samedi 16 janvier 2021

Grand oral avec Moyse Durand

Distanciel, vous avez formulé distanciel ? Le nez plongé dans les registres en ligne de mes chères archives pour pister mes ancêtres, j’écarquille les yeux ou fronce les sourcils selon l’écriture du prêtre, du notaire, de l’agent recenseur, des dates ou délais. Tantôt étonnée ou mécontente, je barjaque à voix haute avec l’ordinateur. A ce stade, une coupure s’impose, avec une autre formule. 

Présentiel, rien ne vaut une petite dose de présentiel : chic voilà le samedi du mois où on peut partir à la rencontre de ses ancêtres : les voir, les écouter, les toucher. 

Galllica Carte Cassini extrait Montmeyran-La Baume


Petit passage à vide, frissons, des mains précautionneuses viennent de déposer sur mes épaules un châle au touché d’une matière authentique mais un peu rugueuse, je suis assise dans une pièce où les flammes crépitent dans la cheminée. La lumière chaude révèle deux silhouettes. 

- Quelle idée d’être dehors par ce temps épouvantable d’hiver, mon épouse Isabeau Arnoux vous a rencontrée à deux pas de notre porte et incitée à la suivre, vous avez sursauté et grelotiez. Je me nomme Moyse Durand et vous reçoit volontiers en toute simplicité. Vous allez mieux ? 

Moyse, Moyse ? Pas étonnant hier soir j’ai « sauvegardé la petite famille » de mon hôte en fermant mon logiciel de généalogie. Au vu des visages ridés de mes hôtes nous sommes vers 1730-1735. 

- Merci infiniment de m’accueillir : alors je suis en Dauphiné à Montmeyran, et comment résumer nous sommes un peu parents… certes avec plusieurs générations de décalage Quelle coïncidence vous savez, je suis émue d’être là avec vous. 

- Bizarre je n’ai pas souvenir de vous avoir croisée au village, comment sommes-nous liés ? 

- C’est tout simple par votre fille cadette Anne qui est ma lointaine grand-mère ! 

Isabeau est maintenant assise à côté de Moyse sur le même banc : à leur tour d’écarquiller leurs yeux et de froncer les sourcils. 

- Mais dites-moi Moyse si je connais votre filiation c’est grâce à votre premier mariage en 1689 à Montmeyran avec Marie Mourat ; vous avez grandi dans la paroisse voisine de La Baume Cornillane avec Claude Durand et Judith Petit pour parents. 

- Mouais marmonne l’ancêtre. 


AD 26 Montmeyran BMS 1689


- Votre signature Moyse sur cet acte, lors des baptêmes de vos premiers enfants à l’église de Montmeyran, tout comme sur l'acte de remariage avec Isabeau Arnoux en 1699 m’a beaucoup aidée : tristesse à découvrir la fragilité des vies des petits enfants ou de leur mère. 

- Ah bé ! pour l’un. Oh muet de l’autre. 

- Ensuite avec Isabeau, vous aurez quatre autres enfants pour éclairer vos jours, mais seules deux filles grandiront Gabrielle et Anne désormais mariées si je ne fais pas erreur. 

Silence, Moyse a pris la main d’Isabeau : je sais, je sais, compte tenu des paperasses pour leur dispense de 3ème degré d’affinité leur 1er enfant était disons assez prématuré. Ce côté-là me les rend sympathiques et humains, je me le garde dans ma tête et ne l’évoque pas. 


AD 26 Montmeyran BMS 1699

- Ben dis moi chère parente, tu as planché sur notre famille. Cela me fait bizarre de t’entendre évoquer ces événements de ma vie, de nos vies, nous modeste famille. 

Ce basculement au tutoiement me plait. 

- Vous savez nous sommes plusieurs à partir sur les traces de nos ancêtres, à penser que toute vie mérite de sortir de l’oubli. Je vous ennuie avec mon radotage peut-être ? 

- Pas du tout, qu’as-tu encore noté ? 

