vendredi 8 mars 2019

Magdeleine l'invisible d'Alaincourt

Et si je tentais un modeste fil de vie sur Magdeleine DURY une lointaine aïeule en haut d’une branche de mon arbre,  à la 11ème  génération,  mon sosa 1789 dans le jargon de la généalogie. Juste pour qu’elle  soit un peu moins invisible et juste pour que son village d’Alaincourt dans le département de l’Aisne soit un peu moins abstrait dans mon esprit.

Située dans l’ancienne Thiérache, la paroisse d’Alaincourt dont des terres ou prés appartiennent à l’Hôtel-Dieu de Saint-Quentin  cité éloignée de 13 kilomètres, est sur la rive droite de l’Oise.

Géoportail extrait carte de Cassini centré sur Alaincourt
  
Magdeleine, dont la naissance se situe vers 1643 et les noms de ses parents resteront à jamais inconnus,  épouse en premières noces un dénommé SELLIER dont elle aura trois fils Philipe, Jacques et Antoine nés dans les années 1663-1668.

Ensuite mon aïeule  se remarie vers 1669 avec un laboureur Pierre DOFFEMONT sosa 1788 et aura deux autres fils Nicolas et Jean mon ancêtre, leurs baptêmes en 1670 et 1673 figurent dans le registre des actes tenus par le prêtre Jean Bayart de la paroisse Notre-Dame d’Alaincourt.

Hélas en ce temps-là les vies sont brèves, et Pierre le laboureur décède en 1676, laissant veuve Magdeleine avec 5 enfants ; la même année elle s’unira avec Claude GOULIERE originaire d’une paroisse proche et lui donnera un fils Charles en 1677.
  
Un peu de répit pour Magdeleine qui verra grandir ses fils dont les aînés ont dû aider le nouveau chef de famille avant de convoler pour deux d’entre eux. 

Gallica église d'Alaincourt
Quelle pouvait être sa vie, et celle de la communauté paroissiale ? La carte de Cassini donne une approche du relief et de la végétation, et le cadastre napoléonien constitue aussi une base intéressante. L’habitat de ce petit village est assez resserré autour de l’église – dont je ne sais si le clocher était déjà en ardoise du temps de Magdeleine - pas de hameaux éparpillés.

Les noms des lieux sont évocateurs : vallée Bouvet, vallée Alain, sous les  falaises. Il y a un bras de l’Oise qui serpente, le bois Frémont, les bouqueteaux, la grande pièce, les champs à fromage (sic), quant aux champs pourris je pense à un secteur plus ou moins inondé qui servirait au rouissage du chanvre et du lin.

La dénomination du lieu les vignes est évidente, pour se rendre de la pâture grasse à la haute pâture il faut emprunter un pont sur l’Oise ; s’agissant de la pâture Le Roy son droit a fait l’objet de contestations  - comme souvent – de la part des habitants d’Alaincourt qui ont obtenu confirmation de cet usage.

De même les habitants disposaient de la banalité au pressoir du moulin du château de Moy tout proche. En contrepartie du pressurage des raisins et des pommes pour la mouture des grains, le valet du  moulin de Moy leur demandait annuellement les ratons (1) et les œufs rouges.

Mais le temps était compté pour Magdeleine DURY, elle fut inhumée dans le petit cimetière d’Alaincourt le 22 juin 1700, étaient présents son époux Claude GOULIERE, et quatre fils Jacques SELLIER, Nicolas et Jean DOFFEMONT, et Charles GOULIERE. Comptable des âmes de longues années, le prêtre Jean Bayart officiait et notait les témoins, qu’il en soit remercié.

Magdeleine DURY sosa 1789 ca 1643-1700
X ca 1663 dénommé SELLIER
X ca 1669 Pierre DOFFEMONT sosa 1788
X 1676 Claude GOULIERE


6 enfants 

- Philippe SELLIER ca 1663-1695
- Jacques SELLIER ca 1665- 1705 X Marie BRULE
- Antoine SELLIER ca 1668 X 1694 Marie TONNELET
- Nicolas DOFFEMONT 1670-1712 X 1701 Simone DELAIDDE
Jean DOFFEMONT sosa 894 1673-1736 X 1700 Jeanne GUILBON sosa 895
- Charles GOULIERE 1677-1705 X 1704 Magdeleine LESCAILLON



