mercredi 25 décembre 2019

Noémie une ancêtre de Noël

Il est né le Divin Enfant, jouez hautbois, résonnez musettes !

Elle est née la petite Noémie Olympe en ce 25 décembre 1848, jour de Noël.

Elle a poussé son premier cri à quatre heures du soir à Upie, dans la Drôme, en la maison de ses parents au lieu-dit Les Vesonnières. Noémie Lagier, mon arrière-grand-mère est la petite dernière d’Elisabeth Métifiot et de Daniel Lagier


Gallica


Réjouissons-nous, cette toute-petite est mignonne et douce, point de bergers pour se pencher sur son berceau mais les visages de ses sœurs et frères. Quel beau présent pour la fratrie ! 

Courageuse et vaillante Elisabeth, qui en 15 ans de mariage, offre à 38 ans un onzième enfant à l’heureux père de 43 ans. 

Qui d’Elisabeth ou de Daniel a choisi les prénoms de cette dernière-née. Noémie porte un prénom biblique qui vient de l’hébreu Noah qui signifie « agréable, gracieuse ». 

Le lendemain 26 décembre 1848 à midi, le citoyen Daniel Lagier a pris la direction de la Mairie (il en avait l’habitude) pour présenter et déclarer la naissance de mon ancêtre de Noël. Ce jour-là il se dit - maître de pressoir- et les citoyens Jacques Joseph Ferrand et Jacques Antoine Chirouze cultivateurs sont les témoins. 

Le maire semble-t-il s’est trouvé confronté pour la première fois aux prénoms choisis, au lieu de Noémie il a noté Néomie, et simplifié pour Olimpe ! 


AD 26 BMS Upie


Ne soyez pas étonnés de l’emploi du terme de citoyen, en février le Roi Louis-Philippe avait abdiqué après trois jours d’insurrection, et la Seconde République proclamée par le poète Lamartine, et le 10 décembre 1848 venait tout juste d’être élu Président un certain Louis-Napoléon Bonaparte. 

Bien des événements, mais le principal pour ma généalogie est la naissance de Noémie une ancêtre de Noël. 

Elle est née la toute-petite, sonnez hautbois, résonnez musettes ! Bienvenue Noémie !






samedi 16 novembre 2019

Le créju modeste objet du quotidien

Une main d’enfant m’a entraînée dans la maison d’un village de Savoie, celle de Benoîte Durieu-Trolliet à Montpascal vers 1705, ou celle de Jacques-François Porte à Avrieux en l’an 1825 ? Mystère d’une rencontre avec ses ancêtres, c’est un logis de montagne aux épais murs de pierre pour se protéger des intempéries hivernales, la pièce s’avère être très sombre, quelques braises rougeoient dans la cheminée. 

M’accoutumant à l’obscurité, une silhouette féminine se dégage, de profil : s’agit-il de Jeanne Montaz-Rosset jeune veuve avec plusieurs drôles à charge, ou d’Angélique Bard  épouse de Florentin Porte,  je ne saurais dire.

Cette jeune femme se saisit d’un modeste objet métallique, peut-être en cuivre ou en laiton, l’enfant me chuchote : « le créju »


Ce petit ustensile de quotidien au fond plat serait-il une lampe à huile, Jeanne ou Angélique - peu importe - vérifie que la mèche de coton ou « farêt » soit bien disposée dans le petit réceptacle qui contient de l’huile de chanvre. 

Puis mon ancêtre prend le « créju » qui était posé sur un coin de la table, et je découvre que ce petit objet comporte une tige mobile munie d’un crochet, il est ainsi aisé de porter la lampe  jusqu’au foyer de l’âtre en l’occurrence pour allumer la mèche avec les braises. 

Gestes simples et habituels, voilà le « créju » suspendu à une poutre avec son crochet mobile, la lumière de la lampe voit ainsi son rayonnement étendu. Esquisse de sourire de ma silhouette, façon de dire : voilà c’est tout simple ! 

Jeanne ou Angélique, toutes deux me signifient ainsi que ce modeste objet était intimement lié à leur vie domestique, présidait au lever et au coucher de la famille, aux repas du soir, aux longues veillées d’hiver. 

