samedi 20 décembre 2025

Un mariage à Rocroi

Rêverie ancestrale avec sous le coude : une carte ancienne, des actes de registres paroissiaux, une documentation dont une gravure et ma procrastination se prolonge. Rêverie centrée sur un coin de Thiérache, à cheval sur l’Aisne et les Ardennes, à deux pas de la Belgique, entre Watigny et Rocroi.

Et soudain une voix féminine me chuchote : alors lance-toi !
Une voix plus grave complète : six ou sept lieues de distance tout au plus, trois quarts de journée à pied, pas de quoi fouetter un chat ! Et puis nous sommes nés tous deux dans le même village tu le sais bien.

AD 60 extrait de carte axé sur la Thiérache 

Ainsi boostée par mes lointains ancêtres Nicole BAUDOUIN et Nicolas BRUGNON (sosas 872 et 873) privilège du généalogiste je remonte le temps.

Me voilà donc vers 1700 dans le petit village de Watigny à moitié couvert de prés et champs et à moitié d’une belle forêt, avec une église de briques devant laquelle un couple m’attend.

Après des regards hésitants, des courbettes respectives, Nicole mon aïeule énonce : c’est dans cette église que nous avons été baptisés en 1661 et 1670, il en sera de même pour tous nos enfants. J’ai grandi ici avec mes frères et sœurs, puis avec nos parents nous sommes partis à Rocroi vers 1683 où notre fratrie s’est étoffée.

Et de Nicolas de prendre le relais : sais-tu que notre village remonte au 12ème siècle, époque où l'abbaye de Foigny (1) y construisit une cense à savoir une ferme, elle creusa aussi un étang de 70 arpents de superficie, et bâtit deux forges, autour desquelles se sont groupées des habitations.

Alors cela explique la mention par le curé dans le registre paroissial des métiers de forgeron, maréchal, voire souffleur de grosse forge, à côté des métiers de laboureur ou de manouvrier.

Comme habitants de Watigny, l’abbaye nous autorise à faire paître nos chevaux ou bœufs dans la forêt moyennant une redevance, les moutons, chèvres et porcs sont exclus de cette tolérance, ajoute mon ancêtre.

AD 08 Gravure de Rocroi en 1650

Nicolas vous êtes laboureur de votre état je crois, et avez réfléchi avant de vous établir avec Nicole que vous aviez connue enfant et pour cela êtes allez à Rocroi dans les Ardennes pour vous marier.

Puis-je m’étonner officiellement de ce mariage à Rocroi, ville symbolique d’une glorieuse victoire pour le Royaume de France en 1643 grâce au jeune duc d’Enghien surnommé ensuite le Grand Condé, victoire décisive dans l’épouvantable guerre de Trente Ans alors que le Roi Louis XIV a seulement 4 ans.

Et Nicolas de répondre : Oui ce que tu évoques, c’était du temps de la jeunesse de nos parents, il n'y a plus de soldats, de canons, de chevaux aux abords de la ville de Rocroi, dans les champs à l’extérieur des remparts on croise maintenant des laboureurs avec leur bœufs, des troupeaux. Et regarde bien sur ta gravure, au loin observe la haute flèche imposante de l’église où nous nous sommes mariés en 1697 Nicole et moi.  

AD 08 Rocroi extrait BMS 

Oh vous savez en découvrant votre acte de mariage détaillé du 12 novembre 1697 établi par le curé de Rocroi, j’ai eu l’impression de partager avec votre famille ce moment d’engagement solennel entre vous Nicole, fiancée de 27 printemps, et vous Nicolas, un homme de 38 ans. 

Nicole fille de François BAUDOIN dit Dubuisson et Marie BONDOT
Nicolas fils de Jean BRUGNON et Jeanne HARDY

Sur ce précieux acte doublement filiatif j'ai noté votre belle signature Nicolas, et le paraphe élaboré de votre père, chère Nicole, ainsi que votre timide croix pour entériner votre nouvel état. 

Bon on va marcher un peu vers notre maison à Coquimpré énonce Nicolas, je vais te montrer mes champs, et au fait c'est bizarre cette rencontre... 

