samedi 26 août 2023

Le noyé identifié

Alors que je farfouillais dans un registre paroissial de Barenton sur Serre, village de l’ancien Laonnois, où certains de mes ancêtres ont vécu, mon attention a été attirée par le libellé détaillé d’un acte d’inhumation de 1726.


Je vous livre la version toilettée de l’acte de Monsieur le Curé Denailles :

« C’était le vingt cinquième jour du mois d’août mille sept cent vingt six, un jeune homme conduisant un chariot tiré par des bœufs, qui pressés par la chaleur se jetèrent dans l’eau avec précipitation, pour les en retirer, il fut noyé,
ses camarades s’en étant allé bien vite sans se mettre en peine de faire chercher le corps du défunt, des pêcheurs de Cohartille l’ont cherché et mis au bord de l’eau, où nous l’avons été quérir sur le champ et déposé dans l’église,
l’on n’a rien trouvé sur lui qui puisse faire connaître son nom, son pays, ni sa religion, présumant qu’il fut chrétien et catholique nous l’avons fait ensevelir et l’avons inhumé le même jour,
une bonne partie des paroissiens ont assisté à l’enterrement et quelques uns ont signé comme en suit le jour et an que susdit. »


« Le douzième jour de septembre de la susdite année que susdite ont comparu Guillaume Toupé bouvier demeurant à (blanc) lequel a déclaré que le jeune ci-dessus était son fils et s’appelait Jean Toupet.»


Pauvre Jean qui se noya alors qu’il tentait de rapatrier ses bœufs sur la rive, lâcheté de ses acolytes qui prirent la fuite, dévouement des pêcheurs du village voisin et empathie de la population de Barenton sur Serre.

Pauvre père aussi qui récupéra ses bœufs sans son fils et se déplaça sur les lieux pour informer le prêtre,

Telle est cette mini-chronique villageoise dans une plaine près du confluent de la petite rivière la Souche et du ruisseau de Chambry, aujourd'hui dans le département de l'Aisne.


Sources 
AD 02 BMS Barenton sur Serre 1668-1740 vue 68
Image de Gallica et extrait de la carte de Cassini

jeudi 29 juin 2023

Impériale crinoline à Chauny

En voiture, mais pas n’importe laquelle, impériale s’il vous plait, puisqu’au top de 11 heures le train spécial de l’Empereur Napoléon III s’ébranle depuis Compiègne où la Cour séjourne à l’automne.

Donc ce vendredi 26 novembre 1858, Sa Majesté accompagnée de l’Impératrice Eugénie embarque pour une promenade improvisée dans une localité environnante pour visiter ses loyales populations et découvrir le savoir-faire français.

Si si, je réponds bien à la suggestion du généathème mensuel autour du second Empire, enfin à ma manière et grâce au truchement de deux journalistes qui relatent d’une manière délicieusement précise, surannée et dithyrambique l’épopée impériale à Chauny dans l’Aisne.

Billet dédié à tous les ouvriers et employés anonymes de l’usine de la Soudière de Chauny et ceux de la maison-mère de la Société de Saint-Gobain, manufacture royale de glaces crée en 1665, pas moins !

Billet dédié à un arrière-arrière-grand-oncle Barthélemy Frédéric Mercier qui fut un temps doucisseur de glaces à Chauny, et à un lointain collatéral Charles Brodelet employé aux chemins de fer à Chauny et à sa dulcinée, descendante de Félicité Lefort dont j’ai relaté la vie.

Donc l’impérial train atterrit, pardon arrive à midi en gare de Chauny, en descendent l’Empereur, l’Impératrice, et sa garde rapprochée mise dans ses bagages : un ministre, un chambellan, un général, un membre de l’Académie Prosper Mérimée en l’occurrence, et trois dames d’honneur aussi.

©Archives Saint-Gobain : l'atelier de polissage

Dans la gare pavoisée de Chauny, sur le quai pour réceptionner cette arrivée impromptue, se bousculent le Préfet de l’Aisne, le Maire et l’Evêque accouru de Soissons et j’en passe, et répondent présents les administrateurs de la Manufacture de glaces.