Suspendu à un crochet, au mur ou à une poutre du plafond, il éclairait les travaux de nos anciennes ménagères en train de préparer les repas, de filer la laine, de ravauder des bas, de raccommoder le linge de la famille. Plusieurs scènes - comme des flashs - me viennent à l’esprit, dont celle d’un groupe d’une dizaine de personnes éclairées par la chaude et vaillante lumière d’un « créju »

Il en est un de ces « créju » ou « créjeul » relégué comme un objet inutile dans un galetas, qui faute d’avoir atterri dans un musée provincial comme curiosité, a abouti sur une brocante. L’unique jour où j’ai chiné dans une brocante avec Papa, je me suis retrouvée dotée de deux objets dont un « créju » modeste ustensile d’autrefois qui pouvait lui rappeler des souvenirs, trop heureux que je m’intéresse à une vieillerie savoyarde. 

Tout ce que vous avez voulu savoir sur un modeste objet d’autrefois sans oser le demander, objet que l’on trouvait dans toute la France, mais aussi en Italie, Allemagne, Angleterre ou en Suisse. 




N.B
Créju, créjeul mais aussi, croejus, croisel, crosel, cruseau, ou crusol, cruzieu, telles sont les variantes en Savoie.



Sources 
Gallica 
Société d’histoire et d’archéologie de la Maurienne

samedi 19 octobre 2019

Débusquer l'aïeule de l'année

Mais si, mais si, je suis partie sur la piste de ma lointaine grand-mère à la 11ème génération portant le numéro 2019, celui de l’année, et profite d’un rendez-vous ancestral pour vous emmener dans la Drôme berceau de ma grand-mère maternelle. 

Allez, je grimpe l’escalier : Maman, puis Isabelle Arnoux ma grand-mère, c'est facile pour les premières marches, tout comme pour Noémie Lagier mon arrière-grand-mère qui me fait un signe d’encouragement. 

Pixabay

Sur une autre marche Elisabeth Métifiot aïeule dont j’ai toujours su le nom comme celui de son époux Daniel Lagier ; prise d’une hésitation je n’ose frapper à la porte de leur ferme. J’entends plusieurs voix, des propos assez vifs, il faut dire qu’ils sont nombreux : je passe et reviendrai à un meilleur moment. 

Petite pause vers 1840 avec Catherine Masserole alors âgée de 70 ans et veuve d’Etienne Métifiot meunier, celle-ci m’apostrophe : comment tu m’as dénichée ? 

Dois-je dire par l’intermédiaire de votre fille cadette, des actes de naissance des nombreux enfants que vous avez donné à Etienne : toute une vie familiale de joies et de peine lors de mariages ou de deuils à Upie. 

Vous savez Catherine j’ai galéré pour votre union, pour repérer en 1796 les publications et l’acte de votre mariage dans les registres de l’époque révolutionnaire de Montmeyran pas trop bien écrit (et surtout d’une mauvaise numérisation). Un peu de peine aussi pour débusquer votre baptême en 1771 par le Pasteur Ranc à Beaumont-les-Valence, vous aviez 3 jours et votre marraine s’est ensuite révélée être votre grand-mère. 

AD 26 Beaumont  les Valence RP 1771

Invitée à saluer ses parents Claude Masserole et son épouse Marguerite Baud, plusieurs marches plus haut je ne les trouve pas sur le palier, pourtant le Pasteur les a unis à La Baume-Cornillane cette fois, paroisse à forte empreinte protestante. 

AD 26 La Baume-Cornillane RP 1770

Si mon ancêtre Claude a été baptisé par le Curé de Montmeyran, ses parents François Masserole et Catherine Sausse ou Sauce ont reçu la bénédiction du Pasteur « Au Désert » en 1750

AD 26 Registre "Du Désert" 1750

Vous êtes peut-être perdu, mais les marches de pierre sont parfois difficiles à gravir, de hauteur inégale, il faut se tenir au mur, lire et relire les actes : parce que Sauce ce n’est pas Faure (erreur de débutante). 

Il faut se faire une raison avec ma chère branche de la Drôme en terre protestante, et naviguer entre les différents registres : actes protestants ou actes catholiques selon la période et la teneur des directives royales et le poids des répressions. 