Mes protagonistes du jour chemineront ensemble plus de 25 ans et accueilleront 5 enfants, des bribes de vies patiemment récoltés et modestement mis en avant.


Retrouver cette famille Trois Nicolas Brugnon 


(1) l' abbaye de Foigny est une ancienne et prospère abbaye cistercienne fondée en 1121 sur la commune de La Bouteille moteur économique de la Thiérache 
sur Wikipedia : la bataille de Rocroi  

Sources 
AD 02 Watigny BMS et indices Geneanet 
AD 08 Rocroi BMS

samedi 6 décembre 2025

Trois Nicolas Brugnon

On ne présente plus Saint-Nicolas qui récompense le 6 décembre les bons comportements des enfants en les gratifiant de cadeaux ou de friandises.

Cette fête de la Saint-Nicolas est issue de la célébration fixée par le calendrier liturgique catholique. Prenant de l'ampleur et quittant le cadre strictement religieux au fil des temps, elle met en scène Saint Nicolas, un personnage quasi légendaire inspiré des évêques lyciens Nicolas de Myre et Nicolas de Sion dont les traditions hagiographiques se confondent depuis le 10ème siècle. Une légende en particulier racontait qu’il avait sauvé des orphelins d’une mort atroce.


Wikipedia extrait vitrail Cathédrale de Chartres 
Devenu grand, il évitait les divertissements et préférait fréquenter les églises, il retenait dans sa mémoire tout ce qu'il y pouvait apprendre de l’Écriture sainte. »

Pour illustrer ce propos, ce vitrail de la cathédrale de Chartres représente Saint-Nicolas, reconnaissable à son auréole rouge avec au premier rang trois élèves penchés sur leur livre.

À droite, le maître enseignant lève l'index en signe d'autorité, et tient une férule dans sa main gauche. Au-dessus de la scène, une main divine sortant d'un petit nuage désigne le Saint.


Que savaient-ils nos trois Nicolas BRUGNON de cette légende et de leur saint patron, eux modestes paroissiens de Watigny en Thiérache, l’Aisne actuelle.

En plein hiver, le 7 janvier 1723, Nicolas BRUGNON s’est éteint dans sa maison de Coquimpré âgé de soixante-trois environ, lors de son inhumation dans le cimetière du village étaient présents son fils Nicolas et son frère Nicolas.

AD 02 Watigny extrait BMS 1723

Le défunt, laboureur de son état, est un lointain grand-père à la 10ème génération, époux de Nicole BAUDOIN, avec un fils Nicolas né en 1700 et mon ancêtre Jean-Louis né vers 1702. Son frère Nicolas était présent au mariage de ses neveux avant de s’éteindre célibataire en 1739.

Les deux fils Nicolas de Jean BRUGNON et Jeanne HARDY nés en 1657 et 1661 portaient tous deux le prénom de leur parrain, tout ce petit monde méritait bien un petit éclairage en ce jour de fête des Nicolas. 




Retrouver un autre famille Brugnon à Watigny Des signatures et des êtres 

Sources 
AD 02 Watigny BMS
Wikipedia 

mardi 2 décembre 2025

Domaine de Chaillard

Voilà notre ancêtre Louis CLEMENT granger des Ursulines, comme convenu avec les religieuses de Chabeuil dans le bail de grangeage du 25 février 1715, il s’installe à la Toussaint au domaine de Chaillard avec son épouse, ses enfants, et ses parents.

Madeleine REBOUL, sa courageuse compagne, met au monde le 20 décembre 1715 un petit Daniel, baptisé par le curé, il sera suivi d’une fille née en 1717.

Selon le document - registre paroissial, acte notarié, carte ancienne ou contemporaine - l’orthographe du toponyme du domaine des Dames de Sainte-Ursule varie : Challe, Chaliar, Chaliard, Challiard, Chaillard.

AD 26 Chabeuil cadastre napoléonien extrait 

D’abord localisé sur la précieuse carte de Cassini de 1746, le domaine de Chaillard se repère aussi sur le cadastre napoléonien de 1812 à proximité de la rivière Véore.

