samedi 16 mai 2020

Sur le chemin de Charmaix

Eveillée ou en songe, peu importe lorsqu’on remonte le temps pour rencontrer ses ancêtres. Sur le chemin de Charmaix je dois me rendre en ce mois de mai 1858, et en Savoie je suis avec les proches de François-Benjamin Eard et son épouse Marie-Marguerite Long. Cette dernière, après moultes réticences et recommandations, a toléré que trois de ses filles m’accompagnent après avoir exigé que je me dote d’une coiffe d’emprunt. 

Avec moi Marie-Adélaïde récemment mariée, Marie-Rose mon aïeule de 24 printemps, et aussi Marie-Sylvie bien jeunette, toutes quatre comme tout pèlerin, nous allons emprunter à pied le chemin des oratoires jusqu’à la Chapelle de Charmaix. 

- Normalement c’est le 8 septembre que les pèlerins prennent ce chemin pour la procession solennelle, jour de la Nativité de la Vierge : assène l’aînée ! 

Après avoir laissé l’église de l’Assomption, et pris la direction du Pâquier, première chapelle et premier oratoire, je lorgne là-haut la montagne du Charmaix à plusieurs lieues de Modane, vaguement inquiète de l’ascension qui m’attend. 

Modane Le Pâquier - Delcampe
- Comme vous n’avez pas l’habitude, on va prendre notre temps pour monter, formule doctement Marie-Adélaïde. Tout au long du trajet s’élèvent des oratoires, liés au mystère du Rosaire, je vous expliquerai. 

Sentier pierreux, qui zigzague pour tenir compte de la pente, forêt de sapins et de mélèzes aux branches entrelacées, Marie-Rose mon ancêtre me donne le bras lorsque le chemin s’élargit, écarte des branches, tandis que la cadette prend de l’avance. 

L’aînée veille à mon instruction : le 3ème oratoire Botonnier est celui de la Nativité, suivi de ceux du champ des pins, et de l’entrée des bois. Les appellations me plaisent comme Fongelune, l’oratoire dit "du lacet 6" donne l’occasion de nous recueillir et surtout de reprendre souffle et d’admirer le paysage. 

Air doux et pur, odeur des arbres, tapis d’épines parfois ou cailloux-pièges à chevilles… 

Curieuse de l’origine de ce pèlerinage de Charmaix à une des vierges noires savoyardes, je m’entends raconter que les habitants de Modane placèrent d’abord la Vierge, protectrice des dangers de la route et des éléments naturels, dans une anfractuosité du rocher, puis ensuite l’abritèrent en construisant une chapelle. 

Marie-Rose la réservée m’a relaté « que François fils de Pierre Bertrand de Modane éprouva d’une manière particulière la protection bienveillante de Marie. Depuis l’âge de cinq ans jusqu’à douze, époque de sa guérison merveilleuse, il était non seulement boiteux, et ayant les pieds tordus, mais il était tellement faible des jambes qu’il ne pouvait faire un pas sans être appuyé sur deux béquilles. 

Un jour son oncle lui dit d’aller à la montagne du Charmaix et en passant devant la chapelle de Notre-Dame de jeter ses béquilles dans le sanctuaire et les offrir à la Sainte-Vierge et de les garder auprès d’elle, et dès lors sans secours il se dresse, fort et vigoureux, se met à marcher sans peine et va retrouver sa mère dans les champs, il vécut jusqu’à 66 ans. » 

Après une constante montée et marche de près de deux heures, arrivée à hauteur du 13ème oratoire, je suis frappée par un bruit sourd et lointain difficile à définir. Soudain à un brusque détour j’aperçois dans une gorge étroite et profonde une chapelle audacieusement suspendue à la paroi quasi perpendiculaire de la montagne. 

