samedi 17 septembre 2022

Lumière sur Claude Deschamps

Rendez-vous furtif, pour qui sait le provoquer, rendez-vous de confidences avec Claude Deschamps (sosa 764) un ancêtre savoyard à la 10ème génération, natif et demeurant à Montvernier un petit village de montagne.

Une voix lointaine énonce : ma petite Fanny, je suis né dans le foyer de Joseph Deschamps et Marie Vernier, prénommé comme un frère de mon père, je reçois le baptême le 5 septembre 1711, entouré de mon parrain Joseph fils de Michel Deschamps un cousin, et de ma marraine Louise Deschamps une tante.

Tu as un peu peiné pour te retrouver entre les différentes branches de tes ancêtres dans ma paroisse, farfouillé dans différents registres, noté des éléments sur des papiers ou dans une étrange machine avec un clavier qui te permet de communiquer entre les gens et les siècles.

Montvernier communes.com © Claude Garnier

- Oh Claude, comment savez-vous ? Comment avez-vous entendu mes cris de joie, ou de rage, mes étonnements ou grimaces, décelé mon obstination à cerner votre famille et entourage ?

- Chut, il en est ainsi parfois, et je te confirme qu’une gentille et courageuse fille, un peu plus âgée que moi, me convenait la Damiane Durieux (sosa 765), l’aînée de Jacques Durieux et Honorade Crosaz. On a grandi à deux pas l’un de l’autre, à 20 et 18 ans on est pressé, mais nos parents se sont accordés sur les conditions de notre union.

- Cher aïeul, à ma grande surprise, votre contrat de mariage avec Damiane a été rédigé par le notaire dans la grange de Jacques Durieux son père, sans doute l’espace le plus vaste pour accueillir la docte assemblée, pas moins de cinq témoins dont trois chanoines venus de Saint Jean de Maurienne en cet après-midi du 25 avril 1729 !

Aux premières places, bien installés, j’imagine les Révérends Messires Pierre Mollaret prêtre et chanoine de la cathédrale de la cité, Claude Deschamps votre oncle aussi prêtre et chanoine, et de même Jean Pierre Brun prêtre et bénéficiaire en ladite cathédrale.

AD 73 Tabellion St-Jean 1729 extrait

- Que cela me semble loin, ma Damiane était fière de son trousseau, avec en autres, des mouchoirs d’indienne, de nombreuses coiffes de toile blanche neuve et un coffre de bois de poirier fermant à clef. Selon la coutume je lui ai offert les habits nuptiaux : une robe de gros drap avec son corps et manches de bon drap, un tablier de serge et une paire de souliers neufs.

Ma promise a apporté des pièces de terre et 325 livres de dot, et nos pères ont aussi réglé des éléments financiers plus anciens, si je me souviens bien.

- Claude, le lendemain 26, la ferveur est grande lors de la cérémonie religieuse dans la petite église, avec une nombreuse assistance et la présence des chanoines. Je présume, une ambiance plus chaleureuse, au cours du repas de noces servi dans la grange, et les danses animées par un violoneux. Dites-moi ? 

Silence, pensées nostalgiques, et soupir de mon interlocuteur, qui enchaîne :

- Ma Damiane m’a laissé seul en 1740 avec Jean-François notre fils âgé de 4 ans à peine, ton ancêtre également si j’ai bien compris ma petite Fanny. Le père et la mère m’ont incité à me remarier, la vie doit continuer avec un petit enfant, et tout le travail des champs et des bêtes.

Un jour de mai, le 23 de l’année 1741, je me suis retrouvé dans la maison canoniale de Révérend Claude Deschamps, mon oncle, un des chanoines de la cathédrale de Saint-Jean de Maurienne. Outre le père, était présent dans mes témoins Sieur Dominique à feu Louis Deschamps habitant la cité, un cousin je te précise.