- Les témoins choisis ou les parrains et marraines lors des cérémonies à l’église : on croise Me Néry le notaire, son épouse Gabrielle Banc fille d’Antoine Banc le châtelain de Montmeyran ou Benoît Charles procureur d’office, personnages liés au fonctionnement de la communauté villageoise. Que d’éléments à approfondir. 

Ciel, la nuit est tombée, il est tard, le couvre-feu est de rigueur, comment vais-je faire ? 

- Tu fais erreur, nous ne sommes pas en 1721 lorsque circulait de village en village la rumeur de la peste qui décimait une grande ville, Marseille je crois. A cette époque, Montmeyran comme d'autres villages établit une clôture rigoureuse avec une garde veillant aux portes, après des mois d’anxiété l’épidémie n’atteignit pas le Dauphiné 

On est actuellement en 1734, tout cela est loin, je ne comprends pas ta réaction. De toute façon on ne te laisse pas partir ce soir, on te garde, nous sommes seuls depuis le mariage de nos filles. 

Entre temps Isabeau s’est levée, activée.

Après la soupe épaissie par du pain, et une tisane odorante à la verveine, savourée avec Isabeau et Moyse en silence, sous l’éclairage vacillant d’une chandelle, juste des regards échangés, des pensées qui vagabondent, j’ai atterri dans un des lits de la maisonnée lovée sous un chaud édredon. 

J’ai oublié de demander son métier à Moyse. 
J’ai oublié de demander les noms de ses parents à Isabeau ou de ses frère et sœur. 
Mais qu’a mis dans la tisane Isabeau en plus de la verveine, de la passiflore ? 
Dans les bras de Morphée je suis, malgré la paillasse qui me gratouille. 
J’ai fait un rêve. 

Isabeau et Moyse décédés en 1735 et 1744 seront ensevelis en terre profane, indice révélateur des nouveaux convertis après 1685, date-couperet de la Révocation de l’Edit Nantes pour les protestants.



 


Dialogues imaginaires 
selon les principes du RDVAncestral
 mais personnes liées à ma généalogie 



Sources
AD 26 Montmeyran BMS
Relevés EGDA 




samedi 9 janvier 2021

Entre gendarmerie et hameau

Pour le premier billet de l’an neuf, j’ai choisi deux évènements porteurs d’espoir, deux entrées dans le monde et pas n’importe lesquelles. 

En cette fin d’année 1886, une dépression rapide avec de violentes rafales avait balayé le 26 décembre les îles britanniques avant de toucher la moitié nord de la France en se décalant vers l’est. L’Angleterre ensevelie sous la neige, des poteaux télégraphiques détruits et les paquebots bloqués dans les ports, se trouva isolée du continent. A Paris les vents occasionnèrent d’importants dégâts matériels et paniquèrent les animaux de la ménagerie de la Porte Maillot… 

Le 27 décembre la neige s’attarda sur le nord-est du pays, puis la pluie et le redoux furent au programme, comme la préparation du réveillon de la Saint-Sylvestre et notamment à Hirson dans l’Aisne, bourg situé à proximité de la frontière belge. 

Delcampe - Hirson Rue Alexandre Dumas et gendarmerie 

Je ne sais qui de la maréchaussée locale étaient les gendarmes de permanence, toujours est-il que le 31 décembre 1886 rue Alexandre Dumas où était implantée la gendarmerie, à l’étage des logements de fonction, il y avait de l’effervescence, de l’attente, de l’anxiété, de l’émotion. 

Un locataire officieux au foyer de Clotilde Anatalie Lescouet et Jean-Baptiste Adolphe Mercier, gendarme de son état, s’apprêtait à pousser son premier cri : à onze heures du soir exactement. Le couple marié depuis plus de 6 ans accueillait leur premier et unique enfant, un fils prénommé Emile Octave Georges : la maman âgée de 32 ans saurait s’en occuper, elle qui était l’aînée d’une fratrie de 10 enfants. 

Je ne sais si l’heureux père de 34 ans déboucha plusieurs bouteilles pour fêter cette naissance, toujours est-il que le surlendemain 2 janvier 1887 à 10 heures, il alla déclarer l’enfant à la mairie d’Hirson flanqué de deux gendarmes, deux collègues François Cuvellier 40 ans et François Poix 27 printemps. 