Dans cet escalier, où je m’essouffle, la silhouette entrevue est-elle celle de François Masserole, lui qui fut enterré en terre profane, comme tant d’autres de mes ancêtres, dont « on rapporta » le décès 3 mois après au Curé selon la formule consacrée, bien que baptisé à l’Eglise en 1717. 

Ses propres parents Claude Masserole et Judith Bonnet furent unis par le Curé de Montmeyran en 1713, les mariés étaient nés en 1677 et 1681 avant la Révocation de l’Edit de Nantes. 

Auparavant Imbert Masserole, laboureur qui ne savait pas signer, a eu 7 enfants avec Madeleine Dorelon tous baptisés par le Pasteur. 

Egarée dans ce rude et désormais sombre escalier, mains griffées par les parois, j’ai glissé dans le temps jusqu’en 1659 où un Notaire de Montmeyran établit un contrat de mariage entre Imbert Masserole fils d’Antoine Masserole et Claude Trouillat d'une part et sa promise d'autre part. 

Ladite épousée Madeleine Dorelon était la fille d’André Dorelon et Jeanne Tracol – ma Sosa 2019 -  autrement dit l'aïeule de l'année.

Chère Jeanne Tracol, née vers 1620 sous le règne du Roi Louis XIII, je vous ai débusquée certes ainsi que vos proches et descendants tous enracinés dans un terroir autour de Montmeyran, mais ce fil maladroitement ébauché avec quelques citations ne saurait vous appréhender les uns et les autres si tant est que cela soit envisageable. Onze générations, plus de 4 siècles ... 





Sources
AD 26 BMS
et précieux relevés de l'EGDA


Billet dans le cadre du RDVAncestral permettant de rencontrer ses ancêtres

Thème du Sosa 2019 suggéré par la Fédération Française de Généalogie

Retrouver Daniel Lagier  Une flopée d'enfants pour Daniel Lagier
Retrouver Noémie Lagier Noémie une ancêtre de Noël


samedi 21 septembre 2019

Louis Arbessier un homme organisé

Au lendemain de la signature de son contrat dotal, Benoîte Durieu-Trolliet fille de feu André et de Jeanne Montaz-Rosset avait quitté son village natal de Montpascal, son trousseau soigneusement rangé dans son coffre dont les précieux tabliers de velours et de satin, pour rejoindre la paroisse d’Hermillon de son futur époux. 

M’était parvenue la rumeur de son mariage avec Louis Arbessier  - fils de feu Louis et de Marie Buttard - célébré le 12 mai 1721 en l’église Saint-Martin, un jour bien printanier pour démarrer une nouvelle vie. 

Pixabay
Catapultée je ne sais comment dans le village de Savoie de mes ancêtres, un peu perplexe de me retrouver face à deux silhouettes disons la soixantaine, visages accueillants, regard en coin de l’homme, mais air plus réservé de la femme. 

- Oui tu es bien au chef-lieu d’Hermillon dans ma maison et oui je t’ai entendu tourner des pages de nos registres paroissiaux et aussi des papiers de notaire. Ne me demande pas comment je le sais c’est ainsi, et même que parfois tu étais perplexe et t’interrogeais sur la signification de mots ou de formules tarabiscotées. 

- Alors quel bilan, autant vérifier puisqu’il s’agit des affaires de notre famille. Assois-toi ! 

Fichtre, après ce préambule de Louis Arbessier, prendre son souffle, on doit être vers 1760 a priori, et se lancer. 

- Oh, je suis heureuse d’être parmi vous, et un peu intimidée : j’essaie d’exprimer mes sentiments à découvrir les actes de baptême de 4 filles avant la naissance d’un petit Martin prénommé comme son oncle qui ne vivra que 9 années. 

- Mon pauvre Martin chuchote mon aïeule, après j’ai eu 2 autres fils Michel. 

- Me tournant vers celle-ci : vous savez j’ai eu du mal à dénicher votre petite Marie mon ancêtre directe, le prêtre devait être fatigué à rédiger les actes : il vous a nommé Benoîte Gallix ou au lieu de Durieu comme pour vos autres enfants. 

- Mais ma petite elle, c’est ma cousine, comme moi du village de Montpascal. 

