samedi 31 janvier 2026

Des âmes oubliées

Quelques lignes pour sortir de l’oubli Marie Anne ARNOUX, une lointaine grand-tante, et son époux François BATARRE qui ont vécu dans la Drôme. Marie Anne aussi dite Marie nait à Montmeyran en 1811 au foyer de Jacques ARNOUX cultivateur et Marianne SAVOYE mes ancêtres.

Avant-dernière d’une fratrie de sept enfants dont les trois premiers ont très peu vécu, elle grandit dans un prospère village de plaine de 1800 habitants à l’activité agricole et aux foires animées.

Au fil des recensements de Montmeyran, Marie Anne apparaît au hameau des Dorelons avec ses parents et une sœur cadette Marie dite Marianne (oui désolée de ce micmac) puis avec son frère Jacques célibataire.

Si son frère Pierre ARNOUX a fondé un foyer avec Catherine SAYN en 1836, Marie la cadette a convolé en 1842 avec Jean Antoine BARBIER.

Gallica Plan axé sur Montmeyran et Combovin

L’héroïne du jour Marie Anne l’ainée, blonde ou brune, avenante ou pas, sans dot a priori, ayant perdu ses parents, résignée à se caser à tout prix prend le chemin de la mairie de Montmeyran le 26 novembre 1847.

L’heureux élu, ou "embobineur" François BATARRE, cultivateur à Combovin, affiche 26 printemps au compteur et accepte une future qui avoue 36 années déjà. Enfin ils sont tous deux protestants, un point commun.

Le village de Combovin de 830 habitants, à dominante agricole et forestière, localisé au pied du Vercors, s’étend sur les premiers plateaux du massif, avec un point culminant dépassant 900 mètres.  Trois rivières prennent leur source sur ce territoire, sillonnent dans des combes étroites avant de se rejoindre à l’entrée du village. 

Pour ma lointaine grand-tante Marie Anne démarre une nouvelle vie à Combovin, dans la famille BATARRE au hameau des Batarres, juste 4-5 bâtisses isolées en pleine nature, à deux pas du ravin et du sentier des Batarres…

AD 26 Combovin plan 1937 extrait 

Le centre bourg se situe à 20 minutes à pied, des ruelles tortueuses aux maisons de pierre, la nouvelle mariée n’a pas eu beaucoup de temps pour y flâner.

Marie Anne a de quoi faire pour satisfaire deux hommes : son époux et son beau-père veuf et cultivateur aussi, ménage, cuisine, basse-cour, chèvres à traire, travaux aux champs. Je la pense isolée, silencieuse, résignée, puis épuisée.

AD 26 Combovin recensement 1861

Les recensements de Combovin mentionnent le trio Jean-Pierre BATARRE le père, François le fils et Marie Anne la belle-fille dite ménagère. Une maison sans cris d’enfants, remplie de silence, et de fatigue, les journées sont si longues pour tous, dures.

Un jour d’hiver Marie Anne ne s’est pas levée, elle s’est éteinte à deux heures du soir le 6 janvier 1864 dite avoir 50 ans. Difficile de savoir si son frère Pierre ARNOUX mon ancêtre a été informé de son mauvais état de santé et pu assister à son inhumation compte tenu de la mauvaise saison.

AD 26 Combovin recensement 1872

François BATARRE désormais veuf, figure tout seul au recensement de 1866 en tant que cultivateur près du village, en 1872 il est mentionné revendeur, synonyme de brocanteur, cherchant à acheter des vieux effets ou objets pour les revendre, et finalement mendiant en 1876.

Ce lointain collatéral décède à 55 ans dans sa maison le 3 mars 1877 qualifié de mendiant, son frère ainé déclare sa disparition au maire de Combovin.

Silence et poussière, chape de l'oubli,  jusqu’à ce qu'une apprentie généalogiste farfouille dans des registres et perde du temps.