AD 73 Tabellion St-Jean 1741 extrait

Ma nouvelle future est Jeanne Marie Laurent fille de Jean Claude, originaire de Montricher village plus haut dans la vallée, son trousseau est bien fourni, 420 livres de dot en plus, sans oublier une vache et une brebis, et on l’a dit bien vaillante. J’ai apporté plusieurs pièces de terres sur Montvernier, et bien sûr offert les habits nuptiaux, dont un mouchoir de soie cette fois acheté à la cité.

Bah, on s’est accordé tous les deux, Jeanne Marie vient de me donner un quatrième enfant, un garçon prénommé Rémi.

La voix de mon aïeul se fait plus faible, un bruit de toux. Ce fragile fil sonore est coupé.

***

Difficile à formuler, Rémi Deschamps le fils cadet est baptisé le 7 septembre 1748, Claude son père est inhumé le 26 décembre de la même année, à tout juste 37 ans. 

Heureusement le grand-père Joseph est solide et veille sur ses petits-enfants, il établit Jean-François en 1755, et celui-ci prend le relai pour veiller sur ses cadets Thérèse et Rémi en lien avec sa belle-mère.

Juste un peu de lumière sur Claude Deschamps, un ancêtre à la vie trop brève dans un coin de Savoie, la sobriété des actes du registre paroissial de Montvernier est compensée par le détail d’actes notariés qui mettent en évidence les liens familiaux, et les intérêts pécuniaires.


Dialogue imaginaire 
et personnes liées à ma généalogie
selon les principes du RDVAncestral

Retrouver le mariage de Jean-François ;  Une histoire de lacets


Sources
AD 73 BMS Montvernier
AD 73 Tabellion St-Jean de Maurienne 1729 2C 2507 folio 338 vue 440
AD 73 Tabellion St-Jean de Maurienne 1741 2C 2538 folio 532 vue 85
Relevés GénéMaurienne
Geneanet arbre pseudo Montvernier

mercredi 13 juillet 2022

Une histoire de lacets

Associer la généalogie et le tour de France, Geneatech  a osé, et suggère comme défi un billet en rapport avec une étape de la grande boucle. Sacrebleu je suis piégée car la caravane de cyclistes passe en Savoie.

Le 13 juillet, les forcenés de la « petite reine », après Pontamafrey, vont galérer pour gravir les 18 kilomètres et autant de petits lacets accrochés à la montagne. Les pentes de la route, construite vers 1930, oscillent entre 7 et 9 %, pour déboucher sur Montvernier, village situé sur un plateau vers 800 mètres d’altitude.

Montvernier © Delcampe
Petit tour de machine à remonter le temps au pays de mes ancêtres, ces derniers, tout au plus, ont pratiqué le chemin muletier préexistant.

En ce mardi 25 mars 1755, on s’agite dans la maison Deschamps près de l’église de Montvernier, le grand-père Joseph feu Jean-Louis Deschamps s’apprête à établir son petit-fils Jean-François enfant de son regretté fils Claude.

Il convient de prendre la route pour Hermillon, paroisse de la promise, les plus jeunes vont caler leur rythme de marche sur le plus âgé, 77 printemps tout de même, une bonne heure de temps sous un ciel dégagé, un air vif avec des plaques de neige dans les champs et sur les sommets.

Avec les trois témoins – dont un autre de mes ancêtres Joseph feu Michel Deschamps – tout au long du trajet, le grand-père va pouvoir réviser les clauses du contrat dotal.

***

Simultanément au logis d’Hermillon près de l’église, Louis Arbessier, aidé de son épouse Benoîte Durieu, s’apprête à recevoir le notaire Maître Simon Joseph Dupré qui se déplace depuis Saint-Jean de Maurienne, accompagné du Sieur Dominique Deschamps bourgeois de la Cité et témoin.

Au fait, la future Marie Arbessier, est-elle éprise ou pas de son futur Jean-François de son petit nom ? Comment voulez-vous que je sache, pas plus si ses parents ont offert une collation à tous les acteurs du contrat !