- Et quoi d’autre formule Louis Arbessier bien campé sur son banc ? 

- Le recensement pour la gabelle du sel de 1758 m’a révélé que votre feu d’habitation comprenait votre couple et Michel votre fils avec son épouse. Vous aviez alors 6 génisses, 2 veaux, 1 mouton et 6 chèvres. 

- Tout juste, mais tu as sauté des années assène mon aïeul. 

- Effectivement je n’ai pas encore tout lu Louis. (Il m’est difficile de lui dire qu’avec l’été, les promenades dans la nature, les moments familiaux et amicaux, l’assiduité avec les grimoires diminue).

Mais j’ai découvert les contrats de mariage d’Anne avec Antoine Buttard et de Marie avec Jean-François Deschamps , les noms de proches comme témoins dénotant les liens entre les membres de la famille. Vos gendres savent signer. 

- Et oui ma curieuse descendante, tout comme mon fils Michel a signé son contrat de mariage avec Marie-Thérèse Bordon. On s’était déplacé à Sainte-Marie de Cuines, le fils et les gendres, pour tout régler. 

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J’ai promis « de nourrir et vêtir, entretenir les époux et leurs enfants qui devaient travailler à mon profit, et au cas où ils se sépareraient, je leur prêterai un bâtiment comprenant une cuisine, une cave, un sertour avec une grange et une écurie ». Tu vois je sais que parfois au bout d’un moment les jeunes veulent être chez eux ! 

Là Louis prend la main de son épouse Benoîte et ajoute :

Même que cette année 1761, comme pour marquer 40 années de vie conjugale, lucide sur mon âge avancé mais encore sain d’esprit, je suis descendu à la cité de Saint-Jean de Maurienne en la maison en banche de Maître Simon-Joseph Dupré notaire royal et collégié pour lui dicter mon testament. (1)

Ma chère épouse est désignée comme usufruitière tandis que mon fils Michel est mon héritier universel, mes deux filles Anne et Marie déjà dotées auront chacune 100 livres payables en 2 fois après mon décès et après celui de Benoîte. 

Tristesse à constater que seuls 3 enfants sur une fratrie de 8 sont arrivés à l’âge adulte. 

Du beau monde comme témoins cet après-midi là le 2 mai 1761 chez le Notaire : dont un procureur au bailliage, un commissaire au terrier, un étudiant en philosophie, passaient-ils par là ou étaient-ils parfois en relation avec le testateur ? Le mystère demeurera. 

- Bon tout cela reste entre nous, n’est-ce pas ? On te raccompagne au bas du village histoire de s’assurer qu’une voiture vient bien te récupérer et de montrer aux gens qu’on est ouvert vers le lointain. 

Benoîte m’a glissé en cachette dans mon pochon de coton bio un fromage de chèvre local donc bio. 

Tranche de paperasses, tranche de vies, en attendant de poursuivre avec Marie Arbessier et Jean-François Deschamps originaire d’un autre village. 



Louis Arbessier 1697-1765 Sosa 766
fils de Louis et de Marie Buttard 
x 12/05/1721 à Hermillon 
Benoîte Durieu-Trolliet 1700->1761 Sosa 767
fille d'André et de Jeanne Montaz-Rosset 

- Marie 1723
- Anne-Marie 1726
- Jeanne 1726
- Anne 1730 x 1753 Antoine Buttard
- Martin 1734-1743
- Marie 1735-1810 Sosa 383 x 1755 Jean-François Deschamps 1736-1806 Sosa 382
- Michel 1738
- Michel 1740 x 1756 Marie-Thérèse Bordon



(1) En Savoie, le notaire collégié a fait ses études dans un collège de droit, probablement religieux, mais qui n’est point ecclésiastique ni astreint à l'habit ecclésiastique.

La banche au départ est un étal, puis un comptoir comme le comptoir de change, et aussi un pupitre d'écrivain, ensuite un local où on écrit, bureau, devenu l'étude pour les notaires. 