N.B. (1) ratons : a priori en Picardie, petites galettes ou crêpes

Retrouver Jean le fils de Magdeleine : Quelques lignes pour Jean Doffemont

Sources :
Petits cailloux de Geneanet
AD 02 Alaincourt BMS et cadastre



samedi 16 février 2019

Ce que je voulais dire à Claude Clément

En ce mois de février 1841 je me retrouve face à un dilemme : rencontrer Claude CLEMENT sosa 58 un de mes aïeul drômois qui est candidat pour le rendez-vous ancestral mensuel. Sauf que… le train n’arrive pas à Valence à cette époque, je n’ai pas envie d’utiliser la voie d’eau par le Rhône car l’année précédente un bateau a sombré et la route royale n’est pas réparée suite aux récentes et importantes inondations. Vous comprenez aisément pourquoi j’ai opté pour la voie postale, Montmeyran étant desservi par le facteur rural…
 

Delcampe - Montmeyran

Cher Claude et lointain grand-père, 
 
Une petite voix me laisse entendre que vous ne serez pas étonné qu’une étrange personne  se soit prise d’une curieuse lubie de découvrir ses ancêtres et de vous rencontrer, soit-dit en passant elle n’est pas la seule chaque troisième samedi du mois. Votre fille Catherine ou votre gendre vous ont sûrement touché un mot sur ma précédente rencontre avec Jacques ARNOUX cultivateur tout comme vous. ICI

Votre silhouette et celles de vos proches me sont devenues familières quoiqu’un peu floues parfois, et notre collaboration remonte à plus de cinq années. A ce stade je vous imagine passant votre main dans votre moustache…
 
Tout d’abord, sachez que j’ai sauté de joie en débusquant votre acte de baptême du 2 octobre 1779 signé par le Pasteur Marcel sur le registre protestant de La Baume Cornillane. Petit enfant de 3 jours né à Montmeyran, fils d’un autre Claude CLEMENT et de Marie Magdeleine Louise VINCENT, vous avez pour parrain votre grand-père maternel Claude VINCENT et pour marraine votre grand-mère  maternelle Louise ROLLAND du lieu de Beaufort en Diois.
 
Tout d’un coup je découvrais les signatures de vos aïeux et la vallée de la Gervanne autre berceau de votre lignée. Dans la Drôme, votre grand-mère Louise est la première femme dont le paraphe m’est connu, femme du mitan du 18ème siècle.

AD 26 BMS La Baume Cornillane

Là, songeur vous acquiescez de la tête.
 
Heureusement que je ne me suis pas évertuée à décoder le mauvais registre pas très bien tenu par le Curé du mandement de Montmeyran, sachant qu’à cette époque vos parents et alliés s’abstenaient de cérémonies à l’Eglise et préféraient une bénédiction de mariage ou un baptême par un Pasteur lors d’une assemblée dite « du Désert ».
 
Là mon cher Claude je vous entends me murmurer : évidemment !
 
Ensuite,  sachez que j’ai passablement écarquillé les yeux pour lire votre acte de mariage civil du 19 mai 1806 dans de plusieurs tons de gris pas particulièrement attirants.  Sous le Premier Empire à Montmeyran, vous épousez Catherine SAYN sosa 59 fille de Jean SAYN et de défunte Jeanne RAGIER.  Ne me dîtes pas que cette union était pour échapper à la conscription et éviter d’être soldat  car à 25 et 29 ans vous aviez raison tous deux de fonder un foyer.
 
Puis, je vous ai entr’aperçu passer dans le centre du village devant l’arbre de la liberté, pour récupérer en vitesse  Pierre Fauchier maréchal, et Antoine Veron agriculteur vos inamovibles témoins. Ensuite, fièrement vous déclarez à l’officier d’état-civil la naissance de vos six enfants qui s’échelonnent entre 1807 et 1820 : trois filles dont « ma » Catherine mariée à Pierre ARNOUX et trois fils. J’ai appris que votre fils Claude est cultivateur comme vous et Jean-Pierre cordonnier.
 
A ce stade, vous marquerez certainement une pause dans la lecture de ma missive, porterez votre regard sur Catherine votre épouse qui rajoute une bûche dans la cheminée ; peut-être est-elle inquiète, s’interrogeant sur son contenu ?

Rassurez-vous tous deux, je suis juste un peu curieuse, voire malhabile à m’exprimer.
 
Je me suis laissée dire que plusieurs villages autour de Valence, dont le vôtre, produisaient beaucoup de fourrages ce qui facilite les approvisionnements des chevaux de la malle-poste et des cavaliers de la grande route. Peut-être avez-vous introduit de nouvelles plantes fourragères comme suggéré par les agronomes ? Prairies naturelles et artificielles jouxtent donc les champs de céréales dans votre belle plaine, où nombreux sont les mûriers pour la culture du vers à soie.
 
