samedi 15 décembre 2018

Triste Paris pour Daniel Lagier

Etre à Paris sous le second Empire est une première en ce qui me concerne. En ce mois de mai 1868, sous l’impulsion de l’Empereur Napoléon III, la capitale s’est considérablement transformée, n’a-t-elle pas accueillie l’année précédente l’exposition universelle.
 
L’animation boulevard de Magenta est de rigueur, dans cette voie percée en 1855 : plusieurs carrioles tirées par un cheval  transportent des vivres ou des meubles, une calèche coupe la voie, et au fond un omnibus, tous ces véhicules résonnent sur les pavés. Une dame traverse, des passants s’interpellent, j’observe le nez en l’air les immeubles haussmanniens aux façades en pierre de taille, et …
 
Oh pardon Madame ! Je vous ai bousculée, je suis distrait et préoccupé, et cherche aussi mon chemin étant de passage à Paris.
 
Ce n’est rien Monsieur ! Puis-je vous aider ?
 
Hôpital St Martin Paris 10e - Source Delcampe
 
Je ne suis pas habitué au rythme de la capitale, et je dois aller de nouveau rue des Récollets.
 
C’est à deux pas je peux vous y conduire.
 
Merci beaucoup, puis-je  me présenter Daniel LAGIER je suis originaire de la Drôme.
 
Fanny Delaronde (c’est presque çà !) je connais un peu votre région.
 
Comme c’est étrange, une de mes filles cadettes se prénomme Fanie.
 
Oups que fait en 1868 dans le 10e arrondissement de Paris, mon quadrisaïeul Daniel LAGIER Sosa 30 lui qui habite le village d’Upie ? Je tombe des nues.
 
On va passer par là pour se diriger vers la rue des Récollets, dans l’ancien couvent des religieux franciscains se trouve je crois un hôpital.
 
Mon fils ainé Pierre Daniel est hospitalisé, gravement malade, je suis donc venu à son chevet.
 
Oh mon Dieu, je compatis à votre peine et à votre souci. Qu’est-il arrivé à votre fils ?
 
Militaire depuis plusieurs années, il est caporal au 3ème Régiment de Voltigeurs de la Garde Impériale, toutes ses campagnes, les conditions … vous savez …
 
Silence, et je me remémore pour ma gouverne : la guerre de Crimée très vraisemblablement, le Mexique peut-être, voire la campagne d’Italie et la victoire de Magenta. Les soldats du Second Empire ne manquaient pas de terrains d’actions.
 
Voilà Monsieur nous sommes arrivés. C’est l'empereur Napoléon III qui a déplacé l'hospice des Incurables pour affecter les lieux à l’Armée qui abrite désormais l’hôpital militaire Saint-Martin.     
 
Puisse l’état de santé de votre fils s’améliorer, mes pensées vous accompagnent et mes vœux d’espérance.
 
Daniel LAGIER passe le monumental portail de pierre, le poids de l’inquiétude courbant ses épaules dans un environnement citadin si éloigné de sa Drôme natale.
 
Wikiwand
J’ai comme un pressentiment, et pas vraiment l’envie de me pencher sur les détails de l’uniforme de parade d’un voltigeur de l’armée impériale. Quoiqu’il  pouvait avoir belle allure Pierre Daniel LAGIER dans sa tunique bleue, avec des brandebourgs jonquille, un collet jonquille et des parements bleus.
 
Né en 1835 à Upie, mon arrière-grand-oncle a-t-il tiré un mauvais numéro lors de la conscription en 1855 ? Toujours est-il qu’il s’est réengagé dans l’armée impériale.
 
Les deux régiments supplémentaires de Voltigeurs créés en 1855 furent organisés pour le front d’Orient. Ce même corps eut un rôle décisif en 1859 dans le Piémont lors de la bataille de Solférino : les voltigeurs  chargèrent, baïonnette au canon, culbutant des forces quatre fois supérieures en nombre …
 
Soit dit en passant c’est lors de la campagne d’Italie qu’Henri Dunant pris conscience de l’insuffisance des services sanitaires qui manquaient de tout, des blessés omniprésents, à même les rues faute de place dans une église ou une école. Marqué à tout jamais Henri Dunant sera l’instigateur de la Croix Rouge pour l’amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagnes.
 
Je m’éloigne du sujet, pas forcément, j’ai bien laissé mon aïeul devant la porte d’un hôpital militaire à Paris,  certes la fiche matricule de son fils trop ancienne n’est pas consultable en ligne, si tant est qu’elle ait été conservée.
 
C’est bien mon aïeul Daniel Lagier qui a déclaré dans une mairie parisienne le décès de son fils aîné, et j’ai bien reconnu sa signature un peu moins assurée vu les circonstances, acte qui me révélait un douloureux pan de vie.   
 
