samedi 15 février 2020

Chère Noémie merci

Précieuse onzième petite feuille Noémie Lagier née le jour de Noël 1848, précieuse arrière-grand-mère, tu as chipé la place de la benjamine Fannie-Louise âgée de 15 mois, partagé ses jeux, et ceux de Polonie de 3 ans ton aînée dans un village drômois à Upie.

Pour ces petiotes, du fond du cœur, j’espère qu’il restait de la tendresse et du courage à tes parents Elisabeth Métifiot et Daniel Lagier pour s’occuper de leur flopée d’enfants. 

Document familial
Le temps passant si vite, les grands prirent leur envol du nid familial, et lorsque vint ton tour à vingt-six ans de convoler en 1875 avec Jean Pierre Arnoux cultivateur du village voisin de Montmeyran ton trousseau devait être constitué. 

- Sais-tu chère Noémie que je détiens une précieuse et traditionnelle nappe blanche, en coton damassé, brodée avec tes initiales au tissu patiné ? Ce trésor me chuchote, me fait voyager dans le temps, me transporte dans ta maison et celle de ton époux aux Dorelons. 

Un bond en arrière et je me retrouve par l’étrange pouvoir des objets transmis face à mon aïeule septuagénaire et veuve hélas en 1920. 

- Noémie ne sois pas étonnée de me trouver assise à tes côtés, à la lumière et la chaleur du feu de bois dans la cheminée, toutes les deux au calme, alors que souffle depuis plusieurs jours cet agaçant vent violent. 

- Dis-moi, curieuse visiteuse, et arrière-petite-fille tu n’es pas plus grande que moi, ni mes enfants d’ailleurs, et tu n’as pas les yeux bleus. La nappe que tu évoques a servi à bien des réunions familiales, de grandes tablées parfois, comme lors des baptêmes de Désirée, Fanny-Nésida, Bénoni et Isabelle

- Je sais que sur la Bible familiale tu as inscrit à l’encre violette leurs prénoms et dates de naissance, ainsi que ceux de deux petits anges : une fille prénommée Noémie, et un garçon Syril

- En effet … tristesse, pudeur, et silence sur les moments douloureux, les attentes et soucis lors de la première guerre mondiale, les doutes et la révolte intérieure devant l’inéluctable. 

- Cette nappe, enfin ta nappe maintenant, elle en a recueilli des confidences, entendu des rires et des chansons lors des mariages ! 

- Comme pour les mariages de Désirée et Isabelle ma grand-mère, parce que pour celui de Fanny-Nésida le repas était au restaurant d’après ce que me disait Maman ! 

- Nos institutrices de filles ont épousé des gars venus de Bretagne ou de l’Aisne, l’un juge, l’autre instituteur. Désirée est demeurée au pays avec son époux cultivateur et nous a offert nos premiers petits-enfants source de réconfort et d’espoir. Mais cela tu l’as toujours su, et tu m’incites à radoter. 

- Merci Noémie d’avoir tenu ainsi que ton époux à ce que vos filles poursuivent des études en ce temps de la 3ème République qui rendît l’école obligatoire et gratuite pour tous les enfants. 

Merci aussi d’avoir accueilli comme gendre Emile Mercier mon grand-père au sein des vôtres, hébergé et réconforté lors d’une permission pendant la guerre, alors qu’il ne pouvait rejoindre son épouse Isabelle et la petite Jeanne dans l’Aisne, territoire alors envahi par les allemands. 

Document familial
Merci de t’être appliquée à « refaire » une santé à cette même Jeanne flageolante sur ses jambes et toute menue après 4 années de privations, seule avec sa maman, lorsque réfugiées elles arriveront enfin en terre drômoise ; et là clin d’œil au chat chapardeur de l’époque. 


