mardi 9 juillet 2019

Qui est la mère de Jeanne Montaz-Rosset

Avec l’inventaire après décès en 1702 d’André Durieu Trolliet fils de Jean Cosme, j’ai pu pénétrer dans la maison de mon ancêtre, et découvrir que sa veuve Jeanne Montaz-Rosset avait quatre enfants sur les bras. Puis je me suis attachée à celle qui a géré son petit monde pendant de longues années et chuchoté ses confidences, et ne peux lui en vouloir d'avoir été muette sur sa naissance et sa mère. 

Jeanne décède en 1733 à plus de 70 ans sans s’être remariée, ce qui suppose un baptême avant 1660 et m’incite à feuilleter les registres, du temps où Montpascal dépendait du Duché de Savoie, pour avancer dans sa filiation. 

Le 1er mai 1675, lors son union avec André, Jeanne est mentionnée fille de Jean-Baptiste Montaz-Rosset - point à la ligne - avec les actes en latin sommaires de cette époque aucune mention des mères : un des charmes de la généalogie savoyarde.

Chaque fois c’est le même refrain : qui est la mère, qui sont les frères et sœurs (dont un frère Rémi Montaz-Rosset témoin dans des actes notariés) et quand Jeanne a-t-elle été baptisée ?


Naviguant entre les arbres mis en ligne sur Généanet et un relevé collaboratif fait pas un passionné, j’ai remarqué 2 actes de mariage et pointé les naissances pour les 2 couples. 

1/ Le 15 juillet 1650 Jean-Baptiste Montaz-Rosset se marie avec Jeanne Ravoire fille de Pierre Ravoire. 

Les baptêmes de 7 enfants s’échelonnent avec Louise, Simon, Jacques en 1652, 1655, 1657, et ensuite viennent Dominique, Claudie, Claudine, Rémi respectivement en 1663, 1666 1670 et 1672 : dans les actes la mère est nommée Joanna ce qui est logique en latin. 

Pas de Jeanne à l’horizon, qui aurait pu voir le jour entre 1659/1661 et susceptible de s’être mariée en 1675, mais des lacunes du registre ne sont pas exclues. 

Parfois Jeanne est indiquée être baptisée le 30 juin 1663, or il s’agit de sa sœur Dominique qui porte le prénom de sa marraine, sœur qui se marie bien jeunette en 1676. 

2/ Le 14 juin 1654 Jean Montaz-Rosset fils de Jean se marie avec Jeanne Ravoire fille de Pierre Ravoire. 

Les baptêmes de leurs enfants commencent seulement en 1664 avec Pétronille, puis Jean-Pierre et Antoinette 1667 et 1670, ensuite Jeanne en 1673, et Antoine en 1679. 



Tiens la Jeanne de ce second couple ou plutôt Jenon a pour marraine Jenon Ravoire épouse de Jean-Baptiste Montaz-Rosset donc du premier couple. S’en souvenir Jeanne-Jenon. 

A ce stade, j’ai repris la direction des actes notariés insinués par le Tabellion de Saint-Jean de Maurienne pour glaner des indices. 

En 1700, dans l’inventaire après décès de Simon Montaz-Rosset le fils aîné de Jean-Baptiste Montaz-Rosset figurent comme témoin son frère Rémi et la référence à des biens indivis desdits frères.




En 1703, Genon Ravoire veuve de Jean-Baptiste Montaz-Rosset fait un codicille à un testament de 1695 en raison du décès de Simon. Elle fait le nécessaire pour que la part qui devait lui revenir - soit 200 florins de Savoie - aille à ses 6 fils, donc des petits-fils pour elle, le reste n’est pas modifié et Rémi le fils cadet touchera aussi 200 florins. 

S’agissant d’un codicille et donc d’une adaptation du testament initial - non disponible - l’absence de référence aux filles du couple n’est pas anormale. 