Je ne sais si Emile eut l’occasion de trottiner dans la rue Alexandre Dumas faute de situer avec précision les dates des différentes mutations de son gendarme de père originaire de Barisis, tandis que sa mère est originaire de Watigny. 

Premiers mois à Hirson pour Emile, premiers mois en Thiérache et à plus 700 kilomètres de là en terre drômoise quelque temps plus tard en 1888. 


AD 26 Extrait cadastre Montmeyran Les Dorelons

Une nuit de début de printemps le 28 mars 1888 aux hameau des Dorelons à Montmeyran, il y avait de l'agitation au foyer de Jean Pierre Arnoux cultivateur de son état, son épouse Noémie Olympe Lagier était « en travail ». L’attente il connaissait déjà le père et l’exclusion aussi … Désirée son aînée très raisonnable surveillait sa sœur Fanny et son petit frère Bénoni qui allait perdre son rang de cadet. 

L’enfant pointa son nez à 9 heures du matin : Isabelle était son seul prénom choisi par Noémie la maman de 38 ans, sa mère l’inscrira sur la page de garde de la Bible familiale. Le même jour, bien emmaillotée, la petiote était présentée au Maire de Montmeyran par son père Jean Pierre Arnoux 45 ans, avec comme témoin le précieux Elie Cornand 66 ans ancien instituteur et Elie Masserole lointain cousin le garde-champêtre 42 ans au compteur. 

Cette année-là se poursuivait la construction de la Tour Eiffel à Paris en vue de l’exposition universelle qui devait prochainement se tenir. L’été 1888 très frais compliqua les récoltes, localement à Montmeyran, le Gymnase civil de Valence donna une séance de gymnastique avec intermèdes par la fanfare de Beaumont les Valence. Le produit d’une quête a été versé aux pauvres et le maire s’engagea à créer une société de gymnastique et un cours pour les écoles. 

J’ignore si cette promesse fut tenue par l’édile de Montmeyran, mais Isabelle Arnoux alla bien à l’école celle du hameau des Dinas, et même un peu plus. Ma grand-mère maternelle devint institutrice et fraiche et émoulue diplômée se retrouva nommée en terre axonnaise, où elle se laisser conter fleurette par Emile Mercier mon grand-père maternel devenu instituteur. 

Deux lieux de naissance, lieux de première enfance ou d'enfance.      


Retrouver Isabelle et Emile 


Sources 
Tempêtes Meteo France 
Retronews Le Petit Marseillais 3 juillet 1888

samedi 19 décembre 2020

Des signatures et des êtres

Brefs instants saisis au détour d’actes rédigés par le prêtre du lieu, à l’issue d’une cérémonie : les imaginer en train de tremper la plume dans l’encre, prendre juste ce qui est nécessaire du sombre liquide, hésiter faute de pratique, ou en habitué négligemment reproduire son paraphe. 

Sentez l’odeur de l’encre, entendez le crissement de la plume sur le grain du papier du registre ! Appliquez vous, concentrez vous : ce sera autant de rencontres avec des ancêtres ou des collatéraux : des signatures mais, et surtout, des êtres. 




Souvenez-vous du jour heureux à Aubenton en 1669 où Catherine Gérard a signé son acte de mariage avec Gobert Brugnon. Jacques Gérard son père était présent, ému peut-être à la voir partir vers un nouveau destin dans un autre village Watigny, toujours en Thiérache. 

Dans cette même église de pierres, Jacques Gérard lors d’autres jours heureux est intervenu au mariage de son neveu fils de son frère Gilles, ou comme grand-père lors de l’union de sa petite-fille Antoinette Gallois, autant de moments dérobés avec lui, avec eux tous. 

Jours plus sombres et de peine en 1675, lorsque Jean Gérard est témoin lors de l’inhumation de Marguerite Paroisse son épouse, de sa belle-sœur Jeanne Paroisse et de son gendre Antoine Gallois. Que le prêtre soit ici remercié de sa précision sur la parenté des témoins, qui comble des années lacunaires, et de sa vigilance à recueillir les signatures. 

