samedi 17 mars 2018

Veuf éploré que nenni

Retour en Savoie, laissant Aiguebelle sur la grand-route dans la vallée, aux portes de la Maurienne comme on dit actuellement, je prends la direction de Montgilbert pour mon Rendez-vous Ancestral. En 1833 cette paroisse de 600 âmes environ, située à 550 mètres d’altitude,  comprend dix villages, au sens de hameaux à notre époque.
 
La nature se réveille doucement en ce mois de mars, la route monte régulièrement et serpente, à mon rythme je chemine, marque des pauses et cogite pour me remémorer mes données.
 
 
Anne POTI Sosa 89 m’avait suggéré de revenir la voir : depuis la perte de son fils Blaise en 1809, elle s’est retrouvée veuve de Denis GAY-ROSSET Sosa 88 en 1813. Son fils ainé Antoine s’est marié en 1816 avec Antoinette BUET, son fils Thomas envisage de se fiancer avec une jeune fille du village voisin.
 
Il restait  à caser le dernier fils : mon ancêtre « François-Joseph »  de ses prénoms de baptême, dit François GAY-ROSSET Sosa 44 lors de ses deux mariages. Le 7 mars 1832, à 35 ans il s’unit à une dénommée Martine BUET veuve de Pierre François GAY-ROSSET. L’acte fait référence à des empêchements : consanguinité et affinité, tiens donc ! Le latin de cet acte là ne n’inspire pas…
 
Toujours est-il que mon François se retrouve lui-même veuf le premier avril suivant : trois semaines pour une union c’est vraiment très court. Il faut dire que cette Martine BUET a environ 18 ans de plus que lui et décède à l’âge de 56 ans. Curieux mariage, quelles en furent les véritables raisons ? Et pour Anne POTI il fallait retrouver une promise pour son fils cadet.
 
Ouf ce fut chose faite dès le 3 octobre de la même année avec Anne RIVET Sosa 45 une jeunette de 22 printemps, fille d’un laboureur et charpentier, François RIVET Sosa 90 et de Sébastienne Antoinette ANDRE Sosa 91.
 
 
 

Assez de méditation en chemin, voilà deux silhouettes qui se profilent : sûrement mes ancêtres. François m’aide, car je m’entrave dans ma longue jupe, faute d’avoir l’habitude de crapahuter ainsi vêtue. Anne doit remarquer que je suis en cheveux, désolée je n’ai pas de coiffe dans mon armoire.
 
- C’est la Mère qui nous a dit de venir à votre rencontre, elle n’était pas sûre que vous alliez retrouver la maison, il paraît que vous êtes une cousine ?
 
- Enfin d'une certaine manière ! Ce n’est pas la peine d’épiloguer et de me lancer dans des précisions généalogiques. Vous savez je suis très contente de vous rencontrer tous les deux.
 
- Avec moi c’est mon épouse Anne, elle est  bien courageuse pour m’aider dans le travail, je suis cultivateur et il faut tout le temps monter, descendre dans notre beau village, suivant le champ qu’on cultive. Le paysage est beau, mais avec les nivelés, il faut mieux avoir du souffle et des bons mollets.
 
Nous continuons ensemble à monter, silencieux dans nos pensées respectives.
 
En tant que veuf, François remarié à une célibataire, a-t-il subi la coutume du charivari ? Dans sa situation il se devait de dédommager les jeunes garçons célibataires du pays, pour ne pas  trouver le jour du mariage - à la sortie de l’église - un bouc blanc attaché en signe de protestation.  A moins que dans le village, on s’en tienne à la version de répandre de la sciure depuis la maison du marié jusqu’au domicile des filles qu’il a fréquentées, afin dit-on d’éponger les larmes des délaissées…
 
Anne au vu des circonstances avait-elle son trousseau complet ? Draps de chanvre, serviettes, couverture, chemises, cotillons, mouchoirs et les fameuses coiffes ? Un coffre faisait-il partie de la dot ? Et la robe pour le grand jour, combien avait-elle de plis à l’arrière ? Je suis bien ignorante, il faut qu’on m’explique.
 
Enfin nous voilà au seuil de la maison, pour passer un moment avec Anne POTI qui a préparé un repas, instants partagés aussi avec François GAY-ROSSET et Anne RIVET pour faire plus ample connaissance, après avoir refermé la porte.
 
Bien que marié tardivement François aura avec Anne sa jeune épouse 7 enfants nés entre 1834 et 1847 à Montgilbert dont Roch ROSSET Sosa 22 mon ancêtre direct.  Les souvenirs des uns et des autres – enfin leurs traces dans les registres et leurs nouveaux lieux de vie – me donneront l’occasion de poursuivre la découverte de cette branche de mon arbre.

 
Pour retrouver Anne POTI et son fils Blaise ici : Décédé à l'hôpital du séminaire


Sources
AD 73 Montgilbert  3E  2437 1814-1837 vues 101 et 102
Photos Pixabay

 
 

jeudi 8 mars 2018

Eclairs d'acier sur Emile

Suis-je apte et habilitée pour évoquer un Poilu foudroyé dans l’enfer de Verdun, suis-je capable d’imaginer des descriptions, de relater dans le détail ces événements ? Pourtant Grand-père Emile - 100 ans après la fin de la première guerre mondiale - je veux que tu saches que pour tes proches, tout comme tous les autres poilus foudroyés lors de la bataille du fort de Vaux, tu leur as terriblement manqué.
 