« L’an 1868, le 21 mai acte de décès de Pierre Daniel  Lagier décédé hier à cinq heures 8 rue des Récollets, caporal au 3e régiment des voltigeurs de la Garde Impériale 2e bataillon 7e compagnie matricule 1120 âgé de 35 ans né à Upie (Drôme)  caserné à Saint-Denis (Seine) célibataire fils de Daniel Lagier âgé de 64 ans propriétaire et de Elisabeth Métifiot son épouse âgé de 56 ans sur la déclaration faite par nous, Officier de l’état-civil du 10e arrondissement de Paris, par le père et Ignace Antoiniotti âgé de 21 ans caporal-infirmier rue des Récollets. »
 
Archives Paris 10e D 1868 vue 375

Triste voyage de retour de mon ancêtre Daniel LAGIER, par le train de Paris à Valence, trajet pendant lequel il a du se demander comment dire la vérité à son épouse Elisabeth, ses autres fils, ses filles dont les cadettes Fanie, et Noémie mon arrière-grand-mère la plus jeune de ses onze enfants.
 


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jeudi 6 décembre 2018

Louis Claraz un chanoine pas très vaillant

Chez Louis Claraz  - un lointain grand-oncle - a été signé en 1698 en Savoie le contrat de mariage de sa nièce Marguerite CLARAZ sosa 705 avec Antoine GAY-ROSSET sosa 704 mes ancêtres.  Qualifié de chanoine, l’acte a été rédigé dans sa maison d’habitation située dans l’enclos du vénérable chapitre d’Aiguebelle.
 
Il s’agit de la Collégiale Sainte-Catherine construite vers la fin du 13ème siècle avec à sa tête un prévôt pour le temporel et 12 chanoines dont un chantre et un trésorier. L’église, de style ogival en forme de croix, comportait 120 stalles sculptées dans son chœur, sur le toit étaient posées des lamelles de plomb et sa porte principale était recouverte d’une peau d’élan enrichie d’enroulements de fer. A côté de la sacristie on trouvait la salle capitulaire, et des maisons entouraient l’édifice, le tout entouré d’un immense enclos.
 
AD 73 extrait carte mappe Collégiale
Et voilà que je retrouve Révérend Louis Claraz prêtre en 1704 dans le même lieu, mais il n’est pas très vaillant, il est même alité et Maître François Brunier notaire s’est déplacé le 2 novembre.
 
Dit par le Notaire Royal « de bon sens, esprit, mémoire et entendement, quoique détenu dans son lit de maladie corporelle » Louis Claraz premier chanoine du vénérable chapitre Sainte-Catherine tient à faire son unique et seul testament nuncupatif.
 
En Savoie, ce testament de loin le plus courant (de nuncupare = nommer et déclarer) est prononcé verbalement par le testateur devant le notaire qui le rédige et l’enregistre en présence de 7 témoins.
 
Après avoir recommandé son âme au bon Dieu et à la Sainte Vierge  et à tous les Saints de Paradis, Louis Claraz souhaite que  la sépulture de son corps se fasse dans le tombeau des Révérends Chanoines du Chapitre. Il lègue à Monseigneur illustrissime et révérendissime Evêque de Maurienne son prélat : 10 florins.
 
Surtout, le testateur donne et lègue pour œuvres charitables à l’église collégiale de Sainte Catherine d’Aiguebelle tous ses biens meubles, immeubles et créances du lieu d’Aiguebelle sans aucune exception pour être employés le prix des sommes desdits biens aux réparations les plus urgentes de ladite église.
 
Pour l’exécution dudit legs Louis Claraz désigne comme exécuteurs testamentaires les Révérends Gaspard Vincent chantre  et Jean Joseph Arnaud tous deux prêtres et chanoines audit chapitre qui vont devoir vendre les biens et s’occuper des réparations.
 
AD 73 Aiguebelle Tabellion 1704
 
Il crée et nomme de sa propre bouche comme ses héritiers universels honorables Louis et Benoît Claraz frères et enfants de feu Louis Claraz de Fontcouverte en Maurienne ses neveux. Ceux-ci devront payer et s’acquitter des dettes, légats et œuvres pieuses.
 
Sont donc cités et présents les deux frères de Marguerite à savoir Louis et Benoît Claraz venus de leur village, ce qui laisse entendre que leur oncle Chanoine était souffrant depuis quelque temps et révèle les liens familiaux.
 
Tout comme était là comme 7ème témoin mon aïeul Antoine fils de feu Pierre GAY-ROSSET de Montgilbert neveu par alliance, peut être Marguerite était-elle aussi  au chevet de son oncle.
 
Louis Claraz le testateur en 1704 est un homme âgé de 66 ou de 68 ans, lui et son frère aussi prénommé Louis sont les enfants de Benoît Claraz et de son épouse Marie nés en 1636 et 1638 à Fontcouverte. Dans les arbres en ligne le cadet est indiqué comme marié, mais je ne suis pas convaincue, et pense que c’est le cadet qui a fait des études religieuses et que l’ainé est mon ancêtre marié et resté au village, tradition oblige.
 