Au fait lors du mariage de votre fille Catherine avec Pierre ARNOUX en 1836 vous vous déclarez marchand de bestiaux, alors que les autres fois vous mentionnez cultivateur. Les deux activités peuvent se concevoir avec les quatre foires qui se tiennent chaque année à Montmeyran.

Le bourg est certainement très animé avec toutes ces transactions agricoles, les gens qui viennent en famille des campagnes environnantes, ou plus loin des montagnes du Vercors. Est-il vrai que des habitants se déplacent depuis l’Ardèche, le Rhône ou le Vaucluse pour échanger des denrées et des bestiaux, de même vos chevaux proviennent-ils du Cantal, ou vos mulets du Poitou comme je l’ai lu dans un rapport ?

Là cette fois, vous levez les bras au ciel, et marmonnez : comment lui répondre ?


AD 26 Cadastre 1820 Montmeyran extrait
 
Finalement, si vous ne voyez pas d’inconvénient, et si vous avez un peu de temps à me consacrer, je crois que je vais me déplacer aux beaux jours pour échanger sur votre quotidien et votre lieu de vie. Allez une dernière question : votre maison est-elle celle qui figure sur le cadastre avec la mention « Clément » un peu à l’écart d’autres bâtiments ?

Acceptez tous l’expression de mon profond respect et attachement.

Echange imaginé
mais personnes ayant vécues
 dans le village de Montmeyran
 selon les principes du  RDVAncestral


  

vendredi 8 février 2019

Le petit monde de Marianne Savoye

A peine évoquée dans deux billets, en tant qu’épouse ou mère, mon ancêtre Marianne SAVOYE sosa 57 mérite que je tente de la sortir des brumes du temps.
 
Née le 3 août 1773 à Montmeyran dans la Drôme, elle est la troisième fille d’Etienne SAVOYE journalier et de Marie RICHARD sosas 114 et 115. Cinq jours plus tard, elle est baptisée comme ses sœurs par le Pasteur « au Désert » et  succède à une toute petite Marianne décédée à l’âge d’un an que le Curé de Montmeyran a accepté d’inhumer au cimetière.
 
Elle grandit donc avec sa sœur Elisabeth son aînée de 4 ans, entourée de son père et je l’espère de l’affection de sa belle-mère Marie COUPIER, faute d’avoir eu la tendresse de sa mère disparue avant le 29 octobre 1775 date du remariage d’Etienne.
 
Pixbay

Pas d’élément pendant 20 ans.
 
Lors du mariage de sa sœur Elisabeth le 6 octobre 1795 à Montmeyran avec Jacques FRAISSE tisserand cette dernière est dite habitant depuis plusieurs années Allex une commune assez proche, son père Etienne SAVOYE est décédé et ses deux témoins sont des oncles du côté maternel.
 
A son tour, âgée de 26 ans,  mon aïeule  Marianne SAVOYE convole le 29 avril 1799 à Allex cette fois avec Jacques ARNOUX sosa 56 cultivateur originaire de Montmeyran fils de Jacques ARNOUX et de Marguerite ROMIEUX. Elle aussi est dite domiciliée à Allex depuis plusieurs années, un tailleur d’habits et l’instituteur du lieu sont les témoins de l’union en période républicaine où l’on se donne du citoyenne-citoyen.
 
Le couple va évidemment s’installer à Montmeyran et Marianne partagera les tâches et la maison avec sa belle-mère jusqu’en 1814 et avec l’oncle Charles frère de cette dernière qui décède en 1819. Il aura 6 enfants.
 
- Les deux premiers petits du couple causeront du souci : Antoine né en 1802 vivra seulement 3 mois, et une première Marie-Anne ne vivra que 3 semaines en 1805.
 
- Du troisième enfant Jacques Etienne, né en 1807 et prénommé comme ses 2 grands-pères, je sais qu’il fait son service militaire, il est recensé en 1836 avec ses parents. Je ne le repère ensuite qu’au recensement de 1846  en tant que chef de famille car sa mère Marianne est morte 2 ans plus tôt.  Il est célibataire à 40 ans agriculteur et habite avec une sœur Marianne dite avoir 30 ans. Il s’éteindra en 1848.
 

AD 26 Montmeyran recensement 1846
 

- Du quatrième enfant Pierre né en 1808 et marié à mon ancêtre  à Catherine CLEMENT j’aurai l’occasion de vous en reparler évidemment.