- Tant que j’y suis de mon monologue, sache que j’ai repéré sur l’étagère ton petit livre de Psaumes qui tient dans la main. La couverture de ce fascicule religieux est fatiguée et patinée à la fois, et présente une tranche usée et le bord des pages est poussiéreux, pages maintes fois tournées par tes doigts. 

Document familial
- Et dis bizarre invitée, puis-je te montrer des récentes cartes postales envoyées par mon fils et ma bru depuis Grenoble et Aix les Bains avec l’Abbaye d’Hautecombe au bord d'un lac ? C’était juste après leur mariage. 

Curieux cheminement de cartes anciennes, dans le petit lot de mes trésors à dépouiller. 

Chut c’est tout pour aujourd’hui, manière de prendre date. Beaucoup d’affection et du respect à l’égard d’une de mes ancêtres qui m’a fait découvrir mille et une vie.

Chère Noémie - avec au moins deux  nouvelles pousses pour ton arbre nées en 2019 -  l’une en février et l’autre en novembre :  elles t’embrassent, sans le savoir certes… 



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samedi 8 février 2020

La frousse du postillon

C’est juste un petit entrefilet dans la presse du 1er février 1877 sur un fait divers dans un coin habité par mes ancêtres de la Drôme, je ne sais s’ils en ont eu connaissance, mais les commentaires ont pu aller bon train dans les cafés de Montmeyran. 

Gallica Monnier Henry

« La voiture qui fait le service du courrier entre Montmeyran et Valence a brûlé au beau milieu de la route. Le feu avait pris à l’intérieur, sans que l’on sache comment, cet intérieur étant complètement vide. 

Quelque dame avait-elle oublié un charbon de sa chaufferette ? Quelque gamin grimpé sur le marchepied y avait-il laissé tomber une allumette ? C’est ce qu’il sera impossible de découvrir. 

Toujours est-il que le conducteur qui marchait contre le vent, s’aperçut tout à coup qu’il voiturait un torrent de flammes. Peindre sa surprise serait inutile. Il n’eut que le temps de descendre, de sauver les dépêches et de dételer son cheval, abandonnant sur la route, comme une épave, son véhicule que les flammes achevèrent de dévorer. 

Ce jour-là, le courrier de Montmeyran fit son entrée à Valence comme les postillons du bon vieux temps ». 

Quel bel exemple de courrier – homme qui autrefois portait les lettres - esclave de son devoir et conscience professionnelle oblige, il termina à cheval comme ses prédécesseurs. 

Le soupçon de distraction de la gent féminine avec une chaufferette me plaît moins. 

Pour tout savoir sur cet objet portatif suranné de la fin du 19ème siècle, il suffit de se plonger dans la Revue des Nouveautés. 

Dans un numéro de 1890 elle vante avec force détails : La chaufferette à veilleuse, à huile inversable, système J. Février. Elle insiste sur le fonctionnement du nouveau modèle portatif pour le dehors, lequel sera très apprécié par les personnes qui se rendent dans des réunions ou conférences, à l’église ou à la promenade, etc … 

Le dessin ci-contre représente la chaufferette ouverte, la plaque de cuivre est relevée pour montrer la position pendant le transport. 


La chaufferette est aussi aisée à la main qu’un petit sac de dame, elle ne mesure que 20 centimètres de longueur, 14 centimètres de largeur et 8 de hauteur. Pour les personnes que le désireront, une housse élégante, spécialement fabriquée en velours de couleur, leur sera fournie, afin qu’elles puissent à leur gré couvrir leur chaufferette. Ce qui se fait facilement sans avoir à éteindre la veilleuse. 

Peut-être une de vos aïeules avait-elle cet objet de confort pour ses voyages, ou l’église, à moins que couturière, ou dame de comptoir elle ait opté pour une chaufferette forme tabouret







Sources
Source Rétronews Le Rappel 1er février 1877
Gallica La revue des nouveautés n°7- octobre 1890

samedi 25 janvier 2020

Le désespoir de Frédéric Barbier

En 1845 Frédéric Barbier avait 19 ans, il était tailleur d’habits et demeurait à Montmeyran dans la Drôme : c’était le beau-frère de Marie-Anne Arnoux une lointaine grand-tante. 