Retrouver cette famille 


Sources 
AD 26 Montmeyran et Combovin 
           Etat-civil et recensements 

samedi 24 janvier 2026

Qui êtes-vous Moyse Reynier

En janvier il est de bon ton de pister l’ancêtre de l’année. En 2026, la traque tend à débusquer un homme appartenant à la 11ème génération, du côté de la branche maternelle : le sosa 2026, sosa étant un repère pour distinguer les ancêtres des collatéraux

Retour dans la Drôme, dans le village verdoyant de Plan de Baix, au pied d’un fier rocher pour retrouver ma sosa 1013 Jeanne REYNIER une invisible mise en avant dans un billet l'an dernier. 

Jeanne, fille d’un Moyse REYNIER sur lequel je ne m’étais pas approfondi et d’une mère inconnue, avait deux cadets Zacharie et Isabeau. Jeanne épousait en 1645 Jacques SAUSSE mon sosa 1012 originaire de la Baume Cornillane.

Terre protestante oblige, l’acte de mariage était établi par un Pasteur, et manquaient trois filiations, hélas.

Rembrandt © Rmn 
 
S’ensuivit des errances dans des registres notariés (à défaut de registres paroissiaux détruits), la pioche d’un testament d’un jeune collatéral Pierre SAUSSE qui me mit sur le chemin de mon aïeul Jacques SAUSSE et par là de son ascendance.

Ma chère Jeanne REYNIER s’est donc alliée à Jacques SAUSSE un drapier, puis laboureur, à la signature bien reconnaissable, neveu d’un Jacques EYNARD capitaine-châtelain et petit-fils d’Antoine EYNARD châtelain de la Baume Cornillane.

Oh ces messieurs je les ai croisés dans mes divagations, leurs paraphes paradent au bas de nombreux actes. Avaient-ils tous des chapeaux au large bord, et une sobre collerette ou un strict rabat ?

Comme l’impression d’être observée du haut d’une branche de mon arbre.

***

Ma chère Jeanne ma sosa 1013,  qui était votre père Moyse REYNIER mon sosa 2026 ?

Puis-je retenir celui qui exerçait la fonction de capitaine-châtelain à Plan de Baix ?

Ce Moyse s’est marié avant 1633 avec Marguerite GRESSE d’une famille de notables des environs (chirurgien, drapier) et a eu au moins 4 enfants avec elle. Les indices semés par un passionné sur Geneanet m’interpellent fortement.

Marthe serait votre sœur, épouse de Jacques RODET un bourgeois de Beaumont et fils de notaire, d’ailleurs vous étiez la marraine d’un de leurs enfants.

Grève (oui c’est un prénom) serait votre frère, mentionné avocat au Parlement lors d’un baptême en 1664, il se serait réfugié en Suisse après la Révocation de l'Edit de Nantes compte tenu des persécutions religieuses et devenu bourgeois de Vevey.

Cliquer pour agrandir 


Ma chère Jeanne vous êtes a priori la fille aînée d’un premier lit de Moyse REYNIER qui a tenu à vous allier à une lignée implantée à proximité et acquise aux idées de la Réforme.

Fille d’un capitaine-châtelain, votre beau-grand-père exerce la même fonction pour le même seigneur, Plan de Baix et La Baume Cornillane dépendant des descendants de Catherine de Cornillan.

Moyse votre père, d’une famille de notable, instruit, représente localement l’autorité seigneuriale, veille au maintien de l’ordre, gère les terres, et ce vers 1660-1670. Dans une région du Dauphiné où la communauté protestante est importante, province-frontière avec la Savoie, il s'est trouvé confronté au passage de troupes, des réquisitions et des restrictions des pratiques du culte réformé.

Je ne sais si votre père a acheté ou hérité sa charge, des pans de son existence resteront inconnus, tout comme certains aspects de votre propre vie Jeanne. Il faut faire avec les archives détruites et celles qui ne sont pas accessibles. 

***

Le lecteur attentif aura compris qu’à ce jour il me paraît plausible que Moyse REYNIER soit un de mes ancêtres et aussi celui de proches IRL (In Real Life) dans la vraie vie.

Pensez-vous que je me fourvoie ? 




Sources
Geneanet : Précieux indices de l’arbre déposé sous le pseudo chamcro
AD 26 Plan de Baix BMS et actes notariés