- Les cinquième et sixième enfants de mon aïeule sont deux filles Marie-Anne née en 1811 et Marie née en 1813 recensées ensemble avec leur mère veuve en 1841.
 

AD 26 Montmeyran Recensement 1841
 
Vous êtes au peu perdu avec ces Marianne, Marie-Anne, Marie ! Se rappeler que l’agent recenseur note ce qu’on lui déclare, et ce qu’il comprend. Dans cette famille, seuls les garçons savent lire et écrire. Les âges donnés peuvent être approximatifs, et les prénoms indiqués variables selon l’année de recensement.
 
***
 

Marie-Anne ARNOUX née en 1811 se marie en 1847 à Montmeyran avec François BATARRE un cultivateur de Combovin. Elle s’installe dans cette commune où elle s’éteindra en 1864, suivie par son époux en 1877, dit alors mendiant ! Le couple semble ne pas avoir eu d’enfants.
 
 ***
 
Marie-Anne ARNOUX née en 1813 se marie en 1842 à Montmeyran avec Jean Antoine BARBIER cultivateur. Que faisait ce dernier à Lyon dans le Rhône en 1871, où il meurt à l’hôpital du 4ème arrondissement ? Mystère…
 
Ce couple aura 3 enfants, leurs 2 filles Marie Emilie Louise et Marie Louise épouseront des cultivateurs et vivront à Chabeuil rejointes par leur mère.
 
S’agissant de leur fils Antoine BARBIER, j’ai remarqué une coquille sur l’acte de naissance du 7 février 1849 car Antoine est déclaré de sexe féminin, et les deux témoins qui ont la qualité d’instituteurs n’ont rien remarqué et hop une signature, en devisant certainement. Le père ému lui est excusable.
 
Toujours est-il que ce petit-fils Antoine se retrouva 20 ans plus tard garde national mobile de la Drôme (3ème bataillon 1ère compagnie) et décédera le 31 décembre 1870 à l’hospice de Beaune en Côte d’Or, comme bien d’autres soldats en cette période originaires de différents départements.  Là on touche la guerre de 1870-1871…
 
***
 

Le petit monde de mon ancêtre Marianne SAVOYE, qui s'éteindra le 5 décembre 1844 à 71 ans, et aura habité dans deux villages Montmeyran et Allex, tient à de modestes éléments glanés dans des actes, des recensements, quelques chemins de vie dégagés : une vie simple, de labeur constant, de soucis et de joie aussi espérons-le … 
 
 
Sources
AD 26
Allex et Chabeuil Etat-civil
Montmeyran Etat-civil et recensements

samedi 19 janvier 2019

Des foyers passés au crible en 1836

Dans la Drôme, les habitants de Montmeyran ont été passés au crible avec les questions de l’agent recenseur qui a fait la tournée des foyers du village, en 1836 sous le règne de Louis-Philippe roi des Français. 
 
Concentrée sur cet instructif et indiscret recensement, il m’a fallu un moment pour réaliser que mon ancêtre Jacques ARNOUX  sosa 56 lorgnait par-dessus mon épaule et écarquillait aussi les yeux sur les feuillets.
 
Puisque je suis là, dis-moi chère descendante, ce qui te passionne tant et raconte-moi les signes de ces paperasses, et soit dit en passant tu as mis du temps pour revenir nous voir !
 
Effectivement lors d’un Rendez-Vous-Ancestral j’avais rencontré la famille de Jacques titré Les Marianne de Jacques Arnoux  
 
 
Et bien voilà : votre village totalise 1823 habitants au 22 juillet 1836
 
907 de sexe  masculin 501 garçons célibataires, 372 hommes mariés, 34 veufs
916 de sexe féminin  473 filles célibataires, 364 femmes mariées, 79 veuves.
 
Il y a plus de dames que de messieurs, plus de veuves que de veufs, c’est souvent le cas vous savez Jacques. Les femmes sont peut-être plus solides que les hommes, mais à leur décharge il y a eu les guerres napoléoniennes et ensuite les velléités de conquêtes coloniales.
 
Mouais… tout le monde a été noté sans exception, les calculs sont bon marmonne mon aïeul ?

Bien sûr le Maire a signé le recensement.
 
 
J’ai repéré votre déclaration en tant que chef de famille cultivateur avec Marianne SAVOYE votre épouse, votre fils aîné Jacques actuellement militaire, votre fils Pierre et sa jeune épouse Catherine CLEMENT sosas 28 et 29, et votre cadette dite Marie (enfin Marie-Anne).
 
