samedi 16 mai 2020

Sur le chemin de Charmaix

Eveillée ou en songe, peu importe lorsqu’on remonte le temps pour rencontrer ses ancêtres. Sur le chemin de Charmaix je dois me rendre en ce mois de mai 1858, et en Savoie je suis avec les proches de François-Benjamin Eard et son épouse Marie-Marguerite Long. Cette dernière, après moultes réticences et recommandations, a toléré que trois de ses filles m’accompagnent après avoir exigé que je me dote d’une coiffe d’emprunt. 

Avec moi Marie-Adélaïde récemment mariée, Marie-Rose mon aïeule de 24 printemps, et aussi Marie-Sylvie bien jeunette, toutes quatre comme tout pèlerin, nous allons emprunter à pied le chemin des oratoires jusqu’à la Chapelle de Charmaix. 

- Normalement c’est le 8 septembre que les pèlerins prennent ce chemin pour la procession solennelle, jour de la Nativité de la Vierge : assène l’aînée ! 

Après avoir laissé l’église de l’Assomption, et pris la direction du Pâquier, première chapelle et premier oratoire, je lorgne là-haut la montagne du Charmaix à plusieurs lieues de Modane, vaguement inquiète de l’ascension qui m’attend. 

Modane Le Pâquier - Delcampe
- Comme vous n’avez pas l’habitude, on va prendre notre temps pour monter, formule doctement Marie-Adélaïde. Tout au long du trajet s’élèvent des oratoires, liés au mystère du Rosaire, je vous expliquerai. 

Sentier pierreux, qui zigzague pour tenir compte de la pente, forêt de sapins et de mélèzes aux branches entrelacées, Marie-Rose mon ancêtre me donne le bras lorsque le chemin s’élargit, écarte des branches, tandis que la cadette prend de l’avance. 

L’aînée veille à mon instruction : le 3ème oratoire Botonnier est celui de la Nativité, suivi de ceux du champ des pins, et de l’entrée des bois. Les appellations me plaisent comme Fongelune, l’oratoire dit "du lacet 6" donne l’occasion de nous recueillir et surtout de reprendre souffle et d’admirer le paysage. 

Air doux et pur, odeur des arbres, tapis d’épines parfois ou cailloux-pièges à chevilles… 

Curieuse de l’origine de ce pèlerinage de Charmaix à une des vierges noires savoyardes, je m’entends raconter que les habitants de Modane placèrent d’abord la Vierge, protectrice des dangers de la route et des éléments naturels, dans une anfractuosité du rocher, puis ensuite l’abritèrent en construisant une chapelle. 

Marie-Rose la réservée m’a relaté « que François fils de Pierre Bertrand de Modane éprouva d’une manière particulière la protection bienveillante de Marie. Depuis l’âge de cinq ans jusqu’à douze, époque de sa guérison merveilleuse, il était non seulement boiteux, et ayant les pieds tordus, mais il était tellement faible des jambes qu’il ne pouvait faire un pas sans être appuyé sur deux béquilles. 

Un jour son oncle lui dit d’aller à la montagne du Charmaix et en passant devant la chapelle de Notre-Dame de jeter ses béquilles dans le sanctuaire et les offrir à la Sainte-Vierge et de les garder auprès d’elle, et dès lors sans secours il se dresse, fort et vigoureux, se met à marcher sans peine et va retrouver sa mère dans les champs, il vécut jusqu’à 66 ans. » 

Après une constante montée et marche de près de deux heures, arrivée à hauteur du 13ème oratoire, je suis frappée par un bruit sourd et lointain difficile à définir. Soudain à un brusque détour j’aperçois dans une gorge étroite et profonde une chapelle audacieusement suspendue à la paroi quasi perpendiculaire de la montagne. 

Chapelle du Charmaix  © OT Haute Maurienne-Vanoise 
Muette, figée à découvrir ce site, ce lieu de recueillement avec en soutien Marie-Rose Eard, une aïeule invisible et présente à la fois, comme tant d’autres ombres et feuilles de mon arbre ancestral. 

Le bruit est celui de l’impétueux torrent dont le lit accidenté précipite ses eaux en de nombreuses cascades, un solide pont de pierre comme suspendu à la cime de deux rochers qui servent d’appui permet à notre quatuor de passer sur la rive opposée et d’approcher la chapelle de Notre-Dame de Charmaix incrustée dans le flanc de la montagne. 

Ce modeste édifice comporte une galerie en bois, et une sorte de porche-narthex assez spacieux pour accueillir des pèlerins, l’entrée du sanctuaire est fermée par une grille. Marie-Rose m’invite à pénétrer dans la chapelle dont l’autel est composé de colonnes torses et d’ornements en bois sculptés et dorés. 

- Regarde là sur le piédestal c’est la statue miraculeuse de la Sainte Vierge qui tient notre Sauveur, observe la fine chape dorée et les têtes surmontées de couronnes aussi dorées, me chuchote encore Marie-Rose. 

Ses sœurs m’observent à la dérobée, il faut avouer que je me suis bornée à joindre les mains, ma façon de me concentrer, de me recueillir en quelque sorte. 

Touchante statue de Marie qui est l’œuvre d’un artiste local, de 45 centimètres environ, travaillée dans l’albâtre roche claire et transparente et peinte jusqu’à mi-corps en noir tandis que l’Enfant est entièrement noir. 

Mes « parentes » ne peuvent me révéler ce qui est caché par la chape, me souligner que la Vierge porte l’enfant Jésus sur le bras gauche presque à hauteur d’épaule et que ce dernier tient dans sa main une boule représentant le globe terrestre. 