L’inventaire numérisé fournit un bonus d’informations, puisque que Louis CLEMENT s’est plié aux formalités de l’état des lieux. Vu la date du 28 décembre 1715, je pense que le nouvel acte notarié a été aussi rédigé au parloir des religieuses et non en plein vent sur place, ou sur le bord d’une table bancale du domaine.

Maître Bérenger, peut-être fatigué ou pressé, ne précise pas le lieu où il dresse son acte, pourtant le document est détaillé sur certains points, voire redondant. On retrouve les quatre même religieuses dont Dame Elisabeth Deyriaux la supérieure du monastère  de Sainte Ursule.

L’univers de la petite famille CLEMENT comprend deux bâtiments  : un ancien et un nouveau. Le nouveau bâti sert d’habitation au granger, sa porte d’entrée ferme à clef avec son barreau et gond, il y a une fenêtre fermant avec une porte de bois avec un verrou, une barre et gond.

La porte des degrés pour monter au galetas ferme à clé avec son verrou et gond, audit grenier une fenêtre du côté du levant et une autre du côté du couchant.

Allez, on redescend en direction de l’écurie des mulets dont la porte est en médiocre état, de même pour la crèche (au sens de mangeoire), la petite échelle pour aller à la fenêtre est aussi en médiocre état, mais cette fenêtre est ferrée par deux barreaux à traverse.

La porte du jardin est en médiocre état avec deux barres et deux gonds et une serrure, la petite porte pour aller à la rivière, avec ses barres et gonds, est en mauvais état.

S’en suit la référence à l’ancien bâtiment avec une partie habitation et une écurie dont l’état s’avère médiocre, sans surprise.

J’avoue avoir été touchée par cette description, avoir tenté d’imaginer Louis CLEMENT et les siens dans ces lieux relativement modestes : lieu de vie, de travail, mais un toit, un contrat pour 4 ans, ne l’oublions pas.

Dans les consignes sur les cultures, j’avoue avoir décroché. Pour le fourrage, Louis CLEMENT devra laisser à son départ la même quantité que celle qu’il a trouvé à son arrivée.

Gallica 

Notre ancêtre assure avoir réceptionné les 20 poules et le coq promis, et atteste avoir reçu 190 livres soit 150 de bonne espèce pour acheter les moutons et les brebis et 40 livres pour la valeur d’une charrette. Il lui reste à retrousser ses manches et à assumer ses tâches, à défaut de réellement s’enrichir.

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Hélas Madeleine REBOUL décède sur ce domaine trop tôt en 1719, après Louis CLEMENT le grand-père et précédant de peu Marie GENSEL la grand-mère.

Notre Louis CLEMENT granger, remarié avec Eve IMBERT est en vie en 1741 lorsque son fils cadet Daniel se marie, mais décédé en 1752 au mariage de Claude mon lointain grand-père.

Combien de temps a-t-il été granger de ce domaine, seuls les notaires peuvent répondre, une bonne partie de leurs actes se cachent dans les étagères des archives départementales.

Curieusement en relisant un acte de baptême lié à la famille élargie de Louis, j’ai découvert qu’un petit-neveu prénommé comme lui est né en 1740 dans la grange de Chaillard à Chabeuil. Plusieurs ménages CLEMENT ont-ils résidé dans ces lieux ?

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Le domaine des Ursulines a été vendu comme bien national à la Révolution, le cadastre napoléonien atteste encore l’existence des deux bâtiments en 1812, tout comme la carte d’état-major du milieu du 19ème siècle. Sur le cadastre de 1961 les bâtiments ont disparu, écroulés, le temps a fait son œuvre, les intempéries et les inondations peut-être.

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Et si j’avais un peu vite qualifié Louis CLEMENT de taiseux, lui frère d’une Marie enterrée en rase campagne. Dans quelques temps son père Louis CLEMENT le patriarche aura un fil de vie, tout comme ses enfants.

                                                    


Sources
AD 26 BMS Chabeuil et Montmeyran
AD 26 Notaire Chabeuil 1714-1716 2 E 19664 vue 467