samedi 29 février 2020

Isabelle Arnoux et Emile Mercier instituteurs à Braine


Quelle bonne suggestion de Sophie de La Gazette des Ancêtres de nous inciter pour le généathème mensuel à plonger le nez dans les délibérations communales, sources peu explorées lors de recherches généalogiques. En piste donc pour les registres de Braine dans l’Aisne, où hasard de l’histoire, les décisions communales ont été en grande partie conservées, et numérisées. 

En 1907 Isabelle Arnoux jeune institutrice, fraîche émoulue de l’école normale, affectée à plus de 600 km de sa Drôme natale, prit la route pour Braine en Picardie. Dans ce bourg de 1500 habitants trois ans plus tard y débarqua comme instituteur Emile Mercier né lui en terre axonnaise. 

Braine document familial 

Les protagonistes principaux - mes grands-parents maternels ainsi cités - en feuilletant les délibérations du conseil municipal, je me suis focalisée sur ce qui touche à l’instruction publique et sur les enseignants des petits écoliers, afin de cerner le contexte précédant leur arrivée. 

Dans le registre de 1881, figurent les traitements de l’instituteur de l’école de garçons qui assure aussi les cours pour les adultes soit 1800 francs, de l’institutrice de l’école de filles soit 1450 francs, et de la directrice de la salle d’asile soit 750 francs. 

AD 02 Braine CM 1881 extrait

L’instituteur laïque pour les garçons est M. Prince-Alexandre Brot qui établit la monographie de la commune en 1884, précisant que les autres écoles sont dirigées par des sœurs de la Communauté de Charly. 

Requête sans succès en 1895 de M. Siry alors instituteur pour obtenir des élus l’établissement de l’éclairage électrique dans les classes et dans ses habitations, il demandera aussi du mobilier scolaire plus tard. 

Rassurez-vous l’année suivante, le registre fait état de « travaux au logement de la directrice de l’école enfantine qui vient d’être remplacée par une laïque, qui n’a pas de logement convenable, et qu’il convient de lui en préparer un dans les bâtiments même de l’école, directrice dite institutrice adjointe ». 

Cette même année 1896 un crédit est voté pour le chauffage des classes, réparti entre les 3 écoles, et le détail des dépenses relatives à l’instruction publique fait apparaître 4 enseignants dont l’adjointe chargée de la classe enfantine aidée par une femme de service. Isabelle ma grand-mère avait la classe des petits et évoquait avoir été aidée par une dame, la transmission familiale s’avère exacte. 


AD 02 Braine CM 1896 extrait

Côté instituteur adjoint M. Dizy obtient 150 francs de supplément annuel de salaire, il n’est pas resté longtemps en poste et son successeur a fait un passage éclair début 1900, qui incite les élus à porter le supplément à 225 francs pour avoir des maîtres meilleurs et plus stables. La même année Mme Charlier l’institutrice adjointe se voit refuser une faveur similaire … 

En 1901 un grand nombre de père de famille demandaient un préau pour l’école de garçons, requête qui fut acceptée par le conseil municipal, ce dernier magnanime vota aussi un préau pour l’école de filles, ouf parité dans ce cas. Ces deux préaux furent construits en bois avec un toit en tôle ondulée, économes les élus, d’autant qu’ils durent aussi payer la réparation de la cour de l’école des garçons. 

Au fil de demandes de remboursement de lampe électrique (tiens la fée électricité était arrivée dans les classes) ou de charbon est apparu le nom de M. Buvry instituteur, et de Mme Mauvezin institutrice pour un complément de salaire de 100 francs en 1906. 

Sachez que le conseil accepta l’achat pour l’école des filles d’un compendium métrique (1), de deux cartes Vidal-Lablache et d’un boulier-compteur. Requête vraisemblablement faite par Mme Lebourque institutrice tout comme son mari instituteur à Braine. 

Dans les délibérations du conseil municipal apparaissent plusieurs requêtes de Mme Lebourque née Laure Céleste Catrin épouse, sœur, fille et petite-fille d’instituteurs au passage. Celle-ci évoque les frais occasionnés par les cours d’adultes, sollicite une augmentation de son supplément de salaire de 50 francs pour passer à 250, demande une allocation supplémentaire pour l’enseignement de la couture aux jeunes filles entre 1910 et 1911, réclame des tables à deux places avec dossier et du matériel.

AD 02 Braine CM 1911 extrait

Mme Lebourque omniprésente, collègue de mes grands-parents, quel caractère avait-elle ? Je l’imagine consciencieuse, compétente, active, autoritaire et ? à vous de voir … M. Jules Lebourque qui avait 54 ans en 1914 « remplit ses fonctions avec le plus grand courage, malgré les bombardements les plus violents, et dans les conditions particulièrement pénibles jusqu’au 28 mai 1918 »

Dans les collègues d’Isabelle et Emile, je n’oublie pas Paul Théodore Nicolas instituteur nommé en 1911, témoin sur l’acte de naissance de Maman, il partit comme mon grand-père pour le front un certain 3 août 1914, fut blessé et reviendra. 

