samedi 21 mars 2020

La princesse et les vide-goussets

La roue à remonter le temps s’est arrêtée un jour d’octobre 1773, pour un rendez-vous ancestral, si je lève le nez se profile le massif clocher de pierre de l’église Notre-Dame encore pourvu de sa haute flèche, église toute proche de la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste. 

Cela n’a pas été simple de déambuler dans la rue Saint-Antoine, lorgnant une belle porte en ogive, plusieurs passants m’ont bousculée. Saint-Jean fière cité épiscopale, devenu de bonne heure le premier bourg de Maurienne est en effervescence : agitation, affolement, ordres proférés sont à l'ordre du jour. 

St-Jean quartier canonial Theatrum Sabaudiae 1682

Dans mon oreillette on me souffle, que ce branle-bas de combat, est lié au passage d’une princesse de Savoie. Deux ans après sa sœur devenue comtesse de Provence, et donc belle-sœur du roi Louis XVI, la princesse Marie-Thérèse franchit à son tour les Alpes et traverse la Savoie pour se rendre à Paris où elle doit épouser le comte d’Artois futur Charles X. Elles sont les filles de Victor-Amédée III roi de Sardaigne et duc de Savoie. 

Affaire rondement menée par les cours royales, huit jours à peine séparent la demande officielle du 16 octobre 1773 et le mariage par procuration, et voilà que la princesse Marie-Thérèse âgée de 17 ans, fade, timide et pieuse selon les chroniques, quitte son Piémont natal, passant à Suse le 27 octobre. 

Ne soyez-pas étonnés que les édiles de Saint-Jean et la population de la vallée soient sous tension, et que je croise un quidam à l’allure de bourgeois apostrophant : alors le Pierre Arnaud, tout a bien été fourni comme prévu ? l’avoine et le foin ? 

Ce laboureur interrogé et bien d’autres de paroisses environnantes, ont été réquisitionnés pour fournir la nourriture à plus de 500 chevaux et mulets de cortège de la princesse. A nouveau il a fallu se procurer des matelas pour loger la suite, organiser les réceptions. 

Pour éviter le bruit des carrosses sur les pavés, les rues sont sablées, d’autant que je m’approche du palais de l’évêché pour ainsi dire poussée par la foule qui augmente. 

Un homme interjette : tiens bien le bonjour le Jean-Baptiste Anselme, tu es venu de Fontcouverte, et qui d’autres sont avec toi ? 

Fontcouverte, mais j’ai des ancêtres dans cette paroisse, et aussi aux alentours de Saint-Jean de Maurienne ? Qui dois-je rencontrer de ce village ou de Montpascal ou d’Hermillon peut-être, comment les reconnaître et les retrouver ? 

Il paraît que la princesse a déjeuné à l’hôpital du Mont-Cenis dit l’un, et qu’elle a fait étape à Lanslebourg dit l’autre ! Là-haut au col avec le vent il ne fait pas chaud. 

Comtesse d'Artois - Gallica 

Rumeur qui s’amplifie, résonance de roues de carrosses et de sabots d’équidés : regardez voilà c’est un détachement des grenadiers du régiment du Chablais qui escortent notre princesse. 

Acclamations, vivats, mais dans quel carrosse est la princesse, apparemment le troisième vu les piquets de gardes du corps, j’ai juste entre-aperçu des tissus flamboyants de robes. Mais quel ancêtre vais-je dénicher dans cette cohue bruyante et indisciplinée ? 

Soudain une silhouette m’interpelle, les traits d’un visage déjà entrevu avec plus de rides, sacrebleu mais c’est Benoîte Durieu-Trolliet l’épouse de Louis Arbessier déjà rencontrée dans un rendez-vous ancestral, nous sommes à deux pas l’une l’autre. Nos regards se sont croisés, mais nous sommes emportées par une bousculade dans des directions divergentes. 

Vivats lorsque le cortège débouche devant le palais épiscopal récemment agrandi et embelli, il est deux heures de l’après-midi un certain 29 octobre 1773. Au haut des degrés, l’évêque Monseigneur Charles-Joseph Martiniana, entouré de son chapitre en habit de chœur, attend Son Altesse Royale qui les salue avec bonté, autour d’elle son aumônier, des gentilshommes, des écuyers et ses dames d’honneur. 