Emile Octave Georges MERCIER mon grand-père maternel instituteur était l’époux d’Isabelle ARNOUX et le père de Jeanne Isabelle dont j’ai parlé dans un précédent billet ici  et le fils de Jean Baptiste Adolphe MERCIER et Clotilde Anatalie LESCOUET dont j’ai parlé dans mon dernier billet  .
 
En ce jour de l’armistice du 11 novembre 1918, Grand-père Emile, tu es encore enfoui  avec tant de compagnons d’infortune dans la terre meurtrie de la Meuse, terre dénudée,  pleine de cratères et ce depuis le 23 juin 1916.
 
Gallica - Félix Vallotton : la tranchée

Regardez bien cette estampe du peintre Félix Vallotton dite « la tranchée » tout est dit, regardez bien en bas à droite on aperçoit les casques des poilus qui zigzaguent dans un boyau et le haut de la baïonnette des fusils, tandis que l’enfer se déchaine dans le ciel.
 
Grand-père Emile, né en 1886 dans l’Aisne, a fait son service militaire au 87e Régiment d’Infanterie basé à Saint-Quentin du 28 septembre 1908 au 25 septembre 1910, il en ressort caporal. Il arrive  au 67e Régiment d’Infanterie basé à Soissons le 4 août 1914 lors du déclenchement du conflit, et entre en campagne le 12 décembre suivant. Son régiment a pris part à la bataille des Eparges en 1915.
 
Une citation de l’écrivain Maurice Genevoix semble s’imposer :

« L’argile de ces champs colle à nos semelles, enveloppe nos souliers, peu à peu, d’une gangue énorme qui nous retient au sol. Mais des balles, sifflant par-dessus le ravin, viennent claquer autour de nous, faisant jaillir la boue des flaques. Notre allure s’accélère, les sections s’étirent par les mornes friches, louvoyant à travers les trous d’obus emplis d’eau croupissante. […]

A notre droite, le Montgirmont étale ses pentes désolées, où des lignes d’arbres rabougris grelottent. A notre gauche, la crête chauve des Eparges s’estompe dans une poussière d’eau. »

Ceux de 14, Nuits de guerre
 

Autre cadre et autre contexte en ce mois de juin 1916, pour Grand-père Emile caporal-mitrailleur, dont le régiment, après un bref repos avec entraînement vers Châlons, est embarqué et dirigé sur Verdun.
 
Verdun…  Fort de Vaux… Bataille… Bruit... Orages et éclairs d'acier...  Grand-Père disparu le 23 juin 1916 … date couperet. Ces mots se télescopent, mon esprit se brouille. Et cette fiche de Mémoire des Hommes indiquant «  Ravin des Abris » où dans cet enfer ? Sur quelle commune ? Vaux devant Damloup en fait, commune sinistrée.
 
Naviguant entre le journal de marche du 67e Régiment d’Infanterie, les différents plans en ligne, les discussions sur des forums,  j’ai découvert « Bois Fumin », et un blog correspondant à ce secteur. J’ai extrait un des plans de ce blog très détaillé qui m’a permis de localiser le « Ravin des Abris ».
 
Blog Bois Fumin 16
 
Le régiment d’Emile, dans la nuit du 19 au 20 juin, est appelé à occuper le sous-secteur du « Bois Fumin ». Tout commence le 21 au matin, après un bombardement d'une violence inouïe, il repousse par trois fois de formidables vagues d'assaut qui essaient en vain de le refouler.
 
Le 22, il voit les éléments de sa droite et de sa gauche écrasés, mais, malgré la situation critique, il refuse d'abandonner le terrain, refoule l'ennemi et bientôt les unités voisines, reconstituées, parviennent à rétablir la liaison. Grâce au régiment d’Emile, la première ligne est conservée intégralement.

Le 23, les vagues d'assaut allemandes se ruent de nouveau sur les lignes avec une fureur extraordinaire. De cette violence : je retiens le corps à corps des soldats, l’envoi de pigeons voyageurs pour demander des tirs de l’artillerie, le « Ravin des Abris » mentionné comme nivelé, et la soif.
 
En plus des souffrances horribles de la soif, le 67e Régiment d’Infanterie a laissé sur le terrain 14 officiers hors de combat, dont 3 tués et 11 blessés et 1.018 hommes, dont 152 tués, 682 blessés et 184 disparus.
 
A la suite de ces combats, le régiment est cité à l'ordre de l'armée dans les termes suivants :
 
« Pendant ces journées du 21 au 24 juin les souffrances endurées par les soldats du régiment dépassent l’imagination. La poussière intense développée par la chute d’innombrables obus de tous calibres, la chaleur orageuse, l’âcreté de l’air empoisonné par des obus à gaz suffocants ont développés chez tous une soif intense qu’il a été impossible d’apaiser.
 
Toutes les corvées d’eau envoyées, à l’exception d’une ou deux, n’ont pu arriver à destination, les hommes qui portaient les bidons ayant été intoxiqués, tués ou blessés. Du 19 au 24 juin, c’est-à-dire pendant 5 jours, le régiment a eu en tout et pour tout 80 litres d’eau. Beaucoup d’hommes sont malades, tombent d’insolation et presque tous en sont réduits à boire leur urine.
 
