samedi 18 août 2018

Présence du passé à Aussois

Temps présent celui d'un concert estival dans une église, et temps passé car je suis dans l'église Notre-Dame de l'Assomption  d'Aussois en Savoie, celle de certains de mes ancêtres.
 
Temps présent avec quatre jeunes talentueux musiciens qui jouent le  quatuor opus 59 no 1 de Beethoven. Lors des notes du 3ème mouvement, il devient temps passé à la faveur d'un Rendez-Vous Ancestral.
 
Par un dédoublement je vois les paroissiens, dans ce même lieu, écouter les prêches du curé d’Aussois village de montagne au début du 18ème siècle. Là sont assemblés Angelin RATEL et son épouse Anne, leur fils Michel RATEL marié à  Marie- Marguerite LATHOUD, et aussi Etienne, et bien d’autres répondant aux patronymes Lathoud, Ratel, Gros ou Chardonnet.
 
Eglise d'Aussois - Collection personnelle
 
Si la construction de l’église date pour l’essentiel de 1648, il se dit que la poutre de gloire juste devant le chœur lui est de peu postérieure. Mes ancêtres ont souvent porté leur regard sur cette poutre de gloire en bois sculpté peint et doré, Marie-Madeleine éplorée aux pieds du Christ, entourée de la Vierge Marie et de Saint-Jean et les angelots voletant qui recueillent le sang des plaies du Supplicié.
 
Ils ont pu voir le tableau du retable central de 1673 représentant le couronnement de la Vierge, mais je ne suis pas certaine qu’ils aient tous admiré le décor baroque de colonnes torsadés surmonté de « putti » jouant de la trompette.
 
Tout à coup, je ne suis plus assise au 4ème banc à côté de mes contemporains,  mais debout au début de la nef à proximité des fonts baptismaux.
 
Ce 22 mars 1685, à peine née, le prêtre baptise Marie RATEL Sosa 259 deuxième enfant de Michel et Marie-Marguerite. Nicolas Detienne est le parrain de la petiote, tandis qu’une autre Marie Ratel fille d’un Jean en est la marraine. Celle-ci tient avec vigilance et douceur l’enfant, pendant qu’une  femme remet le petit bonnet de la nouvelle baptisée.
 
Aussois - Collection personnelle
Le parrain devra reprendre le berceau de portage posé sur le sol, de petite dimension il est en bois de mélèze orné de motifs religieux et d’inscriptions. Les parents de la petite Marie tenaient à ce que la coutume soit respectée et que l’enfant soit portée à l’église dans ce berceau dit « de baptême » pour recevoir le sacrement.
 
Restera au parrain à ne pas être distrait le berceau est porté sur l’épaule droite ou l’épaule gauche selon s’il s’agit d’un garçon ou d’une fille… Tout mon petit monde repassera par le vestibule bien pratique en mauvaise saison.

Michel RATEL semble légèrement soucieux, car la première petiote du couple Anne-Marguerite est partie très vite. Petit air en coin de mon ancêtre qui a remarqué une présence étrangère au pays.
 
- Oh vous avez une petite qui a l’air bien vigoureuse, elle grandira entourée des siens, elle aura un frère prénommé Angelin comme son grand-père.

- Comment pouvez-vous le savoir curieuse dame, qui paraissait venir d’un autre temps ?
 
- Votre présent Michel est une partie de mon passé, votre petite Marie est une de mes ancêtres, nous sommes donc parents.
 
Sourcil levé de Michel RATEL, qui passe sa main dans sa barbe, l’air dubitatif cette fois. Mais il lui faut sortir, le parrain a installé le berceau de Marie sur la bonne épaule.
 
Aussois - cliché personnel
Je sursaute au moment du 3ème mouvement du quatuor opus 60 de Mendelssohn, les notes sont comme une invitation à suivre le cortège et à déambuler dans une des quatre rues du village pour rechercher la maison de Michel et de Marie-Marguerite. Si elle se trouve dans la « rue d’en-bas » particulièrement pentue le parrain a du peiner pour remonter avec le berceau, ce sera plus facile pour rentrer.
 
Maisons tassées les unes contre les autres dans ce village de Maurienne sur un plateau à 1500 mètres d’altitude - fort ensoleillé l’été -  mais où le vent souffle de novembre à mars et les longs hivers sont durs et enneigés.
 
Petite Marie tu grandiras et te marieras : ton contrat de mariage en 1711 en est la preuve. Je m'en réserve la lecture complète, et non ce ne sera pas à la chandelle le soir au coin du feu…
 
Le concert s’achève,  voilà le temps passé redevient temps présent, l’air est léger, la soirée est douce, traverser le village pour rejoindre mon logis temporaire et encore regarder les montagnes qui « surveillaient » mes ancêtres.
 
Des petites notes échappées de 4 instruments à cordes et développées par des archets conduits de main de maître, dans un temps présent, dans un lieu d’une partie de mon passé.


Pour retrouver les billets des blogueurs du #RDVAncestral mensuel permettant d'aller à la rencontre de ses ancêtres c'est par
 

4 commentaires:

  1. Belles pensées durant ce concert.
    « Votre présent est mon passé » c’est bien dit !
    C’est intéressant de connaître cette coutume de porter le berceau du nouveau-né

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  2. Rendez-vous ancestral en plein concert, une belle entrée en matière pour rencontrer Michel et sa petite Marie. Comme Marie, je ne connaissais cette coutume de porter le berceau du nouveau-né à droite ou à gauche.

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  3. Eh bien moi je ne connaissais pas cette histoire de berceau sur l'épaule mais ce billet fait écho en moi car tous les étés a lieu dans l'église familiale d'Aussurucq un concert d'art lyrique. J'aurais adoré avoir cette idee pour un RDVAncestral!
    Marie (@Eperra)

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