Mon voisin de cohue et grande perche qui obstrue mon champ visuel fanfaronne ses informations : oh Son Eminence va faire les honneurs de son beau palais, vaste et richement meublé, il a de la place pour recevoir la princesse et les hauts personnages de sa suite, un dîner sera servi. 

Et maintenant questionne quelqu'un ? Dis pense à la fatigue du voyage, c’est repos pour notre princesse, plus tard elle descendra avec tout son beau monde sur la place pour voir la belle illumination organisée. A partir de 8 heures du soir, toutes les maisons seront illuminées avec deux chandelles à toutes fenêtres. Moi je ne peux pas rester, il me faut rentrer dans ma paroisse, y a les bêtes à nourrir. 

Bousculades à nouveau dans la foule, coup de coude dans mon dos. Cris, voix, agitation et hurlements « au voleur, au voleur, ma bourse, on a pris ma bourse, on m’a volé, ladro, scippatore. » 

Et dans les victimes de la bande de vide-goussets qui sévirent sur le trajet de la princesse, mon aïeule Benoîte Durieu. Oh elle et les siens n’ont pas le cœur à apprécier la suite des réjouissances, affolement et démarches étaient désormais à leur programme. 

Un indiscret sac à procès du Sénat de Savoie, enfin le sommaire d’un inventaire, m’a fait découvrir le larcin commis à l’encontre de Benoîte Durieu fille de feu André âgée de 70 ans en 1773 veuve de feu Louis Arbessier native de Montpascal et habitant Hermillon. Surprise de la généalogie et des documents, pour en connaître le détail il faudrait consulter le fameux sac et se déplacer aux Archives de Savoie, un jour peut-être. Sont également concernés dans les victimes Pierre Arnaud et Jean-Baptiste Anselme susnommés, ainsi qu'un écuyer de la princesse.

Sachez que le lendemain 30 octobre, la messe, où il y avait des violons, ne fut dite qu’à 11 heures et demie dans la chapelle de sa grandeur. La comtesse d’Artois reçu les corps constitués : syndics et le corps de ville, puis alla à la cathédrale se recueillir sur le tombeau des premiers ancêtres de sa maison. On soupa à 8 heures et demi, car le sur-lendemain on devait repartir de bonne heure. Le cortège  gagna Aiguebelle, avant de poursuivre vers Chambéry et cheminer ensuite dans le royaume de France jusqu’à Versailles. 

Benoîte Durieu victime du passage d’une princesse en Maurienne, victime en lien avec une union royale, j’imagine son désarroi faute de connaître le montant du préjudice, bref rendez-vous certes mais en lien avec des faits réels. 




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Sources
AD 73 Inventaire des procédures civiles et criminelles du Sénat de Savoie 2 B 13457
Google-Books Chanoine Gros Histoire de la Maurienne 
Wikipedia 

samedi 29 février 2020

Isabelle Arnoux et Emile Mercier instituteurs à Braine

Quelle bonne suggestion de Sophie de La Gazette des Ancêtres de nous inciter pour le généathème mensuel à plonger le nez dans les délibérations communales, sources peu explorées lors de recherches généalogiques. En piste donc pour les registres de Braine dans l’Aisne, où hasard de l’histoire, les décisions communales ont été en grande partie conservées, et numérisées. 

En 1907 Isabelle Arnoux jeune institutrice, fraîche émoulue de l’école normale, affectée à plus de 600 km de sa Drôme natale, prit la route pour Braine en Picardie. Dans ce bourg de 1500 habitants trois ans plus tard y débarqua comme instituteur Emile Mercier né lui en terre axonaise. 

Braine document familial 

Les protagonistes principaux - mes grands-parents maternels ainsi cités - en feuilletant les délibérations du conseil municipal, je me suis focalisée sur ce qui touche à l’instruction publique et sur les enseignants des petits écoliers, afin de cerner le contexte précédant leur arrivée. 