Simon, Rémi frères : soit deux des enfants du couple Jean-Baptiste Montaz-Rosset et Jeanne-Jenon-Genon Ravoire. Rémi étant le frère de Jeanne, à mon sens mon aïeule fait partie de cette fratrie. 



Le second nuage de mots est constitué avec la déclinaison des variantes du prénom Jeanne trouvées dans une étude sur les prénoms anciens en Savoie du 14ème au 17ème siècle.




Jean-Baptiste Montaz-Rosset ca 1625-1684 Sosa 3070
x 15/07/1750 à Montpascal 
Jeanne Ravoire  1635- > 1714 Sosa 3071 fille de Pierre

 8 enfants 
- Louise 1652-1723 x Esprit Albrieu
- Simon 1655-1700 x Marie Crosaz-Blanc
- Jacques 1657
- Jeanne ca 1600-1733 Sosa 1535  x André Durieu-Trolliet Sosa 1534
- Dominique 1663-1709 x Hughes Gallix
- Claudie 1666-1701 x Jean-Louis Tronel 
- Claudine 1670 
- Rémi 1672-1757 x Benoîte Tronel 




Sources
AD 73 BMS Montpascal
AD 73 Tabellion de St-Jean de Maurienne 1700- 1703
Généanet
Site Persée
Michel Emerich  Nouvelle Revue d’Onomastique
Les prénoms dans la Vallée de Thônes du 14e au 17e siècle



samedi 15 juin 2019

Et la vie continua pour Jeanne Montaz-Rosset

Jeanne Montaz-Rosset a fait un rêve, on parlerait longtemps après sa disparition, des personnes connaîtraient son courage, sa ténacité à aller de l’avant après le décès d’André Durieu-Trolliet. Car elle ne restât pas les bras croisés, sauf peut-être lorsque dans une benette – hotte en osier - elle remontait la terre dans les pentes raides du village de Montpascal en Savoie.


Comme on a parfois la faculté de s’évader dans le temps et l’espace, voici que je me retrouve une fin d’été 1729, avec Jeanne accrochée à mon bras, petit visage ridé, tanné par le soleil, le dos un peu voûté, mais le regard vif et l’envie de se confier.

- Tu sais une fois mon homme parti au ciel, et bien le petit homme de la maison c’était mon fils Rémi tout juste 11 ans, et si sa sœur aînée Jeanne Marie avait 17 printemps, les cadettes Dominique et Benoîte (mon ancêtre) n’étaient pas hautes : 7 et 2 ans !

- Malgré ma peine, on s’est organisé pour les travaux d’automne, et toutes les tâches domestiques et les veillées du premier hiver sans mon époux, on s’est aussi occupé du trousseau de mon aînée, filer, tisser, coudre.

- Parce qu’il faut te dire que ma Jeanne Marie, ma foi assez mignonne et vaillante, avait été promise à Denis Albrieu d’une bonne famille, celle de notre Révérend Curé Hugues Albrieu.

- Alors c’est elle qui s’est mariée en premier en 1703 ?

- Oui chère curieuse, et je me souviens comme si c’était hier de ce contrat de mariage : mon aînée avait 450 florins de dot, elle apportait aussi une terre, oh je ne sais plus laquelle !

- C’est Maître Louis Dupré le notaire de Montvernier qui est intervenu ?

- Bien sûr, vas-t'en savoir pourquoi il me reste dans la tête que la vache à lait était à poil rouge !

Et tous ses nippes et attifiaux tenaient dans un beau coffre de bois blanc avec en autre des gorgères de lin parfois avec de la dentelle (1). Bien pourvue ma coquette Jeanne Marie, et le marié avait un habit nuptial d’un blanchet (2) de bon drap neuf.

- Et puis tu sais mon gendre Denis Albrieu il avait un frère Simon Albrieu qui a vu grandir en sagesse Dominique, du coup on les a mariés ces deux-là 10 ans plus tard.