En raison des lacunes dans le registre paroissial de Randens, commune où était située la collégiale, il n’est pas possible de connaître la date de décès du testateur.
 
Un jour peut-être au hasard du répertoire du Tabellion d’Aiguebelle, je glanerai un élément lié à la succession et à l’inventaire de mon lointain grand-oncle chanoine.
 
Pensée à lui, ainsi qu’au 6 autres témoins :
 
Rd Etienne Laurent prêtre et bénéficier audit chapitre
Honnête Claude fils de feu Nicolas Guillot charpentier
Joseph fils de feu Jean Lejeune Arnaud
Barthélemy fils de feu Claude Déglise,
Pierre Brunier tous quatre de Notre-Dame de Randens
Claude fils de feu François Marthenod d’Ayton


La signature du contrat dotal de Marguerite Claraz ICI

Sources
AD 73 Tabellion d’Aiguebelle année 1704
Testament du 2/12/1704 2C 2081 vue 479/576
AD 73 Histoire de Randens

samedi 17 novembre 2018

Gestes ancêtraux de Michel Ratel

Etes-vous pain blanc, pain de campagne ou aux céréales. Pour mes ancêtres dans les montagnes de Maurienne en Savoie, c’était pain de seigle. Par je ne sais quelle mystérieuse formule propre au Rendez-Vous Ancestral me voici vers 1700 à Aussois dans la maison de Michel RATEL sosa 518 un lointain grand-père donc.
 
Mon petit doigt me dit que la maisonnée est en effervescence, car c’est jour de cuisson  de pain, fixé en fonction de la lune dont l’âge influence la conservation. Dans les paroisses il n’y a pas de boulanger : chaque famille fait son pain de seigle.
 
Installé dans la pièce la plus chaude, Michel RATEL devant le pétrin moyen dit «mèt » malaxe la farine avec de l’eau tiède dans laquelle il a jeté une poignée de levain conservée de la fournée précédente
 
- Pourquoi restez-vous dans la pénombre derrière mon épouse Marie-Marguerite LATHOUD sosa 519, elle va un peu vous expliquez ma tâche, dit soudainement le maître de maison.
 
Pixabay
 
- Aujourd’hui on s’occupe du pain de seigle ordinaire  le « pancha » qu’on fait tous les mois me chuchote celle-ci. Ce pénible travail de pétrissage est réservé aux hommes. Depuis une bonne heure mon époux brasse, tape, tire, tourne, pétrit, tape et retourne la masse de la pâte.
 
- Bon ça y est c’est assez travaillé précise Michel. Vous voyez je recouvre la pâte d’un linge et on va attendre que la fermentation se fasse.
 
- J’ose questionner mon hôte : qu’appelez-vous le « pancha » ou pain ordinaire ?
 
- Oh c’est celui qu’on consomme frais ou presque frais, en le tenant à l’humidité il conserve une partie de sa fraicheur même un mois.  C’est une fournée disons « moyenne » cette fois.
Mais il y a aussi un autre pain de seigle le pain aigre ou pain bouilli.
 
- Ah bon ! Qu’elle est la différence ?
 
- Le pain aigre est fait avec de la farine de seigle dans laquelle on laisse une partie du son, il est de qualité inférieure avec une saveur aigre pas désagréable. On l’appelle bouilli, parce qu’il est pétri dans de l’eau bouillante,  et on laisse lever la pâte un jour et demi. Il a une pâte plus serrée et plus noire que celle de la «  pancha ».
Pas sûr qu’il vous plairait vous de la ville et d’un autre temps !

- Je ne crains pas de goûter les différents pains vous savez.
- Mmum.
 
- Pour le pain aigre il faut le grand pétrin, cette importante fournée pour toute la famille faite vers décembre peut aller jusqu’à une centaine de pains. C’est une provision de secours pour  quand on a plus de « pancha » ordinaire et quand  une partie de la famille, se trouve dans le chalet de montagne, et ne peut  être régulièrement ravitaillée.

- Le pain aigre est monté au grenier et placé sur le « parlander » sorte d’étagère qui facilite l’aération et permet une longue conservation. Ainsi desséché il devient très dur : pour le manger on doit le tremper dans l’eau et l’envelopper dans un linge humide. Pour le rompre chère curieuse, ce n’est pas avec un simple couteau : on se sert du « tailla-pon », une grande lame tranchante fixée par une charnière sur un plateau de bois.
 
Air goguenard de Michel RATEL à mon encontre. 

- Et si on revenait au pain de ce jour : le « pancha » car je constate que la masse de la pâte est bien levée.
 