Dans le registre de 1881, figurent les traitements de l’instituteur de l’école de garçons qui assure aussi les cours pour les adultes soit 1800 francs, de l’institutrice de l’école de filles soit 1450 francs, et de la directrice de la salle d’asile soit 750 francs. 

AD 02 Braine CM 1881 extrait

L’instituteur laïque pour les garçons est M. Prince-Alexandre Brot qui établit la monographie de la commune en 1884, précisant que les autres écoles sont dirigées par des sœurs de la Communauté de Charly. 

Requête sans succès en 1895 de M. Siry alors instituteur pour obtenir des élus l’établissement de l’éclairage électrique dans les classes et dans ses habitations, il demandera aussi du mobilier scolaire plus tard. 

Rassurez-vous l’année suivante, le registre fait état de « travaux au logement de la directrice de l’école enfantine qui vient d’être remplacée par une laïque, qui n’a pas de logement convenable, et qu’il convient de lui en préparer un dans les bâtiments même de l’école, directrice dite institutrice adjointe ». 

Cette même année 1896 un crédit est voté pour le chauffage des classes, réparti entre les 3 écoles, et le détail des dépenses relatives à l’instruction publique fait apparaître 4 enseignants dont l’adjointe chargée de la classe enfantine aidée par une femme de service. Isabelle ma grand-mère avait la classe des petits et évoquait avoir été aidée par une dame, la transmission familiale s’avère exacte. 


AD 02 Braine CM 1896 extrait

Côté instituteur adjoint M. Dizy obtient 150 francs de supplément annuel de salaire, il n’est pas resté longtemps en poste et son successeur a fait un passage éclair début 1900, qui incite les élus à porter le supplément à 225 francs pour avoir des maîtres meilleurs et plus stables. La même année Mme Charlier l’institutrice adjointe se voit refuser une faveur similaire … 

En 1901 un grand nombre de père de famille demandaient un préau pour l’école de garçons, requête qui fut acceptée par le conseil municipal, ce dernier magnanime vota aussi un préau pour l’école de filles, ouf parité dans ce cas. Ces deux préaux furent construits en bois avec un toit en tôle ondulée, économes les élus, d’autant qu’ils durent aussi payer la réparation de la cour de l’école des garçons. 

Au fil de demandes de remboursement de lampe électrique (tiens la fée électricité était arrivée dans les classes) ou de charbon est apparu le nom de M. Buvry instituteur, et de Mme Mauvezin institutrice pour un complément de salaire de 100 francs en 1906. 

Sachez que le conseil accepta l’achat pour l’école des filles d’un compendium métrique (1), de deux cartes Vidal-Lablache et d’un boulier-compteur. Requête vraisemblablement faite par Mme Lebourque institutrice tout comme son mari instituteur à Braine. 

Dans les délibérations du conseil municipal apparaissent plusieurs requêtes de Mme Lebourque née Laure Céleste Catrin épouse, sœur, fille et petite-fille d’instituteurs au passage. Celle-ci évoque les frais occasionnés par les cours d’adultes, sollicite une augmentation de son supplément de salaire de 50 francs pour passer à 250, demande une allocation supplémentaire pour l’enseignement de la couture aux jeunes filles entre 1910 et 1911, réclame des tables à deux places avec dossier et du matériel.

AD 02 Braine CM 1911 extrait

Mme Lebourque omniprésente, collègue de mes grands-parents, quel caractère avait-elle ? Je l’imagine consciencieuse, compétente, active, autoritaire et ? à vous de voir … M. Jules Lebourque qui avait 54 ans en 1914 « remplit ses fonctions avec le plus grand courage, malgré les bombardements les plus violents, et dans les conditions particulièrement pénibles jusqu’au 28 mai 1918 »

Dans les collègues d’Isabelle et Emile, je n’oublie pas Paul Théodore Nicolas instituteur nommé en 1911, témoin sur l’acte de naissance de Maman, il partit comme mon grand-père pour le front un certain 3 août 1914, fut blessé et reviendra. 