Elles ne savent peut-être pas que la Vierge, sous cette chape, a le bras droit replié sur sa poitrine et tient un petit miroir à l’énigmatique symbolique : représente-t-il la pureté et la fidélité de l’amour ? Pas si anodine cette statue. 

- Comment sais-tu ? murmure Marie-Rose.

Et si dans ce lieu mystérieux, nos pensées parvenaient jusqu’à nos ancêtres ? 

Dans un site sauvage, où rugit un torrent au fond d’une gorge profonde, après avoir cheminé jusqu’à Charmaix, à la croisée de la généalogie, des croyances, de l’histoire, de l’art … 



Pour aller plus loin
Site du Sanctuaire de Charmaix



mercredi 29 avril 2020

François-Benjamin Eard un savoyard Acte III


Une vie en 30 questions au fil des jours du mois d'avril pour le généathème d'avril 2020, et dernière ligne droite des réponses de François-Benjamin Eard un de mes ancêtres savoyards ancré en Maurienne. 




Autour de lui deux soeurs, et un frère qui s'est marié et dont les neveux et nièces ne me sont pas encore connus. Certains liens familiaux existaient puisque l'épouse de François-Benjamin est une cousine germaine.



A farfouiller dans les registres paroissiaux de Modane, et les actes notariés du 18ème siècle,  voilà les 8 arrière-arrière-grands-parents de mon aïeul enfin débusqués. 





François-Benjamin, catholique comme tous ses proches, semble avoir eu un notaire attitré dont la consultation des minutes apporteraient des éléments sur sa vie : il n'est pas interdit de rêver. 


Un trombinoscope pour le 27ème jour ? Ne pas s'avouer vaincue : des signatures, plusieurs ! 


Pour la 28ème question, une approche pour les repas : 




Mes ancêtres vont-ils se fâcher si je révèle que voici 168 ans, le mardi 10 février 1852, leur journée fut particulière. Elle a commencé par le mariage en l'église de l'Assomption de Modane de leur fille aînée Catherine Eard avec Benjamin Clappier agricole fils Pierre-Antoine Clappier et de Marianne Eard (!).

Bon une cérémonie, a priori le matin, rien de particulier sinon une parenté, sauf que le même jour - si si - dans le registre des baptêmes cette fois, une toute-petite Marie-Adeline Clappier née à six heures est baptisée à sept heures. Elle est tenue sur les fonts baptismaux par François-Benjamin grand-père maternel et Marianne Eard grand-mère paternelle, première enfant d'un tout récent couple qui ne sera pas la seule. 

Le mariage de ma lointaine collatérale était plus qu'urgent, toutes les péripéties ou tractations antérieures, où l'émotion de la cérémonie ont-elles précipité la naissance ? 


Mais oui, voici déjà la dernière question relative à la vie publique : en fait j'ai déjà répondu avec l'adresse à l'Empereur de la commune de Modane à une époque où mon ancêtre était conseiller, et aussi avec l'interview qu'il m'a concédé sur sa fonction de secrétaire de mairie dans un Rendez-Vous-Ancestral .

Sauf que François-Benjamin m'a fait la surprise d'être donateur en 1862 de la Société du Prince-Impérial des prêts de l'enfance au travail, il est cité conseiller municipal.

Cette oeuvre de bienfaisance fondée sous le Second Empire par l'Impératrice Eugénie se propose de pourvoir assistance aux classes laborieuses par des prêts pour des achats de matériel ou de semences par exemple, à côté de fondateurs ou donateurs, des enfants peuvent être aussi associés moyennant une cotisation symbolique. Selon sa fondatrice "c'est l'avenir qui prête au passé". Merci Wikipédia !




Challenge particulier au fil des jours d'un mois confiné au temps incertain, selon une trame suggérée,  qui m'a incitée à vous présenter une "version François-Benjamin" de la généalogie dans tous ses états.


Retrouver les 11 premières réponses DANS L'ACTE I
les 10 réponses suivantes DANS L'ACTE II


samedi 18 avril 2020

L'interview de François-Benjamin Eard

Je voyage depuis mon canapé, et dans le temps qui plus est avec le rendez-vous-ancestral de ce troisième samedi du mois, quoi de plus merveilleux ! François-Benjamin Eard m’accompagne tous les jours d’avril, cet ancêtre est un savoyard ancré à Modane toute sa vie. Ouvert d’esprit et curieux sur le fait qu’une de ses descendantes s’intéresse à lui, il a accepté de me rencontrer afin de m’éclairer sur ses fonctions de conseiller de sa commune puis de secrétaire de mairie. 



En cette année 1861, me voilà donc dans la cité de Maurienne de François-Benjamin désormais française et située dans le département de la Savoie sous le Second Empire. En cette heure médiane, pas un chat dans la grand-rue, tant au sens propre que figuré, mes pas résonnent sur la chaussée, silence, les habitants pourtant n’ont pas l’obligation de demeurer encabournés (1). A un carrefour, une précieuse fontaine à la vasque circulaire de pierre installée depuis 1572, que de mains de mes ancêtres ont été posées sur celle-ci. 

Mine de rien me voici face à l’église de l’Assomption, comme prévu François-Benjamin m’attend, de justesse j’évite une accolade, haussement d’épaules de mon ancêtre. 

- Quelque chose m’échappe, de l’époque où tu viens que se passe-t-il ? Une rencontre en quasi-catimini, à une certaine distance, à l’extérieur : étrange interlocutrice. Ah là là ! On commence par quoi ? 

- Je suis très heureuse que vous ayez admis ma bizarre requête de lointaine petite-fille interpellée par un extrait de presse ancienne où figure votre nom en 1860 juste avant le rattachement de la Savoie à la France. Il s’agit de l'adresse à l'Empereur où vous êtes mentionné conseiller. Cela consistait en quoi cette fonction, avez-vous été élu ? 