Dialogues imaginés
mais personnes liées à ma généalogie 
selon les principes du RDVAncestral 

Retrouver la famille de Benoîte 




Sources 
AD 73 BMS Hermillon
AD 73 Tabellion St-Jean de Maurienne et la Chambre 1753 1755 1756 1761
Relevés GénéMaurienne

samedi 7 septembre 2019

Acte d'émancipation de Jean-Pierre Sibué

Sur le thème je suis un homme et veux être autonome et les natifs de Fontcouverte ont du caractère, je vous embarque sur le sujet de l’émancipation en Savoie au 18ème siècle, ses subtiles formalités et son cérémonial quasi- moyenâgeux, avec de lointains collatéraux de ma généalogie.

Les protagonistes principaux : Jean-Baptiste Sibué - le père - la bonne cinquantaine, laboureur demeurant à Fontcouverte et Jean-Pierre Sibué - le fils – âgé de 34 ans et marié qui est installé depuis plusieurs années à la grande rue de la ville de Saint-Jean de Maurienne où il a des affaires. 

Le fiston semble-t-il a souvent prié et supplié son père de bien vouloir l’émanciper et le mettre hors de ses biens et puissance paternelle, afin de disposer de ses épargnes et pouvoir plus facilement gérer son commerce. Le patriarche de guerre lasse a déposé une requête en ce sens. 

Là entrent en jeu, les autres intervenants, et pas les moindres, Monsieur Brunet Juge-Mage de la province de Maurienne flanqué de Maître Jean-Antoine Viallet Notaire et Greffier

Imaginer sur le coup de six heures du soir, le 9 décembre 1782, les doctes Brunet et Viallet, requis par les sieurs Sibué, et devant se transporter dans la maison d’habitation de Jean-Pierre le fiston qui se trouve alité à cause de sérieuse maladie, le père lui il doit avoir la santé ! 

Le Juge-Mage enregistre que Jean-Baptiste Sibué veut bien accorder – dans le sens d’acquiescer à la supplique de son rejeton, sauf qu’il entend ne point se départir, mais au contraire se réserver, tous les fruits des biens de l’Antoinette Buisson-Carles sa feue femme et mère dudit Jean-Pierre. Magnanime le père condescend à relâcher son fiston pour tous les biens meubles et immeubles qu’il a acquis depuis qu’il est séparé d’avec lui. 


Monsieur Brunet Juge-Mage adhérant à ces propositions :
« fait asseoir, sur une chaise à côté de nous ledit Jean-Baptiste Sibué, son chapeau sur la tête, ledit Jean-Pierre Sibué, le fils s’était remué comme il a pu de son lit, se mettant devant son dit père,
avant icellui les mains jointes entre celles de son dit père, qui les lui a ouvertes et fermées par trois différentes fois, en lui disant à chaque fois : 
« Mon fils, je vous émancipe et vous mets hors de mes liens et puissance paternelle » avec pouvoir qu’il lui a donné de tester, contracter, ester en jugement et de faire tous les actes et contrats que peuvent faire les personnes libres et dûment émancipées, de quoi ledit Jean-Pierre Sibué a remercié son dit père en nous requérant acte par lequel il nous plût de le déclarer libre et émancipé.» 

Dès lors il ne restait plus à l’autorité judiciaire qu’à valider cet acte d’émancipation en le signant, à recueillir le contreseing du notaire qui avait aussi pour mission de l’insinuer à l’office du Tabellion de Saint-Jean de Maurienne après avoir récupéré trois livres auprès du nouvel émancipé. 

Ce petit article déniché sur Gallica souligne la gestuelle symbolique de l’acte d’émancipation en pays de droit écrit sous l’influence du droit romain (et non pas seulement propre à la Savoie). 

Avant le décès du père c’est le seul acte qui permet à l’enfant quelque soit son âge de s’affranchir de la puissance paternelle et d’obtenir la pleine capacité juridique. Les gestes entre le père et son fils sont tout autant importants que les phrases échangées et symbolisent la rupture du devoir d’obéissance, la fin de la soumission à son ascendant. 

Dans le lien vers un article d’Histoire-Généalogie sur l’émancipation, ICI l’exemple cité pour la Drôme révèle que les fils doivent se mettre à deux genoux devant leur père également assis sur une chaise. 

Au cours de vos lectures ou recherches avez-vous eu connaissance de ce type d’acte ou avez-vous des ancêtres ou collatéraux émancipés ? 