Jours heureux dans l’église de briques de Watigny où au fil des ans furent baptisés les 6 enfants de Gobert Brugnon, maréchal, mis au monde par Catherine Gérard entre 1670 et 1686. 

Lors de ma traque aux indices, chère Catherine j’ai croisé - dans votre nouvelle paroisse - à l’occasion de ces baptêmes : Françoise Gérard votre sœur ou Catherine votre nièce fille de votre frère Jean Gérard le menuisier et Jacques tous venus d’Aubenton, mais aussi votre frère Nicolas Gérard installé à Charleroi en Hainaut. 

Brefs instantanés qui nous relient avec la chaîne des générations : grâce à eux l’entourage d’aïeux se précise, des liens apparaissent entre les êtres, entre les lieux, leurs joies ou projets, leurs peines ou espérances. 

Promis à l’occasion j’irai recueillir les confidences de Catherine et celles de Gobert le maréchal. 


Retrouver Catherine Gérard et Gobert Brugnon



Gobert Brugnon sosa 1750 ca 1642-1700 fils de Jean 
x 1669 Catherine Gérard sosa 1751 ca 1646-1700 
fille de Jacques et Marguerite Paroisse

6 enfants dont
  Jeanne Brugnon sosa 875
x 1701 Pierre Dru sosa 874


samedi 5 décembre 2020

Un vieillard au pied du chêne

Au hasard d’une recherche dans la presse ancienne, ciblée sur Barisis village de mes ancêtres, un bref entrefilet du Journal de Saint-Quentin et de l’Aisne du 30 novembre 1897 mentionne : 

« On a retrouvé vendredi, vers 9 heures du soir, dans le bois de Barisis, à proximité de la route qui conduit d’Amigny-Rouy à la fabrique de sucre de Barisis, le cadavre d’un vieillard de cette commune, nommé Cochet. 

On suppose que ce pauvre homme, qui était allé ramasser du crottin, aura été saisi par le froid, et qu’il sera allé s’asseoir au pied du chêne où son fils, qui s’étonnait de de ne pas le voir rentrer, et M. Vivet garde-champêtre, l’ont finalement découvert. »



Un petit tour dans le registre d’Etat-Civil de la commune permet de dénicher l’acte de décès de Jean-Baptiste Cochet du 27 novembre 1897 : son fils Henry Auguste Cochet âgé de 50 ans, manouvrier de son état, s’est rendu à la mairie pour la déclaration, accompagné de Florimond Vivet le garde-champêtre. 

Le défunt est mentionné avoir été examiné par un médecin et s’être éteint en sa demeure à 9 heures du soir. Comme un léger décalage sur le lieu de décès entre le journal et l’acte, toujours est-il Jean-Baptiste Cochet a été saisi par le froid un jour de novembre à l’extérieur de chez lui. 

Il était fils d’un autre Jean-Baptiste Cochet et de Catherine Courty et veuf de Rosalie Bleuet : et me voilà chercher son union et, autre découverte, car cette dernière est une lointaine collatérale, mon arbre s’est donc étoffé avec cet entrefilet sur le nommé Cochet.


Sur le thème de la presse



Sources 
AD 02 Barisis EC 
Retronews 
Le Journal de St-Quentin et de l'Aisne


mercredi 11 novembre 2020

Emile Faure l'oncle des Gallands

Le héros de ce billet, en ce jour de commémoration de l’armistice, est le grand-oncle, ou arrière-grand-oncle Emile « dit des Gallands » par certains de mes cousins : son parcours de soldat pendant la première guerre mondiale le justifie. 

Ce n’est pas mon « oncle », mais par son épouse, une lointaine de mes collatérales, il figure comme allié dans mon arbre généalogique. 

Pierre Emile Faure voit le jour dans la Drôme à Montmeyran, au lieudit Les Gallands, le 26 mars 1878, c’est le premier enfant de François Faure cultivateur et d’Adèle Sauvan mariés depuis 4 ans. Il grandira fils unique, au foyer les recensements révèlent qu’un domestique aide le chef de famille pour ses travaux, et que ses grands-parents paternels demeurent à côté. 