- Tiens en se dirigeant sur ce chemin, on sort du bourg, c’est bon pour toi ce tête-à tête studieux ? Election connais pas ! D’abord sous le régime sarde il est question de nomination de l’Intendant ou de son représentant qui choisit sur un état des imposés de la commune. 

- Que figure-t-il sur cet état François-Benjamin ? 

- Les noms, âges, profession, le montant de l’impôt, mais aussi les qualités morales et aptitude aux fonctions de conseiller. L’Intendant nomme, et on doit prêter serment sur les Saints Evangiles et promettre fidélité au Souverain. 

- Tout cela est instructif, bien que je n’aie jamais douté de la respectabilité de mon aïeul, que je découvre propriétaire dans les plus imposés en plus. 



- Pour ta gouverne un syndic préside le conseil dont le nombre de membres est fonction de la population de la commune, le renouvellement d’un membre s’opère par la sortie annuelle du premier de la liste de nomination. 

- Tiens un " turn over " mode "of " je précise. 

- Je suppose que le conseil, comme à mon époque, gère et administre les biens et revenus de la commune, s'occupe des écoles. 

- En effet, et aussi de la répartition des corvées, de l’affouage, des réparations à l’église, mais tu sais il y a des codes détaillés pour tout gérer au mieux, ils doivent être dans les archives ou bibliothèques si tu manques de lecture. Sur des sujets importants, pour délibérer, le conseil est doublé par un nombre égal de conseillers pris sur la liste des plus imposés. 

Chez nous les convocations aux séances se font par écrit et sont portées par le pédon (2) et la cloche sonne un peu avant pour rappeler la séance, et on ne peut s’exempter d’être présent à peine d’amende. On doit voter librement, d’une manière claire et précise, sans partialité. 

Le conseil de communauté est une réunion d’hommes choisis parmi les plus recommandables et les plus éclairés de la commune, pour en faire connaître leurs besoins, exprimer leur avis et éclairer les décisions des autorités supérieures. Les délibérations sont l’expression d’un vœu, et le syndic pour les faire exécuter doit les faire approuver par l’intendant. 

Là je te cite de mémoire, et j’arrête, sinon tes interlocuteurs prendront tous la fuite ! 

- Récemment lors de l’union de votre fille Marie-Sylvie en 1861, vous êtes cité comme secrétaire de mairie, alors que l’année précédente ce poste est occupé par M. A Jourdain un notaire. Est-ce lié au changement de régime ? 

- Tout à fait sous le régime sarde le secrétaire de la commune devait être notaire obligatoirement, en devenant français, cette fonction est incompatible avec le notariat et habituellement dévolue à l’instituteur primaire. 

Comment te résumer entre les pressions du pouvoir central, les circulaires, le peu d’empressement des instituteurs à assurer les écritures, d’autant qu’ils n’étaient pas encore formés pour être secrétaire de mairie, le Préfet de la Savoie a admis, exceptionnellement, que le maire prenne comme secrétaire une personne autre que l’instituteur. 

- Alors c’est dans ce contexte que vous avez été proposé par le nouveau maire pour être secrétaire, il est vrai que vous connaissiez bien commune. 
Sage mesure d’adaptation de l’autorité préfectorale à une situation locale dans les vallées de montagne, je ne pense pas que mon ancêtre en ait bénéficié longtemps, "mode of " j’ajoute. 

- Regarde ce cadre naturel extraordinaire, nos champs sur le replat, les alpages, là-haut, l'air pur et vivifiant, tu ne veux pas rester et faire la connaissance de toute la famille ?

- Non ce jour cette constructive visite ne peut être que brève en raison de mes contraintes, je vous embrasse tous et surtout votre fille Marie-Rose... par la pensée.



Retrouver François-Benjamin Eard un savoyard
pour 30 jours 30 questions en avril avec le #généathème30
Jours  1 à 11    Acte I
Jour   6            l'adresse à l'Empereur
Jours 12 à 18  Acte II



(1) enfermés, confinés
(2) piéton, sens de facteur rural


Sources

Dictionnaire de la législation des Etats Sardes Jean-Léopold Cot
Manuel administratif, civil et criminel J.L Cot & Joseph Jacquemoud
Rémy Berthod Administration Française en Savoie au début de 1860





mercredi 15 avril 2020

François-Benjamin Eard un savoyard Acte II

François- Benjamin Eard - mon aïeul ancré à Modane - pour la suite du généathème d'avril que me dit-il ? 



Le premier et seul métier - agriculteur - est aisé à appréhender hormis les contraintes de son environnement pour la 12ème question.

La 13ème question d'un autre métier m'a incitée à méditer sur sa fonction de conseiller de la commune de Modane exercée sous le régime sarde juste avant le rattachement de la Savoie à la France d'une part, et de secrétaire de mairie au début de la mise en place de l'administration française. 


Bonne nouvelle mon ancêtre a accepté de me rencontrer à ce sujet lors du prochain Rendez-Vous-Ancestral. A lire en suivant le lien L'interview de François-Benjamin Eard




Côté recensement la moisson est mauvaise pour la 14ème question et voyons pour le jour suivant :




"Tantôt sur le chemin François-Benjamin avait croisé un monchu, puis un bagolu, ses cheveux tout écharbotés. Dès fois il passait une abadée à ses filles qui avaient trop barjaqué au bachal.
Il se demandait pourquoi nous étions tous actuellement encabournés."