L’autre fille Marie-Anne est aux abonnés absents, je n’ose pas le souligner.
 
Je n’ai pas non plus négligé la déclaration du père de votre belle-fille Jean-Claude CLEMENT cultivateur également avec son épouse Catherine SAYN sosas 58 et 59, sa belle-sœur Elisabeth, son fils Pierre  ouvrier-cordonnier à Beaumont, et sa fille Louise.

Tu sais on la connaît bien cette famille, puisque nos jeunes se sont mariés en février dernier.

Petit regard sur ceux-ci au fond de la pièce, dont les mains viennent de se dénouer…

 
 
Vous savez Jacques les chercheurs d’ancêtres et chercheurs de racines aussi, adorent ces recensements, ils se régalent de ces colonnes, des noms inscrits, des professions, situations et âges.
  
J’ai découvert que Montmeyran votre village avait 3 instituteurs et 1 institutrice, 1 garde-champêtre et 1 pompier ainsi que 2 voituriers.
 
Dis-moi Fanny, as tu remarqué que beaucoup d’habitants sont cultivateurs comme moi ?

Bien sûr  Jacques, certains sont dits propriétaires, parfois aidés par des domestiques ou des journaliers, et aussi des grangers.

Oui, dans notre région du Dauphiné on nomme ainsi les métayers.
 
L’agriculture certes, mais pas que …
Dans le centre du village vous avez 10 tailleurs d’habits, des tisserands, 9 cordonniers, les métiers autour du bois, des chevaux, tout un monde à découvrir : Jacques votre communauté est active avec aussi 2 meuniers et 2 boulangers.
 
Notre boulanger c’est Louis Cru, et faut pas oublier qu’on a des aubergistes, un cabaretier et un cafetier et plusieurs marchands de bestiaux. Tu vois je suis au courant Fanny !
 
Il faudrait me les présenter… 

Ben dis avec tout mon travail ! Déjà que l’on discute, mais bon je suis content que tu t’intéresses à nous.
 
Et au fait, là c’est qui ? et le doigt de Jacques de pointer -pile poil- sur une des familles de notables.
 
 
C’est la composition du foyer de Joseph Néry-Durozet, juge de paix de 64 ans, son épouse Sophie de Boissieu âgée de 48 ans, ses 2 fils médecin et praticien, sa fille et 3 domestiques à leur service.
 
Mais ils font quoi ces domestiques, il n’y a pas de terre à travailler ?
Oh les femmes aident la maîtresse de maison et l’homme s’occupe peut-être du jardin.

Ben la dame du juge je la croyais plus âgée …

Gloussements des jeunes : Marie ou Catherine ?
Voilà mon auditoire déconcentré !

Petit inventaire sommaire, et fil retenu pour retrouver la famille de Jacques ARNOUX arrière-grand-père de ma grand-mère Isabelle ARNOUX.

 
Dialogues imaginés
 mais personnes ayant vécues
 dans le village de Montmeyran
 selon les principes du RDVAncestral
 
 
Sources
AD 26 Montmeyran recensement 1836

vendredi 11 janvier 2019

Père prudent et fille courageuse à Fontcouverte

Au détour d’un vagabondage sur Gallica, je suis tombée sur une page de procédure sur le principe de précaution avant la lettre qui constitue une anecdote au pays de mes ancêtres et collatéraux.
 
En route pour Fontcouverte, cette paroisse de montagne en Maurienne est en grand émoi en ce début de l’an 1735, on jase, potine, cancane.  L’épouse et mère des protagonistes, non désignée comme souvent en Savoie, est Marie-Antoinette Anselme sœur d’Urbane Anselme mon ancêtre Sosa 1505
 
Il se chuchote, il se dit que …
 
Toujours est-il que le 12 février 1735, Egrège Antoine Dompnier, notaire à Fontcouverte a du comparaître devant le tribunal de l’Officialité à Saint-Jean, où il était cité par sa propre fille Michelette, et par Jean-Baptiste Sibué fils de Jean, du même lieu.
 
 
C’est que le bon notaire, en père de famille affectueux et prudent, s’oppose obstinément au mariage de sa fille Michelette, avec ledit Jean-Baptiste.
 