Le très pointilleux et précis notaire Dupré stipule que le contrat dotal intervient, l’après-midi du 25 mars 1755, et entérine les promesses verbalement contractées, avec les ritournelles habituelles et redondantes, mentionne que les promis devront se présenter en face de l’église pour la bénédiction nuptiale.

Jean-François Deschamps intervient avec l’assistance et autorisation de son grand-père et Louis Arbessier pour être agréable à sa fille lui constitue une dot.

Marie Arbessier mon ancêtre apporte le legs d’un feu oncle, soit une somme de 60 livres et, d’une valeur de 140 livres, une pièce de vigne située sur la paroisse voisine en contre-bas, et apporte aussi d’une feue tante une pièce de terre et une pièce de vigne.

En espèces sonnantes et trébuchantes, pour que Marie puisse contribuer aux charges du mariage, Louis Arbessier promet de payer 400 livres, à savoir 200 livres dans une année sans intérêts, les 200 livres dans deux années prochaines aussi sans intérêts,

Dans le trossel de la belle, on trouve pêle-mêle une vache estimée 35 livres, deux brebis estimées à 3 livres chacune, un coffre de bois blanc fermant à clé contenant tous les effets d’une valeur estimée à 207 livres.

Je vous épargne l’énumération des effets en partie neufs, ou mi-usés, mais souligne 20 chemises, 18 tabliers de bon drap, sans compter 4 douzaines de coiffes de toile de Cambrai, 7 mouchoirs de soie, et 9 autres mouchoirs d’indienne, sûrement achetés à la ville voisine. 

***

Quant à Jean-François Deschamps, selon les coutumes de Savoie, faute de fonds personnels, pour son augment accorde à sa future en propre, le quart des droits sur les biens qu’elle apporte, réversibles sur ses enfants. C’est un peu tortueux, mais son père est décédé et le grand-père est encore en vie !

Ce qui est plus simple à saisir, c’est que le futur offre des habits nuptiaux neufs à sa future : une robe de gros drap avec un corps et des manches de serge, deux coiffes avec leurs dentelles, un mouchoir de soie, un tablier et des bas de bon drap et une paire de souliers,

Parmi les signatures recueillies par le notaire royal se trouvent celles du futur, ses cousins Deschamps, le jeune frère de la future.

***

Restera à chacun de retourner dans ses foyers, restera à charger sur un mulet le coffre avec le trousseau, sans oublier de faire suivre la vache et les brebis pour le village de Montvernier le moment venu, où Marie s’installera avec le clan Deschamps dans ce coin de Maurienne.

Mes tourtereaux convoleront le mardi 15 avril 1755, en présence de leurs proches, en témoignent dans le registre paroissial, juste deux petites lignes fort mal écrites par le curé de Montvernier, avec comme témoin le curé d’Hermillon.

Un nouveau et jeune couple de 20 ans, une nouvelle vie pour Marie et Jean-François, une première approche de ma dynastie Deschamps. 

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Retrouver cette famille 



Sources 
AD 73 BMS Montvernier 
AD 73 Tabellion St-Jean de Maurienne 1755 2C 2567 vue 266
Relevé Maurienne-Généalogie
Généanet arbre pseudo montvernier 

samedi 25 juin 2022

Allons voir Marie Rose

Allons voir Marie-Rose EARD, puisque j’essaie un acrostiche avec les lettres de ses prénoms et patronyme. Ce fil de vie condensé concerne une quintaïeule dont toute la vie s’est déroulée à Modane en Savoie, une grand-mère de mon grand-père paternel si vous préférez.

Unité de lieu, et dualité d’Etat, la Savoie dépend jusqu’en 1860 du Roi de Piémont-Sardaigne installé à Turin, année où elle est rattachée à la France sous le règne de Napoléon III et le Second Empire.