Vous donnez votre langue au chat, ou demandez à la marmotte le sens des propos de mon ancêtre liés au 15ème jour de ce challenge :

" Cet après-midi il avait croisé un citadin embourgeoisé, puis un ivrogne ses cheveux dans tous les sens. Parfois il faisait des remontrances à ses filles qui avaient trop bavardé au lavoir.
Il se demandait pourquoi nous étions tous actuellement enfermés."

Une petite suggestion de lire ou relire un ancien billet sur ce sujet : Barjaquer patois ou français




Après un petit éclairage sur le vêtement masculin pour le 16ème jour, passons aux enfants pour le 17ème sujet du mois.  


De nombreux enfants tous arrivés à l'âge adulte, dont 6 sur 10 se marieront le temps passant si vite.





Déjà le 19ème jour, et au fait que signifie le patronyme EARD cité en 1416 dans une transaction ?
Un grand merci à Guillaume alias @grenierdesancetres pour son extrait d'un merveilleux dictionnaire de Robert Gabion.
"Le suffixe-ard, sorte de sobriquet mauriennais, probablement péjoratif est dérivé de l'ancien francique hatjan, haïr et désignerait des individus hargneux ou détestés : Hayard, Ayard, Héart ont disparu, et la variante Eard  apparue au 17ème siècle". 


Belle signature de son père François Eard qui était laboureur et fils d'Etienne, tandis que sa mère Catherine Eard fille d'Esprit avait un contrat dotal fort honorable. 



Les 11 premières réponses sont dans DANS L'ACTE I
Les dernières réponses sont dans L'ACTE III




lundi 13 avril 2020

François-Benjamin Eard un savoyard Acte I

En ce mois d'avril 2020 si particulier, le généathème proposé par Sophie de la Gazette des Ancêtres nous incite à poser 30 questions à un ancêtre, et de tenter d'y répondre pas à pas. Ce premier billet reprend mes 11 premiers visuels partagés sur Twitter selon le canevas proposé avec le hastag #Généalogie30.

Mon héros François-Benjamin Eard est lié à ma branche paternelle, cet ancêtre à la 6ème génération est le grand-père d'une de mes arrière-grand-mère, toute sa vie s'est déroulée en Savoie.




Né en 1795 à Modane, il épouse en 1823 Marie-Marguerite Long avec qui il chemine jusqu'en 1872.






Si le passé militaire de François-Benjamin m'est inconnu, le nom de mon aïeul figure dans la presse ancienne dont la découverte a déjà fait l'objet d'un billet spécifique à découvrir sous le titre l'adresse à l'Empereur





Mon ancêtre aura plusieurs nationalités sous différents régimes, sans jamais changer de lieu de vie : Modane. Dans ce pays de montagne et de passage, lui et ses proches sont allés à l'école et s'il n'a pas bougé le train arrivera dans sa vallée, 








La suite du challenge #Généalogie 30
ACTE II
ACTE III


lundi 6 avril 2020

L'adresse à l'empereur

En avril on se pose 30 questions, à raison d’une par jour, pour travailler sur un de nos ancêtres, sur une idée de Sophie de la Gazette des Ancêtres. 

Alors en route pour retracer le fil de vie de François-Benjamin EARD un savoyard : un aïeul à la 6ème génération. Mes trouvailles feront l’objet d’un (ou deux ?) billet (s) sur le blog ultérieurement. 

Mais ce jour, ma pioche dans la presse ancienne en ligne dans le Moniteur Universel du 16 avril 1860,  justifie un petit article car le nom de mon cher François-Benjamin y figure dans une adresse de Modane faite à l’Empereur. 

Pourquoi mon ancêtre apparaît dans un discours qui exprime à un souverain les vœux et souhaits d’un corps constitué. 



On est à deux pas du rattachement de la Savoie à la France, d’intenses tractations diplomatiques entre l’empereur Napoléon III et le ministre Cavour, débouchent sur le traité du 24 mars 1860 dans lequel le roi Victor-Emmanuel II « consent à la réunion de la Savoie et de Nice étant entendu que cette réunion sera effectuée sans nulle contrainte de la volonté des populations ». En échange, Napoléon III appuie le processus d’unification des États italiens sous l’égide du Piémont. 

Déliés le 1er avril 1860 par le roi de leur serment de fidélité, les sujets savoyards - dans l’exemple du jour de différentes communes de Savoie - formulent une adresse à l’Empereur Napoléon III. 

C’est ainsi que le Moniteur Universel publie l’adresse de Boussy, reprise par d’autres communes. 

« Sire 
La Savoie toute entière a accueilli avec joie la nouvelle de sa prochaine annexion à la France. 
La vallée de Rumilly surtout, dont les aspirations furent toujours françaises, s’est vivement émue, et la commune de Boussy en particulier a entrevu dans cet important changement l’ère d’un profond avenir. 
Organes de leurs concitoyens, les conseillers municipaux de cette commune viennent déposer aux pieds de Votre Majesté les hommages de ceux qui vont bientôt être ses heureux sujets et qui hâtent de tous leurs vœux le moment fortuné où ils appartiendront à la première nation du monde. 
Vive l’Empereur ! » 

Le même journal publie l’adresse de la commune de Cognin, à la suite de celle-ci, est citée la commune de Modane avec les noms des intervenants dont celui de François-Benjamin EARD. 


Ne faites pas l’impasse sur cette littérature dithyrambique, car je ramasserai les copies pour connaître votre texte préféré. 