Le temps passant si vite, à 20 ans en 1898, Emile doit satisfaire à ses obligations militaires, la précieuse fiche matricule du Bureau de Recrutement de Romans nous apprend qu’il est cultivateur. D’une stature de 1 m 66, il a des yeux châtains tout comme ses cheveux et sourcils, un visage ovale et un menton rond, son degré d’instruction est qualifié de 3 soit une instruction primaire développée. 


AD 26 Extrait fiche matricule 


Affecté au 2e Régiment d’Artillerie, l’oncle Emile est arrivé au corps le 16 novembre 1899 comme soldat, nommé un an après brigadier et ensuite maréchal des logis, il devait donc donner satisfaction. Mis en disponibilité le 20 septembre 1902 - après 34 mois de service militaire - il regagne sa terre natale. 

Jour heureux le 23 mai 1908, Emile Faure épouse à Montmeyran Marie Louise Thezier fille d’Eugène Thezier et Sophie Comte, ils ont le même âge. 

Jour sombre avec le déclenchement de la première guerre mondiale le 4 août 1914, notre poilu intègre à 36 ans l’Armée du Nord et du Nord Est, pour un certain temps : jusqu’au 17 février 1919. 

De son parcours pendant le conflit, je retiens son affectation au départ : dans le 6e régiment d’artillerie lourde basé à Valence, puis dans d’autres régiments d’artillerie. (107e, 141e, 114e) 

Si je me réfère au précieux site chtimiste.com ce type de régiment comprend 3 groupes de 3 batteries d’artillerie de canon de 75, régiment « monté » donc à cheval. Chaque batterie comprend 9 pelotons de pièce, peloton commandé par un maréchal des logis : la place d’Emile Faure devait donc être par là. 

Loin de moi l’idée de vous infliger un parcours détaillé qui correspond en tant de pages d’histoire, j’en suis incapable. 



Tout est résumé dans la citation reportée sur la fiche matricule : 

« Cité à l’ordre de la Brigade d’Artillerie de Campagne du 1er C à C ( ? ) en date du 30 juillet 1916 a pris part à l’attaque des Eparges, aux offensives d’Artois et sur la Somme. Excellent chef de pièce, a toujours fait preuve des plus solides qualités militaires, en montrant en toutes circonstances le plus grand sang-froid et un complet mépris du danger » 

L’oncle « des Gallands » appartient à ceux qui ont traversé tout le conflit, échappé aux lames de feu contrairement en tant de ses frères d’armes, revenu avec des meurtrissures du corps je ne sais, des meurtrissures de l’âme sûrement. 

Bibliothèque de souvenirs à une époque, il ne dédaignait pas les raconter : j’ai en mémoire que Papa l’écoutait, exprimait-il l'indicible ? Maman et moi préférions deviser avec nos cousines, âgé, veuf sans enfants, il demeurait alors chez des neveux. Emile Faure s’est éteint à Die le 22 février 1970. 

Regardez, il n’a pas disparu, une carte de combattant lui a été délivré en 1929, il nous dit souvenons-nous. Courage, espérez !

 





Sur le blog des soldats de la Grande Guerre
Eclairs d'acier sur Emile


Sources
AD 26 : Etat Civil 
Carte Ancien Combattant
Fiche matricule
1 R 202 FM 1177 vue 277

Pour aller plus loin
Chtimiste.com 
Historique des régiments d'artillerie

Musée de la Grande Guerre :
L'artillerie

samedi 17 octobre 2020

Village disparu village déplacé

Si je savais faire un croquis, si je savais maîtriser un logiciel en 3 D, je reconstituerais l’ancien village de Montmeyran terroir de mes ancêtres drômois. Au lieu de cela des extraits de plans m’échappent des mains, glissent de la table, tombent sur le plancher, s’envolent jusque sur le balcon par la fenêtre ouverte. Le soleil couchant envoie une lame de lumière, éblouissement total, centaines de papillons dans les yeux et ? 

Je me retrouve assise sur un tertre herbeux, ose enlever une main de mon visage, puis l’autre et distingue la montagne de la Raye au loin, un contrefort du Vercors. 