Je ne sais si les dames de la Croix-Rouge transformèrent pendant la guerre les écoles communales de la ville en hôpital pour les soins à donner aux blessés, un avis favorable des élus avait été émis en 1912 en ce sens. 

Les séances du conseil municipal étant publiques, j’ai pénétré sur la pointe des pieds dans le quotidien d’un bourg où certains des miens habitèrent, travaillèrent et aimèrent ; d’un bourg où se tenaient des foires, marchés, où existait une fanfare municipale, avec des édiles conscients de la nécessité de paver l’avenue de la gare ou réparer le portail de l’église, la vie du début du vingtième siècle avec déjà des soucis de distribution du courrier ou de fréquence d’arrêts de trains. 

Précieuses et trop rares délibérations à défaut de recensement conservé dans un département qui fut particulièrement meurtri pendant le premier conflit mondial.




(1) petit meuble ou vitrine murale renfermant une collection d'instruments de mesure représentatifs du système métrique, par exemple, le mètre pliant, le décamètre à ruban et la chaîne d'arpenteur, des mesure de capacité en bois et en fer, ou la balance de Roberval accompagnée de ses poids.



Pour retrouver Isabelle et Emile



Sources
AD 02
Braine Délibérations du conseil municipal
Braine Monographie communale
Généanet



samedi 15 février 2020

Chère Noémie merci

Précieuse onzième petite feuille Noémie Lagier née le jour de Noël 1848, précieuse arrière-grand-mère, tu as chipé la place de la benjamine Fannie-Louise âgée de 15 mois, partagé ses jeux, et ceux de Polonie de 3 ans ton aînée dans un village drômois à Upie.

Pour ces petiotes, du fond du cœur, j’espère qu’il restait de la tendresse et du courage à tes parents Elisabeth Métifiot et Daniel Lagier pour s’occuper de leur flopée d’enfants. 

Document familial
Le temps passant si vite, les grands prirent leur envol du nid familial, et lorsque vint ton tour à vingt-six ans de convoler en 1875 avec Jean Pierre Arnoux cultivateur du village voisin de Montmeyran ton trousseau devait être constitué. 

- Sais-tu chère Noémie que je détiens une précieuse et traditionnelle nappe blanche, en coton damassé, brodée avec tes initiales au tissu patiné ? Ce trésor me chuchote, me fait voyager dans le temps, me transporte dans ta maison et celle de ton époux aux Dorelons. 

Un bond en arrière et je me retrouve par l’étrange pouvoir des objets transmis face à mon aïeule septuagénaire et veuve hélas en 1920. 

- Noémie ne sois pas étonnée de me trouver assise à tes côtés, à la lumière et la chaleur du feu de bois dans la cheminée, toutes les deux au calme, alors que souffle depuis plusieurs jours cet agaçant vent violent. 

- Dis-moi, curieuse visiteuse, et arrière-petite-fille tu n’es pas plus grande que moi, ni mes enfants d’ailleurs, et tu n’as pas les yeux bleus. La nappe que tu évoques a servi à bien des réunions familiales, de grandes tablées parfois, comme lors des baptêmes de Désirée, Fanny-Nésida, Bénoni et Isabelle

- Je sais que sur la Bible familiale tu as inscrit à l’encre violette leurs prénoms et dates de naissance, ainsi que ceux de deux petits anges : une fille prénommée Noémie, et un garçon Syril

- En effet … tristesse, pudeur, et silence sur les moments douloureux, les attentes et soucis lors de la première guerre mondiale, les doutes et la révolte intérieure devant l’inéluctable. 

- Cette nappe, enfin ta nappe maintenant, elle en a recueilli des confidences, entendu des rires et des chansons lors des mariages ! 

- Comme pour les mariages de Désirée et Isabelle ma grand-mère, parce que pour celui de Fanny-Nésida le repas était au restaurant d’après ce que me disait Maman ! 

- Nos institutrices de filles ont épousé des gars venus de Bretagne ou de l’Aisne, l’un juge, l’autre instituteur. Désirée est demeurée au pays avec son époux cultivateur et nous a offert nos premiers petits-enfants source de réconfort et d’espoir. Mais cela tu l’as toujours su, et tu m’incites à radoter. 