« Sire 
La loyauté traditionnelle de ses populations de ces contrées ne permettait pas, avant ce jour, aux corps constitués de donner libre essor de sympathie pour la France, qui sont au cœur de tous les Savoisiens. 
Aujourd’hui que Victor-Emmanuel II a parlé, aujourd’hui qu’en signant le Traité du 24 mars il a reconnu que l’expansion des nationalités, qui ouvre à sa Maison un si brillant avenir, devait avoir pour conséquence de rattacher la Savoie à la grande famille française, le conseil municipal de Cognin est heureux de pouvoir donner libre cours à ses aspirations vers cette France, dont les actes de votre règne ont encore augmenté l’éclat et la grandeur. 
Daignez les accueillir Sire et consommer le grand acte qui doit enfin combler nos vœux et nous donner à jamais pour devise le cri de : 
Vive l’Empereur ! Vive la France ! » 

Votre réponse peut être donnée en commentaire !

Source 
Retronews 



vendredi 27 mars 2020

Nostalgique pause-café

Je suis une modeste nappe carrée aux carreaux rouges et blanc avec des initiales brodées - I A - Isabelle Arnoux grand-mère maternelle de ma détentrice. J’ai été réveillée un peu tôt cette année, tirée de la pile de linge de l’armoire, repassée facilement vu ma qualité de coton. Tout ce tintouin est lié au généathème de mars suggéré par Sophie de la Gazette des Ancêtres sur les objets familiaux. 

Voilà que l’on m’a installée pour une séance-photo avec en vedette un moulin à café dépoussiéré soigneusement, quoique pour être honnête cela lui arrive plusieurs fois dans l’année. Ce moulin en bois et métal appartenait aussi à Isabelle Arnoux. 


Il fait le fier ce moulin : c’est un authentique de la marque déposée « Peugeot Frères » fabriqué à Valentiney dans le Doubs avec le sigle du lion sur une flèche. Sa manivelle à une seule courbe indique qu’il a été construit avant 1932, modèle TN a priori. 

A nous modestes objets du quotidien de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème, on vient de nous l’expliquer. A dire vrai mon copain le moulin : il a bien servi, son bois est patiné, tâché, un angle est poqué. A vous les jeunes, ou moins-jeunes, sachez qu’il convient d’ouvrir le haut métallique du moulin, pour mettre les grains de café à moudre. 


Ce café Isabelle, ou Noémie sa propre mère, allait l’acheter dans une épicerie, parce que le café ne pousse pas sous les latitudes de la métropole. 

Ma détentrice a le souvenir de sa grand-mère, un tablier noué sur sa robe, le moulin posé sur ses genoux, tournant la manivelle pour broyer les grains de café. Si des grains se coincent il faut forcer, rien ne vaut l’huile de coude, et petite précision pour récupérer la poudre de café on ouvre le petit tiroir, et conseil : on ne renverse pas la mouture. 

A ce stade la poudre développe son parfum, et la pause-café se rapproche, quoique la maîtresse de maison doit œuvrer et s’affairer autour de la cafetière (qui rappel n’est pas électrique), la bouilloire d’eau attend sur le coin de la cuisinière à bois ou à charbon. 

Pas de copine cafetière à vous présenter, ma détentrice a le souvenir d’une version en émail, à deux niveaux, en haut la partie filtre où est versée l’eau chaude frémissante sur le café moulu, et le corps de la cafetière où s’écoule le breuvage, partie avec un long bec. 

Sentez-vous l’arôme du café, le temps suspendu avec cette pause-café qui se précise. 

Nous, petite nappe et moulin à café tant de fois considérés avec tendresse, ne sommes pas en mesure de vous révéler si cette pause-café était prolongée ou pas, quotidienne ou pas. Si Isabelle et ses proches après des temps qui furent troublés, regrettaient, méditaient, refaisaient le monde autour d’une tasse de café dans un moment de convivialité, ou rêvaient en écoutant les oiseaux, observant les feuilles de la vigne-vierge de la tonnelle. 



Malgré nos trous de mémoire, on n’oublie pas de passer le relais à trois livres qui servirent à Isabelle Arnoux épouse d’Emile Mercier lorsqu’elle était institutrice, façon de témoigner, transmettre. 




Livres dont les titres renvoient à une autre époque : un petit mémento de la politesse élémentaire, une brochure avec 54 leçons de choses en images sans paroles, à raconter par les petits pour une initiation à l’élocution, et un livre de musique. 

Allez, je les dépose dans la pile à lire, en ce mois de mars si particulier d’un temps à nouveau suspendu et incertain. 

Précieux objets familiaux à la chaleureuse présence.



samedi 21 mars 2020

La princesse et les vide-goussets

La roue à remonter le temps s’est arrêtée un jour d’octobre 1773, pour un rendez-vous ancestral, si je lève le nez se profile le massif clocher de pierre de l’église Notre-Dame encore pourvu de sa haute flèche, église toute proche de la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste. 

Cela n’a pas été simple de déambuler dans la rue Saint-Antoine, lorgnant une belle porte en ogive, plusieurs passants m’ont bousculée. Saint-Jean fière cité épiscopale, devenu de bonne heure le premier bourg de Maurienne est en effervescence : agitation, affolement, ordres proférés sont à l'ordre du jour. 

St-Jean quartier canonial Theatrum Sabaudiae 1682

Dans mon oreillette on me souffle, que ce branle-bas de combat, est lié au passage d’une princesse de Savoie. Deux ans après sa sœur devenue comtesse de Provence, et donc belle-sœur du roi Louis XVI, la princesse Marie-Thérèse franchit à son tour les Alpes et traverse la Savoie pour se rendre à Paris où elle doit épouser le comte d’Artois futur Charles X. Elles sont les filles de Victor-Amédée III roi de Sardaigne et duc de Savoie. 

Affaire rondement menée par les cours royales, huit jours à peine séparent la demande officielle du 16 octobre 1773 et le mariage par procuration, et voilà que la princesse Marie-Thérèse âgée de 17 ans, fade, timide et pieuse selon les chroniques, quitte son Piémont natal, passant à Suse le 27 octobre. 

