration, et ne saisit pas d’autre formules ampoulées, mais il sursaute lorsque le notaire stipule « qu’en raison de la faiblesse de son bras qui le lâche le testateur n’est pas en mesure de signer. » 

Le temps de Jacques Barnier est compté, deux jours plus tard le 2 septembre 1693 il s'éteint âgé d’environ soixante années, il est enseveli le lendemain dans un linceul de toile du pays. 

A Jacques, son fils Abraham mes ancêtres, tous ses parents, juste une confidence, partir à votre rencontre m'a donné l'occasion de retourner à Chabeuil où il m'est arrivé de passer, et surtout de  plonger dans le savoir-faire de la draperie et d'aborder les étoffes anciennes. 


Pour retrouver cette famille


N.B 
la peluche est une étoffe veloutée 
couleur cramoisie : rouge foncé tirant sur le violet 
couleur ponceau : rouge vif foncé
l'aune est une ancienne mesure de longueur d'environ 1,18 mètres 

Sources 
AD 26 BMS Chabeuil
AD 26 Archives notariales en ligne 
Me Gueyremand 2E 19620 vue 44
Me Gueyremand 2E 19625 vue 112
Indices Geneanet pseudo charignonphil1

samedi 4 février 2023

Un collatéral tondeur de drap

Dans la famille Barnier de Chabeuil en Dauphiné, je demande le neveu d’Abraham : Jean Pierre en l’occurrence afin de rester dans mon thème sur la draperie. Ce collatéral vivant au 18ème siècle, fils de Jean et d’Isabeau Richard né en 1705, convole en 1729 avec Lucresse Dupré.

Tondeur de drap © Bibliothèque de Lyon
C’est un jour de 1737, sur le registre paroissial, que je découvre Jean Pierre Barnier qualifié de maître-tondeur lors du baptême de son fils Laurent, avec sa signature en bonus. Fort intriguée, je plonge de nouveau le nez dans une encyclopédie pour glaner des informations sur le métier de ce lointain grand-oncle.

Rappelez vous, Abraham Barnier mon ancêtre drapier a explicité les premières étapes de la transformation de la laine qui doit être lavée, séchée, triée, cardée avant d’être filée et tissée.

Sachez que le drap du tisseur est une toile épaisse et grosse qui nécessite ensuite d’être foulée, puis feutrée ou lainée.

A ce stade le drap lainé est remis au tondeur et Jean Pierre Barnier intervient.

Sur sa table revêtue d’un coussin, il étend le drap dans sa largeur et le fixe avec des crochets, debout bien calé sur un marchepied, il s’apprête à couper le poil avec des forces ou gros ciseaux de 1,30 mètres de long et pesant environ 18 kilos, ciseaux constitués de branches parallèles réunies par un ressort qui en facilite le jeu.

Raser de près les poils des deux faces de la pièce, implique de veiller à ce que les coups soient égaux afin que la surface de l’étoffe soit unie.

Ce travail difficile, épuisant, nécessite à la fois un coup d’œil précis et un savoir incorporé fait de force et de finesse, aussi les tondeurs travaillent en général à deux leur drap sec.

Tondeur de drap - Outils 

« À voir travailler un tondeur, on s’imaginerait qu’il ne fatigue pas, cependant, il est reconnu que le métier de tondeur est le plus rude de toute la fabrique : les tondeurs fatiguent encore plus quand ils ont de mauvaises forces, ou qu’elles sont mal émoulues.

Dans ce travail, tous les membres sont en action et continuellement tendus pour tenir la force en respect : le talon de la main droite est surtout la partie qui fatigue le plus, aussi les apprentis se plaignent-ils qu’ils souffrent de tous leurs membres, et surtout du bras droit qui leur devient enflé. »

Cette citation de Duhamel de Monceau dans son Art sur la Draperie donne là une description précise et juste du travail du tondeur ainsi que sa difficulté au 18ème siècle.

Jean Pierre Barnier mon collatéral, dit maître-tondeur, faisait-il partie d’une communauté ou corporation à Chabeuil ? Je n’ai pas d’élément sur ce point.