Son désespoir a plongé sa famille dans l’affliction et étonné son entourage très certainement, si je me réfère à la presse ancienne.

Pixabay

Le Constitutionnel du 5 décembre 1845 dans un article reprend les termes du correspondant du Courrier de la Drôme :

« Jeudi au soir 13 novembre, le nommé Frédéric Barbier, ouvrier tailleur, natif de Montmeyran où il demeurait avec sa mère, vient de se suicider à l’âge de dix-neuf ans, sans que l’on sache attribuer, cette fatale résolution. Ce malheureux jeune homme s’est donné la mort à l’aide d’un fusil chargé à plomb, qu’il était aller emprunter dans une maison voisine. L’arme a été appuyée contre l’oreille, et la détente agitée par un bâton, a fait partir le coup qui lui a brisé le crâne. 

Frédéric Barbier s’était placé au bord d’un ruisseau à une centaine de mètres de chez lui. Quelques personnes ont entendu une explosion jeudi au soir, mais ce n’est que vendredi matin que le cadavre a été trouvé. On a remarqué sous ses pieds un couteau ouvert, et sur un tronc d’arbre une bourse vide, ainsi qu’un étui et un dé à coudre qui se trouvaient à côté ».


Le suicide rappelons-le est réprouvé par l’Eglise Catholique, et en 1845 il était hors de question que le Curé de la paroisse intervienne lors de l’enterrement de Frédéric Barbier.

« Notre correspondant dit le Courrier de la Drôme ajoute que, le clergé ayant refusé la sépulture, un homme respectable par son âge et ses qualités M. Jacques Faure protestant et zélé dans sa religion s’est présenté au moment du convoi, et a fait aux jeunes gens présents la morale sévère en mettant ce triste exemple sous les yeux, et en puisant dans l’Ecriture-Sainte les textes qui pouvaient s’appliquer à la circonstance. Il a terminé en faisant avec les assistants une prière de cœur pour celui qui faisait l’objet de leur réunion ». 


Ainsi se déroula l’inhumation de ce jeune désespéré, sa mère Jeanne Malleval était veuve de Jean Barbier, il lui restait deux fils dont Jean Antoine époux de Marie-Anne Arnoux. Ils habitaient le hameau des Dorelons comme mes ancêtres Jacques Arnoux et Marianne Savoye. 

AD 26 Montmeyran EC

Le jour même de la découverte du suicide, Jean Antoine Barbier alla déclarer le décès de son frère à la Mairie accompagné de Louis Ban tous deux cultivateurs. Rien dans la teneur de l’acte ne laisse transparaître ce drame qui a été relaté dans le journal. L’acte a la rédaction habituelle et réglementaire, il est dressé par Hypolithe Sayn adjoint agissant comme officier d’état civil, le Maire étant empêché. 

J’ai des interrogations : qui a prêté le fusil, qui est le correspondant, le Maire ou son adjoint s’est-il rendu sur les lieux, voire un garde-champêtre, à défaut de la maréchaussée ? 

Diversifier les sources, farfouiller dans différents documents en ligne, confirme que la vie n’est pas un long fleuve tranquille et que de tout temps on a souffert du mal-être. 

Frédéric Barbier un fil de vie entre deux actes d’état-civil et un article de presse. 



Marie-Anne Arnoux et Jean Antoine Barbier sont évoqués dans le billet :
Le petit monde de Marianne Savoye



Source
Retronews : Le Constitutionnel du 5 décembre 1845 citant le correspondant du Courrier de la Drôme

samedi 18 janvier 2020

Une flopée d'enfants pour Daniel Lagier

A nous deux Daniel Lagier ! Ce trisaïeul est le père de mon arrière-grand-mère Noémie.