Marraine et parrain inconnus en 1833

Autorité bienveillante de ses parents

Ronde de frères et sœurs, dix diablotins

Instruction de rigueur, lecture et écriture

Etoffes pour une tailleuse méticuleuse



Retrouvailles après les noces en 1859

Oncles, tantes et parenté autour d’elle

Sylvie Ludimille la première née

Ensuite quatre autres tout-petits



Emotions et prières pour les siens

Activités répétitives de ménagère

Route de vie difficile pour ses petits fragiles

Disparue et regrettée en 1870, 37 ans à peine


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Marie-Rose EARD, tailleuse lors de son mariage avec Jean Benjamin AUDÉ tailleur, est la fille de François-Benjamin EARD ancêtre qui m'occupa tout un mois d'avril de confinement.

Ce dernier, agriculteur, mais aussi conseiller municipal puis secrétaire de mairie, vous invite à lire son histoire, et à découvrir son univers. 




Sources 
AD 73 BMS Modane 



samedi 18 juin 2022

Bonjour Catherine Lefort

Une main ridée, celle de ta grand-mère, un petit pied tout neuf, le tien ma petite Catherine, à qui je viens dire bonjour à l’occasion du généathème de juin suggéré par Geneatech ICI, et du rendez-vous ancestral mensuel, ce bonjour se déroule du côté de l’Aisne.

Pixabay

Ma petite quintaïeule, le 17 mars 1827, ton arrivée sur terre provoque de l’effervescence dans la maison de Jean-Baptiste Alexis LEFORT et Marie Catherine Florentine DARDENNES tes grands-parents (sosas 102 et 103). Agitation, cris de douleur, plusieurs femmes s’affairent autour de ta mère Pélagie Anastasie LEFORT (sosa 51), elle est jeune, c’est long, on s’inquiète, la sage-femme fait appel à son époux Joseph LEDIEU chirurgien, et puis à 11 heures du soir c’est la délivrance, tu pousses ton premier cri.

Toi enfant naturel, née de père inconnu tu passes ta première nuit dans la maison où ta mère a grandi, Pélagie n’a pas été mise à la porte par les siens, en dépit des remontrances et colères… Seule Pélagie sait si elle a eu un moment d’insouciance l’été d’avant, un galant tentateur, oh non pas un malotru !

Le lendemain le maire de Barisis reçoit la déclaration de ta naissance, avec le comparant Joseph LEDIEU chirurgien, 57 ans, accompagné de Jean-Louis FONTAINE charron âgé de 38 ans ton grand-oncle, et de Jean-Baptiste LEFORT tisserand, âgé de 23 ans ton oncle ma petite Catherine.

Prénom choisi à la va-vite, en référence à ta grand-mère ou à ta tante comme marraine, je ne sais, le prêtre a certainement esquissé une moue lors de ton baptême ma petite quintaïeule.

***

Ragots, quolibets, fille perdue, bâtarde, Pélagie ta mère n’en a eu cure, elle a retroussé ses manches pour travailler, t’élever, t’envoyer à la petite école. Le père LEFORT a veillé au grain, cherché à établir ta mère, quelqu’un qui accepte un enfant.

Tu as six printemps, lorsque le 15 mai 1833, tu vois ta mère vêtue d’une robe neuve se diriger vers la mairie. Pélagie ouvrière âgée de 24 ans s’unit à Joseph Auguste DEMILLY, valet de charrue originaire du village voisin, 29 printemps au compteur, vêtements et chapeau bien brossés. Pour cette cérémonie un mercredi à sept heures du soir, les parents LEFORT sont présents et consentants.

Sur l’acte de mariage, ton grand-père fait sa signature habituelle un peu maladroite, il se dit cultivateur cette fois-ci, l’oncle du marié fait un beau pâté sur l’acte, ton oncle charron est encore là, l’instituteur témoin est au top pour son paraphe, les protagonistes principaux ne savent pas signer.

AD 02 Barisis Etat-civil extrait mariage 1833

Et puis, les mois ont défilé, vous êtes resté trois au foyer, Pélagie et ton beau-père n’ont pas eu d’enfant. Stérilité maternelle après un accouchement difficile, ou celle de monsieur, je ne sais.