- Merci Noémie d’avoir tenu ainsi que ton époux à ce que vos filles poursuivent des études en ce temps de la 3ème République qui rendît l’école obligatoire et gratuite pour tous les enfants. 

Merci aussi d’avoir accueilli comme gendre Emile Mercier mon grand-père au sein des vôtres, hébergé et réconforté lors d’une permission pendant la guerre, alors qu’il ne pouvait rejoindre son épouse Isabelle et la petite Jeanne dans l’Aisne, territoire alors envahi par les allemands. 

Document familial
Merci de t’être appliquée à « refaire » une santé à cette même Jeanne flageolante sur ses jambes et toute menue après 4 années de privations, seule avec sa maman, lorsque réfugiées elles arriveront enfin en terre drômoise ; et là clin d’œil au chat chapardeur de l’époque. 


- Tant que j’y suis de mon monologue, sache que j’ai repéré sur l’étagère ton petit livre de Psaumes qui tient dans la main. La couverture de ce fascicule religieux est fatiguée et patinée à la fois, et présente une tranche usée et le bord des pages est poussiéreux, pages maintes fois tournées par tes doigts. 

Document familial
- Et dis bizarre invitée, puis-je te montrer des récentes cartes postales envoyées par mon fils et ma bru depuis Grenoble et Aix les Bains avec l’Abbaye d’Hautecombe au bord d'un lac ? C’était juste après leur mariage. 

Curieux cheminement de cartes anciennes, dans le petit lot de mes trésors à dépouiller. 

Chut c’est tout pour aujourd’hui, manière de prendre date. Beaucoup d’affection et du respect à l’égard d’une de mes ancêtres qui m’a fait découvrir mille et une vie.

Chère Noémie - avec au moins deux  nouvelles pousses pour ton arbre nées en 2019 -  l’une en février et l’autre en novembre :  elles t’embrassent, sans le savoir certes… 



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samedi 8 février 2020

La frousse du postillon

C’est juste un petit entrefilet dans la presse du 1er février 1877 sur un fait divers dans un coin habité par mes ancêtres de la Drôme, je ne sais s’ils en ont eu connaissance, mais les commentaires ont pu aller bon train dans les cafés de Montmeyran. 

Gallica Monnier Henry

« La voiture qui fait le service du courrier entre Montmeyran et Valence a brûlé au beau milieu de la route. Le feu avait pris à l’intérieur, sans que l’on sache comment, cet intérieur étant complètement vide. 

Quelque dame avait-elle oublié un charbon de sa chaufferette ? Quelque gamin grimpé sur le marchepied y avait-il laissé tomber une allumette ? C’est ce qu’il sera impossible de découvrir. 

Toujours est-il que le conducteur qui marchait contre le vent, s’aperçut tout à coup qu’il voiturait un torrent de flammes. Peindre sa surprise serait inutile. Il n’eut que le temps de descendre, de sauver les dépêches et de dételer son cheval, abandonnant sur la route, comme une épave, son véhicule que les flammes achevèrent de dévorer. 

Ce jour-là, le courrier de Montmeyran fit son entrée à Valence comme les postillons du bon vieux temps ». 

Quel bel exemple de courrier – homme qui autrefois portait les lettres - esclave de son devoir et conscience professionnelle oblige, il termina à cheval comme ses prédécesseurs. 

Le soupçon de distraction de la gent féminine avec une chaufferette me plaît moins. 

Pour tout savoir sur cet objet portatif suranné de la fin du 19ème siècle, il suffit de se plonger dans la Revue des Nouveautés. 

Dans un numéro de 1890 elle vante avec force détails : La chaufferette à veilleuse, à huile inversable, système J. Février. Elle insiste sur le fonctionnement du nouveau modèle portatif pour le dehors, lequel sera très apprécié par les personnes qui se rendent dans des réunions ou conférences, à l’église ou à la promenade, etc … 

Le dessin ci-contre représente la chaufferette ouverte, la plaque de cuivre est relevée pour montrer la position pendant le transport. 