- Donc Jeanne vos filles devenaient belles-sœurs et restaient pas loin de vous, et racontez-moi pour votre troisième fille Benoîte mon ancêtre qui je crois a épousé un homme d’Hermillon ?

- Oui, Louis Arbessier est venu pour le contrat, mais c’est plus vague dans ma mémoire

- Pourtant c’était en 1721 Jeanne, ce n’est pas si vieux

- Ah cela me revient : ma Benoîte avait une robe de bon gros drap, un cotillon de laine, et elle était fière de son cornachon de velours et de son cornachon de satin – des corsages dans de beau tissus. Et puis je sais plus, à mon âge… Tu iras lui demander le détail à Benoîte, elle demeure à Hermillon depuis son mariage avec son mari et ses enfants.

- Et votre fils Rémi ?

- Il s’est marié dans d’autres villages, sa première épouse m’a donné mon petit-fils Michel, mais sa seconde épouse Jeanne Arbessier la sœur de ton ancêtre Louis est décédée. Il va devoir se remarier à nouveau, et il a quelqu’un en vue d’une autre paroisse encore.

- En tout cas j’ai pris toutes mes dispositions tant que je suis saine de corps et d’esprit, et le notaire est venu le mois dernier, tu veux connaître le détail ?

- Moi oui, les curieux peut-être.

- Pour mon luminaire 8 livres 4 sols sont prévus pour les 12 messes tant grandes que petites. Et selon la coutume de lieu il y aura un pot de vin chaque dimanche de l’année avec l’offrande accoutumée.

Silence de ma part, je découvre la coutume de ce coin de Maurienne.

- Puis après les messes de la neuvaine et du bout de l’an, je souhaite une aumône aux pauvres de Dieu qui se présenteront à la réunion : pour cela il sera employé 10 quartes (3) de seigle et d’orge en pain cuit converti avec du potage à la coutume du lieu.

- Sans oublier que je donne une livre de Savoie à chacune des confréries du Saint-Sacrement et du Rosaire payable par mon héritier une année après ma mort au procureur des confréries.

-Tu te doutes que mon héritier universel est mon fils Rémi, mon petit-fils Michel aura une pièce de terre. Je lègue à mes filles aînées 2 livres et une pièce de terre en indivis, elles auront une robe chacune et Jeanne Marie choisira la meilleure robe.

- Quant à Benoîte ta lointaine grand-mère elle aura 84 livres, deux chemises et une robe à choisir. Je ne peux pas lui laisser une terre puisqu'elle habite ailleurs, toute la fratrie est au courant de mes intentions.

Tiens voilà du monde qui rentre des champs ! Du coup je m’évapore.

Vint diou, la Mère barjaque seule ! Mince elle parle toute seule !

Tenace, organisée était Jeanne Montaz-Rosset restée veuve plus de trente ans à se soucier des siens et de son âme aussi ; légèrement décryptée au travers les lignes d’actes notariés ou le registre paroissial.



André Durieu-Trolliet ca 1650-1702 sosa 1534
 fils de Jean Cosme
x 01/05/1675
Jeanne Montaz-Rosset ca1660-1733 sosa 1535
fille de Jean-Baptiste 

au moins 7 enfants
- Marie 1684 - <1702
- Jeanne-Marie 1685-1749 x Denis Albrieu
- Hughes 1688 - <1702
- Rémi 1691 - 1764 x Marie-Marguerite Bonivard x Jeanne Arbessier x Anne Rey-Blanc
- Dominique 1695 - 1767 x Simon Albrieu
- Marie 1698 - <1702
- Benoîte 1700 - >1761 sosa 767 x Louis Arbessier sosa 766



(1) la gorgère est une sorte de collerette
(2) le blanchet est une étoffe de laine grise
(3) la quarte est une mesure pour les matières sèches


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L'inventaire après décès d'André Durieu-Trolliet 
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Sources
Femme à la hotte Jan van Bunnik Musée Magnin Dijon
Images Pixabay
AD 73 Tabellion St Jean de Maurienne
BMS Montpascal - Hermillon
Relevés Généanet et GénéMaurienne 

samedi 18 mai 2019

La maison moragine d'André Durieu-Trolliet

En ce début d’automne 1702, un doux soleil éclaire Montpascal village d’alpage à 1400 mètres d’altitude en Savoie. Cette lumière ne peut cependant consoler la douleur d’une famille d’avoir vu partir si vite André Durieu-Trolliet -sosa 1534- tout juste la cinquantaine.