Les vaillants du 67e qui, dans de pareilles conditions, ont repoussé à deux reprises différentes six assauts successifs de l’ennemi, presque sans le concours de l’artillerie, sont des soldats devant la valeur desquels tout le monde doit s’incliner. Ces journées certes ont été des plus pénibles, elles resteront parmi les plus glorieuses pour le 67e. »
 
 
Emile au 2e rang entre les 2 soldats assis 1914
 
Emile foudroyé  - du moins je l’espère - porté disparu, absent, enfoui dans la terre de Meuse.  Mort pour la France, il se verra décerner la médaille de guerre avec étoile de bronze « brave et dévoué caporal-mitrailleur frappé mortellement à son poste de combat le 23 juin à Verdun, en accomplissant courageusement son devoir ». Emile  n'avais pas encore 30 ans;  
 
Le corps de mon grand-père sera retrouvé 20 ans plus tard, avec celui d’un autre soldat. Il y avait une seule plaque d’identité, Emile et le soldat inconnu sont donc inhumés ensemble à la Nécropole de Trésauvaux dans la Meuse.  Un siècle plus tard on retrouve encore des soldats enfouis, on fait des tests ADN pour identifier certains poilus.
 
Grand-Père tu n’as jamais été oublié, vivant encore un peu comme tous les soldats de Mémoire des Hommes indexés par des passionnés d’ici et d’ailleurs. Cent ans après la Grande Guerre, on réveille les mémoires familiales, on essaie de reconstituer les parcours de Poilus, d'un ancêtre ou d'un collatéral, ou de soldats d’un même village. On redécouvre des lettres de soldats ou de leurs proches restés à l’arrière, on les partage sur des supports que toi Emile tu n’as pas connu.
 
Dans tout ce travail de mémoire, les jeunes générations ne sont pas en reste : écoliers ou collégiens. Emile, en tant qu’instituteur, tu aimerais peut-être savoir que des élèves d’école primaire ont peu à peu découvert le contexte de la guerre et imaginé le quotidien du soldat dans la tranchée. De leur chanson écrite, composée et chantée je citerai le refrain.

Et malgré tout ça, je garde espoir,
Je vis dans ton regard
Et malgré tout ça, je vis dans le noir,
Je garde espoir à n’en plus pouvoir



Il s'agit du quatrième billet sur le thème #RMNA Raconte-Moi Nos Ancêtres
Saison 1 - Année 1918 suggéré par la "team" de RDVAncestral


Sources :
Photo : document familial
Mémoire des Hommes : Journal de Marche du 67e Régiment d'infanterie
Blog    http://fumin16.canalblog.com/archives/2011/08/20/23246029.html
Chanson Eclairs d'Acier Rêves volés de l'Ecole St-Genès de Bordeaux
http://lasallefrance.fr/etablissement/Quand-les-CM2-commemorent-le


 
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jeudi 1 mars 2018

Un village à l'heure allemande

Racontez-moi nos ancêtres, racontez-moi votre village à l’heure allemande : Barisis les Bois situé au creux d’une vallée boisée, en lisière des forêts domaniales de Saint-Gobain et de Coucy-Basse.
 
Jean-Baptiste Adolphe MERCIER  - ancien gendarme - lève un sourcil, lisse sa moustache avec la main, et Clotilde Anatalie LESCOUET soupire profondément. Ce sont mes arrière-grands-parents maternels, ils ont  66 et 63 ans à la fin de la Première Guerre Mondiale en 1918.

Barisis - La mairie
Oh ma petite ! Tu sais dans notre village, dès l’arrivée des troupes allemandes  la vie normale s’est arrêtée, tout a basculé. Dès le premier septembre 1914, Barisis aux Bois est passée à l’heure allemande, au sens propre comme au sens figuré. L’horloge de la mairie a été mise à l’heure de Berlin, les militaires se sont installés dans le bâtiment.
 
Tu sais l’Aisne notre département  a été est coupé en deux. L’armée allemande occupe la zone située au nord du front stabilisé. Les villes de Saint-Quentin, Laon, Vervins et Coucy le Château  servent de quartiers généraux et de plateformes logistiques pour amener les hommes et le matériel. Nous les habitants de la « zone occupée »  avons vécu une guerre différente de celle subie par les habitants de la « zone libre ».
 
Sous l’hégémonie de l’occupant la terreur règne : interdiction de communiquer avec le reste du pays, réquisition de vivres et de matériel, travaux forcés, prise d’otages. Dans notre village dès 1915, une administration militaire est instaurée. Les jeunes gens et les hommes valides de 14 à 50 ans sont contraints de travailler pour les Allemands. Certains sont envoyés à Etréaupont où des usines contrôlées par l’occupant ont besoin de main-d’œuvre.
 
Une contribution de guerre fut imposée à la commune et très vite une pénurie de pièces et billets oblige les autorités municipales à se lancer dans l’émission de bons, surtout des petites coupures: une décision du conseil municipal du 7 février 1915 permet l’édition de bons qui remplacent la monnaie. Une autre émission de bons en avril 1916 aura lieu sur la demande de la Kommandantur de Chauny.

Certes, l’installation permanente de nombreux hôpitaux ennemis put préserver la localité des bombardements et des trop fréquents passages des troupes. Mais Barisis aux Bois n’en fut pas moins sacrifiée une des premières.
 
Barisis en rouge les zones détruites - Gallica
Tu sais ou peut-être pas, que le Quartier Général allemand, informé des projets d’une grande offensive française, décide le repli stratégique de ses troupes sur la ligne « Siegfried »  afin de raccourcir le front existant. Le problème c’est que cette fichue ligne dénommée  « Hindenburg » par les Alliés passe sur les hauteurs de notre pauvre village.