Barisis, ton monde c’est un village de 1200 âmes environ, un peu à l’écart des routes fréquentées, village lové dans un écrin de forêts, des champs de froment, de seigle et d’avoine, des vergers avec des pommiers pour le cidre, sans omettre le chanvre dans les endroits humides, chanvre dont la culture décline au 19ème siècle.

A fréquenter les tiens Catherine, j’ai croisé tant et plus des chanvriers, des fileuses, des tisserands, des marchands de chanvre, comme ton grand-père à une époque ou ton arrière-grand-père, une véritable dynastie, les LEFORT sur 6 générations, pas moins !

Et puis les années ont défilé, je vous retrouve tous les trois, très officiellement le 18 janvier 1848, lors de ton propre mariage ma petite Catherine LEFORT, à 20 ans et l0 mois, fileuse, tu convoles avec Jean-Baptiste MERCIER un chanvrier de 24 printemps. Et la mention fille naturelle réapparait, ta mère Pélagie est consentante, beau-papa est témoin, tout comme le père LEFORT ton grand-père toujours vaillant et désormais propriétaire.

Ces grands-parents qui ont veillé sur ta mère et sur toi, ont connu certains de tes enfants, cela me plaît de savoir que mon arrière-grand-père Jean-Baptiste Adolphe a pu écouter leurs histoires, être tenu sur leurs genoux, ou être réprimandé à l’occasion.

Oh c’est une rapide esquisse, pour te dire bonjour Catherine et saluer Jean-Baptiste. Mes ancêtres, dits sosas 25 et 24, chers à mon cœur, vous êtes mes premières vraies trouvailles en terre axonaise, sources d’émotion, d’autant qu’elles corroborent des souvenirs maternels.

A une autre fois.

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samedi 16 avril 2022

Laisser derrière soi

Elles miroitent au loin ces fières Aiguilles d’Arves, à plus de 3500 mètres d’altitude, emblème de la Maurienne, la plus belle trilogie des Alpes selon l’anglais Coolidge qui en fit la première ascension en 1878.

Un peu en contre-bas - comme déposée sur une butte arrondie, l’église Saint-Nicolas de Montrond, paroisse de Savoie, témoigne de la piété des hommes.

Montrond  © Montrond Tourisme 

Ne soyez pas étonnés d’un rendez-vous à Montrond, village dont Jean Claude Roche est natif. Rappelez-vous, lors d’une quittance mutuelle signée à Modane, j’avais déniché ce lointain ancêtre marié à Dominique Clappier, veuve d’un vieux barbon, flanqué de beaux-enfants et tuteur de ces derniers.

Inévitablement, je suis allée à la rencontre de l’enfance de cet ancêtre fils de Balthazard Roche (sosa 600) et à la rencontre des siens, à Montrond, village niché à 1400 mètres d’altitude avec 300 à 400 habitants tout au plus.

Alchimie curieuse de pages tournées, d’indices grappillés, d’éléments de documentation et voilà une série de séquences qui défilent, et s’animent.

AD 73 extrait carte Maurienne

Balthazard Roche feu Jean-Baptiste, vos parents et amis, vous me semblez encore présents dans votre église paroissiale de montagne au modeste volume, un simple rectangle mais avec un portail en tuf bien taillé selon les accords passés en 1674 par les « communiers » avec un maître-maçon du Val Sesia (1), église consacrée en 1677 par l’évêque de Maurienne.

Vous tous, simples communiers, dans cet élan de piété et de diffusion de l’art baroque, comment avez-vous pu passer et honorer tous ces contrats avec les artistes locaux, pour le riche décor de chœur, le retable, les tableaux et la poutre de gloire. Je sais que le clergé vous incitait à témoigner votre foi et à penser à votre salut, mais vous aviez si peu.

Dans cette petite église Saint-Nicolas, conservée et restaurée, Balthazard Roche je vous vois recevoir le baptême en 1662, nouveau-né de Jeanne Sibué votre mère, puis je suis présente à votre mariage avec Françoise Grand en 1683, et de même lorsque vos fils à leur tour furent tenus sur les fonts baptismaux.