Chapelle du Charmaix  © OT Haute Maurienne-Vanoise 
Muette, figée à découvrir ce site, ce lieu de recueillement avec en soutien Marie-Rose Eard, une aïeule invisible et présente à la fois, comme tant d’autres ombres et feuilles de mon arbre ancestral. 

Le bruit est celui de l’impétueux torrent dont le lit accidenté précipite ses eaux en de nombreuses cascades, un solide pont de pierre comme suspendu à la cime de deux rochers qui servent d’appui permet à notre quatuor de passer sur la rive opposée et d’approcher la chapelle de Notre-Dame de Charmaix incrustée dans le flanc de la montagne. 

Ce modeste édifice comporte une galerie en bois, et une sorte de porche-narthex assez spacieux pour accueillir des pèlerins, l’entrée du sanctuaire est fermée par une grille. Marie-Rose m’invite à pénétrer dans la chapelle dont l’autel est composé de colonnes torses et d’ornements en bois sculptés et dorés. 

- Regarde là sur le piédestal c’est la statue miraculeuse de la Sainte Vierge qui tient notre Sauveur, observe la fine chape dorée et les têtes surmontées de couronnes aussi dorées, me chuchote encore Marie-Rose. 

Ses sœurs m’observent à la dérobée, il faut avouer que je me suis bornée à joindre les mains, ma façon de me concentrer, de me recueillir en quelque sorte. 

Touchante statue de Marie qui est l’œuvre d’un artiste local, de 45 centimètres environ, travaillée dans l’albâtre roche claire et transparente et peinte jusqu’à mi-corps en noir tandis que l’Enfant est entièrement noir. 

Mes « parentes » ne peuvent me révéler ce qui est caché par la chape, me souligner que la Vierge porte l’enfant Jésus sur le bras gauche presque à hauteur d’épaule et que ce dernier tient dans sa main une boule représentant le globe terrestre. 

Elles ne savent peut-être pas que la Vierge, sous cette chape, a le bras droit replié sur sa poitrine et tient un petit miroir à l’énigmatique symbolique : représente-t-il la pureté et la fidélité de l’amour ? Pas si anodine cette statue. 

- Comment sais-tu ? murmure Marie-Rose.

Et si dans ce lieu mystérieux, nos pensées parvenaient jusqu’à nos ancêtres ? 

Dans un site sauvage, où rugit un torrent au fond d’une gorge profonde, après avoir cheminé jusqu’à Charmaix, à la croisée de la généalogie, des croyances, de l’histoire, de l’art … 



Pour aller plus loin
Site du Sanctuaire de Charmaix



mercredi 29 avril 2020

François-Benjamin Eard un savoyard Acte III


Une vie en 30 questions au fil des jours du mois d'avril pour le généathème d'avril 2020, et dernière ligne droite des réponses de François-Benjamin Eard un de mes ancêtres savoyards ancré en Maurienne. 




Autour de lui deux soeurs, et un frère qui s'est marié et dont les neveux et nièces ne me sont pas encore connus. Certains liens familiaux existaient puisque l'épouse de François-Benjamin est une cousine germaine.



A farfouiller dans les registres paroissiaux de Modane, et les actes notariés du 18ème siècle,  voilà les 8 arrière-arrière-grands-parents de mon aïeul enfin débusqués. 





François-Benjamin, catholique comme tous ses proches, semble avoir eu un notaire attitré dont la consultation des minutes apporteraient des éléments sur sa vie : il n'est pas interdit de rêver. 


Un trombinoscope pour le 27ème jour ? Ne pas s'avouer vaincue : des signatures, plusieurs ! 


Pour la 28ème question, une approche pour les repas : 




Mes ancêtres vont-ils se fâcher si je révèle que voici 168 ans, le mardi 10 février 1852, leur journée fut particulière. Elle a commencé par le mariage en l'église de l'Assomption de Modane de leur fille aînée Catherine Eard avec Benjamin Clappier agricole fils Pierre-Antoine Clappier et de Marianne Eard (!).