La chaufferette est aussi aisée à la main qu’un petit sac de dame, elle ne mesure que 20 centimètres de longueur, 14 centimètres de largeur et 8 de hauteur. Pour les personnes que le désireront, une housse élégante, spécialement fabriquée en velours de couleur, leur sera fournie, afin qu’elles puissent à leur gré couvrir leur chaufferette. Ce qui se fait facilement sans avoir à éteindre la veilleuse. 

Peut-être une de vos aïeules avait-elle cet objet de confort pour ses voyages, ou l’église, à moins que couturière, ou dame de comptoir elle ait opté pour une chaufferette forme tabouret







Sources
Source Rétronews Le Rappel 1er février 1877
Gallica La revue des nouveautés n°7- octobre 1890

samedi 25 janvier 2020

Le désespoir de Frédéric Barbier

En 1845 Frédéric Barbier avait 19 ans, il était tailleur d’habits et demeurait à Montmeyran dans la Drôme : c’était le beau-frère de Marie-Anne Arnoux une lointaine grand-tante. 

Son désespoir a plongé sa famille dans l’affliction et étonné son entourage très certainement, si je me réfère à la presse ancienne.

Pixabay

Le Constitutionnel du 5 décembre 1845 dans un article reprend les termes du correspondant du Courrier de la Drôme :

« Jeudi au soir 13 novembre, le nommé Frédéric Barbier, ouvrier tailleur, natif de Montmeyran où il demeurait avec sa mère, vient de se suicider à l’âge de dix-neuf ans, sans que l’on sache attribuer, cette fatale résolution. Ce malheureux jeune homme s’est donné la mort à l’aide d’un fusil chargé à plomb, qu’il était aller emprunter dans une maison voisine. L’arme a été appuyée contre l’oreille, et la détente agitée par un bâton, a fait partir le coup qui lui a brisé le crâne. 

Frédéric Barbier s’était placé au bord d’un ruisseau à une centaine de mètres de chez lui. Quelques personnes ont entendu une explosion jeudi au soir, mais ce n’est que vendredi matin que le cadavre a été trouvé. On a remarqué sous ses pieds un couteau ouvert, et sur un tronc d’arbre une bourse vide, ainsi qu’un étui et un dé à coudre qui se trouvaient à côté ».


Le suicide rappelons-le est réprouvé par l’Eglise Catholique, et en 1845 il était hors de question que le Curé de la paroisse intervienne lors de l’enterrement de Frédéric Barbier.

« Notre correspondant dit le Courrier de la Drôme ajoute que, le clergé ayant refusé la sépulture, un homme respectable par son âge et ses qualités M. Jacques Faure protestant et zélé dans sa religion s’est présenté au moment du convoi, et a fait aux jeunes gens présents la morale sévère en mettant ce triste exemple sous les yeux, et en puisant dans l’Ecriture-Sainte les textes qui pouvaient s’appliquer à la circonstance. Il a terminé en faisant avec les assistants une prière de cœur pour celui qui faisait l’objet de leur réunion ». 


Ainsi se déroula l’inhumation de ce jeune désespéré, sa mère Jeanne Malleval était veuve de Jean Barbier, il lui restait deux fils dont Jean Antoine époux de Marie-Anne Arnoux. Ils habitaient le hameau des Dorelons comme mes ancêtres Jacques Arnoux et Marianne Savoye. 

AD 26 Montmeyran EC

Le jour même de la découverte du suicide, Jean Antoine Barbier alla déclarer le décès de son frère à la Mairie accompagné de Louis Ban tous deux cultivateurs. Rien dans la teneur de l’acte ne laisse transparaître ce drame qui a été relaté dans le journal. L’acte a la rédaction habituelle et réglementaire, il est dressé par Hypolithe Sayn adjoint agissant comme officier d’état civil, le Maire étant empêché. 

J’ai des interrogations : qui a prêté le fusil, qui est le correspondant, le Maire ou son adjoint s’est-il rendu sur les lieux, voire un garde-champêtre, à défaut de la maréchaussée ? 