Daniel au prénom hébraïque qui signifie Dieu est mon juge, porté par un prophète qui ne fut point dévoré par les lions, et au patronyme Lagier - à rapprocher de Léger ou Laugier dans sa variante méridionale – qui renvoie à une personne d’origine germanique prête au combat.

Avec ce préambule ne sois pas étonné que je ne sache comment t’aborder.

MBA Lille - Pierre Alexandre Edmond Hedouin 
Troisième enfant et second fils de Jacques Lagier maçon et de Marianne Lantheaume, tu as poussé ton premier cri à 10 heures du soir le 13 floréal de l’An XII à Pontaix dans la Drôme, soit le 3 mai 1804. Tu passeras tes premières années dans ce village à la belle lumière, aux ruelles étroites et pavées dominées par les ruines d’un ancien château. Je t’imagine courant avec d’autres enfants, ou pataugeant dans la rivière en contre-bas, vous éclaboussant.


Où es-tu allé à l’école, puisque je situe entre 1810 et 1823, l’installation de ta famille à Upie dans la plaine de Valence aux terres plus riches. Ta sœur Marie y décède en 1824 et Jacques ton frère aîné convole l’année suivante.


Toi Daniel je te retrouve vraiment lors de ton mariage civil le 23 février 1833 : un samedi à 6 heures du soir à la mairie d’Upie. Fringant trentenaire cultivateur - et néanmoins épris je l’espère - tu épouses Elisabeth Métifiot couturière fille d’Etienne Métifiot meunier et de Catherine Masserolle ménagère. Je la tiens ta première signature, ton père cultivateur tout comme la future et les mères sont dits illettrés.

Cette brève cérémonie en fin d’après-midi est peut-être liée au décès récent du père de la mariée, et puis la bénédiction de l’union a dû intervenir ultérieurement au temple tout neuf de Montmeyran.

Ensuite, ensuite, Daniel et Elisabeth j’ai découvert de nombreuses naissances, suis-je autorisée à dire trop en pensant à la maman.

D’un côté cinq garçons : Daniel le premier-né ne vécut que 9 mois, Pierre-Daniel - né en 1835 fût caporal d’un régiment de voltigeurs de la Garde Impériale et décéda à Paris en 1868. (1)

Puis le mystérieux Rémy dont on perd la trace après 1861, est-il vraiment parti en Amérique selon une légende ? Sans oublier Casimir qui s’est marié et Ferdinand célibataire, ils sont tous deux restés au pays.

Côté donzelles au nombre de six … Ai-je parlé à haute voix ?

Oui alors, que sais-tu ? Tu t'y retrouves dans les dates et les prénoms ?

Me voilà accostée par Daniel Lagier, que je n’ai pas vu ni entendu arriver. Il est vêtu d’un pantalon de velours, ceinture de flanelle sous une veste de drap, et porte un couvre-chef au large bord, des moustaches évidemment, septuagénaire a priori vers 1875.

Elisabeth et Marie-Adeline sont mariées à des cultivateurs et demeurent au village, Mélanie cafetière est installée en ville à Valence. Dans les cadettes Polonie vous a quitté trop vite, Fanie-Louise est partie enseigner le français Outre-Manche.

Noémie-Olympe la petite dernière, mon ancêtre née le jour de Noël 1848, tient une place particulière dans mon cœur. (2)

AD 26 Upie Recensement 1851

Le logis au lieu-dit Les Vesonnières devait être plein de vie, de cris d’enfants, de voix graves ou de confidences entre sœurs, de houspillement de la mère, d’ordre bref du père.

Des phrases décousues tournent et virent dans mes pensées, fruits de trouvailles au fil d’actes d’état-civil, de recensements, de cartes : moments d’émotion, d’étonnement, de peine parfois.

Daniel Lagier, qui se déclare agriculteur, propriétaire, maçon dans son jeune âge, puis presseur d’huiles, maître de pressoir, m’a-t-il écouté ou peu lui chaut, car il est fatigué, préoccupé.