Je suis vers 1700-1710 à apercevoir des silhouettes déjà rencontrées dans un quadruple mariage à Montmeyran, elles sont toutes un tantinet plus jeune : Isabeau Clément m’aide à me relever, à ses côtés Jean Dorelon son époux, en retrait Claude Richard et sa femme Madeleine Arnoux. 

Cette fois, je lance à la cantonade à mon quatuor d’ancêtres : racontez-moi votre village d’antan, il paraît que chacun de ces côteaux porte un nom différent ? 

Montmeyran Tour et quartier des Rollands © Delcampe

Le posé Claude Richard d’énoncer : au sud derrière nous c’est le Serre de la Motte, puis le second le Serre de la Palette, le troisième le plus élevé est le Serre de Meyran où nous sommes, ensuite le Serre de Fournier, et le cinquième le Serre de St-Genis. 

Notre village est construit sur le Serre du Meyran, tout autour le mur d’enceinte que vous voyez a 12 mètres de hauteur, et s’étend sur une longueur de 750 mètre. Qui a soufflé les mesures actuelles dans l’oreillette de mon ancêtre ? Cette enceinte est flanquée de 5 tours de plus de 15 mètres de haut. 

Vous êtes arrivée par quelle porte, celle du couchant dite Jame ou de la Garenne, ou avez-vous emprunté la porte du levant dite des Barrys ? Il me paraît exclu que vous soyez passé au nord par la petite porte qui fait communiquer le village avec le cimetière de St-Genis. 

A vrai dire, je ne sais pas comment je suis arrivée ici …… 

Moment de silence, grands doutes de mes interlocuteurs et Jean Dorelon poursuit : à votre époque il reste combien de tours ? 

Oh il se chuchote, que 3 d’entre elles en ruines se voyaient vers le 19ème siècle, puis une seule. 

Enfin notre village qui s’étend en amphithéâtre sur plus de 3 hectares à cheval sur les deux flancs du côteau, vous l’avez traversé avant qu’on vous croise ? 

A vrai dire, je ne sais pas non plus… 

Bon, certes, regards perplexes : on va se diriger ensemble vers le château qui abrite le seigneur vassal, il se prolonge par des écuries, et un puits sert à toute la population, à proximité observez la tour du Colombier. 

Docilement j’obtempère, cheminant avec à ma droite Isabeau Clément et à ma gauche Madeleine Arnoux, lorgnant toutes deux mon étrange vêture. 

Voilà on approche de l’église paroissiale placée sous le vocable de Saint Blaise, regardez plusieurs rues débouchent sur la grande porte du Vent, on va y pénétrer. 

Dans cet édifice – peut-être de 8 mètres de large et de 25 mètres de long – mes guides de ce rendez-vous ancestral s’y sont mariés et leurs enfants y furent baptisés, nouveaux convertis ayant abjuré après la Révocation de l’Edit de Nantes la foi de leurs pères. 


AD 26 Montmeyran Cadastre 1812 extrait

Je suis pensive, les tons basculent sur le sépia, puis les gris, tout s’obscurcit, les propos de mes ancêtres deviennent inaudibles. Tout disparait. Le silence. 

Comme témoins d’un passé enfoui : quelques briques du carrelage de l’église usées par les fidèles, église désormais écroulée, à fleur de terre un pan du donjon, une trace du colombier. La masse imposante des remparts n’est plus. 

Montmeyran à la suite des guerres de religion vit sa population diminuer considérablement, les protestants descendirent dans la plaine de l’est. Les catholiques peu nombreux se dirigèrent à l’ouest vers le nouveau village - implantation actuelle - ils prirent au quartier du Colombier la pierre nécessaire à la construction de la nouvelle église, l’ancienne étant en mauvaise état, pour leurs nouvelles maisons ils prirent les pierres des remparts et les matériaux de leurs anciens logis. 

Village déplacé vers 1730, vieux village disparu avec l’écroulement de l’ancienne église en 1750. 

Rencontre furtive avec mes ancêtres pour tenter d’expliquer ce qui m’a intriguée lors de la découverte d’une notice historique sur le vieux Montmeyran. 