Après les honneurs rendus par la Garde nationale, en calèches découvertes (arrivées la veille de Compiègne) ou chars à bancs locaux, et sous les ovations, jusqu’à l’usine de la Soudière pavoisée, le cortège débouche sur les lieux où tous les ouvriers des glaces sont rangés par corporations pour accueillir leurs majestés impériales, et bien sûr le directeur M. Lacroix.

« Trois jeunes ouvrières savonneuses se sont alors avancées au-devant de Leurs Majestés et après leur avoir fait un compliment l’une d’elle a offert un bouquet à l’impératrice. »

Au programme de Chauny sont inscrites les visites des ateliers du polissage, de la savonnerie, le magasin des glaces et l’étamage.

Dans la savonnerie une ouvrière renseigne avec franchise sur le mode opératoire qui consiste à frotter l'une contre l'autre deux glaces entre lesquelles on a interposé de l'émeri en pâte, délayé dans l'eau.

© Archives Saint-Gobain ; démonstration de l'étamage

« Mais c’est dans la salle de l’étamage qu’a lieu un incident charmant qui a produit une délicieuse émotion chez toutes les personnes présentes. L’Impératrice a voulu accomplir toutes les opérations de l’étamage et se servir des différents outils pour ce travail d’une exécution délicate. On lui fournit une glace, la feuille d’étain et le mercure.

Une ouvrière guidait Sa Majesté dans cette tâche dont elle s’acquittait avec une grâce et une animation charmantes et que l’Empereur suivait du regard avec satisfaction. L’opération terminée, l’ouvrière a présentée à l’Impératrice la glace achevée qui a reproduit les traits de son charmant visage animé par le travail qu’elle venait d’accomplir.

Au dénouement de cette scène que la plume est impuissante à raconter, un cri d’admiration a éclaté dans la salle et en se retirant l’Impératrice a donné cent francs à l’ouvrière qui avait eu l’honneur de l’aider. »

L’autre source précise que la gracieuse Eugénie avait relevé les manches de son par-dessus bleu pour opérer sans gêne et que sa contribution visait à payer son apprentissage (disons son essai). Elle préféra que « sa glace » soit conservée dans l’établissement.

« Sorti de l’usine au bruit des acclamations, le cortège pris la route de Saint-Gobain en traversant Sinceny et Rouy dont la population faisait haie. »

A l’établissement de Saint-Gobain, les directeurs ont prévu une collation pour leurs majestés et pris toutes dispositions pour le spectaculaire coulage d’une glace. « Qu’on se figure en effet au milieu de l’obscurité aménagée d’une salle, une coulée de feu se déroulant comme la lave du volcan sur une table et illuminant d’une lumière magique la salle dans laquelle étaient rangés les ouvriers dans leur costume pittoresque. »

Sur le chemin de retour de cette excursion dite improvisée, alors que la nuit commence à tomber, le clocher de Sinceny s’illumine de feux de Bengale, et puis à l’arrivée de Chauny dans le beau parc de M. Lacroix directeur un superbe feu d’artifice éclate, dans la ville les illuminations d’arcs de triomphe se reflètent jusqu’au canal.

Il ne reste plus qu’à toutes ces illustres personnes à prendre congé mutuellement, et à se souvenir de cette mémorable journée, de la raconter à leurs proches.

Avez-vous trouvé des visites impériales dans les villes ou régions de vos ancêtres ?


Pour les curieux 

samedi 24 juin 2023

A deux jours près

Tout avait bien débuté par une cérémonie dans l’église de Cuts en terre picarde, à une lieue de Camelin berceau de la famille Lefort, entouré par ses proches Antoine Charles Lefort signait son acte de mariage le 14 novembre 1775 avec Marie Cécile Cauchy.

Le couple s’était installé à Cuts au lieudit Gournay, et avait accueilli cinq enfants entre 1776 et 1784. En tant que tisserand, mon lointain grand-oncle œuvrait de longues heures, penché sur son métier à tisser.

Eglise de Cuts ©Mireille Grumberg communes.com

Dans cette paroisse de plaine, au territoire morcelé et aux hameaux dispersés, on cultivait le lin et le chanvre et on y comptait de nombreux tisserands, voisinant avec des laboureurs.