Bon une cérémonie, a priori le matin, rien de particulier sinon une parenté, sauf que le même jour - si si - dans le registre des baptêmes cette fois, une toute-petite Marie-Adeline Clappier née à six heures est baptisée à sept heures. Elle est tenue sur les fonts baptismaux par François-Benjamin grand-père maternel et Marianne Eard grand-mère paternelle, première enfant d'un tout récent couple qui ne sera pas la seule. 

Le mariage de ma lointaine collatérale était plus qu'urgent, toutes les péripéties ou tractations antérieures, où l'émotion de la cérémonie ont-elles précipité la naissance ? 


Mais oui, voici déjà la dernière question relative à la vie publique : en fait j'ai déjà répondu avec l'adresse à l'Empereur de la commune de Modane à une époque où mon ancêtre était conseiller, et aussi avec l'interview qu'il m'a concédé sur sa fonction de secrétaire de mairie dans un Rendez-Vous-Ancestral .

Sauf que François-Benjamin m'a fait la surprise d'être donateur en 1862 de la Société du Prince-Impérial des prêts de l'enfance au travail, il est cité conseiller municipal.

Cette oeuvre de bienfaisance fondée sous le Second Empire par l'Impératrice Eugénie se propose de pourvoir assistance aux classes laborieuses par des prêts pour des achats de matériel ou de semences par exemple, à côté de fondateurs ou donateurs, des enfants peuvent être aussi associés moyennant une cotisation symbolique. Selon sa fondatrice "c'est l'avenir qui prête au passé". Merci Wikipédia !




Challenge particulier au fil des jours d'un mois confiné au temps incertain, selon une trame suggérée,  qui m'a incitée à vous présenter une "version François-Benjamin" de la généalogie dans tous ses états.


Retrouver les 11 premières réponses DANS L'ACTE I
les 10 réponses suivantes DANS L'ACTE II


samedi 18 avril 2020

L'interview de François-Benjamin Eard

Je voyage depuis mon canapé, et dans le temps qui plus est avec le rendez-vous-ancestral de ce troisième samedi du mois, quoi de plus merveilleux ! François-Benjamin Eard m’accompagne tous les jours d’avril, cet ancêtre est un savoyard ancré à Modane toute sa vie. Ouvert d’esprit et curieux sur le fait qu’une de ses descendantes s’intéresse à lui, il a accepté de me rencontrer afin de m’éclairer sur ses fonctions de conseiller de sa commune puis de secrétaire de mairie. 



En cette année 1861, me voilà donc dans la cité de Maurienne de François-Benjamin désormais française et située dans le département de la Savoie sous le Second Empire. En cette heure médiane, pas un chat dans la grand-rue, tant au sens propre que figuré, mes pas résonnent sur la chaussée, silence, les habitants pourtant n’ont pas l’obligation de demeurer encabournés (1). A un carrefour, une précieuse fontaine à la vasque circulaire de pierre installée depuis 1572, que de mains de mes ancêtres ont été posées sur celle-ci. 

Mine de rien me voici face à l’église de l’Assomption, comme prévu François-Benjamin m’attend, de justesse j’évite une accolade, haussement d’épaules de mon ancêtre. 

- Quelque chose m’échappe, de l’époque où tu viens que se passe-t-il ? Une rencontre en quasi-catimini, à une certaine distance, à l’extérieur : étrange interlocutrice. Ah là là ! On commence par quoi ? 

- Je suis très heureuse que vous ayez admis ma bizarre requête de lointaine petite-fille interpellée par un extrait de presse ancienne où figure votre nom en 1860 juste avant le rattachement de la Savoie à la France. Il s’agit de l'adresse à l'Empereur où vous êtes mentionné conseiller. Cela consistait en quoi cette fonction, avez-vous été élu ? 