Rendez-vous imaginaire et furtif : un jour peut-être, il me ferait visiter sa maison, il m’expliquerait ses tâches de presseur d’huiles (de noix a priori), dans l’immédiat il grimace en lisant ce petit texte un peu sommaire.

Flopée d'enfants, panel de signatures.


Situation imaginée 
mais personnes liées à ma généalogie
selon les principes du RDVAncestral





Daniel Lagier 1804-1878 Sosa 30
fils de Jacques Lagier et de Marianne Lantheaume 
x 23/02/1833 à Upie
Elisabeth Métifiot 1810-1897 Sosa 31
fille d'Etienne Métifiot et Catherine Masserole 

- Daniel 1833-1834
- Pierre-Daniel 1835-1868
- Elisabeth 1837-1926 x Jacques Léopold Dorelon
- Rémy 1838 - ?
- Mélanie 1840-     x Pierre Ferdinand Mognat x François Antoine Teissier 
- Casimir 1841-      x Marie-Eugénie Desbrun
- Marie Adeline 1844-1910 x Pierre Eugène Dorellon
- Ferdinand 1842-1923
- Polonie 1845-1855
- Fannie-Louise 1847- ?
- Noémie 1848-1921 Sosa 15 x 1875 Jean Pierre Arnoux Sosa 14



mercredi 25 décembre 2019

Noémie une ancêtre de Noël

Il est né le Divin Enfant, jouez hautbois, résonnez musettes !

Elle est née la petite Noémie Olympe en ce 25 décembre 1848, jour de Noël.

Elle a poussé son premier cri à quatre heures du soir à Upie, dans la Drôme, en la maison de ses parents au lieu-dit Les Vesonnières. Noémie Lagier, mon arrière-grand-mère est la petite dernière d’Elisabeth Métifiot et de Daniel Lagier


Gallica


Réjouissons-nous, cette toute-petite est mignonne et douce, point de bergers pour se pencher sur son berceau mais les visages de ses sœurs et frères. Quel beau présent pour la fratrie ! 

Courageuse et vaillante Elisabeth, qui en 15 ans de mariage, offre à 38 ans un onzième enfant à l’heureux père de 43 ans. 

Qui d’Elisabeth ou de Daniel a choisi les prénoms de cette dernière-née. Noémie porte un prénom biblique qui vient de l’hébreu Noah qui signifie « agréable, gracieuse ». 

Le lendemain 26 décembre 1848 à midi, le citoyen Daniel Lagier a pris la direction de la Mairie (il en avait l’habitude) pour présenter et déclarer la naissance de mon ancêtre de Noël. Ce jour-là il se dit - maître de pressoir- et les citoyens Jacques Joseph Ferrand et Jacques Antoine Chirouze cultivateurs sont les témoins. 

Le maire semble-t-il s’est trouvé confronté pour la première fois aux prénoms choisis, au lieu de Noémie il a noté Néomie, et simplifié pour Olimpe ! 


AD 26 BMS Upie


Ne soyez pas étonnés de l’emploi du terme de citoyen, en février le Roi Louis-Philippe avait abdiqué après trois jours d’insurrection, et la Seconde République proclamée par le poète Lamartine, et le 10 décembre 1848 venait tout juste d’être élu Président un certain Louis-Napoléon Bonaparte. 

Bien des événements, mais le principal pour ma généalogie est la naissance de Noémie une ancêtre de Noël. 

Elle est née la toute-petite, sonnez hautbois, résonnez musettes ! Bienvenue Noémie !






samedi 16 novembre 2019

Le créju modeste objet du quotidien

Une main d’enfant m’a entraînée dans la maison d’un village de Savoie, celle de Benoîte Durieu-Trolliet à Montpascal vers 1705, ou celle de Jacques-François Porte à Avrieux en l’an 1825 ? Mystère d’une rencontre avec ses ancêtres, c’est un logis de montagne aux épais murs de pierre pour se protéger des intempéries hivernales, la pièce s’avère être très sombre, quelques braises rougeoient dans la cheminée. 