Diversifier les sources, farfouiller dans différents documents en ligne, confirme que la vie n’est pas un long fleuve tranquille et que de tout temps on a souffert du mal-être. 

Frédéric Barbier un fil de vie entre deux actes d’état-civil et un article de presse. 



Marie-Anne Arnoux et Jean Antoine Barbier sont évoqués dans le billet :
Le petit monde de Marianne Savoye



Source
Retronews : Le Constitutionnel du 5 décembre 1845 citant le correspondant du Courrier de la Drôme

samedi 18 janvier 2020

Une flopée d'enfants pour Daniel Lagier

A nous deux Daniel Lagier ! Ce trisaïeul est le père de mon arrière-grand-mère Noémie.

Daniel au prénom hébraïque qui signifie Dieu est mon juge, porté par un prophète qui ne fut point dévoré par les lions, et au patronyme Lagier - à rapprocher de Léger ou Laugier dans sa variante méridionale – qui renvoie à une personne d’origine germanique prête au combat.

Avec ce préambule ne sois pas étonné que je ne sache comment t’aborder.

MBA Lille - Pierre Alexandre Edmond Hedouin 
Troisième enfant et second fils de Jacques Lagier maçon et de Marianne Lantheaume, tu as poussé ton premier cri à 10 heures du soir le 13 floréal de l’An XII à Pontaix dans la Drôme, soit le 3 mai 1804. Tu passeras tes premières années dans ce village à la belle lumière, aux ruelles étroites et pavées dominées par les ruines d’un ancien château. Je t’imagine courant avec d’autres enfants, ou pataugeant dans la rivière en contre-bas, vous éclaboussant.


Où es-tu allé à l’école, puisque je situe entre 1810 et 1823, l’installation de ta famille à Upie dans la plaine de Valence aux terres plus riches. Ta sœur Marie y décède en 1824 et Jacques ton frère aîné convole l’année suivante.


Toi Daniel je te retrouve vraiment lors de ton mariage civil le 23 février 1833 : un samedi à 6 heures du soir à la mairie d’Upie. Fringant trentenaire cultivateur - et néanmoins épris je l’espère - tu épouses Elisabeth Métifiot couturière fille d’Etienne Métifiot meunier et de Catherine Masserolle ménagère. Je la tiens ta première signature, ton père cultivateur tout comme la future et les mères sont dits illettrés.

Cette brève cérémonie en fin d’après-midi est peut-être liée au décès récent du père de la mariée, et puis la bénédiction de l’union a dû intervenir ultérieurement au temple tout neuf de Montmeyran.

Ensuite, ensuite, Daniel et Elisabeth j’ai découvert de nombreuses naissances, suis-je autorisée à dire trop en pensant à la maman.

D’un côté cinq garçons : Daniel le premier-né ne vécut que 9 mois, Pierre-Daniel - né en 1835 fût caporal d’un régiment de voltigeurs de la Garde Impériale et décéda à Paris en 1868. (1)

Puis le mystérieux Rémy dont on perd la trace après 1861, est-il vraiment parti en Amérique selon une légende ? Sans oublier Casimir qui s’est marié et Ferdinand célibataire, ils sont tous deux restés au pays.

Côté donzelles au nombre de six … Ai-je parlé à haute voix ?

Oui alors, que sais-tu ? Tu t'y retrouves dans les dates et les prénoms ?

Me voilà accostée par Daniel Lagier, que je n’ai pas vu ni entendu arriver. Il est vêtu d’un pantalon de velours, ceinture de flanelle sous une veste de drap, et porte un couvre-chef au large bord, des moustaches évidemment, septuagénaire a priori vers 1875.

Elisabeth et Marie-Adeline sont mariées à des cultivateurs et demeurent au village, Mélanie cafetière est installée en ville à Valence. Dans les cadettes Polonie vous a quitté trop vite, Fanie-Louise est partie enseigner le français Outre-Manche.

Noémie-Olympe la petite dernière, mon ancêtre née le jour de Noël 1848, tient une place particulière dans mon cœur. (2)

AD 26 Upie Recensement 1851

Le logis au lieu-dit Les Vesonnières devait être plein de vie, de cris d’enfants, de voix graves ou de confidences entre sœurs, de houspillement de la mère, d’ordre bref du père.

