Rêverie ancestrale et me voilà catapultée à Montgilbert en Savoie. Mongereu en patois, petite paroisse à l’habitat dispersé avec de nombreux hameaux, où les 500 habitants galèrent pour exploiter les terres aux pentes prononcées.
Louise DAVID mon aïeule se souvient-elle d’une chaude journée d’été le 11 août 1737 où elle a mis au monde sa dernière-née Marie Françoise SEMILLION fille de son époux Pierre SEMILLION. L’enfant est baptisée dans la foulée avec comme parrain son grand frère François âgé de 16 ans et comme marraine Marie fille de maître Jean-Baptiste Truchet.
La terre est rude, les vies fragiles, sur 8 enfants seul François et Jean Pierre deux fils, solides gaillards, arrivent à l’âge adulte et se marient avant leur jeune sœur.
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| © Musée Savoisien coffre |
Le temps file, Louise la mère se préoccupe du trousseau de sa fille Marie Françoise dite Marie. La mère s’inquiète car Marie n’est plus une gamine à 25 ans révolus.
Selon un proverbe : à 15 ans la fille rit, à 20 ans elle choisit, à 25 ans elle s’accommode, à 30 ans elle prend ce qu’elle trouve.
Pierre le père se préoccupe d’établir sa petite dernière, et de lui trouver un promis dans le village, sans lien de parenté proche, de s’accorder avec l’autre famille sur les conditions patrimoniales.
Et voilà notre petit monde descendu de Montgilbert jusqu’à Aiguebelle, en contre-bas dans la vallée, pour signer chez le notaire le contrat dotal de Marie le 28 mars 1763.
Honorable François GAY-ROSSET s’avère être l’heureux élu, il affiche seulement 20 printemps au compteur. Son père Jacques GAY-ROSSET est présent comme Pierre SEMILLION.
Ce dernier, parce qu’il est de coutume aux femmes de participer aux charges du mariage, constitue à sa fille une dot de 200 livres de monnaie de Savoie avec un paiement échelonné de 50 livres sur 8 ans. Les GAY-ROSSET père et fils versent un augment de 100 livres à la mariée soit une donation selon la coutume du lieu.
Maître CORDEL le notaire s’est appliqué - le brave homme- à détailler tout le trousseau de la promise auquel s'ajoute l'habituel coffre fermant à clé, en bois de sapin ici, sans oublier une brebis de 3 ans.
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| AD 73 Tabellion d'Aiguebelle 1763 extrait contrat dotal |
Et là alchimie particulière, dans la maison paternelle j’entraperçois Marie SEMILLION - sous l’œil vigilant et bienveillant de sa mère – en train de refermer « son » coffre après avoir vérifié son contenu :
« - Trois douzaines de coiffes rondes la moitié de cambrai, l'autre moitié de toile de ritte,
- Trois douzaines et demie de grandes coiffes la moitié de cambrai et la moitié de toile de ritte toutes de bonne valeur,
- Quinze mouchoirs dont quatre d'indienne, trois de coton, trois de serge et cinq de toile de ritte toutes de bonne valeur,
- Trois corps sans manches, dont deux de serge de valence, et l'autre de ratine violette,
- Plus deux corps avec manches couverts de ratine violette neufs,
- Cinq paires de manches dont une paire de ratine rouge, une de drap de pays et deux de toile et toutes de bonne valeur,
- Huit cotillons sont cinq de drap de pays, un de toile et deux de laine,
- Vingt-cinq tabliers dont trois d'indiennes, douze à moitié en laine, deux en coton et huit en toile de ritte,
- Sept paires de bas dont cinq de laine et deux de fil, et une paire de souliers neufs,
- Vingt-deux chemises et deux chemisettes,
- ainsi que quatre draps de toile mêlée, et trois serviettes. »
Tous les trésors de Marie pour sa nouvelle vie, sans oublier ses deux croix d’argent une de trois livres, et l’autre de trente sols.
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| AD 73 Montgilbert 1763 mariage |
Tout ce petit monde retourne en la petite cité d'Aiguebelle pour acheter, à frais partagés entre les SEMILLION et les GAY-ROSSET, une chemisette et une robe de ratine pour la future. Cette tenue est vraisemblablement étrennée par Marie lors de la célébration des noces le 12 avril 1763 à l'église, complétée qui sais par un fichu et un tablier d'indienne du trousseau.
Comme quoi un austère acte notarié permet d'entrer dans l'intimité d'une famille, et découvrir dans le détail des instants de vie.
Le nouveau couple accueille à son foyer 9 enfants dont Denis GAY-ROSSET mon ancêtre, ce dernier m'a donné du souci pour dénicher le lieu de son mariage.
Retrouver cette famille
N.B.
- la toile de ritte ou riste est une toile robuste fabriquée à partir d'un fil de chanvre long
- la ratine est une étoffe de laine ou drap croisé dont le poil est par cardage tiré et frisé de manière à former des petits grains
- la serge est étoffe de laine croisée assez fine
- l'indienne est une étoffe de coton peinte ou imprimée de motifs floraux qui se faisait primitivement en Inde.
Sources
AD 73 Montgilbert BMS
Tabellion d'Aiguebelle 1763 2C 2163 vue 231
Geneanet indices sourcés de nduplaix et hpillet



Trés interessant. Bravo !
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