Le motif ?
Oh, Antoine Dompnier n’a rien à redire contre l’honorabilité du prétendant, mais ce dernier a le tort d’habiter la Roche de Charvin : il ne veut pas que sa fille soit exposée aux dangers des précipices. Ce n’est pas là une crainte vaine et puérile : dans sa carrière de notaire il a été appelé quatre fois à prêter son concours pour la visite de cadavres de gens tués dans ces précipices.
 
Non, non et non, le bon notaire, persiste dans son opposition, et si sa fille passe outre, qu’elle n’espère rien de ses parents : donc pas de dot.
 
Sauf que Michelette tient de son père, et se montre devant le tribunal aussi éloquente, et non moins obstinée.
 
L’existence d’un village à la Roche de Charvin, dit-elle en résumé, prouve bien que le danger des précipices n’est pas tellement redoutable. Le curé de Fontcouverte, lui-même, y va célébrer la messe plusieurs fois l’an, le village est bien abordable.
 
D’ailleurs, elle a de trente-quatre à trente-cinq ans, et elle ne veut plus attendre. (sic)
 
Toutes bonnes raisons  qui font que le tribunal de l’Officialité de Saint-Jean déboute le père de son opposition, ce qui permet aux fiancés de convoler, sans tarder 6 jours après la décision, soit le 18 février 1735. 
 
Effectivement le registre paroissial de Fontcouverte, mentionne à ladite date, vu la dispense de 2 bans, l’union de Michelette et de Jean-Baptiste assistés de leurs 3 témoins. Dans l’acte les deux pères sont nommés, mais le curé s’est abstenu de mentionner le métier de notaire d’Antoine Dompnier, peut-être pour ne pas s’attirer le courroux du notable.
 
Elle n’avait pas d’autre choix que d’être convaincante et têtue Michelette ma lointaine collatérale pour éviter le déshonneur, car cinq mois plus tard une petite fille prénommée Françoise pointait le nez le 4 août 1735.  Le couple eut au moins deux fils ensuite et une descendance.
 
Le bon notaire Antoine Dompnier décède à la fin de l’année 1738, l’histoire ne dit pas s’il s’était réconcilié avec sa fille, éventuellement avec la médiation de Marie-Antoinette Anselme la maman de Michelette.
 
Père prudent, ou furieux,
fille courageuse ou séduisante, galant entreprenant,
à vous de voir
 
                                                                     Un autre billet concernant le même village
                                                                     La consigne de Foncouverte en 1718


Sources
Gallica : SHAM 1927 (SER2,T7,PART1)
AD 73 RP 4 1723-1783 Fontcouverte
Artnet : peinture de Pietro Rotari
 

samedi 15 décembre 2018

Triste Paris pour Daniel Lagier

Etre à Paris sous le second Empire est une première en ce qui me concerne. En ce mois de mai 1868, sous l’impulsion de l’Empereur Napoléon III, la capitale s’est considérablement transformée, n’a-t-elle pas accueillie l’année précédente l’exposition universelle.
 
L’animation boulevard de Magenta est de rigueur, dans cette voie percée en 1855 : plusieurs carrioles tirées par un cheval  transportent des vivres ou des meubles, une calèche coupe la voie, et au fond un omnibus, tous ces véhicules résonnent sur les pavés. Une dame traverse, des passants s’interpellent, j’observe le nez en l’air les immeubles haussmanniens aux façades en pierre de taille, et …
 
Oh pardon Madame ! Je vous ai bousculée, je suis distrait et préoccupé, et cherche aussi mon chemin étant de passage à Paris.
 
Ce n’est rien Monsieur ! Puis-je vous aider ?
 
Hôpital St Martin Paris 10e - Source Delcampe
 
Je ne suis pas habitué au rythme de la capitale, et je dois aller de nouveau rue des Récollets.
 
C’est à deux pas je peux vous y conduire.
 
Merci beaucoup, puis-je  me présenter Daniel LAGIER je suis originaire de la Drôme.
 
Fanny Delaronde (c’est presque çà !) je connais un peu votre région.
 
Comme c’est étrange, une de mes filles cadettes se prénomme Fanie.
 
Oups que fait en 1868 dans le 10e arrondissement de Paris, mon quadrisaïeul Daniel LAGIER Sosa 30 lui qui habite le village d’Upie ? Je tombe des nues.
 
On va passer par là pour se diriger vers la rue des Récollets, dans l’ancien couvent des religieux franciscains se trouve je crois un hôpital.
 
Mon fils ainé Pierre Daniel est hospitalisé, gravement malade, je suis donc venu à son chevet.
 
Oh mon Dieu, je compatis à votre peine et à votre souci. Qu’est-il arrivé à votre fils ?
 