Des phrases décousues tournent et virent dans mes pensées, fruits de trouvailles au fil d’actes d’état-civil, de recensements, de cartes : moments d’émotion, d’étonnement, de peine parfois.

Daniel Lagier, qui se déclare agriculteur, propriétaire, maçon dans son jeune âge, puis presseur d’huiles, maître de pressoir, m’a-t-il écouté ou peu lui chaut, car il est fatigué, préoccupé.

Rendez-vous imaginaire et furtif : un jour peut-être, il me ferait visiter sa maison, il m’expliquerait ses tâches de presseur d’huiles (de noix a priori), dans l’immédiat il grimace en lisant ce petit texte un peu sommaire.

Flopée d'enfants, panel de signatures.


Situation imaginée 
mais personnes liées à ma généalogie
selon les principes du RDVAncestral





Daniel Lagier 1804-1878 Sosa 30
fils de Jacques Lagier et de Marianne Lantheaume 
x 23/02/1833 à Upie
Elisabeth Métifiot 1810-1897 Sosa 31
fille d'Etienne Métifiot et Catherine Masserole 

- Daniel 1833-1834
- Pierre-Daniel 1835-1868
- Elisabeth 1837-1926 x Jacques Léopold Dorelon
- Rémy 1838 - ?
- Mélanie 1840-     x Pierre Ferdinand Mognat x François Antoine Teissier 
- Casimir 1841-      x Marie-Eugénie Desbrun
- Marie Adeline 1844-1910 x Pierre Eugène Dorellon
- Ferdinand 1842-1923
- Polonie 1845-1855
- Fannie-Louise 1847- ?
- Noémie 1848-1921 Sosa 15 x 1875 Jean Pierre Arnoux Sosa 14



mercredi 25 décembre 2019

Noémie une ancêtre de Noël

Il est né le Divin Enfant, jouez hautbois, résonnez musettes !

Elle est née la petite Noémie Olympe en ce 25 décembre 1848, jour de Noël.

Elle a poussé son premier cri à quatre heures du soir à Upie, dans la Drôme, en la maison de ses parents au lieu-dit Les Vesonnières. Noémie Lagier, mon arrière-grand-mère est la petite dernière d’Elisabeth Métifiot et de Daniel Lagier


Gallica


Réjouissons-nous, cette toute-petite est mignonne et douce, point de bergers pour se pencher sur son berceau mais les visages de ses sœurs et frères. Quel beau présent pour la fratrie ! 

Courageuse et vaillante Elisabeth, qui en 15 ans de mariage, offre à 38 ans un onzième enfant à l’heureux père de 43 ans. 

Qui d’Elisabeth ou de Daniel a choisi les prénoms de cette dernière-née. Noémie porte un prénom biblique qui vient de l’hébreu Noah qui signifie « agréable, gracieuse ». 

Le lendemain 26 décembre 1848 à midi, le citoyen Daniel Lagier a pris la direction de la Mairie (il en avait l’habitude) pour présenter et déclarer la naissance de mon ancêtre de Noël. Ce jour-là il se dit - maître de pressoir- et les citoyens Jacques Joseph Ferrand et Jacques Antoine Chirouze cultivateurs sont les témoins. 

Le maire semble-t-il s’est trouvé confronté pour la première fois aux prénoms choisis, au lieu de Noémie il a noté Néomie, et simplifié pour Olimpe ! 


AD 26 BMS Upie


Ne soyez pas étonnés de l’emploi du terme de citoyen, en février le Roi Louis-Philippe avait abdiqué après trois jours d’insurrection, et la Seconde République proclamée par le poète Lamartine, et le 10 décembre 1848 venait tout juste d’être élu Président un certain Louis-Napoléon Bonaparte. 

Bien des événements, mais le principal pour ma généalogie est la naissance de Noémie une ancêtre de Noël. 

Elle est née la toute-petite, sonnez hautbois, résonnez musettes ! Bienvenue Noémie !