Ma roue ancestrale reste bloquée sur Presle et indique 10 pluviôse de l’an 7, come back en Savoie, enfin retour dans le Département du Mont-Blanc. Plusieurs personnes sortent des maisons en cette frisquette matinée, et s’ébranlent d’un pas vif et décidé.
Au milieu du gué, enfin du chemin, accostée par un quidam, je me vois suggérer d’opérer un demi-tour et de filer avec les marcheurs vers La Rochette. Soi-disant enquêteuse d’ancêtres j’obtempère.
Quidam qui se présente ainsi : - Augustin FORAY gendre de Georges CAILLET qui marie son fils Vincent un cadet.
Moi, bouche bée, d’être aussi bien tombée quasiment dans les bras d’un nouvel aïeul, le priant de m’expliquer où il compte me conduire.
- Mais enfin, juste une petite heure de marche pour atteindre le chef-lieu de canton où chaque décadi se tiennent les mariages de différentes communes, cela fait partie des nouveautés de la République dont on dépend désormais, an 7 qu’ils disent les révolutionnaires.
- Le décadi, tous les 10 jours ma petite dame, est un jour chômé, jour de repos républicain à la place du ci-devant dimanche de notre bon vieux calendrier qu’ils disent. Tout cela ne nous plaît pas dans notre contrée, même qu’ils imposent un mariage civil avec des tas de paperasses.
- Donc le beau-frère va se marier dans le temple décadaire qu’ils appellent à La Rochette. Ils disent cet édifice public, y lisent les lois chaque décade, publient les naissances et les décès, et ont même essayé de célébrer leur religion républicaine, un culte dit de la Raison ou de l’Etre suprême. Quelle époque je vous dis, gardez le pour vous, d’autant que ce temple est dans l’église fermée, après avoir chassé les prêtres.
- Allez nous voilà arrivés, entrons et rapprochons nous des mariés.
Dans le temple décadaire plusieurs couples, une longue table encombrée de dossiers derrière laquelle siègent des conseillers. Un homme d’une certaine prestance porte une écharpe tricolore, dénommé Claude Puzet président de l’administration municipale du canton, il officie pour les mariages du décadi.
Allez hop, au tour des héros principaux Vincent CAILLET fils de Georges CAILLET et de feue Marie PICOLLET et Marie CHARDONNET BŒUF fille d’Isidore et de Madeleine GERVASON.
Sur le modèle imprimé de l’acte sont barrés les mots « en la maison commune » et ajouté manuscritement « temple décadaire », les qualités des mariées sont déclinées dont l’âge 19 et 18 ans, et mentionnés les consentements des deux pères présents.
Si la date de naissance de la belle ne pose pas de problème pour mon collatéral cela accroche « de mémoire à laquelle il a été procédé devant le juge de paix du canton le sept de ce mois, il résulte que ledit Vincent Caillet est né en septembre mil sept cent septante neuf à Presle du légitime mariage entre Georges Caillet et la Marie Picollet ci-dessus dénommés (sa naissance ayant été omise dans le registre de l’état civil) »
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| AD 73 EC La Rochette 1799 extrait |
Ah les paperasses pour justifier de son identité, lorsque le registre paroissial du curé de 1779 comporte des lacunes, ne me dites pas que les parents ont oublié de faire baptiser ledit Vincent. Côté témoins Vincent MANIPOUD (possible parrain à mon sens) qui signe, et Augustin FORAY mon aïeul qui ne paraphe pas.
Bon Vincent et Marie sont unis pour le meilleur et le pire, civilement.
Et figurez vous, sur suggestion de mes ancêtres, en catimini j'ai assisté au mariage religieux du jeune couple, le seul valable pour ces savoyards, l'acte en latin daté du 4 février 1799 est planqué dans un registre paroissial de la commune de La Table. L'histoire ne dit pas si le prêtre qui a béni l'union agissait secrètement ou pas en cette période particulière pour l'exercice de la religion catholique, certains curés ayant pris la fuite, d'autres se cachant.
Cet acte dans un temple décadaire est le premier inscrit dans mon arbre généalogique.
Retrouver cette famille
Sources
AD 73 La Rochette et La Table
via indexation Geneanet premium


Ça ne plaisait à personne ces decadi et tout le cirque, mais ils l'ont subi! Quelle époque dingue
RépondreSupprimerQuelle époque déroutante !
RépondreSupprimerVoilà une rencontre dans une circonstance insolite. Merci de jouer le reporter pour la partager avec nous.
RépondreSupprimerDéjà de la paperasse à l'époque 😅
RépondreSupprimerBravo pour ce nouveau rdv ancestral.
RépondreSupprimerJe ne connaissais pas les mariages décadaires, trés interessant.