Au cours de l’hiver 1784 il tomba une énorme quantité de neige, dont la fonte amena des inondations. L'été fut d'une grande sécheresse et la récolte fut mauvaise.

Une maladie épidémique vint en 1786 frapper les habitants de Cuts, et suivant le rapport du chirurgien Dolignon cette épidémie aurait été une fièvre putride.

Aussi à la date du 31 mars 1786, le minutieux Curé, inscrivit-il dans son registre l’inhumation d’un jeune Antoine Charles Lefort âgé de huit ans.

Et à la date du 2 avril 1786, le prêtre inscrivit l’inhumation d’Antoine Charles Lefort le père, âgé d’environ trente-deux ans, à laquelle assistait Antoine Rabeuf chanvrier, son parrain et oncle par alliance venu de Camelin, et Louis Lefebvre un cousin manouvrier venu de Saint-Aubin.

AD 60 Cuts BMS 1786

Ces deux disparitions rapprochées étaient-elles imputables à la maladie qui sévissait ?

Marie Cécile Cauchy l'épouse et mère se remaria par deux fois à Cuts pour assurer le devenir des orphelins qui firent souche dans la paroisse. 

Il restait à prévenir la famille de Barisis aux Bois et peu importe le patronyme du marchand qui fut porteur de mauvaises nouvelles.

Une grande tristesse s’abattit dans la maison qu’occupait Marie Marguerite Tellier la mère et grand-mère des défunts. Cette dernière alors veuve d’Antoine Lefort avait pour la soutenir et l’entourer son second fils Louis Alexis Lefort mon ancêtre.


Retrouver le mariage d'Antoine Charles et Marie Cécile 


Sources
AD 60 Cuts BMS
Wikipedia

 

samedi 17 juin 2023

Un double baptême

Brume matinale, d’autant que la veille j’ai abusé du registre paroissial de Barisis aux Bois, terre picarde, et début de rendez-vous ancestral, puisque me parvient l’écho d’une discussion de deux commères.

- Tiens la matrone est passée très tôt ce matin et à toute vitesse !
- Qui a les douleurs de l’enfantement ?
- Peut-être la Marguerite Tellier, elle s’est tant arrondie cette fois !
- La femme d’Antoine Lefort le marchand-chanvrier ? Alors elle est passée par là avec ses premières couches, plus de cinq fois au moins.
- Oui mais tu sais avec les complications ou les instruments de la sage-femme, si l’enfant est trop gros, s’il se présente mal, si la mère faiblit.

Une des femmes se signe, l’autre hausse les épaules d’un air entendu.
Solidarité féminine et souvenirs de parturientes à une époque, où chaque grossesse et enfantement, rime avec inconnu, inquiétude, risque d’issue fatale de la mère et de l’enfant.

AD 02 Barisis BMS 1766

Bon, pour me faire expliquer le métier de chanvrier par mon aïeul, il ne faut pas y compter, mais plutôt réciter une prière à Sainte Marguerite la patronne des femmes en couches pour ma très lointaine grand-mère.

Passe une troisième commère, pliée en deux sous le poids d’un fagot, qui crie aux précédentes bavardes : j’ai croisé l’aîné de l’Alexis qui est allé prévenir notre curé pour le baptême.

Planquée dans une étroite venelle entre deux maisons, je frissonne en ce court jour de novembre 1766, où tout devient grisaille, avec une atmosphère humide très pénétrante. Il est tard.

Et dire que les autorités de l’Eglise insistent sur l’ondoiement du nouveau-né à la maison par la sage-femme en cas de péril, pour assurer son salut spirituel, et de prévoir à peine sorti du sein de sa mère son baptême, et par là, le confronter au monde extérieur quel que soit le temps et les distances.

Soudain des bruits de sabots sur la rue empierrée, car un groupe débouche : les silhouettes de trois hommes, deux femmes tenant précieusement deux petits paquets bien emmaillotés, deux gamins et une petiote à la traîne qui pleurniche.

AD 02 Barisis
Je sors de ma cachette et suit Antoine Lefort à l’air soucieux, ses deux fils aînés et la petite, et les parrains et marraines pour un double baptême puisque Marie-Marguerite Tellier vient de mettre au monde des jumeaux. Je me faufile aussi dans l’église et aperçoit les sobres fonts baptismaux de la paroisse.