Jour funeste que celui du 13 novembre 1916, où le village est complètement brûlé, rasé et  sa population dispersée un peu partout au nord de l’Aisne. Le village est abandonné, détruit pour ne laisser aucun abri aux Alliés, les maisons sont minées ou piégées, les points d’eau empoisonnés, la mairie, l’église et l’école dynamitées.
 
Tu sais ou peut-être pas, que ce repli stratégique ordonné par le  Général Ludendorff sur la nouvelle ligne de défense, ou opération Alberich s’achèvera en mars 2017, politique de la terre brûlée. Il s’accompagne d’une évacuation sans ménagement des populations demeurées sur place, puis d’une destruction méthodique quasi industrielle par les Allemands du terrain ainsi abandonné à l’adversaire.
Barisis - ruines du village
 
Monologue débité – comme pour se libérer - Barisis aux Bois, mon village natal, celui de mes ancêtres n’est plus, on a tout perdu : nos souvenirs, nos biens, notre maison, celles de notre entourage, nos amis, on a été chassés, ballotés. Tant de villages détruits. Tant de pertes humaines.
 
Monologue situé dans la Drôme, car à la fin de 1918, Jean-Baptiste Adolphe MERCIER et Clotilde Anatalie LESCOUET, ainsi que d’autres familles de Barisis aux Bois, séjournent à Montmeyran dans le village de leur belle-fille Isabelle ARNOUX en tant que rapatriés.
 
Sont-ils aussi passés par la Suisse, par Evian ? Et quand ? Je ne sais pas. Mes arrière-grands-parents avaient été logés dans le village, ils avaient tissé des liens avec des montmeyrannais qui sont allés les voir dans l’Aisne plus tard.
 
A la fin de la guerre, ils avaient Jeanne leur petite-fille et Isabelle leur belle-fille pour éviter le néant, et le chagrin immense de la perte de leur fils unique Emile  le 23 juin 1916 lors de la bataille du Fort de Vaux dans la Meuse. Jeanne n’aura vraiment connu que son grand-père,  car Clotilde après tant de vicissitudes et d’épreuves s’éteindra en septembre 1919 à Barisis aux Bois.
 
Le peintre Maurice Denis est venu en 1917 à Barisis aux Bois pour faire des croquis après la destruction du village et peindre ce tableau : il ne peint pas l’horreur des combats mais plutôt des scènes de ruines et des soldats aux repos.

Maurice Denis - Barisis 1917
Et après ? Les clichés de cette époque montrent l’ampleur des destructions: toutes les maisons du centre, la mairie, la gare et la sucrerie ont été dynamitées. Les bois restent encombrés de fils barbelés et d’obus. La tâche à accomplir pour rebâtir est donc immense.

A partir de janvier 1919, les habitants évacués reviennent et constatent la désolation qui règne dans leur village. Tout d’abord il faut déblayer. Puis, avec un courage sans faille, ils commencent à ériger des abris de fortune: cagnas,  masures de bric et de broc, et des baraques appelées « les provisoires ».

« La vie s’annonce certes dure mais le Barisien a depuis toujours la réputation d’être robuste et obstiné. Dans les ruines, parmi les monceaux de pierres, sous des charpentes calcinées, dans les ferrailles tordues et parmi les obus et les bombes non éclatés, des familles entières tentent de retrouver une vie presque normale. » Impossible d'ajouter quoique ce soit.
 
La reconstruction en dur, les dommages du guerre s’étaleront sur plusieurs années, et constituent un autre chapitre.
 
 
« Entre le chagrin et le néant,
C’est le chagrin que je choisis,
Car rien n’est pire que le néant »
 
       Faulkner, les palmiers sauvages



Il s'agit du troisième billet sur le thème #RMNA Raconte-Moi Nos Ancêtres
Saison 1 - Année 1918 suggéré par la "team" de RDVAncestral

 
Sources :
Cartes postales documents familiaux
 
Suggestions :
-  Livre de Philippe SALSON:
   L'Aisne occupée : les civils dans la Grande Guerre
   Presses Universitaires de Rennes
- Sur ce livre Article de Envor l'occupation de l'Aisne un exemple à suivre

vendredi 23 février 2018

Un an tout juste

Tombée dans les filets d’une ronde malicieuse, attachante ou irritante, je présentais mon blog, il y a tout juste un an. Premiers pas, petits pas, aujourd’hui pourquoi ne pas enfiler ces chaussons du « premier âge » chaussons de soie blanche, qu’aucun de mes ancêtres ont porté, car d’extraction bien trop modeste !
 
Emue et étonnée de l’accueil fait à la Ronde des Ancêtres, tenir ce blog débutant constitue en soi un bonheur généalogique. Lecteurs connus ou inconnus, proches ou lointains, soyez en remerciés. Tout lecteur et toute réaction constitue un encouragement.
 
J’avais été vivement incitée à me lancer dans cette aventure, lors d’une rencontre avec Marie, une fée qui navigue dans une forêt. Il y avait les tentations de Sophie avec les généathèmes, et la curieuse machine à remonter le temps inventée par Guillaume pour rencontrer chaque mois ses ancêtres lors d’un rendez-vous.
 
collections.lacma.org
 
Sur une année 23 billets ont étés publiés, 10 billets ont pour cadre la Savoie, 5 se situent dans la Drôme et 6 dans l’Aisne. Je me suis trouvée ainsi embarquée dans 8 généathèmes, et 10 Rendez-vous Ancestral. Rassurez-vous, pas d’autres statistiques !
 