Militaire depuis plusieurs années, il est caporal au 3ème Régiment de Voltigeurs de la Garde Impériale, toutes ses campagnes, les conditions … vous savez …
 
Silence, et je me remémore pour ma gouverne : la guerre de Crimée très vraisemblablement, le Mexique peut-être, voire la campagne d’Italie et la victoire de Magenta. Les soldats du Second Empire ne manquaient pas de terrains d’actions.
 
Voilà Monsieur nous sommes arrivés. C’est l'empereur Napoléon III qui a déplacé l'hospice des Incurables pour affecter les lieux à l’Armée qui abrite désormais l’hôpital militaire Saint-Martin.     
 
Puisse l’état de santé de votre fils s’améliorer, mes pensées vous accompagnent et mes vœux d’espérance.
 
Daniel LAGIER passe le monumental portail de pierre, le poids de l’inquiétude courbant ses épaules dans un environnement citadin si éloigné de sa Drôme natale.
 
Wikiwand
J’ai comme un pressentiment, et pas vraiment l’envie de me pencher sur les détails de l’uniforme de parade d’un voltigeur de l’armée impériale. Quoiqu’il  pouvait avoir belle allure Pierre Daniel LAGIER dans sa tunique bleue, avec des brandebourgs jonquille, un collet jonquille et des parements bleus.
 
Né en 1835 à Upie, mon arrière-grand-oncle a-t-il tiré un mauvais numéro lors de la conscription en 1855 ? Toujours est-il qu’il s’est réengagé dans l’armée impériale.
 
Les deux régiments supplémentaires de Voltigeurs créés en 1855 furent organisés pour le front d’Orient. Ce même corps eut un rôle décisif en 1859 dans le Piémont lors de la bataille de Solférino : les voltigeurs  chargèrent, baïonnette au canon, culbutant des forces quatre fois supérieures en nombre …
 
Soit dit en passant c’est lors de la campagne d’Italie qu’Henri Dunant pris conscience de l’insuffisance des services sanitaires qui manquaient de tout, des blessés omniprésents, à même les rues faute de place dans une église ou une école. Marqué à tout jamais Henri Dunant sera l’instigateur de la Croix Rouge pour l’amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagnes.
 
Je m’éloigne du sujet, pas forcément, j’ai bien laissé mon aïeul devant la porte d’un hôpital militaire à Paris,  certes la fiche matricule de son fils trop ancienne n’est pas consultable en ligne, si tant est qu’elle ait été conservée.
 
C’est bien mon aïeul Daniel Lagier qui a déclaré dans une mairie parisienne le décès de son fils aîné, et j’ai bien reconnu sa signature un peu moins assurée vu les circonstances, acte qui me révélait un douloureux pan de vie.   
 
« L’an 1868, le 21 mai acte de décès de Pierre Daniel  Lagier décédé hier à cinq heures 8 rue des Récollets, caporal au 3e régiment des voltigeurs de la Garde Impériale 2e bataillon 7e compagnie matricule 1120 âgé de 35 ans né à Upie (Drôme)  caserné à Saint-Denis (Seine) célibataire fils de Daniel Lagier âgé de 64 ans propriétaire et de Elisabeth Métifiot son épouse âgé de 56 ans sur la déclaration faite par nous, Officier de l’état-civil du 10e arrondissement de Paris, par le père et Ignace Antoiniotti âgé de 21 ans caporal-infirmier rue des Récollets. »
 
Archives Paris 10e D 1868 vue 375

Triste voyage de retour de mon ancêtre Daniel LAGIER, par le train de Paris à Valence, trajet pendant lequel il a du se demander comment dire la vérité à son épouse Elisabeth, ses autres fils, ses filles dont les cadettes Fanie, et Noémie mon arrière-grand-mère la plus jeune de ses onze enfants.
 


Billet du RDVAncestral mensuel
  permettant d'aller à la rencontre de ses ancêtres 
 
 

jeudi 6 décembre 2018

Louis Claraz un chanoine pas très vaillant

Chez Louis Claraz  - un lointain grand-oncle - a été signé en 1698 en Savoie le contrat de mariage de sa nièce Marguerite CLARAZ sosa 705 avec Antoine GAY-ROSSET sosa 704 mes ancêtres.  Qualifié de chanoine, l’acte a été rédigé dans sa maison d’habitation située dans l’enclos du vénérable chapitre d’Aiguebelle.
 