J’ai fait un rêve mais d'anciens cadastres du vieux village citaient comme patronymes : Bonnet, Clément, Dorelon,  entre autres,  figurant dans ma généalogie. 

J’ai fait un rêve, mais le cadastre napoléonien établi en 1812 mentionne deux tours en ruine, l’ancien colombier, les ruines de l’ancienne église, l’ancien cimetière, les remparts et localise l’ancien village. 

Village disparu, village déplacé.



Billet établi dans le cadre du RDVAncestral mensuel qui permet d'aller à la rencontre de ses ancêtres


Sources 
AD 26 Montmeyran BMS et cadastre
Gallica Bulletin de la Société d'archéologie et de statistiques de la Drôme : 
Notice sur l'ancien village par M.Faure 

 

jeudi 1 octobre 2020

Félix Caillet prisonnier à Feistritz

Ce billet fait écho au souhait de Généatech de mise en lumière de soldats napoléoniens liés à notre généalogie dans le cadre de la Semaine Virtuelle de la Généalogie. 

Félix Caillet, un lointain grand-oncle, fut baptisé à Presle en Savoie le 23 août 1784, il était le premier fils de Georges Caillet - mon ancêtre – et de Barbe Dunand sa seconde épouse. Il grandit avec 5 demi-frères et sœurs dont Catherine Caillet sa marraine et mon aïeule directe, puis avec 2 autres sœurs. 

Né savoyard et sujet des rois de Piémont-Sardaigne, il devint citoyen français sous la Révolution lors de l’invasion du duché de Savoie en 1792 désormais département du Mont-Blanc. Et puis le tourbillon du temps, le tourbillon de l’histoire, la grande Histoire, l’épopée napoléonienne, le besoin constant pour l’Empereur Napoléon de nouvelles recrues, voilà que je retrouve Félix Caillet parmi les soldats de la Grande Armée du Premier Empire. 

FM Félix Caillet - Mémoire des Hommes

Laboureur de son état, 1 mètre 63 de stature, au visage plein, petit front, et menton rond, Félix a un nez allongé, des yeux noirs tout comme ses cheveux et sourcils. 

La précieuse fiche matricule n° 2738 du 84ème Régiment d’Infanterie m’indique qu’il est arrivé au corps le 20 mars 1813, soldat du 3ème bataillon, 1ère compagnie. Nouvelle recrue âgée de 29 ans ! Tiens donc … 

Félix Caillet remplace un conscrit de l’an 1810, Joseph Marie Petit en l’occurrence qui a eu malchance de tirer un mauvais numéro, mais ce dernier ou sa famille pour éviter la conscription et moyennant finances a passé un contrat avec mon lointain grand-oncle qui devait avoir besoin de revenus et figurait sur la liste du même canton. 

D'abord interdit par la loi, le remplacement est autorisé à partir de 1802, sous la pression des notables et de la bourgeoisie. Le prix d'un remplaçant a beaucoup varié sous l'Empire : de 2 000 à 10 000 francs en moyenne. Cette pratique ne touche guère que 4% des conscrits entre 1807 et 1811 et tombe à 1 à 2% à la fin de l'Empire. Le prix du remplacement est tout de même de deux à dix ans de revenus pour un paysan pauvre ou un ouvrier agricole. Les contrats, passés devant notaire sont souvent accompagnés de biens en nature. 

Simple soldat Félix Caillet est mentionné fait prisonnier de guerre à Feistritz le 6 septembre 1813. Il n’est pas rentré et a été rayé des contrôles le 1er janvier 1815. 

Où se situe ce lieu, de quelles bataille et campagne s’agit-il ? Quel rôle joua le 84ème Régiment d’Infanterie ? Electroencéphalogramme plat en ce qui concerne mes connaissances. 

Moteur de recherche au secours, mémoires et souvenirs d’illustres officiers que me révélez-vous ? 

Planter la zone géographique : Feistritz est en Carinthie province de l’actuelle Autriche, au bord de la rivière Drave. 

Carte Wikipedia extrait

Pour dénicher la bataille de Feistritz, il faut lorgner du côté des campagnes d’Italie de 1813 et 1814. 