Avec les généathèmes, je me suis plongée avec délices dans des textes vieux de trois siècles pour cerner le métier de garde-vente exercé par plusieurs de mes ancêtres dans les forêts de l’Aisne. Je n’ai pas regretté l’exercice de 100 mots pour un ancêtre avec Anne ma chère épine en Savoie. Quant au thème sur le patois, je l’aurais reporté aux calendes grecques, s’il n’avait été suggéré.
 
Je me souviens de mon émotion lors de la préparation de mon premier RDVAncestral  Au pied du donjon d'Ambleny , et j’ai utilisé cet exercice pour esquisser un fil de vie  Dépoussiérer Marie Catherine Rossignol, ou plus récemment faire le point sur des filiations Quadruple mariage à Montmeyran.
 
Du genre, pseudo organisation : j’ai des pistes pour 6 ou 8 prochains RDVAncestral !
 
Bon ce n’est pas tout, cette ronde qui tient à peine sur ses jambes, et ne connaît pas vraiment le B.A-BA va-t-elle être capable d’apprendre d’autres lettres de l’alphabet qui en compte 26 sauf erreur. Au cas où il lui viendrait l’idée farfelue et téméraire de se lancer dans un truc qui s’appelle le Challenge de AZ ? Quoique certains de mes ancêtres m’attendent au coin du bois ou du carrefour ?
 
Enfin « ma » ronde passe en deuxième année ! Quelle histoire, on va ranger les chaussons de soie, ils sont fragiles. A bientôt.
 

mercredi 21 février 2018

Sortir le poilu Albert de l'ombre

Racontez-moi nos ancêtres, raconte-moi Oncle Albert et un peu ses parents Louis Xavier PORTAZ et Sylvie Ludimille AUDE à l’issue de la Première Guerre Mondiale. Oui je sais c’est loin 1914-1918, et cela suppose qu’un descendant s’intéresse à ses aïeux et ses collatéraux.
 
En cette fin novembre 1918, juste après la signature de l’Armistice le 11 du même mois à Rethondes en forêt de Compiègne, mes arrière-grands-parents paternels, Sylvie et Louis sont encore endeuillés par la perte de leur fils Albert au tout début du conflit en 1914. Trois de leurs filles sont au loin dans la capitale, certes leur fils aîné Louis Célestin PORTAZ,  époux d’Annette Philomène GERVASON, n’est pas parti au front, en tant qu’employé des Chemins de Fer il est resté en Savoie. Endeuillés comme tant de familles, de plus mon arrière-grand-mère Sylvie doit être souffrante, elle décèdera en décembre.
Gallica
 
Raconter Albert François PORTAZ,  mon grand-oncle paternel,  né le 11 décembre 1891 en Savoie à  Fourneaux (à côté de Modane en Maurienne), c’est préciser qu’il est le 4e enfant de Louis Xavier PORTAZ employé aux Chemins de Fer et de Sylvie Ludimille AUDE.
 
Selon les affectations de son père il habitera à Petit Cœur (rattaché aujourd’hui à La Léchère) et à Grand Cœur (rattaché actuellement à Aigueblanche). Puis Albert vivra à Aiton et enfin à Aiguebelle au sein d’une fratrie de 8 enfants.
 
Sa fiche matricule révèle qu’Albert mesure 1m60, avec des cheveux et sourcils châtains clair et les yeux bleus jaunâtres : oh ces descriptions des fiches matricules, pourtant précieuses. Mentionné en 1911 comme  ajusteur lors du recensement d’Aiguebelle, il se dit forgeron en 1912 lors de son incorporation, pour un niveau d’instruction 2 (sait lire et écrire). Ajourné  en 1912, il est incorporé comme soldat le 10 octobre 1913 au 30ème Régiment d’Infanterie à Annecy en Haute Savoie.


Delcampe - Lac d'Annecy
Dès le 4 août 1914, le Régiment est prêt, et Albert François PORTAZ fait partie des 3 bataillons rassemblés au bord du Lac d’Annecy pour la cérémonie du Drapeau.
 
«Cette cérémonie déjà si impressionnante  ordinaire, l’est encore plus en ce jour, à la veille d’événements qui vont décider du sort de la France. Dans le cadre si riant, et si joli du lac, sous un soleil radieux d’été, elle gagne encore en beauté ; à la sonnerie «au Drapeau !» gradés et soldats les yeux rivés sur l’emblème de la Patrie, font le serment intime de donner leur vie pour défendre ce sol que l’Allemand veut nous ravir ».
 
Arrivé à Epinal vers les 6 -7 août, ce sera pour Albert d’abord la campagne des Vosges entre le 15 et le 28 août 1914 : «  on s’est battu sans arrêt; les hommes ont vécu de pommes de terre arrachées dans les champs, soumis constamment au tir démoralisant de l’artillerie lourde allemande. Malgré tout le moral est resté élevé, et le 28 les troupes sont prêtes à reprendre l’offensive. ».
 
L’Historique du 30ème Régiment d’Infanterie indique que l’ennemi bat subitement en retraite le 12 septembre 1914, et de ce fait le Régiment peut rentrer à Saint-Dié. Ce même document précise que le Régiment : « a perdu presque tous ses cadres de l’active et de la réserve présents à Annecy le 4 août. ». Et combien de pertes de simples soldats ?
 
