Dans le froid glacial et la nuit noire, on devine à peine une silhouette furtive et courbée dont les bras sont chargés d’un fardeau. Voilà mon esprit s’emballe au vu d’un acte particulier du registre d’état-civil de Montmeyran dans la Drôme, et ce après avoir fait pile sur une indexation.
Le maire a commencé sa journée sur les chapeaux de roue un certain 16 février 1815, et nous offre une chronique villageoise sur l’exposition d’un enfant avec un procès-verbal détaillé de ce qu’il advint ce matin-là, acte reporté sur le registre d'état-civil.
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| Photo Pixabay |
« Par devant nous Jean Jacques Pons Faure atteste qu’à environ cinq heures du matin on a frappé plusieurs coups redoublés à ma porte et m’étant levé et mis à ma fenêtre, j’ai aperçu Joseph Milhan et Jean Louis Boullau tous deux aubergistes et Antoine Gueyraud fils habitant de la commune d’Upie qui m’ont dit avoir entendu en passant crier un enfant qui était dans un panier lequel était placé sur un banc de pierre devant notre porte.
Je me suis sur le champ habillé et ouvert ma porte, j’ai fait entrer le panier couvert d’osier dans la maison et fait entrer avec moi les dénommés ci-dessus, ayant vérifié qui était dedans, j’ai reconnu que c’était un enfant mâle qui ne paraissait âgé que d’un jour, le panier avec de couvertes de même bois. (1)
L’enfant était plié dans un mauvais lange, une vieille chemise et une autre pièce d’étoffe brune avec une bordure au bas de fleurs noires en laine, et avec un mouchoir de tête en toile de Hollande avec un bord en mousseline.
N'ayant trouvé dans le panier aucune marque ni distinction pour reconnaître à qui appartenait cet enfant, nous avons de suite fait appeler la nommée Fantine Chomier épouse de Pierre Boullau qui est nourrice pour donner à téter à cet enfant afin de lui conserver la vie. »
Donc après les premières constatations, les dispositions pratiques pour nourrir et calmer le nouveau-né, le maire passe à l’enquête flanqué de personnages compétents.
« Cela fait, accompagné du garde-champêtre, de Pierre Arnoux adjoint à la mairie, de Marie Anne Vial accoucheuse et de Pierre Néry secrétaire à la mairie, nous sommes allés chez une fille de la commune que nous savions être enceinte pour nous assurer si ce n’était pas elle qui avait exposé l’enfant. Nous avons vu qu’elle n’était pas encore accouchée. N’ayant pu découvrir aucune autre personne, nous avons cessé notre visite.
De suite, avons inscrit l’enfant sous le nom et prénom de Panier Joseph et avons ordonné qu’il fut remis à François Janet garde-champêtre et son épouse pour le porter à Valence afin de le faire mettre à l’hôpital, et de quoi avons dressé procès-verbal. »
Le petiot, à défaut d’avoir été sauvé des eaux et être prénommé Moïse, a été sauvé du froid, et reçoit le prénom Joseph comme un des sauveteurs, avec le patronyme Panier que je trouve attendrissant, cet objet précieux qui l’a protégé et dans lequel une mère ou grand-mère désespérée l’a déposé et abandonné avec un secret espoir.
Rassurez-vous après les premières années passées à l’orphelinat ou chez une nourrice, Joseph Panier a été mis en apprentissage auprès d’un boulanger.
Deux-trois indexations plus tard et quelques clics permettent de découvrir que Joseph Pannier se marie à Upie commune voisine de son lieu d’exposition, un jour de 1844 il ouvre une nouvelle page de vie avec Marguerite Rodet. Son premier enfant naît chez sa belle-mère, puis le couple s’installe à Montoison juste à côté, là aussi on a besoin d’un boulanger et d’autres enfants égaient la famille. Joseph s’éteint à Upie chez un fils en 1877.
Juste une trace concrète de cet enfant trouvé dans un panier, ces signatures extraites d'actes qui révèlent la maîtrise d’un beau paraphe et par là un certain niveau d’instruction.
(1) Sens de rabats ou de couvercles
Sources
AD 26
EC Montmeyran 1813-1822 vue 119/541
EC Upie & EC Montoison




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