***

Votre quotidien Balthazard, celui de vos parents et amis, est rythmé par les saisons, le travail aux champs l’été, et les soins au bétail.

En hiver, qui dure la moitié de l’année, votre horaire est tributaire de votre bétail, très tôt le matin il vous faut nourrir les vaches et les traire, à midi, vous occuper des porcs, puis dans l’après-midi œuvrer pour le nouveau repas de fourrage des vaches. Et le soir Balthazard, il vous faut « ranger » les animaux de l’étable, c’est-à-dire les soigner, encore traire, et « couler » le lait dans le chaudron.

Oh, j’ai bien saisi qu’en hiver, lorsque la bourrasque accumule la neige mètre par mètre contre les murs des maisons de pierre, l’horaire des repas des gens ne peut s’écarter de celui des animaux.

Repas frugaux pour votre famille Balthazard, servis dans une écuelle de terre cuite, avec seulement une cuillère pour avaler, matin et soir, la soupe préparée par Françoise, sorte de bouillie de farine de seigle et d'orge, arrosée d’un peu de lait, dans laquelle vous trempez tous du pain noir et dur cuit deux fois l’an.

Un peu de lard le dimanche j’espère, voire du chou seul légume qui pousse en altitude, ce n’est pas encore l’époque de la pomme de terre, ni celle de la diffusion de la farine de maïs pour faire la « polente ». Une fois le repas achevé, vous relevez la table fixée au mur par des charnières, pour éviter que les poules y grimpent !

Eh oui, dans la pièce unique partagée avec tout le bétail, contre le mur de l’étable des lits superposés pour votre repos, à proximité des vaches, des moutons et volaille, hommes et bêtes vivant ensemble se tiennent chaud.

***

Et lors de ces longues journées d’hiver à Montrond, j’imagine les femmes filant et tissant le chanvre, préparant les trousseaux de leurs filles, et vous messieurs, adroits de vos mains, travaillant le bois pour confectionner des sabots, des seilles (2) et des bouteilles de bois.

Et lors des veillées hivernales, j’imagine l’évocation des absents du pays, émigrés le temps de la mauvaise saison ou plus, marchand mercier par exemple,

A trop écouter les récits de ceux tentés par l’aventure d’un ailleurs, un jour vers 1715 - paysage, lieu et famille - furent abandonnés par Jean Claude Roche fils de Balthazard, pour démarrer sa vie d’homme à Modane.

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(1) les communiers sont les habitants d’une paroisse en Savoie et le Val Sesia est une vallée alpine italienne au nord de Turin

(2 la seille est un seau en bois, les bouteilles de bois sont destinées au village proche de Saint-Julien qui a des vignobles


Sources
AD 73 BMS Montrond - St-Jean d'Arves
Indices trouvés sur Geneanet et vérifiés
Ancien site Sabaudia Histoire de Montrond

jeudi 7 avril 2022

Bisbille fatale au village

Naviguer entre plusieurs sources : une dose de presse ancienne, un soupçon de registre d’état-civil, et voilà mon clavier qui se réveille pour relater une bisbille fatale dans un lieu où vécurent mes ancêtres.

Un article pioché dans « Le Guetteur de Saint-Quentin et de l’Aisne du 24 octobre 1897 » avec des tournures un peu datées, mais un vocabulaire précis, permet au lecteur d’imaginer l’incident malencontreux, dont un des protagonistes est un lointain collatéral.


« Une scène de meurtre, qui a été bientôt connue dans le village de Barisis, où elle a, comme bien on pense, défrayé les conversations depuis quelques jours, s’est produite mardi, vers 3 heures de l’après-midi, aux abords de la ferme de Buin, exploitée par la société sucrière de Barisis.