Mon ancêtre la prend à nouveau,  la divise en morceaux qui sont façonnés en pains ronds. Il nettoie le fond et les parois du pétrin soigneusement à l’aide du « raclot » et avec la pâte ainsi récupérée il confectionne « lou colombet » petit pain qui sera enfourné avec les autres.
  
Marie-Marguerite me précise également que son époux va porter sur ses épaules les pains disposés sur  de longues planches jusqu’au four banal qui été préparé.
 
Angelin son fils et frère de Marie RATEL sosa 259 mon ancêtre s’en mêle.


Pixabay
 
- Il faut une bonne provision de bois pour le chauffer : des fascines d’abord c’est-à-dire des fagots de branchages, puis des « clappes » ou si vous préférez des bûches.  C’est le voisin qui a été désigné pour mettre le four à chauffer, et là il faut plus de bois, termine Angelin.
 
- Maintenant en route formule Michel, on s’arrange pour vite succéder à celui qui vient de se servir du four, et profiter de la chaleur accumulée dans les pierres ou les briques de la voûte.
 
Tous arrivés au four banal d’Aussois,  mon aïeul sort les braises de la fournée du voisin avec un « raclo », puis enlève les cendres avec un écouvillon « lou paner » morceau de vieux sac attaché à une longue perche.
 
- Voilà le four est prêt, mais je dois vérifier si le degré de chaleur est convenable. Voyez,  je jette une poignée de son. Si le son prend feu c’est que le four est trop chaud : on attend qu’il refroidisse.
 
- Regardez, le son charbonne seulement, le four est à point. Je ferme son orifice par la plaque de fer et aussi sa cheminée afin que la chaleur se répartisse uniformément.

- Un petit moment et zou, on enfourne….
 
J’observe Michel RATEL entailler chaque pain avec un couteau, le placer sur une pelle en bois large et ronde soutenue par un long manche. Puis il avance le pain à l’intérieur du four à la bonne place après avoir retiré la pelle d’un coup sec.
 
Une fois tous les pains bien répartis sur toute la surface du four, on les voit déjà prendre une belle teinte dorée. La porte est alors fermée pour la cuisson. Celle-ci terminée, les pains seront remis sur leurs planches et rapportées à la maison.
 
Oh cette odeur …
Mon esprit a du s’évader sur le chemin de ma boulangerie car je suis questionnée.
 
- Dites-moi aujourd’hui vous prenez un pain au maïs ou un pain au lin ?
Je vous disais que j’aimais découvrir différents pains.

 


Le baptême de Marie Ratel en 1685 Présence du passé à Aussois
Le mariage de Marie Ratel en 1711 Plusieurs robes pour Marie Ratel

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Source Gallica
Société d'Histoire de Maurienne
Jh Favre - Bramans

samedi 20 octobre 2018

Chez Messire le Chanoine Louis Claraz

Enigmatique billet à la belle écriture cursive, au style châtié, qui a attisé ma curiosité puisqu’il était question des proches du rédacteur. Celui-ci m’enjoignait d’être présente  à Aiguebelle en Savoie le 5 août 1698 en début d’après-midi, ce qui nécessitait de faire étape à Chambéry ville pourvue de bonnes auberges : signé Louis Claraz.
 
Voilà donc tout trouvé le sujet de mon nouveau Rendez-Vous Ancestral, sauf que les Claraz qui me trottinent dans ma tête ne sont pas d’Aiguebelle !
 
Par une journée d’été ensoleillée mais non caniculaire, je me retrouve donc sur la route entre Chambéry et Aiguebelle, avec seulement deux relais de poste pour l’ultime étape. Les  balancements de la diligence, voiture tirée par quatre chevaux, constituent une nouveauté, mes compagnons de trajet trouvent la chaussée en bon état (mouais si on veut).

Pixabay
Déjà à cette époque la paroisse d’Aiguebelle était traversée par une voie rectiligne, et de l’autre côté de la rivière Arc se trouvait le Chapitre de cette petite cité.
 
- Gente Dame vous êtes arrivée, me claironne le postillon en ouvrant la portière, cela doit être pour vous le religieux à côté de la carriole !
 
- Peut-être, on devait venir me chercher …

Je suis dubitative, mais impossible de rebrousser chemin. Me revoilà dans une carriole, nous empruntons une allée bordée d’arbres, avant de passer un pont, et sur l’autre rive découvrir des maisons agglutinées autour d’une église.
 
- Voilà c'est ici, énonce soudain le religieux, je dois vous introduire chez Messire le Chanoine Louis Claraz qui demeure dans l’enclos du Chapitre d’Aiguebelle.
 
Avoir bonne contenance : ce Chanoine est-il le frère d’un autre Louis Claraz père d’une Marguerite tous originaires de Fontcouverte ? En pénétrant dans une salle fraiche, j’esquisse à tout hasard une vague révérence devant l’assemblée.
 