Après la bataille de Lützen en Allemagne, le bel Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie reçut l’ordre de l’Empereur Napoléon de se rendre promptement vers la péninsule pour y rassembler un corps de troupes destiné à renforcer la Grande Armée. 

Investi des pouvoirs les plus étendus, il s’occupa sans relâche de l’objet de sa mission, forma en brigades et en divisions toutes troupes françaises et italiennes qui se trouvaient dans les places de Trieste à Turin, et les fit filer vers la Carniole et la Carinthie. 

Les bataillons n’étaient formés que de conscrits arrachés récemment du sein de leurs familles, et dont la plupart n’avaient jamais tiré un coup de fusil, parmi ceux-ci rattaché au 84ème Régiment d’Infanterie de la 1ère Lieutenance le soldat Félix Caillet mon collatéral. 


Extrait Campagne d'Italie 183-1814

Cantonné au départ à Vérone, Félix est passé à Udine puis à Gorizia le 19 août 1813 où le Vice-Roi harangua ses troupes : « la guerre allait recommencer, les soldats étaient appelés à partager la gloire et les dangers ».
  
En face les troupes autrichiennes avaient franchi le Danube, celles d’Eugène de Beauharnais passé les Alpes, mais l’ennemi voulait forcer l’Armée d’Italie à se replier et tentait de couper les lieutenances. 

Les Autrichiens pour s’assurer le passage de la Drave – Drau en allemand – avaient construit à Feistritz des retranchements considérables. Le Vice-Roi ayant eu vent de ce projet décida d’attaquer ces retranchements. 

« Le 6 septembre 1813 à trois heures de l’après-midi au signal du coup de canon, le 84ème Régiment d'Infanterie et la brigade Schmitz attaquèrent de front les formidables retranchements de Feistritz. Au même moment, le général Campri à la tête de 4 bataillons se dirigeait dans les montagnes et tournaient la position. La résistance ne fut pas moins vive que l’attaque. 

Pour faire diversion les Autrichiens placèrent sur la rive gauche de la Drave de l’artillerie qui devait prendre l’attaque en flanc, mais qui furent forcés de se retirer, et les retranchements furent forcés de toutes parts. L’ennemi perdit au moins 400 hommes, autant de blessés et 500 prisonniers environ. Il fut poursuivi par l’épée dans les reins pendant deux lieues ». 

« Les jeunes conscrits, qui voyaient le feu pour la première fois, se battirent comme d’anciens soldats, et enfoncèrent à la baïonnette et au pas de charge trois bataillons de grenadiers ennemis qui arrivaient au secours du corps battus. 

Un temps affreux et la pluie tombant à verse ne ralentirent pas l’ardeur des soldats français, mais empêchèrent de poursuivre les ennemis. La perte des Français fut beaucoup moindre que celle des Autrichiens : 60 morts et 300 blessés environ. 

A cinq heures et demie, les retranchements et la position de Feistritz étaient complétement emportés.» 

Brève bataille favorable à la Grande Armée avec peu de pertes françaises et pas de mention du nombre des prisonniers faits par les Autrichiens dans les 2 sources ci-après citées et utilisées pour approcher le parcours du 84ème Régiment d’Infanterie. 

Simple soldat de 29 ans partit à la place d’un autre, Félix Caillet aura vu son destin basculer à Feistritz – fait prisonnier de guerre - en Carinthie un certain 6 septembre 1813. 

Etait-il blessé en plus d’être prisonnier des Autrichiens ? Nul ne saura ce qu’il est devenu ? Juste une petite trace sur un gros registre de matricules, et curieusement une fille de sa sœur cadette prénommée « Félisse » en souvenir de son frère parti au loin, parti pour toujours. 

Ces quelques lignes en mémoire de Félix Caillet, un soldat anonyme de la Grande Armée. 


Sources 
AD 73 BMS Presle
Mémoire des Hommes 
Généanet Indexation 
Napoléon.org
Books.google 
Histoire des batailles, sièges et combats des Français de 1792 à 1815 publié par Pierre Blanchard 
Histoire des campagnes d’Italie en 1813 et 1814 par le Général F-Guillaume de Vaudoncourt