Chaque maître doit avoir chez lui un morceau de fer tranchant par un bout, qui est une espèce de poinçon, qui sert à marquer toutes étoffes qu’il tond ou qu’il fait tondre par des compagnons, cette marque se fait au premier bout ou chef de la pièce. Il n’est pas permis à un maître de continuer à tondre une pièce déjà commencée et marquée par un de ses confrères.

Grâce à la notice de l’Abbé Vincent sur Chabeuil, je sais que pour empêcher toute contravention aux règlements et aux statuts qui concernaient la draperie, il y avait dans la ville un bureau, où l'on déposait les draps pour qu'ils fussent marqués et inspectés plus commodément par les juges de police des manufactures du Dauphiné.

A ce bureau étaient attachés plusieurs gardes-jurés, qui avaient pour fonctions de visiter les drapiers trop éloignés de la communauté, d'inscrire sur un registre, jour par jour, toutes les pièces, toutes les étoffes qui étaient visitées et marquées, avec le nom des marchands et des fabricants.

Un brin de généalogie, un éclairage sur les tâches d’un collatéral, un zeste d’histoire.

 

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Sources
- Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
Version numérique ENCCRE Laine et draperie 
- Abbé Vincent Notice historique sur Chabeuil 1847 sur Gallica 


samedi 21 janvier 2023

Abraham Barnier drapier


Après avoir brossé le lieu de Chabeuil en Dauphiné, évoqué l’union d’Abraham Barnier drapier avec Eve Imbert en 1714, mon esprit continue à rêvasser autour du monde de la draperie, univers d’un savoir-faire incontestable des hommes.

Abraham est-il drapier-drapant celui qui fabrique le drap, ou vend-il le drap comme son père marchand-drapier ? Le dilemme demeure, faute de le résoudre et à force d’avoir feuilleté et farfouillé dans une célèbre encyclopédie pour me documenter, ma vue se brouille.

Draperie Lavage de la laine
Un moment d’absence et me voici au bord de la rivière la Véore à Chabeuil, temps clair et douce chaleur de juin, des indices laissent à penser que j’ai à nouveau glissé dans le temps.

Une présence à mes côtés, celle d’Abraham Barnier mon lointain ancêtre drapier, mon air dubitatif l’incite à débuter des explications :

- C’est l’époque du lavage de la laine dans leur suint, pour ôter cette matière grasse du mouton, qui se fait à l’eau tiède dans des cuves, attention l’eau trop chaude amollit la laine et risque de la faire rétrécir et feutrer.

Regardez le laveur a bien serré la laine entre ses mains, la met dans une grande corbeille d’osier, et la porte dans l’eau courante de la rivière pour la faire dégorger. Un autre ouvrier a déjà plongé une corbeille dans l’eau qui pénètre de partout la laine, il va la relever, presser la laine et la remuer, cette manœuvre ôte la mauvaise odeur et achève de nettoyer la laine.

- Vous suivez étrange personne venue d’ailleurs et je ne sais quel siècle ?

-Tout à fait je suis très attentive, ensuite que se passe-t-il ?

Draperie Pilotage de la laine


Et Abraham d’ajouter : pour être honnête, on recommence parfois cette opération, dite alors le pilotage, dans un baquet la laine est remuée à nouveau dans l’eau tiède avec du savon cette fois pour obtenir une laine plus blanche. Cela se produit ainsi lorsque le fabriquant veut une étoffe plus légère tel le molleton ou la flanelle.

Là constatez l’étendage sur des claies pour l’égouttage et le séchage de la laine.

- Pas trop embrouillée ?

Draperie Séchage de la laine
- Oh, non Monsieur ! Je suis très curieuse de ce savoir-faire, et me renseigne pour un jeune parent qui doit faire un stage.

- Bon je vous mène à l’atelier à deux pas d’ici.

Mon interlocuteur, de bonne composition, diminue ses enjambées pour s’adapter à mon rythme.