- Très chère parente, je suis fort aise de voir revoir en ce jour particulier pour ma nièce et de vous être déplacée. Marguerite venez saluez notre parente qui nous arrive de la grand’ville.
 
Maître Michel, notaire ici présent a commencé à rédiger le contrat de mariage d’ Antoine GAY-ROSSET sosa 704 fils de feu Pierre de Montgilbert et de ma nièce Marguerite CLARAZ sosa 705  fille de mon regretté frère Louis et de feu Balthazarde BUISSON-CARLES de Fontcouverte.

Mes neveux Louis et Benoit sont ici, tout comme Claude Gay-Rosset oncle du futur.
 
Si je situe les deux premiers, ce n’est pas le cas du dernier quidam. Tous ces messieurs ne comprennent pas trop ma présence, vu leur air particulièrement étonné.

Tiens donc voilà pourquoi Marguerite a délaissé sa paroisse natale et s’est établie dans le petit village de Montgilbert à côté d’Aiguebelle plus en aval, son oncle le Chanoine a du œuvrer en ce sens et chercher un bon parti.
 
Non, non, ami lecteur ne fuyez pas, le contexte de ce contrat est différent, il m’éclaire sur l’entourage des futurs époux et leur condition !
 
Le notaire a déjà noté le trossel ou trousseau de la future :
« dix chemises de toile mêlée moitié de bonne valeur et autre moitié  mi-usée,
douze tabliers tous moitié usés,
douze coiffes rondes toutes toile de ville, moitié neuves, moitié mi-usées,
douze autres coiffes grandes toutes aussi en toile de ville, moitié neuves moitié mi-usées,
huit gorgières (1) de  toile moitié neuves moitié mi-usées,
un habit complet brassière et jupe en drap façon d’hollande de bonne valeur,
trois cotillons (2) en toile de drap l’un neuf, les autres de peu de valeur,
une paire de bas d’estamet (3),
une paire de souliers neufs,
un coffre bois noyer mi-usé fermant à clé,
six linceuls de toile mêlée mi-usés,
»
 
 
Gallica
Chère Marguerite vous pourrez donc mettre vos cotillons et nombreuses coiffes dans le coffre en bois de votre pays, mais une seule paire de souliers, c’est bien peu. Sachez que j’ai noté la référence à la toile de ville et le drap façon d’hollande, donc des tissus achetés à des marchands-colporteurs.

 
Droite et fière, en l’absence de vos parents, Marguerite vous constituez vous-même votre dot à savoir outre le trossel la somme de onze cents florins de monnaie de Savoie, que vos frères Louis et Benoit Claraz s’engagent à verser  au futur époux présent et acceptant cinq cents florins le jour de la célébration des noces, et les six cents florins restants savoir trois cents florins en deux années et les autres trois cents restants en quatre années. 
 
Quant à Antoine le futur époux « considérant l’amitié qu’il porte à ladite future épouse et les bons soins qu’il espère recevoir d’elle », il lui donne à cause de noce et d’avoir et augment de la somme de cinq cent cinquante florins monnaie  de Savoie. Somme qui appartiendra aux enfants du présent mariage et s’il n’y en a point restera au dernier survivant.
 
Claude Gay-Rosset l’oncle que je découvre à l’occasion de ce contrat donne six cent florins de son côté, les formulations ampoulées du notaire (dans l’attente d’un petit stage chez lui) m’échappent un peu.
 
C’est qu’il faut être précis, tout prévoir, le mariage est avant tout un contrat et un établissement : point trop de rêveries.
 
Révérend Louis Claraz, mon lointain grand-oncle, porte son regard sur l’assistance, et alors me présente les témoins au contrat qui s’avèrent être  « ses collègues » aussi Chanoines au Chapitre d’Aiguebelle : Révérend Messire Claude Buysson prêtre et curé de Monsapey et Révérend Messire Jean Pierre Allais aussi prêtre.

Maître Charles Michel, notaire et bourgeois d’Aiguebelle recueille sur la minute les signatures des témoins, de Louis Claraz le frère et surprise celle de la future épouse ! Le futur est dit illettré comme son oncle et l’autre frère.
 
Donc Marguerite est ma première aïeule savoyarde qui sait signer et dûment attesté qui plus est. Ceux qui parcourent les registres paroissiaux de Savoie me comprendront, car les actes ne comportent pas de signatures ce qui est assez frustrant.

Droite et fière après avoir apposé sa signature, Marguerite esquisse un sourire et me tend une main, Antoine s'avance à son tour comme s'il pressentait que je me suis attachée à eux et à leur lignée. 
 
Quinze jours plus tard  le 18 août 1698 sonneront les cloches de l’église de Montgilbert après la célébration du mariage d’Antoine et Marguerite, mentionnant des témoins différents des protagonistes de ceux du contrat de mariage. Union qui hélas durera moins de 10 ans avec la disparition prématurée de Marguerite, mais elle aura donné à Antoine deux fils Louis et Jacques mon ancêtre.