En ce 12 novembre 1766, le prêtre officie avec diligence pour introduire dans le monde chrétien deux petits êtres fragiles, tout noter correctement selon les indications du père sur le registre et recueillir les signatures.

Deux garçons jumeaux pour mes ancêtres : l’un  prénommé Louis reçoit pour parrain Médard Soyer de Saint-Gobain  et Marie Jeanne Prévot une tante maternelle pour marraine.

Le second prénommé Cosme François est tenu sur les fonts baptismaux par Antoine Nicolas Mignot et Marie Jeanne Jonquoy. Je soupçonne le Sieur Mignot être le chirurgien de Deuillet, proche paroisse, dont un fils a été prénommé Cosme ! A-t-il été appelé au chevet de la parturiente en renfort de la sage-femme ?

Le premier jumeau trop faible s’éteint en février 1767.
Le second grandit et se marie en 1787 avec la fille d’un marchand-verrier, mais décède à peine trentenaire.

Invisible Marie Marguerite Tellier en tant qu’accouchée, tu ne peux être présente aux baptêmes de tes enfants à cette époque, huit tout-petits pour sept grossesses, qui seront suivies de trois autres, dont un enfant ondoyé par la sage-femme.

Onze enfants, dont seulement cinq arrivent à l’âge adulte.

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Es-tu résignée comme toutes tes contemporaines face à toutes ces maternités, ces douleurs physiques et morales ? As-tu souhaité un meilleur pour les rameaux solides qui ont poursuivi cette dynastie Lefort à laquelle tu as contribué, avant de rendre ton dernier soupir en 1791 à soixante ans ? Je l’espère lointaine aïeule.

Courageuse Marie Marguerite et un peu moins invisible qui sait,
Toute une vie dans le village de Barisis aux Bois.


Dialogue imaginaire en lien avec mes ancêtres
dans ce Rendez-vous Ancestral mensuel

Retrouver cette famille 


Sources
AD 02 BMS Barisis   
AD 02 Iconographie 


jeudi 8 juin 2023

Un acte peaufiné

Alléluia en découvrant un registre paroissial de Cuts en Picardie !

Je vous félicite Monsieur le Curé pour votre écriture soignée, avec moult précisions, vous respectez les prescriptions de l’Ordonnance de Blois de 1579, et par là aidez les curieux des temps présents.

Dans votre paroisse - aujourd’hui dans le département de l’Oise - s’est marié le mardi 14 novembre 1775 un lointain grand-oncle fils aîné de mes ancêtres Antoine Lefort et Marie Marguerite Tellier sosa 408 et sosa 409.

Gallica extrait carte de Cassini

« L’an mille sept cent soixante-quinze le quatorzième jour du mois de novembre, après les fiançailles célébrées le quinze du mois d’octobre, et après la publication des bans du futur mariage entre Antoine Charles Lefort âgé de vingt et un ans fils d’Antoine Lefort chanvrier à Barisis aux Bois diocèse de Laon et Marguerite Tellier ses père et mère,

de la paroisse dudit Barisis par sa naissance et de droits, et celle de Camelin, de par son domicile de fait, d’une part,

et Marie Cécile Cauchy âgée de vingt-huit ans fille de feu Louis Cauchy vivant tisserand à Cuts et de défunte Marie Anne Lemoine ses père et mère de cette paroisse d’autre part,

publication faite, tant en cette église, que celle de Barisis aux Bois, que celle de Camelin, suivant les certificats des sieurs Don Farineau curé dudit Barisis et Maureau curé de Camelin les dimanche vingt et vingt un d’après la Pentecôte et le mardi 1er novembre d’après la Pentecôte et le mardi fête de tous les Saints, vingt-deuxième et vingt-neuvième jour d’octobre dernier et premier jour du présent mois, au prône des messes paroissiales, sans qu’il se soit trouvé aucun empêchement ni opposition,

je, prêtre curé de cette paroisse soussigné, ait reçu en cette église le mutuel consentement de mariage des susdits Antoine Charles Lefort et Marie Cécile Cauchy et leur ai donné la bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la Sainte Eglise

et consentant Antoine Lefort père de l’époux, Louis Lefort tisserand à Camelin aïeul paternel de l’époux,