- Tiens en se dirigeant sur ce chemin, on sort du bourg, c’est bon pour toi ce tête-à tête studieux ? Election connais pas ! D’abord sous le régime sarde il est question de nomination de l’Intendant ou de son représentant qui choisit sur un état des imposés de la commune. 

- Que figure-t-il sur cet état François-Benjamin ? 

- Les noms, âges, profession, le montant de l’impôt, mais aussi les qualités morales et aptitude aux fonctions de conseiller. L’Intendant nomme, et on doit prêter serment sur les Saints Evangiles et promettre fidélité au Souverain. 

- Tout cela est instructif, bien que je n’aie jamais douté de la respectabilité de mon aïeul, que je découvre propriétaire dans les plus imposés en plus. 



- Pour ta gouverne un syndic préside le conseil dont le nombre de membres est fonction de la population de la commune, le renouvellement d’un membre s’opère par la sortie annuelle du premier de la liste de nomination. 

- Tiens un " turn over " mode "of " je précise. 

- Je suppose que le conseil, comme à mon époque, gère et administre les biens et revenus de la commune, s'occupe des écoles. 

- En effet, et aussi de la répartition des corvées, de l’affouage, des réparations à l’église, mais tu sais il y a des codes détaillés pour tout gérer au mieux, ils doivent être dans les archives ou bibliothèques si tu manques de lecture. Sur des sujets importants, pour délibérer, le conseil est doublé par un nombre égal de conseillers pris sur la liste des plus imposés. 

Chez nous les convocations aux séances se font par écrit et sont portées par le pédon (2) et la cloche sonne un peu avant pour rappeler la séance, et on ne peut s’exempter d’être présent à peine d’amende. On doit voter librement, d’une manière claire et précise, sans partialité. 

Le conseil de communauté est une réunion d’hommes choisis parmi les plus recommandables et les plus éclairés de la commune, pour en faire connaître leurs besoins, exprimer leur avis et éclairer les décisions des autorités supérieures. Les délibérations sont l’expression d’un vœu, et le syndic pour les faire exécuter doit les faire approuver par l’intendant. 

Là je te cite de mémoire, et j’arrête, sinon tes interlocuteurs prendront tous la fuite ! 

- Récemment lors de l’union de votre fille Marie-Sylvie en 1861, vous êtes cité comme secrétaire de mairie, alors que l’année précédente ce poste est occupé par M. A Jourdain un notaire. Est-ce lié au changement de régime ? 

- Tout à fait sous le régime sarde le secrétaire de la commune devait être notaire obligatoirement, en devenant français, cette fonction est incompatible avec le notariat et habituellement dévolue à l’instituteur primaire. 

Comment te résumer entre les pressions du pouvoir central, les circulaires, le peu d’empressement des instituteurs à assurer les écritures, d’autant qu’ils n’étaient pas encore formés pour être secrétaire de mairie, le Préfet de la Savoie a admis, exceptionnellement, que le maire prenne comme secrétaire une personne autre que l’instituteur. 

- Alors c’est dans ce contexte que vous avez été proposé par le nouveau maire pour être secrétaire, il est vrai que vous connaissiez bien commune. 
Sage mesure d’adaptation de l’autorité préfectorale à une situation locale dans les vallées de montagne, je ne pense pas que mon ancêtre en ait bénéficié longtemps, "mode of " j’ajoute. 

- Regarde ce cadre naturel extraordinaire, nos champs sur le replat, les alpages, là-haut, l'air pur et vivifiant, tu ne veux pas rester et faire la connaissance de toute la famille ?

- Non ce jour cette constructive visite ne peut être que brève en raison de mes contraintes, je vous embrasse tous et surtout votre fille Marie-Rose... par la pensée.