Vieux grimoires vous devez me celer encore d'autres secrets.
 


N.B.
(1) Gorgière ou corgerins : en Savoie col monté sur un corselet
(2) Cotillon :  jupon porté surtout par les paysannes
(3) Estamet : petite étoffe de laine
 
Sources:
AD 73 Tabellion d’Aiguebelle 1698 2C 2071 vues 99/100
AD 73 BMS Montgilbert 1698-1709 4 E 2341 vue 2/58
Généanet 3 sources

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samedi 6 octobre 2018

La consigne de Fontcouverte en 1718

« Il nous est tombé sous les yeux une consigne de tous les habitants de la  paroisse de Fontcouverte en Maurienne pour l’année 1718. C’est un rôle dressé conformément aux édits de l’Intendant général Riccardi. Le total des personnes est de 1427. »
 
Ainsi débute un article de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Maurienne déniché sur Gallica - précieuse bibliothèque numérique – en date de 1924 relatif à ce recensement en Savoie. Et à 300 ans d’écart cette fois, compte tenu du ton employé par l'érudit local, j’ai eu l’impression d’avoir rendez-vous avec mes ancêtres et de rencontrer par exemple Claude Rossat et son épouse Antoinette Boisson, ou les parents de cette dernière Antoine Boisson  et  Louise Gilbert-Collet.
 
« Ce n’est pas sans intérêt mêlé d’émotion que nous avons vu défiler devant nous à deux cent ans de distance actuellement, le tout Foncouverte de 1718. Ces hommes et ses femmes, allaient et venaient, comme ceux d’aujourd’hui, arrosant de leurs sueurs les prés et les terres, que possèdent encore leurs descendants. Leur horizon allait comme aujourd’hui de l’Ouillon aux Aiguilles d’Arves, du Mont Charvin au massif de Château-Bourreau. »
 
« Voici Claude qui devise gravement des intérêts de la communauté avec Sébastien et Barthélemy, en attendant l’heure des vêpres. Georges et Sorlin discutent vivement une question d’intérêt privé.
 
Et ce groupe rieur qui s’avance vivement avec l’insouciance de la jeunesse ? Sans doute Antoiniz, Philippaz et Albane, à moins que ce ne soit Gabrielle, Georgiz ou Michelette. Et n’allez pas croire qu’elles ne puissent pas soutenir la comparaison avec celles d’aujourd’hui. Est-ce qu’un soldat de Paris appartenant à l’une des trois compagnies françaises cantonnées dans cette paroisse, n’a pas épousé avant de partir, il y a cinq ans, une fille de Fontcouverte Jeanne Boisson avec la permission du commandant de Mailly ? »

 
« Mais aujourd’hui, le secrétaire de la communauté Jean Gilbert, quoiqu’encore garçon, ne pense seulement pas à regarder s’il y a Michelle. Il est tout préoccupé de cet état-consigne demandé par l’Intendant général. Il en aura toute une semaine à parcourir tous les villages de la paroisse avec l’honnête Jean-Claude Claraz, l’un des syndics et Antoine Boisson « l’un des apparent et des plus informé du détail de la paroisse.
 
Tiens voilà que je découvre que mon aïeul Antoine Boisson ou Buisson, laboureur de son état, aurait aidé le quidam chargé de la consigne !
 
Puis il lui faudra encore, à lui secrétaire, une autre semaine pour dresser le rôle en deux copies ; et cela au mois de septembre, pendant que les autres font leurs semailles. »
 
« Onze colonnes à remplir :
- une pour les chefs de famille,
- une pour les enfants majeurs de 5 ans,
- une pour les mineurs de 5 ans,
- une pour les enfants encore au berceau,
- une pour les bœufs et les vaches,
- une pour les veaux,
- une pour les brebis, moutons ou chèvres,
- une pour les agneaux et chevreaux qui tètent,
- une pour les cochons
- et une pour le sel,
- et une pour les cabaretiers, boulangers ou revendeurs. »
 
« Pour les cochons c’est zéro de haut en bas. Heureusement que Monsieur l’Intendant n’a pas eu l’idée de faire compter aussi les poules. Pour le sel, il ne s’agit pas de la consommation totale de la famille, mais seulement du sel destiné à la salaison du fromage et de la viande. De la viande, il n’est pas « en coutume d’y tuer et saler aucune viande pour l’usage de la famille, sauf s’il arrive quelque accident ». Des cabaretiers, boulangers, revendeurs, point. »
 
« Mais déjà tout le monde est rentré dans l’église, où le Réverend Curé Jean-Baptiste Favier vient d’entonner le dixit. «

***
 
Un petit éclairage sur les prénoms de ces paroissiens de Fontcouverte est possible grâce au pointage de Jean-Baptiste Albert curé-archiprêtre en 1924:
 
En tête pour les hommes il y a Jean (81) Jean-Baptiste (81) Claude (55) Pierre (55) Louis (41) et également présents Gaspard, Barthélemy, Etienne, Philippe et Sébastien.
Mais on trouve aussi des Catherin  - cas rare d’un nom masculin dérivé du féminin-  Aynard, Colomban, Sorlin et un étrange Murix !
 