Le régiment d’Albert débarque le 20 septembre 1914 en gare de Saint Just en Chaussée dans l’Oise sous une pluie torrentielle.


Delcampe - Gare St Just en Chaussée
C’est le début des combats dans les Secteurs de la Somme et de la Course à la Mer ; il reste 10 jours à vivre à Albert François PORTAZ. Dans le pays de Santerre, au sein d’une zone entre les communes de Corbie, Albert et Péronne, ce sont de dures étapes avec des pertes cruelles, et un dur combat. Cet adjectif est répété dans l’Historique du régiment.
 
Difficile de savoir si c’est vers Faucaucourt en Santerre, Cappy ou Eclusier, et dans quelle circonstance qu’Albert sera grièvement blessé et transporté à l’Hôpital d’Harbonnières où il décèdera le 30 septembre 1914,  par suite de ses blessures : Mort pour la France. Il n’avait même pas 23 ans.
 

Extrait Journal Officiel 1920 
Le Journal Officiel de 1920, mentionne qu’Albert François PORTAZ, soldat brave et dévoué, a été frappé mortellement à son poste de combat. Il est décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze.
 
Enterré dans le cimetière de la commune d’Harbonnières,  il a été transféré dans l’ossuaire 4 de la Nécropole  nationale de Lihons dans la Somme. Le nom de mon grand-oncle  figure sur la stèle de cette Nécropole, ainsi que sur le monument aux morts d’Aiguebelle en Savoie.
 
Modestes lignes glanées sur divers documents, modeste devoir de mémoire, mais quel était l’homme : son caractère, ses projets : avait-il une fiancée et ce comme pour bien d’autres poilus disparus au début du conflit. Le prénom d’Albert a été donné à un de ses neveux. Voilà ce que je peux murmurer à Sylvie Ludimille et Louis Xavier.
 
Pour conclure, je souhaite évoquer pour le 30ème Régiment d’Infanterie un des moments de fraternisation mentionné  dans l’Historique du régiment : « Le 28 décembre 1914 des relations de tranchée à tranchée entre nos troupes et les Bavarois. Un certain nombre de nos hommes et des Bavarois sont sortis des tranchées et se sont rencontrés à mi-distance environ, et se sont serrés la main, échangés des journaux, des cigarettes et provisions de diverses natures.»


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Il s'agit du deuxième billet sur le thème #RMNA Raconte-moi Nos Ancêtres
Saison 1 - Année 1918 suggéré par la "team" de RDVAncestral

Sources
Archives de la Savoie
Mémoire des Hommes
Gallica : Historique du 30e Régiment d'Infanterie 

samedi 17 février 2018

Décédé à l'hôpital du séminaire

« Ça va aller, vous pouvez me laisser » Deux femmes s’éloignent en cette journée d’été 1811 : il y a tant à faire à Montgilbert. J’aperçois Anne Poti toute repliée sur elle-même, assise sur un muret de pierre, anéantie, désespérée, ratatinée par la souffrance, comme une petite vieille alors qu’elle a environ 55 ans.
 
En ce jour, Anne POTI Sosa 89 est incapable de rejoindre dans les champs son époux Denis ROSSET Sosa 88. « Ils m’ont pris mon fils, ils ont tué mon petit ».
 
Oh mon Dieu que se passe-t-il alors que j’atteins ce petit village de Savoie ?
En 1811 Montgilbert est dans le nouveau Département du Mont-Blanc depuis la Révolution et terre du Premier Empire désormais.
 
Gallica Vieille femme Henry Monnier
« Vous qui n’êtes pas d’ici, peut-être de la ville, expliquez-moi pourquoi on nous prend nos fils ? La guerre au loin, très loin. Blaise, mon petit Blaise, je ne le reverrai pas. »
 
Anne Poti me tend alors un papier officiel. Elle me relate de façon un peu décousue qu'hier le Maire Pierre David est venu les voir, car il devait noter sur son grand registre le décès de leur fils Blaise ROSSET.
 
Comme un coup sur la tête pour Anne, parce qu’en tant que mère, obstinément elle ne croyait pas à l’irrémédiable, malgré ce qu’il se murmurait, malgré l’absence de nouvelles depuis deux ans. Elle se remet à pleurer, je lui prends les mains, m’installe à ses côtés, silences, regards sur les champs en contre-bas.
 
« C’est vrai ce qu’il a dit Monsieur le Maire  ? Il ne s’est pas trompé ? »
 
En lisant la transcription faite la veille 17 juillet 1811,  je découvre qu’à même pas 19 ans Blaise ROSSET  a été enrôlé dans l’Armée en 1809 sous le Premier Empire.
 
L'année 1808 ouvrit l'ère des énormes levées de conscrits: d'importantes consommations d'hommes dans les campagnes de la Grande Armée de Napoléon, et l'ouverture du second front en Espagne, creusant des trous qu'il faut sans cesse combler. Les meilleures divisions de la Grande Armée sont jetées en Espagne, qui ne les rendra pas. En moins d'un an, l’Empereur demande trois conscriptions.
 
Que dire à une mère éplorée, que la patrie était en danger et qu’il fallait la défendre, envers et contre tout, alors que Napoléon était lancé dans des conquêtes sans fin ? Que représentaient, pour les habitants d’un petit village de la Savoie luttant au quotidien pour arracher à la terre leur subsistance, tous ces chamboulements de régimes, d’administration, d’état-civil, cette conscription pesante et rapprochée sur tous les hommes valides ?
 