Sources
Gallica Revue Société d’Histoire et d’Archéologie de la Maurienne
Généanet
Image Théodore Géricault Musée de Bayonne

Pour aller plus loin


samedi 27 juillet 2019

Quelques lignes pour Jean Doffemont

Berthenicourt, tout petit village traversé par plusieurs bras de l’Oise, en ce vingt-septième jour de juillet de l’an de grâce 1700, plusieurs silhouettes se dépêchent vers l’église Saint-Basle fondée par le Seigneur de Moy vers le 12 ème siècle. 

En terre picarde, voici 319 années de cela Jean Doffemont un lointain ancêtre s’unissait avec Jeanne Guilbon, lui vous l’avez entre-aperçu dans le billet sur Magdeleine Dury dite l'invisible d'Alaincourt.


Jean vient tout juste de perdre sa mère et il n’a pas pour ainsi dire connu son père Pierre Doffemont, tandis que l’épousée est fille des défunts Nicolas Guilbon et d’Anne Lebrun. Les vies sont brèves à cette époque.

Les mariés sont entourés par leurs proches, précieux acte dans lequel le Curé de Berthenicourt, qui officie également à Alaincourt, prend la peine de noter la parenté des témoins. Pour Jean Doffemont, son beau-père Charles Goulière est témoin, ainsi que Jacques Sellier un demi-frère. Sont présents autour de Jeanne Guilbon son frère Jacques et Charles Cléry son beau-frère. 

Il y a 319 ans de cela, des cloches étaient-elles déjà installées dans le cocher pointu de Berthenicourt pour carillonner à la fin de la cérémonie ? 

Désormais la vie de Jean s’écoulera à Berthenicourt, avec Jeanne il aura 5 enfants : Claire, Agnès mon ancêtre épousera Henry Leroy Sous-Brigadier des Fermes du Roi, Jean, Anne et Basle. Les baptisés seront tenus sur une cuve en pierre bleue posée sur un fût cylindrique, cuve ornée des têtes des 4 évangélistes. 

Quant à Saint-Basle patron de l’église et prénom du petit dernier de Jean Doffemont, originaire de Limoges il évangélisa la Lorraine et vécu au monastère de Verzy, il serait décédé vers 620. 

Juste quelques lignes pour les épousailles de Jean Doffemont et Jeanne Guilbon, un des nombreux couples de ma branche de l’Aisne, des vies entre deux paroisses contiguës.



Jean Doffemont 1673-1736 sosa 894 
fils de Pierre et Magdeleine Dury
x 27/07/1700 à Berthenicourt
Jeanne Guilbon 1670-1713 sosa 895
  fille de Nicolas et Anne Lebrun


au moins 5 enfants
- Claire 1701-1720
- Agnès 1702->1771 sosa 447 x Henry Leroy sosa 446
- Jean 1704-1765 x Marie-Barbe Cordier 
- Anne 1706-1774 x Jacques Dumesnil 
- Basle 1709-1745 x Marie-Catherine Carpentier 


Sources
AD 02 Alaincourt BMS 1669-1756 vue 60




mardi 9 juillet 2019

Qui est la mère de Jeanne Montaz-Rosset

Avec l’inventaire après décès en 1702 d’André Durieu Trolliet fils de Jean Cosme, j’ai pu pénétrer dans la maison de mon ancêtre, et découvrir que sa veuve Jeanne Montaz-Rosset avait quatre enfants sur les bras. Puis je me suis attachée à celle qui a géré son petit monde pendant de longues années et chuchoté ses confidences, et ne peux lui en vouloir d'avoir été muette sur sa naissance et sa mère. 

Jeanne décède en 1733 à plus de 70 ans sans s’être remariée, ce qui suppose un baptême avant 1660 et m’incite à feuilleter les registres, du temps où Montpascal dépendait du Duché de Savoie, pour avancer dans sa filiation. 

Le 1er mai 1675, lors son union avec André, Jeanne est mentionnée fille de Jean-Baptiste Montaz-Rosset - point à la ligne - avec les actes en latin sommaires de cette époque aucune mention des mères : un des charmes de la généalogie savoyarde.