Pierre Buire mulquinier de Cuts parrain de l’épouse, Joseph Panchet chanvrier de Cuts bel oncle maternel de l’épouse, Antoine Cauchy tisserand de Cuts frère de l’épouse,

Pierre Bruier tisserand à Barisis bel oncle maternel de l’époux, Alexis Lefort chanvrier à Barisis frère de l’époux, Antoine Rabeuf chanvrier à Camelin bel oncle paternel de l’époux,

qui avec l’époux ont ci-dessous signé, l’épouse ayant déclaré ne le savoir de ce interpellée. »

S’en suit les paraphes des protagonistes énumérés fort adroit, ou un peu saccadé, voire malhabile, et puis celui du comptable des âmes JACQUES curé de Cuts.

AD 60 BMS Cuts extrait acte 

Antoine Charles Lefort mon lointain grand-oncle, fils aîné d’Antoine Lefort et de Marguerite Tellier mes aïeux, naît à Barisis ainsi que ses frères et sœurs où leur père s’est installé comme chanvrier. Il fait le choix de retourner dans le village du grand-père à Camelin pour exercer le métier de tisserand, ses proches se sont déplacés à Cuts pour les noces dont son frère cadet Louis Alexis Lefort mon ancêtre sosa 204. 

Le jeune couple s’installe au lieudit « Gournay » sur Cuts tout proche de Camelin et accueille cinq enfants.

Mais profitons de l’instant, de cet acte peaufiné ;
un bijou cet acte de mariage,
une bénédiction pour les généalogistes,
un registre à consommer sans modération,
un péché pour celui qui ne prend pas la peine d’ouvrir ce précieux grimoire



Retrouver Antoine Lefort père ICI
Retrouver Marie Marguerite Tellier mère ICI

Sources
AD 02 Barisis et Camelin BMS
AD 60 Cuts BMS 1773 - 1776 3E 189/6 vue 39/54 
Geneanet arbre jfd07

mardi 30 mai 2023

Noces de chanvre avec Antoine Lefort

Sous prétexte qu’au mois de mai, il est suggéré d’évoquer une profession de ses ancêtres, me voilà obligé de me livrer à des confidences, moi Antoine Jérôme Lefort dit Antoine. Quelle époque !

Premier-né vers 1730 au foyer de Louis Lefort et Marie Anne Descarsin, tout juste mariés en 1729 à Camelin, il me faut ensuite partager l’attention de mes parents avec trois sœurs et un frère.

Mon second prénom Jérôme est en lien avec la famille de ma mère, dont je n’ai pas connu ses parents. Mais côté Lefort, si j’ai des vagues images de mon grand-père Antoine Lefort, de tendres souvenirs me lient avec ma grand-mère paternelle Louise Narbonne décédée à un âge avancé.

Chanvrier le père,
Chanvrier le grand-père,
Chanvrier l’arrière-grand-père,
Chanvrier je suis !
Mon fils chanvrier le sera !
Une dynastie de chanvriers quoi !

Mon village Camelin, bâti sur un monticule allongé, situé dans l’ancien Soissonnais, est désormais dans le département de l’Aisne. Il existe déjà au 9ème siècle, désigné sous Campus Lini en latin ce qui signifie « champ de lin »

Camelin renvoie aussi à un tissu de laine, dans lequel entre une proportion de poil de chèvre, le Roi Saint-Louis portait un manteau de camelin paraît-il, de ce qu’un érudit m’a soufflé !

Courageux, sachant compter, connaissant mes lettres, je signe les actes des registres paroissiaux, tout comme le père et le grand-père. Dans la famille, en bon chanvrier, on repère un chanvre de qualité et on connaît toutes les étapes de sa transformation. On se déplace comme marchand-chanvrier pour trouver cette matière textile et des débouchés pour nos toiles ou cordages.

Bref, cinq heures de marche pour arriver à Barisis aux Bois, ne me font pas peur, quelques lieues, soit vingt kilomètres à votre époque. A faire le va et vient, j’ai remarqué une avenante et sage fille.