Deux ouvriers, Louis-Edouard Painvin, âgé de 57 ans, et Constant Jérôme dit Lucas âgé de 69 ans, tous deux demeurant au hameau de Berganouste, travaillaient avec divers camarades à l’arrangement d’un silo de betteraves sur le bord de la route.

Ils avaient pris le café ensemble à midi, mais selon, la détestable habitude de beaucoup de gens qui s’imaginent qu’un café sans goutte ne vaut pas le diable, ils avaient fortement assaisonné leur breuvage. Ils étaient donc assez excités lorsqu’ils reprirent leur travail, et une dispute sans importance s’éleva entre eux. On s’envoyait des mots piquants, on se répondait de même, Jérôme, à moins que ce ne soit Painvin qui avait commencé, en vint à reprocher à Painvain d’avoir été condamné pour vol, l’autre riposta qu’il l’avait été lui-même pour braconnage, et tout aussitôt, on passa aux violences.

- Répète un peu dit Jérôme, et ce disant, il éleva sa grande fourche qui sert à pelleter les betteraves, et il en porta, à plat, un furieux coup à la tempe gauche de Painvin, Painvin tomba à la renverse, mais cette chute ne calma pas Jérôme, qui envoya dans la poitrine de son camarade deux coups de pied.

On s’empressa autour de ce malheureux, on le releva et comme la tête paraissait ne plus tenir sur les épaules, on s’imagina qu’il avait les vertèbres cervicales brisées. M. le docteur Prévot, de Chauny, mandé par dépêche, constata que Painvin avait été assommé et que si la mort n’avait pas immédiatement suivi, elle était fatale. Painvin en effet est mort vers 5 heures du soir, sans avoir repris connaissance.

M. le maire de Barisis, informé du meurtre, fit les diligences désirables et mercredi matin, M. Carré, juge de paix, son greffier et cinq gendarmes de la brigade de Coucy arrivaient aux Carrières, où ils procédaient aux informations judiciaires.

Jérôme qui s’était enfuit et était rentré dans la nuit à son domicile, a été arrêté sans résistance. Ce n’est point paraît-il un mauvais homme, il était très camarade avec Painvin, mais tous deux avaient la réputation de se livrer à la boisson ».

Dans le registre d’état-civil de Barisis aux Bois, à la date du 19 octobre 1897, figure la déclaration de décès d’Edouard Painvin faite par son beau-frère et le garde-champêtre. Le malheureux manouvrier décédé à son domicile, était le fils de Théodore Painvin et Louise Gosset, et s’était marié dans le village avec Marie Félicité Aimable Pétral. L’acte dressé par le maire est réglementaire et ne comporte aucune allusion aux causes du décès.

Je ne sais ce que furent les conclusions de l’enquête, et si le dénommé Jérôme, auteur de coups et blessures sans intention de donner la mort, passa en jugement.

Toujours est-il que mon lointain collatéral Auguste Constant Jérôme âgé de 77 ans (en fait 73 ans) est présent au village voisin de Folembray, lors du remariage le 6 juin 1903, de son fils prénommé Paul Jérôme Jérôme (sic).

La signature du père est particulièrement hésitante dans tous les actes le concernant, qualifié de carrier puis de manouvrier, il est possible que sa manie de braconnage ait été transmise à son fils prénommé Paul Jérôme si on se réfère aux annotations de la fiche matricule de ce dernier…

Mon trop dynamique collatéral Auguste Constant s’avère être le fils de Marie Catherine Rosalie Héry vaillante héroïne du billet la femme le carrier et le chevreuil, passez donc la voir !



Sources
Gallica : presse ancienne
AD 02 Etat-Civil Barisis et Folembray
AD 02 Fiche matricule
Geneanet arbre gdubray1



samedi 19 février 2022

Une quittance mutuelle

Rendez-vous imaginaire et possible, tant la présence de nos ancêtres dans de vieux papiers, est forte. Deux silhouettes s’éloignent sans un regard sur les sommets dominant ce village de Savoie, le ciel est limpide ce 4 juillet 1726.