Ah, ce fichu acte est précis : Blaise ROSSET - un lointain grand-oncle - était  Chasseur du Troisième Régiment d’Infanterie Léger, cela sonne bien, et signifie  qu’il mesurait plus de 1, 70 mètre, donc grand pour cette époque. Célibataire, ayant tiré un mauvais numéro, sa famille ne pouvant payer un remplaçant, il était bon pour un service militaire de cinq ans.
 
Blaise est donc entré comme conscrit le 9 avril 1809. Anne votre fils a été malade, et s’est à la suite d’une fièvre qu’il est mort à l’hôpital du séminaire le 29 avril 1809, soit 20 jours après son incorporation.
 
Ce soldat n’aura pas usé son bel uniforme et un livret à son nom a-t-il seulement établi ? Je remarque qu’il a fallu 2 ans à l’administration militaire pour transcrire le décès à Paris, et 2 mois et demi de  plus pour que la pièce officielle arrive sur le bureau du maire.
 
« C’est où cet hôpital, ce séminaire, et la ville ? Il a été enterré où mon fils ? Il y a eu une messe ? »
 
Je relis l’acte établi par le Secrétaire général du Ministre de la Guerre : si l’endroit du décès est indiqué, la commune n’est pas mentionnée. Que puis-je répondre à cette maman effondrée ?
 
Vous savez Anne, je me souviens avoir lu qu’un important séminaire à Annecy était dirigé par l’ordre des Lazaristes , ceux-ci comme bien d’autres, furent réquisitionnés pour loger une partie des troupes. Ce séminaire fut aussi retenu pour établir un hôpital pour soigner les soldats blessés ou malades de passage.
 
« Ah bon ! Au fait pourquoi vous êtes là ! Vous êtes qui ? »

J’explique à Anne que je suis une lointaine parente, et que j’aime la montagne, et comme d’autres personnes je rencontre chaque mois un ancêtre. Je dis mon désarroi devant sa peine, n’ose évoquer ses autres fils d’autant que l’aîné aussi célibataire est peut être soldat, les deux fils cadets dont mon ancêtre François-Joseph sont encore jeunes  …
 
« Faudra revenir, quand je serai moins tourneboulée et que mon homme il sera à la maison, et dans d’autres circonstances ».

D’accord Anne, je viendrai vous revoir bientôt pour un autre rendez-vous ancestral.
 

En attendant vous pouvez retrouver ici : Anne ma chère épine

 
Petit rappel, si les dialogues et descriptions sont pure fiction, les personnes citées ont bien vécues dans les lieux cités et dates évoquées. Cette façon de voir sa généalogie a été initiée par Guillaume du Blog Le Grenier de nos Ancêtres.


Sources
- AD Savoie Montgilbert
- Fondation Napoléon : La conscription sous le Premier Empire
- Image du livret militaire tirée du site de Fréderic Berjaud :
le 3e régiment d'infanterie légère
- Gallica : Chanoine C.M Rebord ;
Grand Séminaire du Diocèse de Genève Annecy Chambéry



 

jeudi 15 février 2018

Isabelle seule avec Jeanne pendant 4 ans

Racontez-moi vos ancêtres, raconte-moi Isabelle seule avec sa petite pendant 4 ans de 1914 à 1918. Oui ce n’est pas récent cette Première Guerre Mondiale, surtout pour Anatole, Noé ou Florine notamment … Isabelle ARNOUX est leur arrière-arrière-grand-mère.
 
L’Europe grondait en ce début d’été 1914, les nouvelles n’étaient pas bonnes. C’était pourtant le bonheur au foyer d’Isabelle et Emile avec la naissance de leur premier enfant : la petite Jeanne Isabelle aux yeux bleu-gris comme ses parents. 
 

Braine à droite les Ecoles
 
Mariés dans la Drôme en 1912, Isabelle ARNOUX et Emile Octave Georges MERCIER tous deux instituteurs, vivaient à Braine dans l’Aisne. Cette petite ville de 1500 habitants en 1914, est située à 32 km au sud de Laon la préfecture, et à 22 km à l’est de Soissons, fièrement dominée par l’ancienne abbatiale Saint-Yved des 12e et 15e siècles.
 
Le tumulte se rapprochait encore, mais ils étaient trois maintenant avec Jeanne témoin de leur amour, petit bout synonyme d’espoir et d’avenir commun. Isabelle et Emile étaient-ils conscients que ce moment si privilégié serait si bref ?
 
Isabelle, Emile jeunes parents de 26 et 28 ans et leur bébé Jeanne auront été ensemble trois semaines seulement.
 

Braine Isabelle et Jeanne
Avec la déclaration de guerre et l’ordre de mobilisation générale, tous les hommes devaient se séparer de leurs proches, les embrasser tendrement et partir tout de suite. Emile MERCIER mon grand-mère paternel, caporal, arrive au 67e Régiment d’Infanterie le 4 août 1914 à Soissons, il entre en campagne le 12 décembre de la même année.
 

Pendant ce temps l’armée allemande déferle sur la France, envahit le département de l’Aisne, Barisis les Bois où demeurent les parents d’Emile est sous la botte de l’ennemi dès ler septembre 1914. L’avancée allemande atteint Braine dans la foulée où Isabelle demeure avec son bébé, toutefois la petite ville redevient française dès le mois d’octobre suivant.
 