Jeanne Montaz-Rosset -sosa 1535- sa veuve frisonne malgré un bon châle jeté sur ses épaules, elle a veillé à ajuster correctement sa coiffe, noué son meilleur tablier. Une nouvelle épreuve l’attend ce jour, comme de coutume l’inventaire doit être dressé. Son frère Rémi est déjà là, son neveu André Durieu prénommé comme son pauvre époux ne saurait tarder, seuls ses deux aînés sont restés, les plus jeunes sont chez leur grand-mère.

Jeanne est sur le qui-vive inquiète et anxieuse. Je le sais c’est ainsi.

Sur le trajet j’ai été rattrapée par le notaire Louis Dupré qui a l’habitude de crapahuter le chemin muletier et d’assumer d’un pas aguerri de montagnard le dénivelé de 700 mètres depuis Montvernier. Arrivés dans le village, je m’engouffre à sa suite dans le logis de mes ancêtres et me confond au mur dans la pénombre.

Hubert Robert - Musée du Louvre

Tous les protagonistes connaissent leur rôle, des papiers sont sortis, Louis Dupré s’installe, sort l’encrier et la plume, des échanges de propos en préliminaire et il commence.

Enfin je garde l’esprit de sa rédaction, sabrant les redondances propres au jargon notarial et à l’époque.

« Je soussigné Notaire curial m’étant porté de Montvernier mon ordinaire d’habitation au lieu de Montpascal ce 28 septembre 1702, pour procéder à l’inventaire de feu André feu Jean Cosme Durieu-Trolliet décédé depuis environ quinze jours qui a laissé divers biens et immeubles dans son hoirie à Rémy, Jeanne-Marie, Dominique et Benoîte ses enfants mineurs.»

Tiens seulement quatre enfants sont nommés, Jeanne a donc perdu trois petits et dire que la dernière Benoîte mon ancêtre est à peine âgée de deux ans.

Bon si j’étais un peu plus concentrée et écoutais Maître Dupré qui après un effet de manche fait crisser sa plume sur la feuille.

« m’étant adressé à  ladite  Jeanne Montaz-Rosset  veuve dudit André Durieu-Trolliet, mère tutrice et curatrice de ses enfants nommée par le testament de feu son mari recueilli par moi soussigné  et l’ayant interpellée de me dire tous les biens »

Premièrement en la maison moragine (1): Jeanne Montaz-Rosset m’a déclaré les meubles suivants :
Là dans la chambre du défunt : un lit en bois blanc mi usé ainsi qu’une  armoire en bois blanc presque neuve et deux méchants bancs de bois blanc.

Sont cités ensuite la crémaillère à quatre jambes, une presse mi usée en bois blanc avec son contenant environ vingt quartes, deux poches de coton une  neuve et une autre déjà râpée.

Une voix énumère : une tasse blanche, une tasse à feu, un tasse à eau mi usée et deux sceaux de bois à tenir eau, ainsi que divers pots et trois pignottes presque usées.

Objets du quotidien dont on cerne grosso modo l’usage, dans la même pièce sont recensés deux lampes, une poche de fer, une poche de bois, douze écuelles, huit tranchoirs ainsi que des courroies de joug, quatre tonneaux et deux barils.

Rêveuse devant l’essartoire utilisée par André Durieu-Trolliet mon ancêtre, son marteau de maçon,  sa scie,  le marteau d’ardoise et la gouge, tous ces outils ont une âme.