Un couple sort d’une maison, est-ce la banche du notaire royal de Modane qui a tant œuvré pour les différentes parties, et aplanit les difficultés ? Elle, rapide coup d’œil à mon égard et s’esquive, des tâches l’attendent ; lui hoche la tête, façon d’exprimer : c’est fait !

Je hèle mes ancêtres Dominique Clappier et son second mari Claude Roche (mes sosas 301 et 300) eux seuls peuvent m’apporter des précisions sur une quittance liée à la succession de feu Etienne Clappier.

Pixabay

Rappelez-vous, en 1718 ledit Etienne s’éteint, laissant des héritiers de ses deux unions, et mon aïeule Dominique seule avec 4 jeunes enfants et la mission de curatrice.

Huit années après, Maître Martin de sa plus belle écriture boucle la délicate succession dans un intitulé fort précis :

« Quittance mutuelle et réciproque d’entre honorables Etienne et Jean Clappier frères, enfants en second lit de feu honorable Etienne Clappier,
   la Pétronille fille en premier lit dudit feu Etienne femme d’Honorable Claude Fontan,
  la Dominique Clappier leur belle-mère femme en premier lit dudit feu Etienne et à présent femme d’honnête Claude Roche de la paroisse de Montrond. »

Cher Claude, là officiellement, vous entrez dans la ligne de vie de « ma » Dominique, arrêtez-moi si je fais une mauvaise interprétation.

Vous êtes le tuteur de votre beau-fils Jean encore mineur à 14 ans et intervenez à ce titre, l’aîné Etienne âgé de 20 ans, mentionné majeur, agit de de son propre chef.

Dans les beaux-enfants de Dominique, issus du premier lit de son vieux barbon, on découvre Joseph, Pierre, Jean-Baptiste tous installés à Turin … ainsi que Charles Bellegarde demeurant en Piémont veuf de leur sœur Marguerite !

Bon les expatriés, quoique c’est le même pays, disons les quatre bourlingueurs ont passé un acte de cession devant notaire à Turin la capitale.

Une fois le papier reçu par Maître Martin, vous cher Claude et « votre » Dominique, ainsi que la dernière belle-fille Pétronille, assistée de son mari originaire d’Allemond en Dauphiné et habitant Modane, ce jour d’été 1726 vous scellez votre accord.

Acquiescement de la main de mon ancêtre Claude feu Balthazard.

En aparté, et pour ceux qui décrochent, seul Etienne et Jean sont de lointains collatéraux, car fils du premier mariage de mon aïeule, qui a été privilégiée par son vieux mari dans son dernier testament.

Donc Etienne et Jean « de leur plein gré, pour eux et leurs ayants droit, pour leur lien de paix et terminer tous leurs différents et procès ont convenu, transigé, et accordé comme suit… ». Cette formulation est fort révélatrice de tensions.

Et là mon cher Claude, j’ai tenté de m’accrocher sur l’aspect financier et dressé un pense-bête, et extirpé de ma poche un papier un peu froissé sur lequel dansent plusieurs chiffres, livres et sols, qui est créancier, qui est débiteur. 

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Là non, mon ancêtre se renfrogne et s’évanouit : on ne parle pas de questions d’argent à n’importe qui, mon rendez-vous ancestral avorte.

Pourtant Claude Roche, vous avez œuvré dans le bâtiment de ville de feu Etienne pour des réparations et des embellissements, il est normal d’en obtenir compensation. Dominique, désormais votre épouse, qui a conservé tous les meubles délaissés par son vieux barbon était en bonne place dans le testament.

Pas rancunière de votre disparition, je prévois de continuer à réveiller les âmes de votre famille.



                                                                                       Retrouver cette famille
                                                                                                 Des actes et des intérêts


N.B. la banche est l'étude du notaire en Savoie
        la cense est une redevance 

Sources
AD73  Modane BMS
AD73 Tabellion Saint-Michel 1726 2C 2771 vue 7 
Geneanet arbre jglisse