Il s’agit de la Collégiale Sainte-Catherine construite vers la fin du 13ème siècle avec à sa tête un prévôt pour le temporel et 12 chanoines dont un chantre et un trésorier. L’église, de style ogival en forme de croix, comportait 120 stalles sculptées dans son chœur, sur le toit étaient posées des lamelles de plomb et sa porte principale était recouverte d’une peau d’élan enrichie d’enroulements de fer. A côté de la sacristie on trouvait la salle capitulaire, et des maisons entouraient l’édifice, le tout entouré d’un immense enclos.
 
AD 73 extrait carte mappe Collégiale
Et voilà que je retrouve Révérend Louis Claraz prêtre en 1704 dans le même lieu, mais il n’est pas très vaillant, il est même alité et Maître François Brunier notaire s’est déplacé le 2 novembre.
 
Dit par le Notaire Royal « de bon sens, esprit, mémoire et entendement, quoique détenu dans son lit de maladie corporelle » Louis Claraz premier chanoine du vénérable chapitre Sainte-Catherine tient à faire son unique et seul testament nuncupatif.
 
En Savoie, ce testament de loin le plus courant (de nuncupare = nommer et déclarer) est prononcé verbalement par le testateur devant le notaire qui le rédige et l’enregistre en présence de 7 témoins.
 
Après avoir recommandé son âme au bon Dieu et à la Sainte Vierge  et à tous les Saints de Paradis, Louis Claraz souhaite que  la sépulture de son corps se fasse dans le tombeau des Révérends Chanoines du Chapitre. Il lègue à Monseigneur illustrissime et révérendissime Evêque de Maurienne son prélat : 10 florins.
 
Surtout, le testateur donne et lègue pour œuvres charitables à l’église collégiale de Sainte Catherine d’Aiguebelle tous ses biens meubles, immeubles et créances du lieu d’Aiguebelle sans aucune exception pour être employés le prix des sommes desdits biens aux réparations les plus urgentes de ladite église.
 
Pour l’exécution dudit legs Louis Claraz désigne comme exécuteurs testamentaires les Révérends Gaspard Vincent chantre  et Jean Joseph Arnaud tous deux prêtres et chanoines audit chapitre qui vont devoir vendre les biens et s’occuper des réparations.
 
AD 73 Aiguebelle Tabellion 1704
 
Il crée et nomme de sa propre bouche comme ses héritiers universels honorables Louis et Benoît Claraz frères et enfants de feu Louis Claraz de Fontcouverte en Maurienne ses neveux. Ceux-ci devront payer et s’acquitter des dettes, légats et œuvres pieuses.
 
Sont donc cités et présents les deux frères de Marguerite à savoir Louis et Benoît Claraz venus de leur village, ce qui laisse entendre que leur oncle Chanoine était souffrant depuis quelque temps et révèle les liens familiaux.
 
Tout comme était là comme 7ème témoin mon aïeul Antoine fils de feu Pierre GAY-ROSSET de Montgilbert neveu par alliance, peut être Marguerite était-elle aussi  au chevet de son oncle.
 
Louis Claraz le testateur en 1704 est un homme âgé de 66 ou de 68 ans, lui et son frère aussi prénommé Louis sont les enfants de Benoît Claraz et de son épouse Marie nés en 1636 et 1638 à Fontcouverte. Dans les arbres en ligne le cadet est indiqué comme marié, mais je ne suis pas convaincue, et pense que c’est le cadet qui a fait des études religieuses et que l’ainé est mon ancêtre marié et resté au village, tradition oblige.
 
En raison des lacunes dans le registre paroissial de Randens, commune où était située la collégiale, il n’est pas possible de connaître la date de décès du testateur.
 
Un jour peut-être au hasard du répertoire du Tabellion d’Aiguebelle, je glanerai un élément lié à la succession et à l’inventaire de mon lointain grand-oncle chanoine.
 
Pensée à lui, ainsi qu’au 6 autres témoins :
 
Rd Etienne Laurent prêtre et bénéficier audit chapitre
Honnête Claude fils de feu Nicolas Guillot charpentier
Joseph fils de feu Jean Lejeune Arnaud
Barthélemy fils de feu Claude Déglise,
Pierre Brunier tous quatre de Notre-Dame de Randens
Claude fils de feu François Marthenod d’Ayton


La signature du contrat dotal de Marguerite Claraz ICI

Sources
AD 73 Tabellion d’Aiguebelle année 1704
Testament du 2/12/1704 2C 2081 vue 479/576
AD 73 Histoire de Randens