- Voyez cette personne assise, elle s’affaire au triage des laines sèches, distingue les différentes qualités, sépare la laine-mère, qui est celle du dos, d’avec celle des cuisses et du ventre, qui ne sont pas également propres à toutes sortes d’ouvrages.

Draperie Triage de la laine 


Ensuite le trieur sélectionne les laines les plus longues des laines les plus courtes, les premières sont destinées aux chaînes des étoffes, les secondes aux trames. Il doit être attentif à en rejeter les ordures qu’il rencontre sous ses mains. Si les laines lavées non triées se vendent par toisons, celles qui sont triées se vendent au poids.

- Et là que font ces deux personnes juchées sur deux petites plateformes ?

- Il s’agit du battage des laines triées, on les porte par petites portions sur une espèce de claie, formée de cordes tendues où on les frappe à coups de baguette. La manœuvre des deux batteurs vise à ouvrir la laine en écartant les brins les uns des au​​très, et à chasser la poussière.

Draperie Battage de la laine
Mais l’opération du battage n’expulse que la poussière, et laisse après elle les pailles et autres ordures, succède alors l’épluchage.

Cette étape confiée à des personnes minutieuses, et parfois à des enfants, nécessite un tri, brin par brin de la laine, sans la rompre pour ôter toute ordure, et ainsi éviter les nœuds et grosseurs des étoffes.

- Je suis sidérée de toutes ces étapes de transformation de la laine en préliminaire au tissage

-  Oh mais attendez, impatiente dame, je vous signale le droussage !

Drousser la laine c’est l’imbiber d’huile d’olive par petites portions et ce pour les draps fins, l’huile de navette (1) est utilisée pour les draps plus grossiers.

Ensuite intervient le cardage de la laine courte, cardage au chevalet par deux fois avec une grande carde, regardez il s’en trouve un juste là, et cardage une fois sur les genoux avec une carde plus fine.

Draperie Chevalet pour carder et carde 

Prenez et soupesez cette carde, planchette en bois recouverte de cuir, hérissée de pointes de fer, petites et un peu recourbées, elle rompt la laine qui passe entre les dents qui ressort en parcelles très menues. Le cardeur négligent laisse des flocons durs et s’il a la main lourde la laine est brisée et l’étoffe aura moins de force.

La laine longue fait l’objet d’un peignage au travers de peignes de plus en plus fins qui permet d’obtenir un fil plus doux.

Après cette dernière opération, la laine sort en forme de petits rouleaux d’un pouce de diamètre, sur environ douze pouces de long, qui se nomment loquets, ploques ou saucissons, suivant l’usage du pays, et se filent au grand rouet sans le secours de la quenouille.

Draperie Peignes et grand rouet 
Juste derrière vous un grand rouet et un dévidoir, le fileur est absent, revenez pour une démonstration du filage de la laine et du dévidage. Là encore expérience et concentration sont de rigueur.

Pensive, admirative, je remercie vivement mon cicerone et ancêtre pour toutes ces explications qui je l’avoue me paraissent seulement les prémices avant la confection de l'étoffe. 



Draperie Dévidoir
- Revenez avec votre jeune protégé, un pupille peut être, susceptible de devenir apprenti. Curieuse personne venue d’un autre temps, vêtue d’une indienne de coton, en quête d’une approche du monde de la draperie, vous vous doutez désormais que d’autres étapes restent à découvrir. 

Après le filage et le tissage de la laine, le drap n’est pas tout de suite sur l’étal du marchand-drapier, c’est que nous drapiers de Chabeuil tenons à la qualité de nos draps qui font la réputation de notre cité.



Rendez-vous ancestral du mois 
en lien avec mes ancêtres et leur profession 

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(1) Huile de navette : 
La navette est une plante cultivée en France dès le 17ème siècle pour ses graines oléagineuses dont la production disparaît pratiquement après la Seconde Guerre mondiale, son huile a un goût de choux et de navet

Sources 
Images et informations extraites de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert 
Version numérique ENCCRE 
Article Laine et draperie