Ne soyez-pas étonnés que les édiles de Saint-Jean et la population de la vallée soient sous tension, et que je croise un quidam à l’allure de bourgeois apostrophant : alors le Pierre Arnaud, tout a bien été fourni comme prévu ? l’avoine et le foin ? 

Ce laboureur interrogé et bien d’autres de paroisses environnantes, ont été réquisitionnés pour fournir la nourriture à plus de 500 chevaux et mulets de cortège de la princesse. A nouveau il a fallu se procurer des matelas pour loger la suite, organiser les réceptions. 

Pour éviter le bruit des carrosses sur les pavés, les rues sont sablées, d’autant que je m’approche du palais de l’évêché pour ainsi dire poussée par la foule qui augmente. 

Un homme interjette : tiens bien le bonjour le Jean-Baptiste Anselme, tu es venu de Fontcouverte, et qui d’autres sont avec toi ? 

Fontcouverte, mais j’ai des ancêtres dans cette paroisse, et aussi aux alentours de Saint-Jean de Maurienne ? Qui dois-je rencontrer de ce village ou de Montpascal ou d’Hermillon peut-être, comment les reconnaître et les retrouver ? 

Il paraît que la princesse a déjeuné à l’hôpital du Mont-Cenis dit l’un, et qu’elle a fait étape à Lanslebourg dit l’autre ! Là-haut au col avec le vent il ne fait pas chaud. 

Comtesse d'Artois - Gallica 

Rumeur qui s’amplifie, résonance de roues de carrosses et de sabots d’équidés : regardez voilà c’est un détachement des grenadiers du régiment du Chablais qui escortent notre princesse. 

Acclamations, vivats, mais dans quel carrosse est la princesse, apparemment le troisième vu les piquets de gardes du corps, j’ai juste entre-aperçu des tissus flamboyants de robes. Mais quel ancêtre vais-je dénicher dans cette cohue bruyante et indisciplinée ? 

Soudain une silhouette m’interpelle, les traits d’un visage déjà entrevu avec plus de rides, sacrebleu mais c’est Benoîte Durieu-Trolliet l’épouse de Louis Arbessier déjà rencontrée dans un rendez-vous ancestral, nous sommes à deux pas l’une l’autre. Nos regards se sont croisés, mais nous sommes emportées par une bousculade dans des directions divergentes. 

Vivats lorsque le cortège débouche devant le palais épiscopal récemment agrandi et embelli, il est deux heures de l’après-midi un certain 29 octobre 1773. Au haut des degrés, l’évêque Monseigneur Charles-Joseph Martiniana, entouré de son chapitre en habit de chœur, attend Son Altesse Royale qui les salue avec bonté, autour d’elle son aumônier, des gentilshommes, des écuyers et ses dames d’honneur. 

Mon voisin de cohue et grande perche qui obstrue mon champ visuel fanfaronne ses informations : oh Son Eminence va faire les honneurs de son beau palais, vaste et richement meublé, il a de la place pour recevoir la princesse et les hauts personnages de sa suite, un dîner sera servi. 

Et maintenant questionne quelqu'un ? Dis pense à la fatigue du voyage, c’est repos pour notre princesse, plus tard elle descendra avec tout son beau monde sur la place pour voir la belle illumination organisée. A partir de 8 heures du soir, toutes les maisons seront illuminées avec deux chandelles à toutes fenêtres. Moi je ne peux pas rester, il me faut rentrer dans ma paroisse, y a les bêtes à nourrir. 

Bousculades à nouveau dans la foule, coup de coude dans mon dos. Cris, voix, agitation et hurlements « au voleur, au voleur, ma bourse, on a pris ma bourse, on m’a volé, ladro, scippatore. » 

Et dans les victimes de la bande de vide-goussets qui sévirent sur le trajet de la princesse, mon aïeule Benoîte Durieu. Oh elle et les siens n’ont pas le cœur à apprécier la suite des réjouissances, affolement et démarches étaient désormais à leur programme. 

Un indiscret sac à procès du Sénat de Savoie, enfin le sommaire d’un inventaire, m’a fait découvrir le larcin commis à l’encontre de Benoîte Durieu fille de feu André âgée de 70 ans en 1773 veuve de feu Louis Arbessier native de Montpascal et habitant Hermillon. Surprise de la généalogie et des documents, pour en connaître le détail il faudrait consulter le fameux sac et se déplacer aux Archives de Savoie, un jour peut-être. Sont également concernés dans les victimes Pierre Arnaud et Jean-Baptiste Anselme susnommés, ainsi qu'un écuyer de la princesse.

Sachez que le lendemain 30 octobre, la messe, où il y avait des violons, ne fut dite qu’à 11 heures et demie dans la chapelle de sa grandeur. La comtesse d’Artois reçu les corps constitués : syndics et le corps de ville, puis alla à la cathédrale se recueillir sur le tombeau des premiers ancêtres de sa maison. On soupa à 8 heures et demi, car le sur-lendemain on devait repartir de bonne heure. Le cortège  gagna Aiguebelle, avant de poursuivre vers Chambéry et cheminer ensuite dans le royaume de France jusqu’à Versailles. 

Benoîte Durieu victime du passage d’une princesse en Maurienne, victime en lien avec une union royale, j’imagine son désarroi faute de connaître le montant du préjudice, bref rendez-vous certes mais en lien avec des faits réels. 