Je ne sais si les dames de la Croix-Rouge transformèrent pendant la guerre les écoles communales de la ville en hôpital pour les soins à donner aux blessés, un avis favorable des élus avait été émis en 1912 en ce sens. 

Les séances du conseil municipal étant publiques, j’ai pénétré sur la pointe des pieds dans le quotidien d’un bourg où certains des miens habitèrent, travaillèrent et aimèrent ; d’un bourg où se tenaient des foires, marchés, où existait une fanfare municipale, avec des édiles conscients de la nécessité de paver l’avenue de la gare ou réparer le portail de l’église, la vie du début du vingtième siècle avec déjà des soucis de distribution du courrier ou de fréquence d’arrêts de trains. 

Précieuses et trop rares délibérations à défaut de recensement conservé dans un département qui fut particulièrement meurtri pendant le premier conflit mondial.




(1) petit meuble ou vitrine murale renfermant une collection d'instruments de mesure représentatifs du système métrique, par exemple, le mètre pliant, le décamètre à ruban et la chaîne d'arpenteur, des mesure de capacité en bois et en fer, ou la balance de Roberval accompagnée de ses poids.




Pour retrouver Isabelle et Emile





Sources
AD 02
Braine Délibérations du conseil municipal
Braine Monographie communale
Généanet


samedi 15 février 2020

Chère Noémie merci

Précieuse onzième petite feuille Noémie Lagier née le jour de Noël 1848, précieuse arrière-grand-mère, tu as chipé la place de la benjamine Fannie-Louise âgée de 15 mois, partagé ses jeux, et ceux de Polonie de 3 ans ton aînée dans un village drômois à Upie.

Pour ces petiotes, du fond du cœur, j’espère qu’il restait de la tendresse et du courage à tes parents Elisabeth Métifiot et Daniel Lagier pour s’occuper de leur flopée d’enfants. 

Document familial
Le temps passant si vite, les grands prirent leur envol du nid familial, et lorsque vint ton tour à vingt-six ans de convoler en 1875 avec Jean Pierre Arnoux cultivateur du village voisin de Montmeyran ton trousseau devait être constitué. 

- Sais-tu chère Noémie que je détiens une précieuse et traditionnelle nappe blanche, en coton damassé, brodée avec tes initiales au tissu patiné ? Ce trésor me chuchote, me fait voyager dans le temps, me transporte dans ta maison et celle de ton époux aux Dorelons. 

Un bond en arrière et je me retrouve par l’étrange pouvoir des objets transmis face à mon aïeule septuagénaire et veuve hélas en 1920. 

- Noémie ne sois pas étonnée de me trouver assise à tes côtés, à la lumière et la chaleur du feu de bois dans la cheminée, toutes les deux au calme, alors que souffle depuis plusieurs jours cet agaçant vent violent. 

- Dis-moi, curieuse visiteuse, et arrière-petite-fille tu n’es pas plus grande que moi, ni mes enfants d’ailleurs, et tu n’as pas les yeux bleus. La nappe que tu évoques a servi à bien des réunions familiales, de grandes tablées parfois, comme lors des baptêmes de Désirée, Fanny-Nésida, Bénoni et Isabelle

- Je sais que sur la Bible familiale tu as inscrit à l’encre violette leurs prénoms et dates de naissance, ainsi que ceux de deux petits anges : une fille prénommée Noémie, et un garçon Syril

- En effet … tristesse, pudeur, et silence sur les moments douloureux, les attentes et soucis lors de la première guerre mondiale, les doutes et la révolte intérieure devant l’inéluctable. 

- Cette nappe, enfin ta nappe maintenant, elle en a recueilli des confidences, entendu des rires et des chansons lors des mariages ! 

- Comme pour les mariages de Désirée et Isabelle ma grand-mère, parce que pour celui de Fanny-Nésida le repas était au restaurant d’après ce que me disait Maman ! 

- Nos institutrices de filles ont épousé des gars venus de Bretagne ou de l’Aisne, l’un juge, l’autre instituteur. Désirée est demeurée au pays avec son époux cultivateur et nous a offert nos premiers petits-enfants source de réconfort et d’espoir. Mais cela tu l’as toujours su, et tu m’incites à radoter. 

- Merci Noémie d’avoir tenu ainsi que ton époux à ce que vos filles poursuivent des études en ce temps de la 3ème République qui rendît l’école obligatoire et gratuite pour tous les enfants. 