En tête pour les femmes il y a Marie (93) Jeanne (70) Françoise (56) Michelle (36) Antoiniz (36) mais aussi des Barbe, Amblarde, Jenette, Jacquemine, et Guigonne.
 
Dans ces prénoms féminins on note des désinences en iz ou az à savoir Antoiniz, Georgiz, Philippaz  qui se retrouvent dans des patronymes comme Claraz. Que dire sur ces désinences, élément variable à la fin d’un mot, sinon qu’elles ne se prononcent pas et que les érudits locaux peinent à trouver leur origine…
 
***
 
Sachez  Monsieur le secrétaire Jean Collet que ce fastidieux travail sur le dénombrement de tous les paroissiens de Fontcouverte n’a pas été inutile, il est précieux pour des curieux « farfouilleurs » d’archives que sont les généalogistes amateurs.


Sources
- Gallica
Revue Société d'Histoire et d'Archéologie de Maurienne 1924 Tome VI 2e partie
- Tableau le dénombrement de Brueghel le jeune (détail) Palais des Beaux-Arts de Lille

samedi 15 septembre 2018

Plusieurs robes pour Marie Ratel

Comme le temps a filé très vite,  me revoici dans le village d’Aussois en Savoie pour  un nouveau Rendez Vous Ancestral avec la famille de Marie RATEL mon Sosa 259. La machine à remonter le temps s’arrête dans ce coin de  montagne un jour de février 1711 ensoleillé, mais glacial. La neige craque sous mes pas, je me dirige vers une maison précédemment repérée.
 
AD 73 carte de 1793
  
A force de penser très fort à Marie, celle-ci sait que je viens, elle a presque 26 ans maintenant et se trouve à l’aube d’une nouvelle vie. Marie m’attend sur le seuil de la porte, me fait signe de la main pour que je me faufile.
 
- Marie où étais-tu ? Oh ce courant d’air glacial !
Tu sais bien qu’il y a tant à faire encore ! Il nous faut pointer tout ton trossel et fardel (1). On doit pouvoir dire sans hésiter et de façon détaillée toutes les pièces, la matière, les couleurs, leur état et ne rien oublier !
 
- Je suis là Mère chuchote la future mariée.
 
Marie-Marguerite LATHOUD  qui vient de rappeler à l’ordre sa fille est veuve de Michel RATEL hélas, et c’est bien du souci une fille à marier et à doter. Elle est tant préoccupée qu’elle ne s’étonne pas de mon intrusion dans la chambre. 
 
Premièrement une robe de femme avec le bas et les manches de bon drap écarlate… là une autre robe comme dessus assez bonne à la mode du pays, une autre robe mi-usée commence par énumérer la mère. 

Gallica - Echantillons de tissus

Une couverte (2) rayée en laine de pays fort bonne presque neuve.
Un linceul à l’aiguille neuf, autre linceul de toile prime (3), autre toile grossière fort bonne
ajoute la fille.
 
Une chemise de femme en toile grossière neuve, plus trois autres chemises en toile prime du pays neuves,
Plus trois paires de souliers de femme neufs, autre paire mi-usée
récite Marie-Marguerite.
 

Une foudelle (4) de laine du pays neuve, deux foudelles de ratine (5) violette neuves, autre foudelle de cadis (6) presque neuve, une violette neuve et une paire de fausses manches de sergette (7) rouge neuve : à ce moment- là je sens que Marie aime les couleurs et les matières de ces longs tabliers qui vont l’accompagner dans son quotidien.
 
Gallica - Echantillons de tissus

 
Une paire de bas tricotés neuve, deux autres paires mi-usées,
Trois toiles prime neuves, autre aussi presque neuve, autre fort bonne, autre moyennement usée,
Deux pattes de col neuves toile du pays, deux pattes de tête de lin neuves.
Deux serviettes presque neuves, deux autres mi usées servant de pattes de col, autre serviette assez bonne, autre patte de col fort bonne, autre toile du pays mi usée.
 
Je n’entends pas toujours tout, je n’ose pas questionner, car entrer ainsi dans le détail du trousseau de mon aïeule est très émouvant. En tout cas elle sera bien chaussée, et les différents tissus choisis devraient la protéger des intempéries et durer longtemps.
 