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Retrouver la famille de Benoîte Durieu et Louis Arbessier c'est ici


Sources
AD 73 Inventaire des procédures civiles et criminelles du Sénat de Savoie 2 B 13457
Google-Books Chanoine Gros Histoire de la Maurienne 
Wikipedia 

samedi 29 février 2020

Isabelle Arnoux et Emile Mercier instituteurs à Braine


Quelle bonne suggestion de Sophie de La Gazette des Ancêtres de nous inciter pour le généathème mensuel à plonger le nez dans les délibérations communales, sources peu explorées lors de recherches généalogiques. En piste donc pour les registres de Braine dans l’Aisne, où hasard de l’histoire, les décisions communales ont été en grande partie conservées, et numérisées. 

En 1907 Isabelle Arnoux jeune institutrice, fraîche émoulue de l’école normale, affectée à plus de 600 km de sa Drôme natale, prit la route pour Braine en Picardie. Dans ce bourg de 1500 habitants trois ans plus tard y débarqua comme instituteur Emile Mercier né lui en terre axonnaise. 

Braine document familial 

Les protagonistes principaux - mes grands-parents maternels ainsi cités - en feuilletant les délibérations du conseil municipal, je me suis focalisée sur ce qui touche à l’instruction publique et sur les enseignants des petits écoliers, afin de cerner le contexte précédant leur arrivée. 

Dans le registre de 1881, figurent les traitements de l’instituteur de l’école de garçons qui assure aussi les cours pour les adultes soit 1800 francs, de l’institutrice de l’école de filles soit 1450 francs, et de la directrice de la salle d’asile soit 750 francs. 

AD 02 Braine CM 1881 extrait

L’instituteur laïque pour les garçons est M. Prince-Alexandre Brot qui établit la monographie de la commune en 1884, précisant que les autres écoles sont dirigées par des sœurs de la Communauté de Charly. 

Requête sans succès en 1895 de M. Siry alors instituteur pour obtenir des élus l’établissement de l’éclairage électrique dans les classes et dans ses habitations, il demandera aussi du mobilier scolaire plus tard. 

Rassurez-vous l’année suivante, le registre fait état de « travaux au logement de la directrice de l’école enfantine qui vient d’être remplacée par une laïque, qui n’a pas de logement convenable, et qu’il convient de lui en préparer un dans les bâtiments même de l’école, directrice dite institutrice adjointe ». 

Cette même année 1896 un crédit est voté pour le chauffage des classes, réparti entre les 3 écoles, et le détail des dépenses relatives à l’instruction publique fait apparaître 4 enseignants dont l’adjointe chargée de la classe enfantine aidée par une femme de service. Isabelle ma grand-mère avait la classe des petits et évoquait avoir été aidée par une dame, la transmission familiale s’avère exacte. 


AD 02 Braine CM 1896 extrait

Côté instituteur adjoint M. Dizy obtient 150 francs de supplément annuel de salaire, il n’est pas resté longtemps en poste et son successeur a fait un passage éclair début 1900, qui incite les élus à porter le supplément à 225 francs pour avoir des maîtres meilleurs et plus stables. La même année Mme Charlier l’institutrice adjointe se voit refuser une faveur similaire … 

En 1901 un grand nombre de père de famille demandaient un préau pour l’école de garçons, requête qui fut acceptée par le conseil municipal, ce dernier magnanime vota aussi un préau pour l’école de filles, ouf parité dans ce cas. Ces deux préaux furent construits en bois avec un toit en tôle ondulée, économes les élus, d’autant qu’ils durent aussi payer la réparation de la cour de l’école des garçons. 

Au fil de demandes de remboursement de lampe électrique (tiens la fée électricité était arrivée dans les classes) ou de charbon est apparu le nom de M. Buvry instituteur, et de Mme Mauvezin institutrice pour un complément de salaire de 100 francs en 1906. 

Sachez que le conseil accepta l’achat pour l’école des filles d’un compendium métrique (1), de deux cartes Vidal-Lablache et d’un boulier-compteur. Requête vraisemblablement faite par Mme Lebourque institutrice tout comme son mari instituteur à Braine. 

Dans les délibérations du conseil municipal apparaissent plusieurs requêtes de Mme Lebourque née Laure Céleste Catrin épouse, sœur, fille et petite-fille d’instituteurs au passage. Celle-ci évoque les frais occasionnés par les cours d’adultes, sollicite une augmentation de son supplément de salaire de 50 francs pour passer à 250, demande une allocation supplémentaire pour l’enseignement de la couture aux jeunes filles entre 1910 et 1911, réclame des tables à deux places avec dossier et du matériel.

AD 02 Braine CM 1911 extrait

Mme Lebourque omniprésente, collègue de mes grands-parents, quel caractère avait-elle ? Je l’imagine consciencieuse, compétente, active, autoritaire et ? à vous de voir … M. Jules Lebourque qui avait 54 ans en 1914 « remplit ses fonctions avec le plus grand courage, malgré les bombardements les plus violents, et dans les conditions particulièrement pénibles jusqu’au 28 mai 1918 »

Dans les collègues d’Isabelle et Emile, je n’oublie pas Paul Théodore Nicolas instituteur nommé en 1911, témoin sur l’acte de naissance de Maman, il partit comme mon grand-père pour le front un certain 3 août 1914, fut blessé et reviendra. 

Je ne sais si les dames de la Croix-Rouge transformèrent pendant la guerre les écoles communales de la ville en hôpital pour les soins à donner aux blessés, un avis favorable des élus avait été émis en 1912 en ce sens. 

Les séances du conseil municipal étant publiques, j’ai pénétré sur la pointe des pieds dans le quotidien d’un bourg où certains des miens habitèrent, travaillèrent et aimèrent ; d’un bourg où se tenaient des foires, marchés, où existait une fanfare municipale, avec des édiles conscients de la nécessité de paver l’avenue de la gare ou réparer le portail de l’église, la vie du début du vingtième siècle avec déjà des soucis de distribution du courrier ou de fréquence d’arrêts de trains. 