M’accoutumant à l’obscurité, une silhouette féminine se dégage, de profil : s’agit-il de Jeanne Montaz-Rosset jeune veuve avec plusieurs drôles à charge, ou d’Angélique Bard  épouse de Florentin Porte,  je ne saurais dire.

Cette jeune femme se saisit d’un modeste objet métallique, peut-être en cuivre ou en laiton, l’enfant me chuchote : « le créju »


Ce petit ustensile de quotidien au fond plat serait-il une lampe à huile, Jeanne ou Angélique - peu importe - vérifie que la mèche de coton ou « farêt » soit bien disposée dans le petit réceptacle qui contient de l’huile de chanvre. 

Puis mon ancêtre prend le « créju » qui était posé sur un coin de la table, et je découvre que ce petit objet comporte une tige mobile munie d’un crochet, il est ainsi aisé de porter la lampe  jusqu’au foyer de l’âtre en l’occurrence pour allumer la mèche avec les braises. 

Gestes simples et habituels, voilà le « créju » suspendu à une poutre avec son crochet mobile, la lumière de la lampe voit ainsi son rayonnement étendu. Esquisse de sourire de ma silhouette, façon de dire : voilà c’est tout simple ! 

Jeanne ou Angélique, toutes deux me signifient ainsi que ce modeste objet était intimement lié à leur vie domestique, présidait au lever et au coucher de la famille, aux repas du soir, aux longues veillées d’hiver. 

Suspendu à un crochet, au mur ou à une poutre du plafond, il éclairait les travaux de nos anciennes ménagères en train de préparer les repas, de filer la laine, de ravauder des bas, de raccommoder le linge de la famille. Plusieurs scènes - comme des flashs - me viennent à l’esprit, dont celle d’un groupe d’une dizaine de personnes éclairées par la chaude et vaillante lumière d’un « créju »

Il en est un de ces « créju » ou « créjeul » relégué comme un objet inutile dans un galetas, qui faute d’avoir atterri dans un musée provincial comme curiosité, a abouti sur une brocante. L’unique jour où j’ai chiné dans une brocante avec Papa, je me suis retrouvée dotée de deux objets dont un « créju » modeste ustensile d’autrefois qui pouvait lui rappeler des souvenirs, trop heureux que je m’intéresse à une vieillerie savoyarde. 

Tout ce que vous avez voulu savoir sur un modeste objet d’autrefois sans oser le demander, objet que l’on trouvait dans toute la France, mais aussi en Italie, Allemagne, Angleterre ou en Suisse. 




N.B
Créju, créjeul mais aussi, croejus, croisel, crosel, cruseau, ou crusol, cruzieu, telles sont les variantes en Savoie.



Sources 
Gallica 
Société d’histoire et d’archéologie de la Maurienne

samedi 19 octobre 2019

Débusquer l'aïeule de l'année

Mais si, mais si, je suis partie sur la piste de ma lointaine grand-mère à la 11ème génération portant le numéro 2019, celui de l’année, et profite d’un rendez-vous ancestral pour vous emmener dans la Drôme berceau de ma grand-mère maternelle. 

Allez, je grimpe l’escalier : Maman, puis Isabelle Arnoux ma grand-mère, c'est facile pour les premières marches, tout comme pour Noémie Lagier mon arrière-grand-mère qui me fait un signe d’encouragement. 

Pixabay

Sur une autre marche Elisabeth Métifiot aïeule dont j’ai toujours su le nom comme celui de son époux Daniel Lagier ; prise d’une hésitation je n’ose frapper à la porte de leur ferme. J’entends plusieurs voix, des propos assez vifs, il faut dire qu’ils sont nombreux : je passe et reviendrai à un meilleur moment. 