Marie-Marguerite s’adoucit, prend par l’épaule sa fille plus que nostalgique, et inquiète de quitter sa famille, son village pour une autre paroisse en contre-bas de la vallée dénommée Le Bourget.
 
- Tu sais Marie, c’est une famille honorable que celle de Jean-Baptiste PARMIER fils de Dominique PARMIER tous deux sont bastiers. Bien que veuf ton promis est de ton âge, il est courageux et travailleur.
 
Marie RATEL et les siens partiront la veille de la cérémonie religieuse qui aura lieu dans l’église du Bourget le 16 février 1711.
 
Mariage célébré, mariage consommé,  reste à rédiger et signer le contrat dotal ; je me suis débrouillée pour être présente et me faufile entre les membres de l’assemblée réunie dans la maison de Jean-Baptiste PARMIER.
 
Voilà Maître Georges MAGISTRI notaire du lieu qui débarque  muni de son écritoire portatif, de plumes bien taillées et d’encre évidemment, il se racle la gorge et d’une voix ferme énonce :
 
« Au nom de Dieu, soit l’an mil sept cent et onze, et le dix-septième février comme suit :
Soit que le mariage a été solennisé en face de notre Ste Mère l’Eglise, entre honnête Jean-Baptiste fils d’honnête Dominique Parmier - bastier du Bourget - d’une part, agissant néanmoins ledict époux du bon vouloir et consentement dudict son père, »
 
« Et la Marie fille de feu honnête Michel Ratel d’Aussois, d’autre part, agissant ladicte épouse en la présence, vouloir et consentement dudict sa Mère et d’Etienne Ratel, son oncle et plusieurs autre parents mutuellement assemblés, lesquels parties désirent rédiger par écrit leurs volontés a été procédé comme suit dont aujourd’hui sus écrit par devant moi Notaire et les témoins susnommés »
 
AD 73 Tabellion de Termignon
 
Ils doivent être dûment autorisés les tourtereaux pour convoler, d’autant qu’en Savoie les femmes constituent dot à leur mari pour plus facilement supporter les charges du mariage.
 
En bref, Etienne RATEL l’oncle de Marie et vraisemblablement son tuteur, s’engage à verser la somme de vingt florins (20) monnaie de Savoie au père de Jean-Baptiste PARMIER. Les filles étant exclues de l’héritage paternel, le patrimoine immobilier est réservé aux garçons : Angelin RATEL frère de Marie en l’occurrence.
 
De son côté Dominique PARMIER en qualité de père et légitime administrateur  de son fils, selon la coutume, donne un augment de cent huitante florins (180) monnaie de Savoie à l’épouse présente qui accepte. Cet augment est la propriété des enfants à naître.
 
Je note les sommes peut-être modestes, mais s’agissant de ma première signature d’un contrat dotal, disons que je manque un peu de référence ! D’autant que l’assistant du notaire m’avait laissé entendre que l’augment  correspond à la moitié de la dot, ce qui n’est pas le cas ….
 
Entre-temps Me MAGISTRI, qui écrit très bien, a entrepris de noter toutes les pièces du trossel et fardel de Marie RATEL.
 
Non loin de celle-ci sa sœur Anne qui lui ressemble, et Angelin leur frère et aussi à côté d’Etienne RATEL l’oncle, un homme désigné comme témoin Jean-Baptiste LATHOUD un autre oncle de la mariée.
 
Du côté de l’époux, Dominique PARMIER le père a pressenti comme témoins deux marchands de Modane  : Sébastien NUER et Jean-Baptiste LONG le fils.
 
Le tabellion s’applique à recueillir les signatures de tous ces messieurs, et par là même je découvre que Jean-Baptiste PARMIER et Dominique son père apposent leur paraphe en 1711. Ce n’est pas le cas de Marie et de sa mère.  

Si elle se marie avec un homme du Bourget, ce n'est pas le hasard, car son oncle Etienne a épousé une fille de ce même lieu. A cette époque le mariage est une affaire d'intérêt ou de raison plus que de sentiment.

 
Après avoir été piégée par la généalogie, le Rendez Vous Ancestral, les rets du filet se resserrent avec les insinuations des notaires de Haute-Maurienne auprès du Tabellion de Termignon… il y a tant de matière pour donner corps à nos ancêtres invisibles.
 


N. B.
(1) le trossel correspond aux vêtements et le fardel  aux draps, linceuls, tour de lit etc
(2) la couverte doit être une couverture
(3) la toile prime est une toile fine de chanvre
(4) la foudelle ou fodelle ou foudar  est un tablier
(5) la ratine est une étoffe de laine épaisse cardée
(6) le cadis est une étoffe de laine grossière et solide
(7) la sergette est une petite serge de laine fine et légère


Le baptême de Marie RATEL en 1685  Présence du passé à Aussois

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Sources :
AD 73 BMS Aussois – Bourget
Tabellion de Termignon 1711 2C 2334 vue 62
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