Merci aussi d’avoir accueilli comme gendre Emile Mercier mon grand-père au sein des vôtres, hébergé et réconforté lors d’une permission pendant la guerre, alors qu’il ne pouvait rejoindre son épouse Isabelle et la petite Jeanne dans l’Aisne, territoire alors envahi par les allemands. 

Document familial
Merci de t’être appliquée à « refaire » une santé à cette même Jeanne flageolante sur ses jambes et toute menue après 4 années de privations, seule avec sa maman, lorsque réfugiées elles arriveront enfin en terre drômoise ; et là clin d’œil au chat chapardeur de l’époque. 


- Tant que j’y suis de mon monologue, sache que j’ai repéré sur l’étagère ton petit livre de Psaumes qui tient dans la main. La couverture de ce fascicule religieux est fatiguée et patinée à la fois, et présente une tranche usée et le bord des pages est poussiéreux, pages maintes fois tournées par tes doigts. 

Document familial
- Et dis bizarre invitée, puis-je te montrer des récentes cartes postales envoyées par mon fils et ma bru depuis Grenoble et Aix les Bains avec l’Abbaye d’Hautecombe au bord d'un lac ? C’était juste après leur mariage. 

Curieux cheminement de cartes anciennes, dans le petit lot de mes trésors à dépouiller. 

Chut c’est tout pour aujourd’hui, manière de prendre date. Beaucoup d’affection et du respect à l’égard d’une de mes ancêtres qui m’a fait découvrir mille et une vie.

Chère Noémie - avec au moins deux  nouvelles pousses pour ton arbre nées en 2019 -  l’une en février et l’autre en novembre :  elles t’embrassent, sans le savoir certes… 



Situation imaginée mais personnes toutes liées
à ma généalogie selon les principes du RDVAncestral 
site où sont regroupés les billets des généablogueurs 


Retrouver cette famille 




samedi 8 février 2020

La frousse du postillon

C’est juste un petit entrefilet dans la presse du 1er février 1877 sur un fait divers dans un coin habité par mes ancêtres de la Drôme, je ne sais s’ils en ont eu connaissance, mais les commentaires ont pu aller bon train dans les cafés de Montmeyran. 

Gallica Monnier Henry

« La voiture qui fait le service du courrier entre Montmeyran et Valence a brûlé au beau milieu de la route. Le feu avait pris à l’intérieur, sans que l’on sache comment, cet intérieur étant complètement vide. 


Quelque dame avait-elle oublié un charbon de sa chaufferette ? Quelque gamin grimpé sur le marchepied y avait-il laissé tomber une allumette ? C’est ce qu’il sera impossible de découvrir. 

Toujours est-il que le conducteur qui marchait contre le vent, s’aperçut tout à coup qu’il voiturait un torrent de flammes. Peindre sa surprise serait inutile. Il n’eut que le temps de descendre, de sauver les dépêches et de dételer son cheval, abandonnant sur la route, comme une épave, son véhicule que les flammes achevèrent de dévorer. 

Ce jour-là, le courrier de Montmeyran fit son entrée à Valence comme les postillons du bon vieux temps ». 


Quel bel exemple de courrier – homme qui autrefois portait les lettres - esclave de son devoir et conscience professionnelle oblige, il termina à cheval comme ses prédécesseurs. 

Le soupçon de distraction de la gent féminine avec une chaufferette me plaît moins. 

Pour tout savoir sur cet objet portatif suranné de la fin du 19ème siècle, il suffit de se plonger dans la Revue des Nouveautés. 

Dans un numéro de 1890 elle vante avec force détails : La chaufferette à veilleuse, à huile inversable, système J. Février. Elle insiste sur le fonctionnement du nouveau modèle portatif pour le dehors, lequel sera très apprécié par les personnes qui se rendent dans des réunions ou conférences, à l’église ou à la promenade, etc … 

Le dessin ci-contre représente la chaufferette ouverte, la plaque de cuivre est relevée pour montrer la position pendant le transport. 


La chaufferette est aussi aisée à la main qu’un petit sac de dame, elle ne mesure que 20 centimètres de longueur, 14 centimètres de largeur et 8 de hauteur. Pour les personnes que le désireront, une housse élégante, spécialement fabriquée en velours de couleur, leur sera fournie, afin qu’elles puissent à leur gré couvrir leur chaufferette. Ce qui se fait facilement sans avoir à éteindre la veilleuse. 

Peut-être une de vos aïeules avait-elle cet objet de confort pour ses voyages, ou l’église, à moins que couturière, ou dame de comptoir elle ait opté pour une chaufferette forme tabouret ? 






Sources
Source Rétronews Le Rappel 1er février 1877
Gallica La revue des nouveautés n°7- octobre 1890