samedi 15 décembre 2018

Triste Paris pour Daniel Lagier

Etre à Paris sous le second Empire est une première en ce qui me concerne. En ce mois de mai 1868, sous l’impulsion de l’Empereur Napoléon III, la capitale s’est considérablement transformée, n’a-t-elle pas accueillie l’année précédente l’exposition universelle.
 
L’animation boulevard de Magenta est de rigueur, dans cette voie percée en 1855 : plusieurs carrioles tirées par un cheval  transportent des vivres ou des meubles, une calèche coupe la voie, et au fond un omnibus, tous ces véhicules résonnent sur les pavés. Une dame traverse, des passants s’interpellent, j’observe le nez en l’air les immeubles haussmanniens aux façades en pierre de taille, et …
 
Oh pardon Madame ! Je vous ai bousculée, je suis distrait et préoccupé, et cherche aussi mon chemin étant de passage à Paris.
 
Ce n’est rien Monsieur ! Puis-je vous aider ?
 
Hôpital St Martin Paris 10e - Source Delcampe
 
Je ne suis pas habitué au rythme de la capitale, et je dois aller de nouveau rue des Récollets.
 
C’est à deux pas je peux vous y conduire.
 
Merci beaucoup, puis-je  me présenter Daniel LAGIER je suis originaire de la Drôme.
 
Fanny Delaronde (c’est presque çà !) je connais un peu votre région.
 
Comme c’est étrange, une de mes filles cadettes se prénomme Fanie.
 
Oups que fait en 1868 dans le 10e arrondissement de Paris, mon quadrisaïeul Daniel LAGIER Sosa 30 lui qui habite le village d’Upie ? Je tombe des nues.
 
On va passer par là pour se diriger vers la rue des Récollets, dans l’ancien couvent des religieux franciscains se trouve je crois un hôpital.
 
Mon fils ainé Pierre Daniel est hospitalisé, gravement malade, je suis donc venu à son chevet.
 
Oh mon Dieu, je compatis à votre peine et à votre souci. Qu’est-il arrivé à votre fils ?
 
Militaire depuis plusieurs années, il est caporal au 3ème Régiment de Voltigeurs de la Garde Impériale, toutes ses campagnes, les conditions … vous savez …
 
Silence, et je me remémore pour ma gouverne : la guerre de Crimée très vraisemblablement, le Mexique peut-être, voire la campagne d’Italie et la victoire de Magenta. Les soldats du Second Empire ne manquaient pas de terrains d’actions.
 
Voilà Monsieur nous sommes arrivés. C’est l'empereur Napoléon III qui a déplacé l'hospice des Incurables pour affecter les lieux à l’Armée qui abrite désormais l’hôpital militaire Saint-Martin.     
 
Puisse l’état de santé de votre fils s’améliorer, mes pensées vous accompagnent et mes vœux d’espérance.
 
Daniel LAGIER passe le monumental portail de pierre, le poids de l’inquiétude courbant ses épaules dans un environnement citadin si éloigné de sa Drôme natale.
 
Wikiwand
J’ai comme un pressentiment, et pas vraiment l’envie de me pencher sur les détails de l’uniforme de parade d’un voltigeur de l’armée impériale. Quoiqu’il  pouvait avoir belle allure Pierre Daniel LAGIER dans sa tunique bleue, avec des brandebourgs jonquille, un collet jonquille et des parements bleus.
 
Né en 1835 à Upie, mon arrière-grand-oncle a-t-il tiré un mauvais numéro lors de la conscription en 1855 ? Toujours est-il qu’il s’est réengagé dans l’armée impériale.
 
Les deux régiments supplémentaires de Voltigeurs créés en 1855 furent organisés pour le front d’Orient. Ce même corps eut un rôle décisif en 1859 dans le Piémont lors de la bataille de Solférino : les voltigeurs  chargèrent, baïonnette au canon, culbutant des forces quatre fois supérieures en nombre …
 
Soit dit en passant c’est lors de la campagne d’Italie qu’Henri Dunant pris conscience de l’insuffisance des services sanitaires qui manquaient de tout, des blessés omniprésents, à même les rues faute de place dans une église ou une école. Marqué à tout jamais Henri Dunant sera l’instigateur de la Croix Rouge pour l’amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagnes.
 
Je m’éloigne du sujet, pas forcément, j’ai bien laissé mon aïeul devant la porte d’un hôpital militaire à Paris,  certes la fiche matricule de son fils trop ancienne n’est pas consultable en ligne, si tant est qu’elle ait été conservée.
 
C’est bien mon aïeul Daniel Lagier qui a déclaré dans une mairie parisienne le décès de son fils aîné, et j’ai bien reconnu sa signature un peu moins assurée vu les circonstances, acte qui me révélait un douloureux pan de vie.   
 
« L’an 1868, le 21 mai acte de décès de Pierre Daniel  Lagier décédé hier à cinq heures 8 rue des Récollets, caporal au 3e régiment des voltigeurs de la Garde Impériale 2e bataillon 7e compagnie matricule 1120 âgé de 35 ans né à Upie (Drôme)  caserné à Saint-Denis (Seine) célibataire fils de Daniel Lagier âgé de 64 ans propriétaire et de Elisabeth Métifiot son épouse âgé de 56 ans sur la déclaration faite par nous, Officier de l’état-civil du 10e arrondissement de Paris, par le père et Ignace Antoiniotti âgé de 21 ans caporal-infirmier rue des Récollets. »
 
Archives Paris 10e D 1868 vue 375

Triste voyage de retour de mon ancêtre Daniel LAGIER, par le train de Paris à Valence, trajet pendant lequel il a du se demander comment dire la vérité à son épouse Elisabeth, ses autres fils, ses filles dont les cadettes Fanie, et Noémie mon arrière-grand-mère la plus jeune de ses onze enfants.
 