Retrouver François-Benjamin Eard un savoyard
pour 30 jours 30 questions en avril avec le #généathème30
Jours  1 à 11    Acte I
Jour   6            l'adresse à l'Empereur
Jours 12 à 18  Acte II



(1) enfermés, confinés
(2) piéton, sens de facteur rural


Sources

Dictionnaire de la législation des Etats Sardes Jean-Léopold Cot
Manuel administratif, civil et criminel J.L Cot & Joseph Jacquemoud
Rémy Berthod Administration Française en Savoie au début de 1860





mercredi 15 avril 2020

François-Benjamin Eard un savoyard Acte II

François- Benjamin Eard - mon aïeul ancré à Modane - pour la suite du généathème d'avril que me dit-il ? 



Le premier et seul métier - agriculteur - est aisé à appréhender hormis les contraintes de son environnement pour la 12ème question.

La 13ème question d'un autre métier m'a incitée à méditer sur sa fonction de conseiller de la commune de Modane exercée sous le régime sarde juste avant le rattachement de la Savoie à la France d'une part, et de secrétaire de mairie au début de la mise en place de l'administration française. 


Bonne nouvelle mon ancêtre a accepté de me rencontrer à ce sujet lors du prochain Rendez-Vous-Ancestral. A lire en suivant le lien L'interview de François-Benjamin Eard




Côté recensement la moisson est mauvaise pour la 14ème question et voyons pour le jour suivant :




"Tantôt sur le chemin François-Benjamin avait croisé un monchu, puis un bagolu, ses cheveux tout écharbotés. Dès fois il passait une abadée à ses filles qui avaient trop barjaqué au bachal.
Il se demandait pourquoi nous étions tous actuellement encabournés."

Vous donnez votre langue au chat, ou demandez à la marmotte le sens des propos de mon ancêtre liés au 15ème jour de ce challenge :

" Cet après-midi il avait croisé un citadin embourgeoisé, puis un ivrogne ses cheveux dans tous les sens. Parfois il faisait des remontrances à ses filles qui avaient trop bavardé au lavoir.
Il se demandait pourquoi nous étions tous actuellement enfermés."

Une petite suggestion de lire ou relire un ancien billet sur ce sujet : Barjaquer patois ou français




Après un petit éclairage sur le vêtement masculin pour le 16ème jour, passons aux enfants pour le 17ème sujet du mois.  


De nombreux enfants tous arrivés à l'âge adulte, dont 6 sur 10 se marieront le temps passant si vite.





Déjà le 19ème jour, et au fait que signifie le patronyme EARD cité en 1416 dans une transaction ?
Un grand merci à Guillaume alias @grenierdesancetres pour son extrait d'un merveilleux dictionnaire de Robert Gabion.
"Le suffixe-ard, sorte de sobriquet mauriennais, probablement péjoratif est dérivé de l'ancien francique hatjan, haïr et désignerait des individus hargneux ou détestés : Hayard, Ayard, Héart ont disparu, et la variante Eard  apparue au 17ème siècle". 


Belle signature de son père François Eard qui était laboureur et fils d'Etienne, tandis que sa mère Catherine Eard fille d'Esprit avait un contrat dotal fort honorable. 



Les 11 premières réponses sont dans DANS L'ACTE I
Les dernières réponses sont dans L'ACTE III




lundi 13 avril 2020

François-Benjamin Eard un savoyard Acte I

En ce mois d'avril 2020 si particulier, le généathème proposé par Sophie de la Gazette des Ancêtres nous incite à poser 30 questions à un ancêtre, et de tenter d'y répondre pas à pas. Ce premier billet reprend mes 11 premiers visuels partagés sur Twitter selon le canevas proposé avec le hastag #Généalogie30.

Mon héros François-Benjamin Eard est lié à ma branche paternelle, cet ancêtre à la 6ème génération est le grand-père d'une de mes arrière-grand-mère, toute sa vie s'est déroulée en Savoie.




Né en 1795 à Modane, il épouse en 1823 Marie-Marguerite Long avec qui il chemine jusqu'en 1872.