Petite pause vers 1840 avec Catherine Masserole alors âgée de 70 ans et veuve d’Etienne Métifiot meunier, celle-ci m’apostrophe : comment tu m’as dénichée ? 

Dois-je dire par l’intermédiaire de votre fille cadette, des actes de naissance des nombreux enfants que vous avez donné à Etienne : toute une vie familiale de joies et de peine lors de mariages ou de deuils à Upie. 

Vous savez Catherine j’ai galéré pour votre union, pour repérer en 1796 les publications et l’acte de votre mariage dans les registres de l’époque révolutionnaire de Montmeyran pas trop bien écrit (et surtout d’une mauvaise numérisation). Un peu de peine aussi pour débusquer votre baptême en 1771 par le Pasteur Ranc à Beaumont-les-Valence, vous aviez 3 jours et votre marraine s’est ensuite révélée être votre grand-mère. 

AD 26 Beaumont  les Valence RP 1771

Invitée à saluer ses parents Claude Masserole et son épouse Marguerite Baud, plusieurs marches plus haut je ne les trouve pas sur le palier, pourtant le Pasteur les a unis à La Baume-Cornillane cette fois, paroisse à forte empreinte protestante. 

AD 26 La Baume-Cornillane RP 1770

Si mon ancêtre Claude a été baptisé par le Curé de Montmeyran, ses parents François Masserole et Catherine Sausse ou Sauce ont reçu la bénédiction du Pasteur « Au Désert » en 1750

AD 26 Registre "Du Désert" 1750

Vous êtes peut-être perdu, mais les marches de pierre sont parfois difficiles à gravir, de hauteur inégale, il faut se tenir au mur, lire et relire les actes : parce que Sauce ce n’est pas Faure (erreur de débutante). 

Il faut se faire une raison avec ma chère branche de la Drôme en terre protestante, et naviguer entre les différents registres : actes protestants ou actes catholiques selon la période et la teneur des directives royales et le poids des répressions. 

Dans cet escalier, où je m’essouffle, la silhouette entrevue est-elle celle de François Masserole, lui qui fut enterré en terre profane, comme tant d’autres de mes ancêtres, dont « on rapporta » le décès 3 mois après au Curé selon la formule consacrée, bien que baptisé à l’Eglise en 1717. 

Ses propres parents Claude Masserole et Judith Bonnet furent unis par le Curé de Montmeyran en 1713, les mariés étaient nés en 1677 et 1681 avant la Révocation de l’Edit de Nantes. 

Auparavant Imbert Masserole, laboureur qui ne savait pas signer, a eu 7 enfants avec Madeleine Dorelon tous baptisés par le Pasteur. 

Egarée dans ce rude et désormais sombre escalier, mains griffées par les parois, j’ai glissé dans le temps jusqu’en 1659 où un Notaire de Montmeyran établit un contrat de mariage entre Imbert Masserole fils d’Antoine Masserole et Claude Trouillat d'une part et sa promise d'autre part. 

Ladite épousée Madeleine Dorelon était la fille d’André Dorelon et Jeanne Tracol – ma Sosa 2019 -  autrement dit l'aïeule de l'année.

Chère Jeanne Tracol, née vers 1620 sous le règne du Roi Louis XIII, je vous ai débusquée certes ainsi que vos proches et descendants tous enracinés dans un terroir autour de Montmeyran, mais ce fil maladroitement ébauché avec quelques citations ne saurait vous appréhender les uns et les autres si tant est que cela soit envisageable. Onze générations, plus de 4 siècles ... 





Sources
AD 26 BMS
et précieux relevés de l'EGDA


Billet dans le cadre du RDVAncestral permettant de rencontrer ses ancêtres

Thème du Sosa 2019 suggéré par la Fédération Française de Généalogie

Retrouver Daniel Lagier  Une flopée d'enfants pour Daniel Lagier
Retrouver Noémie Lagier Noémie une ancêtre de Noël