Avec le consentement de nos parents, en une froide journée d’hiver, le 5 février 1754, à Barisis aux Bois qui devient ma nouvelle paroisse, je dis « oui » à Marie Marguerite Tellier, fille de feu Charles Tellier laboureur et de Marie Catherine Rossignol remariée à un laboureur.

Cliquer pour agrandir 


Je m’enracine, sans rompre les liens avec mon village natal, et poursuit mon activité de chanvrier, je ne suis pas dépaysé avec une kyrielle de fileuses, un bataillon de chanvriers, une flopée de tisserands.

Barisis, paroisse entourée de forêts, à l’écart d’une grande route, voit en effet plus du cinq-douzièmes de ses habitants se livrer à l’apprêt du chanvre, la confection du filet et de la toile tant au 17ème qu’au 18ème siècles.

Ma vaillante épouse Marie Marguerite met au monde onze enfants, huit garçons dont des jumeaux et trois filles, certains tout-petits passent trop vite sur cette terre. Avant de tirer ma révérence vers 1783, j’ai la joie d’assister aux mariages de trois de mes garçons et d’une de mes filles

Il paraît que celle qui me sert de secrétaire, pour mon bref récit, descend de Louis Alexis Lefort marchand-chanvrier aussi. Une dynastie de chanvriers quoi !

Toute cette chaîne de chanvriers, serait-elle vraiment étonnée de découvrir, qu'après un déclin au 19ème siècle, la culture de chanvre est remise à l'honneur aujourd'hui : sa graine intéresse l'industrie agroalimentaire et sa fibre peut être utilisée pour l'isolation des bâtiments. 


Retrouver son épouse

Retrouver une des filles

 


Sources
AD 02 BMS Camelin et Barisis 
Photo Pixabay
Carte faite avec Viamichelin
Visuel fait avec Canva

 

vendredi 5 mai 2023

Félicité Sophie dite Demilly

Entre terres axonaise, mosellane et provençale, j’ai reconstitué le fil de vie de Félicité Sophie une enfant de Félicité Lefort ma lointaine grand-tante.

La maman est divorcée d’avec Jean Louis Demilly depuis le 16 février 1796 selon un acte dressé à Barisis dans l’Aisne.

La petite Félicité Sophie pousse son premier cri le 30 mars 1797, la déclaration de naissance faite à l'officier public par la sage-femme Marie Anne Godmet est un peu alambiquée : l’enfant est dite « une fille, que Jean Louis Demilly ci-devant capitaine en est le père (sic), et que Félicité Lefort sa femme (sic) en est la mère et reçoit les prénoms de Félicité Sophie ».

AD 02 Barisis Etat Civil 1797

Deux prénoms inscrits et pas de patronyme, et la vague impression qu’au village on n’était pas trop au courant de la séparation du couple, à moins que la sage-femme et les témoins aient voulu éviter des commérages vis-à-vis de l’enfant.

Honnêtement dans mon logiciel était noté Lefort, puisque le divorce d’avec du citoyen Demilly remontait à plus de 13 mois, en son absence qui plus est. Recherches et pointages m’ont fait découvrir des indexations pour la naissance de la petiote avec « Godmet » comme patronyme soit celui de la sage-femme, ou comme patronyme « Sophie » soit le second prénom.

***

Dans le temps, qu’est devenue cette enfant naturelle d’une femme divorcée, puis remariée, qui se retrouve orpheline à 10 ans en 1807 ?

La réponse est toujours à Barisis dans l’Aisne le 13 décembre 1817, ce jour d’hiver Félicité Sophie fileuse de 20 ans et 8 mois épouse Jean Louis Charlemagne Henique un chanvrier de 31 ans veuf avec un petit garçon.

Ce jour-là l’acte est précis et clair « fille mineure, assistée de Jean-Baptiste Alexis Lefort chanvrier, nommé tuteur ad hoc de ladite Félicité Sophie, de par acte de consentement de famille passé devant Monsieur le juge de paix du canton le 5 du présent mois, ici présent et consentant, fille naturelle de défunte Félicité Lefort femme de Médard Grandin décédée le 22 septembre 1807, divorcée de Jean Louis Demilly le 16 février 1796 ».