Si le passé militaire de François-Benjamin m'est inconnu, le nom de mon aïeul figure dans la presse ancienne dont la découverte a déjà fait l'objet d'un billet spécifique à découvrir sous le titre l'adresse à l'Empereur





Mon ancêtre aura plusieurs nationalités sous différents régimes, sans jamais changer de lieu de vie : Modane. Dans ce pays de montagne et de passage, lui et ses proches sont allés à l'école et s'il n'a pas bougé le train arrivera dans sa vallée, 








La suite du challenge #Généalogie 30
ACTE II
ACTE III


lundi 6 avril 2020

L'adresse à l'empereur

En avril on se pose 30 questions, à raison d’une par jour, pour travailler sur un de nos ancêtres, sur une idée de Sophie de la Gazette des Ancêtres. 

Alors en route pour retracer le fil de vie de François-Benjamin EARD un savoyard : un aïeul à la 6ème génération. Mes trouvailles feront l’objet d’un (ou deux ?) billet (s) sur le blog ultérieurement. 

Mais ce jour, ma pioche dans la presse ancienne en ligne dans le Moniteur Universel du 16 avril 1860,  justifie un petit article car le nom de mon cher François-Benjamin y figure dans une adresse de Modane faite à l’Empereur. 

Pourquoi mon ancêtre apparaît dans un discours qui exprime à un souverain les vœux et souhaits d’un corps constitué. 



On est à deux pas du rattachement de la Savoie à la France, d’intenses tractations diplomatiques entre l’empereur Napoléon III et le ministre Cavour, débouchent sur le traité du 24 mars 1860 dans lequel le roi Victor-Emmanuel II « consent à la réunion de la Savoie et de Nice étant entendu que cette réunion sera effectuée sans nulle contrainte de la volonté des populations ». En échange, Napoléon III appuie le processus d’unification des États italiens sous l’égide du Piémont. 

Déliés le 1er avril 1860 par le roi de leur serment de fidélité, les sujets savoyards - dans l’exemple du jour de différentes communes de Savoie - formulent une adresse à l’Empereur Napoléon III. 

C’est ainsi que le Moniteur Universel publie l’adresse de Boussy, reprise par d’autres communes. 

« Sire 
La Savoie toute entière a accueilli avec joie la nouvelle de sa prochaine annexion à la France. 
La vallée de Rumilly surtout, dont les aspirations furent toujours françaises, s’est vivement émue, et la commune de Boussy en particulier a entrevu dans cet important changement l’ère d’un profond avenir. 
Organes de leurs concitoyens, les conseillers municipaux de cette commune viennent déposer aux pieds de Votre Majesté les hommages de ceux qui vont bientôt être ses heureux sujets et qui hâtent de tous leurs vœux le moment fortuné où ils appartiendront à la première nation du monde. 
Vive l’Empereur ! » 

Le même journal publie l’adresse de la commune de Cognin, à la suite de celle-ci, est citée la commune de Modane avec les noms des intervenants dont celui de François-Benjamin EARD. 


Ne faites pas l’impasse sur cette littérature dithyrambique, car je ramasserai les copies pour connaître votre texte préféré. 

« Sire 
La loyauté traditionnelle de ses populations de ces contrées ne permettait pas, avant ce jour, aux corps constitués de donner libre essor de sympathie pour la France, qui sont au cœur de tous les Savoisiens. 
Aujourd’hui que Victor-Emmanuel II a parlé, aujourd’hui qu’en signant le Traité du 24 mars il a reconnu que l’expansion des nationalités, qui ouvre à sa Maison un si brillant avenir, devait avoir pour conséquence de rattacher la Savoie à la grande famille française, le conseil municipal de Cognin est heureux de pouvoir donner libre cours à ses aspirations vers cette France, dont les actes de votre règne ont encore augmenté l’éclat et la grandeur. 
Daignez les accueillir Sire et consommer le grand acte qui doit enfin combler nos vœux et nous donner à jamais pour devise le cri de : 
Vive l’Empereur ! Vive la France ! » 

Votre réponse peut être donnée en commentaire !