Précieuses et trop rares délibérations à défaut de recensement conservé dans un département qui fut particulièrement meurtri pendant le premier conflit mondial.




(1) petit meuble ou vitrine murale renfermant une collection d'instruments de mesure représentatifs du système métrique, par exemple, le mètre pliant, le décamètre à ruban et la chaîne d'arpenteur, des mesure de capacité en bois et en fer, ou la balance de Roberval accompagnée de ses poids.




Pour retrouver Isabelle et Emile





Sources
AD 02
Braine Délibérations du conseil municipal
Braine Monographie communale
Généanet


samedi 15 février 2020

Chère Noémie merci

Précieuse onzième petite feuille Noémie Lagier née le jour de Noël 1848, précieuse arrière-grand-mère, tu as chipé la place de la benjamine Fannie-Louise âgée de 15 mois, partagé ses jeux, et ceux de Polonie de 3 ans ton aînée dans un village drômois à Upie.

Pour ces petiotes, du fond du cœur, j’espère qu’il restait de la tendresse et du courage à tes parents Elisabeth Métifiot et Daniel Lagier pour s’occuper de leur flopée d’enfants. 

Document familial
Le temps passant si vite, les grands prirent leur envol du nid familial, et lorsque vint ton tour à vingt-six ans de convoler en 1875 avec Jean Pierre Arnoux cultivateur du village voisin de Montmeyran ton trousseau devait être constitué. 

- Sais-tu chère Noémie que je détiens une précieuse et traditionnelle nappe blanche, en coton damassé, brodée avec tes initiales au tissu patiné ? Ce trésor me chuchote, me fait voyager dans le temps, me transporte dans ta maison et celle de ton époux aux Dorelons. 

Un bond en arrière et je me retrouve par l’étrange pouvoir des objets transmis face à mon aïeule septuagénaire et veuve hélas en 1920. 

- Noémie ne sois pas étonnée de me trouver assise à tes côtés, à la lumière et la chaleur du feu de bois dans la cheminée, toutes les deux au calme, alors que souffle depuis plusieurs jours cet agaçant vent violent. 

- Dis-moi, curieuse visiteuse, et arrière-petite-fille tu n’es pas plus grande que moi, ni mes enfants d’ailleurs, et tu n’as pas les yeux bleus. La nappe que tu évoques a servi à bien des réunions familiales, de grandes tablées parfois, comme lors des baptêmes de Désirée, Fanny-Nésida, Bénoni et Isabelle

- Je sais que sur la Bible familiale tu as inscrit à l’encre violette leurs prénoms et dates de naissance, ainsi que ceux de deux petits anges : une fille prénommée Noémie, et un garçon Syril

- En effet … tristesse, pudeur, et silence sur les moments douloureux, les attentes et soucis lors de la première guerre mondiale, les doutes et la révolte intérieure devant l’inéluctable. 

- Cette nappe, enfin ta nappe maintenant, elle en a recueilli des confidences, entendu des rires et des chansons lors des mariages ! 

- Comme pour les mariages de Désirée et Isabelle ma grand-mère, parce que pour celui de Fanny-Nésida le repas était au restaurant d’après ce que me disait Maman ! 

- Nos institutrices de filles ont épousé des gars venus de Bretagne ou de l’Aisne, l’un juge, l’autre instituteur. Désirée est demeurée au pays avec son époux cultivateur et nous a offert nos premiers petits-enfants source de réconfort et d’espoir. Mais cela tu l’as toujours su, et tu m’incites à radoter. 

- Merci Noémie d’avoir tenu ainsi que ton époux à ce que vos filles poursuivent des études en ce temps de la 3ème République qui rendît l’école obligatoire et gratuite pour tous les enfants. 

Merci aussi d’avoir accueilli comme gendre Emile Mercier mon grand-père au sein des vôtres, hébergé et réconforté lors d’une permission pendant la guerre, alors qu’il ne pouvait rejoindre son épouse Isabelle et la petite Jeanne dans l’Aisne, territoire alors envahi par les allemands. 

Document familial
Merci de t’être appliquée à « refaire » une santé à cette même Jeanne flageolante sur ses jambes et toute menue après 4 années de privations, seule avec sa maman, lorsque réfugiées elles arriveront enfin en terre drômoise ; et là clin d’œil au chat chapardeur de l’époque. 


- Tant que j’y suis de mon monologue, sache que j’ai repéré sur l’étagère ton petit livre de Psaumes qui tient dans la main. La couverture de ce fascicule religieux est fatiguée et patinée à la fois, et présente une tranche usée et le bord des pages est poussiéreux, pages maintes fois tournées par tes doigts. 

Document familial
- Et dis bizarre invitée, puis-je te montrer des récentes cartes postales envoyées par mon fils et ma bru depuis Grenoble et Aix les Bains avec l’Abbaye d’Hautecombe au bord d'un lac ? C’était juste après leur mariage. 

Curieux cheminement de cartes anciennes, dans le petit lot de mes trésors à dépouiller. 

Chut c’est tout pour aujourd’hui, manière de prendre date. Beaucoup d’affection et du respect à l’égard d’une de mes ancêtres qui m’a fait découvrir mille et une vie.

Chère Noémie - avec au moins deux  nouvelles pousses pour ton arbre nées en 2019 -  l’une en février et l’autre en novembre :  elles t’embrassent, sans le savoir certes… 



Situation imaginée mais personnes toutes liées
à ma généalogie selon les principes du RDVAncestral 
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