Cette jeune mariée avec juste deux prénoms, sans patronyme, a donc pour tuteur son cousin germain mon ancêtre, ce que je découvre.

Jeune veuve de 25 ans, Félicité Sophie ma lointaine cousine se remarie avec Pierre Louis Pasques ouvrier de 27 ans, un jour d’hiver le 16 janvier 1823. Deux filles naissent rapidement à Barisis : Hortense Ambroisine et Eléonore Félicité.

Et triste trouvaille, elles décèdent à La Fère en 1827 toutes jeunettes, peu après la naissance d’une enfant sans vie, là dans les actes la mère est désignée comme Félicité Sophie Demilly (sic). La mention d’un patronyme pour la mère peut s’expliquer pour des raisons de respectabilité du couple.

Le lieu est différent, une ville de tradition militaire, siège d’une école royale d’artillerie et le père Pierre Louis Pasques est désormais canonnier au 4ème régiment d’artillerie en garnison.

***

Ensuite cap sur la Moselle car il faut défendre les frontières du pays, à Corny, le couple accueille dans son foyer le 8 mai 1831 une petite Julie Félicité Pâque, papa a pris du galon le voilà maréchal des logis et maman se nomme Demilly bien sûr.

L’année suivante encore en Moselle, à Sarrebourg cette fois, naît le 8 décembre 1832 Julie Augustine Pasques. Pasques, Pâques, Dumilly, Dumillé il faut se faire une raison.


Cliquer pour agrandir la frise 

Plus tard ma petite famille se cache au bord de la Méditerranée, dans les Bouches du Rhône à La Ciotat, ville où se développent les chantiers navals. Jour de fête le 30 août 1848 : Julie Félicité Pâque couturière de 17 ans se marie avec Jacques Bézie un ouvrier serrurier né en Charente.

Papa est toujours maréchal des logis d’artillerie et maman sans profession avec son patronyme d’usage. Comme témoins ont été recrutés un ajusteur, un pâtissier, un sous-brigadier des douanes et un journalier.

Jeune veuve Julie Félicité Pâques convole à nouveau le 16 mai 1855 avec Louis Claude Joseph Boisson un ajusteur né à Orléans fils d’un agent de police. Son père est dit cette fois maréchal des logis d’artillerie à la retraite.

Née en Moselle, elle opte le 30 septembre 1872 pour la nationalité française qu’elle entend conserver avec l’autorisation de son époux, en application du traité de Francfort de 1871 et de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne.

Entre-temps, sa sœur Julie Augustine Pasque, repasseuse de son état, est décédée le 26 février 1864 à La Ciotat.

De même son père Pierre Louis Pâque a rendu son dernier soupir le 13 décembre 1865 âgé de 71 ans. En tant que sergent à la 4ème compagnie de canonniers vétérans, il bénéficiait d’une pension pour une  durée de services de 35 ans 6 mois et 16 jours. Il était aussi titulaire de la médaille de Sainte-Hélène pour la campagne de 1813-1814. 

« La médaille de Sainte-Hélène est instituée par décret de Napoléon III, le  12 août 1857, sous le Second Empire. Elle est dédiée aux « compagnons de gloire » de Napoléon 1er  dans les « campagnes de 1792 à 1815 », afin de satisfaire en partie les dernières volontés de Napoléon Bonaparte telles que rédigées dans son testament à Sainte-Hélène. Elle est considérée comme la première « médaille commémorative » française ».(1)

Sa mère Félicité Sophie dite Demilly s’éteint le 17 mars 1883 âgée de 86 ans entourée des siens. Ainsi se tourne une page d'une lointaine cousine au patronyme d'usage, page qui sera peut-être réouverte un jour par des descendants directs. 


Voilà ma petite famille bénéficie d'un billet enfin bouclé sur la suggestion du Généathème d'avril de Geneatech de terminer un brouillon. 


Retrouver cette famille

Sources 
AD 02 Barisis et La Fère 
AD 57 Corny et Sarrebourg
AD 13 La Ciotat 
Relevés Filae et Geneanet 
(1) Wikipedia