Source 
Retronews 



vendredi 27 mars 2020

Nostalgique pause-café

Je suis une modeste nappe carrée aux carreaux rouges et blanc avec des initiales brodées - I A - Isabelle Arnoux grand-mère maternelle de ma détentrice. J’ai été réveillée un peu tôt cette année, tirée de la pile de linge de l’armoire, repassée facilement vu ma qualité de coton. Tout ce tintouin est lié au généathème de mars suggéré par Sophie de la Gazette des Ancêtres sur les objets familiaux. 

Voilà que l’on m’a installée pour une séance-photo avec en vedette un moulin à café dépoussiéré soigneusement, quoique pour être honnête cela lui arrive plusieurs fois dans l’année. Ce moulin en bois et métal appartenait aussi à Isabelle Arnoux. 


Il fait le fier ce moulin : c’est un authentique de la marque déposée « Peugeot Frères » fabriqué à Valentiney dans le Doubs avec le sigle du lion sur une flèche. Sa manivelle à une seule courbe indique qu’il a été construit avant 1932, modèle TN a priori. 

A nous modestes objets du quotidien de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème, on vient de nous l’expliquer. A dire vrai mon copain le moulin : il a bien servi, son bois est patiné, tâché, un angle est poqué. A vous les jeunes, ou moins-jeunes, sachez qu’il convient d’ouvrir le haut métallique du moulin, pour mettre les grains de café à moudre. 


Ce café Isabelle, ou Noémie sa propre mère, allait l’acheter dans une épicerie, parce que le café ne pousse pas sous les latitudes de la métropole. 

Ma détentrice a le souvenir de sa grand-mère, un tablier noué sur sa robe, le moulin posé sur ses genoux, tournant la manivelle pour broyer les grains de café. Si des grains se coincent il faut forcer, rien ne vaut l’huile de coude, et petite précision pour récupérer la poudre de café on ouvre le petit tiroir, et conseil : on ne renverse pas la mouture. 

A ce stade la poudre développe son parfum, et la pause-café se rapproche, quoique la maîtresse de maison doit œuvrer et s’affairer autour de la cafetière (qui rappel n’est pas électrique), la bouilloire d’eau attend sur le coin de la cuisinière à bois ou à charbon. 

Pas de copine cafetière à vous présenter, ma détentrice a le souvenir d’une version en émail, à deux niveaux, en haut la partie filtre où est versée l’eau chaude frémissante sur le café moulu, et le corps de la cafetière où s’écoule le breuvage, partie avec un long bec. 

Sentez-vous l’arôme du café, le temps suspendu avec cette pause-café qui se précise. 

Nous, petite nappe et moulin à café tant de fois considérés avec tendresse, ne sommes pas en mesure de vous révéler si cette pause-café était prolongée ou pas, quotidienne ou pas. Si Isabelle et ses proches après des temps qui furent troublés, regrettaient, méditaient, refaisaient le monde autour d’une tasse de café dans un moment de convivialité, ou rêvaient en écoutant les oiseaux, observant les feuilles de la vigne-vierge de la tonnelle. 



Malgré nos trous de mémoire, on n’oublie pas de passer le relais à trois livres qui servirent à Isabelle Arnoux épouse d’Emile Mercier lorsqu’elle était institutrice, façon de témoigner, transmettre. 




Livres dont les titres renvoient à une autre époque : un petit mémento de la politesse élémentaire, une brochure avec 54 leçons de choses en images sans paroles, à raconter par les petits pour une initiation à l’élocution, et un livre de musique. 

Allez, je les dépose dans la pile à lire, en ce mois de mars si particulier d’un temps à nouveau suspendu et incertain. 

Précieux objets familiaux à la chaleureuse présence.