Chaque fois c’est le même refrain : qui est la mère, qui sont les frères et sœurs (dont un frère Rémi Montaz-Rosset témoin dans des actes notariés) et quand Jeanne a-t-elle été baptisée ?


Naviguant entre les arbres mis en ligne sur Généanet et un relevé collaboratif fait pas un passionné, j’ai remarqué 2 actes de mariage et pointé les naissances pour les 2 couples. 

1/ Le 15 juillet 1650 Jean-Baptiste Montaz-Rosset se marie avec Jeanne Ravoire fille de Pierre Ravoire. 

Les baptêmes de 7 enfants s’échelonnent avec Louise, Simon, Jacques en 1652, 1655, 1657, et ensuite viennent Dominique, Claudie, Claudine, Rémi respectivement en 1663, 1666 1670 et 1672 : dans les actes la mère est nommée Joanna ce qui est logique en latin. 

Pas de Jeanne à l’horizon, qui aurait pu voir le jour entre 1659/1661 et susceptible de s’être mariée en 1675, mais des lacunes du registre ne sont pas exclues. 

Parfois Jeanne est indiquée être baptisée le 30 juin 1663, or il s’agit de sa sœur Dominique qui porte le prénom de sa marraine, sœur qui se marie bien jeunette en 1676. 

2/ Le 14 juin 1654 Jean Montaz-Rosset fils de Jean se marie avec Jeanne Ravoire fille de Pierre Ravoire. 

Les baptêmes de leurs enfants commencent seulement en 1664 avec Pétronille, puis Jean-Pierre et Antoinette 1667 et 1670, ensuite Jeanne en 1673, et Antoine en 1679. 



Tiens la Jeanne de ce second couple ou plutôt Jenon a pour marraine Jenon Ravoire épouse de Jean-Baptiste Montaz-Rosset donc du premier couple. S’en souvenir Jeanne-Jenon. 

A ce stade, j’ai repris la direction des actes notariés insinués par le Tabellion de Saint-Jean de Maurienne pour glaner des indices. 

En 1700, dans l’inventaire après décès de Simon Montaz-Rosset le fils aîné de Jean-Baptiste Montaz-Rosset figurent comme témoin son frère Rémi et la référence à des biens indivis desdits frères.




En 1703, Genon Ravoire veuve de Jean-Baptiste Montaz-Rosset fait un codicille à un testament de 1695 en raison du décès de Simon. Elle fait le nécessaire pour que la part qui devait lui revenir - soit 200 florins de Savoie - aille à ses 6 fils, donc des petits-fils pour elle, le reste n’est pas modifié et Rémi le fils cadet touchera aussi 200 florins. 

S’agissant d’un codicille et donc d’une adaptation du testament initial - non disponible - l’absence de référence aux filles du couple n’est pas anormale. 

Simon, Rémi frères : soit deux des enfants du couple Jean-Baptiste Montaz-Rosset et Jeanne-Jenon-Genon Ravoire. Rémi étant le frère de Jeanne, à mon sens mon aïeule fait partie de cette fratrie. 



Le second nuage de mots est constitué avec la déclinaison des variantes du prénom Jeanne trouvées dans une étude sur les prénoms anciens en Savoie du 14ème au 17ème siècle.




Jean-Baptiste Montaz-Rosset ca 1625-1684 Sosa 3070
x 15/07/1650 à Montpascal 
Jeanne Ravoire  1635- > 1714 Sosa 3071 fille de Pierre

 8 enfants 
- Louise 1652-1723 x Esprit Albrieu
- Simon 1655-1700 x Marie Crosaz-Blanc
- Jacques 1657
- Jeanne ca 1600-1733 Sosa 1535  x André Durieu-Trolliet Sosa 1534
- Dominique 1663-1709 x Hughes Gallix
- Claudine 1666-1701 x Jean-Louis Tronel 
- Claudie 1670 
- Rémi 1672-1757 x Benoîte Tronel 




Sources
AD 73 BMS Montpascal
AD 73 Tabellion de St-Jean de Maurienne 1700- 1703
Généanet
Site Persée
Michel Emerich  Nouvelle Revue d’Onomastique
Les prénoms dans la Vallée de Thônes du 14e au 17e siècle