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jeudi 6 décembre 2018

Louis Claraz un chanoine pas très vaillant

Chez Louis Claraz  - un lointain grand-oncle - a été signé en 1698 en Savoie le contrat de mariage de sa nièce Marguerite CLARAZ sosa 705 avec Antoine GAY-ROSSET sosa 704 mes ancêtres.  Qualifié de chanoine, l’acte a été rédigé dans sa maison d’habitation située dans l’enclos du vénérable chapitre d’Aiguebelle.
 
Il s’agit de la Collégiale Sainte-Catherine construite vers la fin du 13ème siècle avec à sa tête un prévôt pour le temporel et 12 chanoines dont un chantre et un trésorier. L’église, de style ogival en forme de croix, comportait 120 stalles sculptées dans son chœur, sur le toit étaient posées des lamelles de plomb et sa porte principale était recouverte d’une peau d’élan enrichie d’enroulements de fer. A côté de la sacristie on trouvait la salle capitulaire, et des maisons entouraient l’édifice, le tout entouré d’un immense enclos.
 
AD 73 extrait carte mappe Collégiale
Et voilà que je retrouve Révérend Louis Claraz prêtre en 1704 dans le même lieu, mais il n’est pas très vaillant, il est même alité et Maître François Brunier notaire s’est déplacé le 2 novembre.
 
Dit par le Notaire Royal « de bon sens, esprit, mémoire et entendement, quoique détenu dans son lit de maladie corporelle » Louis Claraz premier chanoine du vénérable chapitre Sainte-Catherine tient à faire son unique et seul testament nuncupatif.
 
En Savoie, ce testament de loin le plus courant (de nuncupare = nommer et déclarer) est prononcé verbalement par le testateur devant le notaire qui le rédige et l’enregistre en présence de 7 témoins.
 
Après avoir recommandé son âme au bon Dieu et à la Sainte Vierge  et à tous les Saints de Paradis, Louis Claraz souhaite que  la sépulture de son corps se fasse dans le tombeau des Révérends Chanoines du Chapitre. Il lègue à Monseigneur illustrissime et révérendissime Evêque de Maurienne son prélat : 10 florins.
 
Surtout, le testateur donne et lègue pour œuvres charitables à l’église collégiale de Sainte Catherine d’Aiguebelle tous ses biens meubles, immeubles et créances du lieu d’Aiguebelle sans aucune exception pour être employés le prix des sommes desdits biens aux réparations les plus urgentes de ladite église.
 
Pour l’exécution dudit legs Louis Claraz désigne comme exécuteurs testamentaires les Révérends Gaspard Vincent chantre  et Jean Joseph Arnaud tous deux prêtres et chanoines audit chapitre qui vont devoir vendre les biens et s’occuper des réparations.
 
AD 73 Aiguebelle Tabellion 1704
 
Il crée et nomme de sa propre bouche comme ses héritiers universels honorables Louis et Benoît Claraz frères et enfants de feu Louis Claraz de Fontcouverte en Maurienne ses neveux. Ceux-ci devront payer et s’acquitter des dettes, légats et œuvres pieuses.
 
Sont donc cités et présents les deux frères de Marguerite à savoir Louis et Benoît Claraz venus de leur village, ce qui laisse entendre que leur oncle Chanoine était souffrant depuis quelque temps et révèle les liens familiaux.
 
Tout comme était là comme 7ème témoin mon aïeul Antoine fils de feu Pierre GAY-ROSSET de Montgilbert neveu par alliance, peut être Marguerite était-elle aussi  au chevet de son oncle.
 
Louis Claraz le testateur en 1704 est un homme âgé de 66 ou de 68 ans, lui et son frère aussi prénommé Louis sont les enfants de Benoît Claraz et de son épouse Marie nés en 1636 et 1638 à Fontcouverte. Dans les arbres en ligne le cadet est indiqué comme marié, mais je ne suis pas convaincue, et pense que c’est le cadet qui a fait des études religieuses et que l’ainé est mon ancêtre marié et resté au village, tradition oblige.
 
En raison des lacunes dans le registre paroissial de Randens, commune où était située la collégiale, il n’est pas possible de connaître la date de décès du testateur.
 
Un jour peut-être au hasard du répertoire du Tabellion d’Aiguebelle, je glanerai un élément lié à la succession et à l’inventaire de mon lointain grand-oncle chanoine.
 
Pensée à lui, ainsi qu’au 6 autres témoins :
 
Rd Etienne Laurent prêtre et bénéficier audit chapitre
Honnête Claude fils de feu Nicolas Guillot charpentier
Joseph fils de feu Jean Lejeune Arnaud
Barthélemy fils de feu Claude Déglise,
Pierre Brunier tous quatre de Notre-Dame de Randens
Claude fils de feu François Marthenod d’Ayton


La signature du contrat dotal de Marguerite Claraz ICI

Sources
AD 73 Tabellion d’Aiguebelle année 1704
Testament du 2/12/1704 2C 2081 vue 479/576
AD 73 Histoire de Randens