Braine est avant tout une base arrière et joue un rôle essentiel dans la logistique du front du Chemin des Dames tout proche. Plusieurs axes de communication majeurs passent par la ville. C’est le point obligé de la plupart des troupes qui vont vers le front ou en reviennent.
 
 Jeanne Isabelle Mme Loubry et sa fille
Cependant Isabelle qui est institutrice a repris son travail, je sais qu’elle avait en charge les petits, mais avec le départ des maîtres des changements ont pu intervenir. J’espère qu’elle était  entourée par des amis ou connaissances, à défaut d’avoir de la famille sur place. Jeanne grandissait, petite blondinette, elle fixe bien l’objectif sur les photos. Clichés pris pour être envoyés au papa sur le front, aux grands-parents : elles ont « vécues » ces photos.


Sur deux  autres photos : à côté de Jeanne et sa maman sont citées Mme Loubry et sa fille, et quel est cet enfant à côté de Jeanne avec un soldat peut-être convalescent, Braine ayant des ambulances pour soigner les blessés. Photos en partie muettes, sur certaines la petite Jeanne est un peu floue car elle a bougé.

 
Braine  Enfant, soldat et Jeanne  

J’espère que des échanges de lettres ont pu se produire, mais cela ne fut pas facile pour la jeune maman, comme pour tous les civils. Gamine ayant questionné ma grand-mère, elle consentit tout juste à me dire : la vie était dure, point à la ligne.


Emile passera une permission (vraisemblablement la seule) à Montmeyran dans la Drôme, chez ses beaux-parents Jean Pierre ARNOUX et Noémie Olympe LAGIER, ne pouvant se rendre dans son foyer trop proche du front.

Mon grand-père Emile est porté disparu le 23 juin 1916, lors de la terrible bataille du fort de Vaux dans la Meuse. L’avis officiel est daté le 29 juillet 1916.



Douloureuse épreuve pour Isabelle lorsqu’elle apprendra cette disparition, pour ses beaux-parents qui perdent leur fils unique et tous les proches. Porté disparu selon la formule consacrée, Isabelle s’est-elle accrochée à un fol espoir qu' Emile fût blessé, ou fait prisonnier ?
 
Braine reste française pendant presque toute la guerre, à l’exception de septembre 1914 et, surtout, de plusieurs semaines en 1918. Peu concernée directement par les combats de la guerre, elle est toutefois bombardée par des obus à longue portée ou des avions qui font des victimes, et occasionnent des destructions. La ville s’est vidée d’une grande partie de sa population pendant le conflit.
 
A quel moment, Isabelle et sa petite Jeanne ont quitté Braine ? Pas avant fin 1917, mais avant mars 1918 ? Quel fût l’évènement catalyseur ? Je sais qu’elle sont passées par l’Allemagne, la Suisse et ont abouti à Evian en Haute Savoie comme tant d’autres rapatriés.
 

Braine Jeanne et Isabelle
Des femmes, des enfants et des vieillards acheminés par convois ferroviaires, via la Suisse, 375 000 rapatriés au total,  ont été pris en charge par les instances évianaises lors de ce conflit mondial.
 
De station d'attente au début de la guerre, Evian est devenue en 1917, en raison de ses structures sanitaires et ses nombreux hôtels, centre principal du dispositif d'accueil mis en place par les pouvoirs publics. C'est ainsi qu'arrivent chaque jour par train, sur les bords du Léman, 1 200 civils rapatriés, dans un état de grande pauvreté, qu'il faut enregistrer, réconforter, soigner, habiller, héberger...
 
Jeanne se souvenait avoir dormi sur la paille «  çà grattait » et aussi que les « pruscottes » déformation des prussiens lui avait pris sa poupée. Elle attrapa la typhoïde fût très affaiblie, au point de ne plus pouvoir marcher à plus de 3 ans.
 
En farfouillant de nouveau dans les quelques cartes postales que je détiens, une m’a interpellée provenant d’Evian datée d’avril 1918 et faisant référence à la Supérieure du Couvent des Clarisses.  Isabelle et Jeanne ont pu être hébergées dans ce couvent ou soignée pour la petite avant d’entamer la dernière étape pour Montmeyran dans la Drôme.
 
Jeanne était sauvage car souvent seule avec sa mère, et puis cette fuite, avec les femmes, enfants et vieillards, ballotées elles le furent.
 
Sa grand-mère Noémie Olympe  LAGIER eut à cœur d’apprivoiser cette petite-fille dont elle faisait enfin connaissance  et de la « remplumer »  avec des cuillerées d’huile de foie de morue au programme, et à renfort de lait de poule (boisson avec du lait, des jaunes d’œufs et du sucre). Je détiens une photo de Maman un peu tristounette, les cheveux raides, et les jambes bien gringalettes.
 
C’était la première vie de ma grand-mère maternelle Isabelle ARNOUX épouse d’Emile MERCIER et maman de Jeanne, épouse d’un soldat, d’un poilu porté disparu, épouse elle le sera jusqu’en 1920 où officiellement elle deviendra veuve. Jeanne grandira dans la Drôme car Isabelle y sera nommée institutrice dans un village au pied du Vercors.


Retrouver Isabelle et les siens

 

Il s'agit du premier billet sur le thème #RMNA Raconte-Moi Nos Ancêtres

Saison 1- Année 1918 suggéré par la "team" de RDVAncestral


Carte et photos : documents de famille