Après un rapide coup d’œil dans la cuisine, le notaire inscrit un lit de bois blanc neuf, un coffre de bois avec fermeture presque neuf et une méchante table de bois blanc avec ses attaches.

Mouvement de l’assemblée vers l’extérieur pour se rendre au grenier situé un peu à l’écart de l’habitation, petite construction où en Maurienne est stocké tout de ce qui est précieux à l’abri du risque incendie.

Dans le grenier de mes ancêtres, André et Jeanne avaient quatorze draps de lits partie bon et partie mi-usés, deux nappes, deux  serviettes et quinze chemises d’homme mi-usées, ainsi que douze livres de laine tant blanche que noire.

Ils y gardaient aussi quinze louis et vingt-quatre florins, et parmi les papiers un acquis pour le défunt à lui payé par Joseph Crozat pour une pièce de pré et terre du 27 juillet reçu par le notaire et différents acquis liés à un échange avec Jean-Baptiste Gallix.

A ce moment Jeanne Montaz-Rosset a réalisé mon étrange présence, son regard est interrogatif et pensif à la fois,  paroles muettes de nous deux.

AD 73 Tabellion St-Jean de Maurienne

Autre mouvement pour pénétrer dans l’étable, deux vaches s’y trouvent, l’une avec 3 veaux, l’autre avec 2 veaux, 7 brebis, 3 moutons, ainsi qu’une paire de bœufs et un mulet.

Passage éclair du notaire dans la grange, qui marmonne : « Y ai trouvé du grain pour la nourriture de la famille et du bétail. »

L’efficace notaire rentre dans la maison, s’installe sur la seule mauvaise table, me réquisitionne au passage pour lui passer les feuillets : certains sont vierges, d’autres sont déjà annotés puisqu’il est le notaire de famille.

S’en suit l’inventaire des biens immeubles : à savoir la  maison qui vient d’être décrite, mais aussi un autre bâtiment ailleurs dans le village consistant en une écurie et une grange avec un grenier.

Puis c’est au tour de l’énumération des terres avec le lieu-dit, et chaque fois la précision des noms des propriétaires qui confinent … au levant …  au couchant … Au cours de ces litanies  j'ai décroché, à croire que je ne suis pas complètement intoxiquée par la généalogie savoyarde, un bon nombre de terrains mais pas plusieurs pages ... Du côté du village voisin de Pontamafrey, je relève que le défunt avait la moitié d’une vigne  avec les héritiers de son frère feu Hughes feu Jean Cosme.

Et Maître Dupré de sortir d'autres formules ampoulées, mais nécessaires, de rappeler les patronymes des témoins et leur parenté, un frère de la veuve et le cousin germain des pupilles, qu'il en soit remercié de me donner ces éléments, même s'il n'indique pas expressément qui sait signer.

Jeanne, ma chère Jeanne, les enfants que vous avez eu avec André ne sont pas sans rien, ils ont un toit, des biens, une parenté et surtout vous leur mère qui ne baissera pas les bras et se battra pour leur avenir, j'en suis certaine. Excusez mon intrusion en catimini, seule façon de vous rencontrer, mais sachez Jeanne - et très lointaine grand-mère - que j’ai éprouvé une très forte émotion à pénétrer dans votre univers quotidien qui fût aussi celui de votre époux. Ce fil invisible et ténu au travers d'un inventaire ne peut que conduire à un profond respect de tous nos anciens.



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N.B. (1) les habitants de Montpascal sont des moragins et des moragines

Sources :
AD 73 Tabellion St-Jean de Maurienne 1702 2C 2448  vues 20-21
BMS Montpascal


vendredi 3 mai 2019

Dommages collatéraux en 1650

En ce temps-là, le jeune Roi Louis XIV avait 12 ans, la régence était assurée par sa mère la Reine Anne d’Autriche, des troubles secouèrent le royaume : fronde parlementaire, puis fronde des princes.

En ce temps-là dans la généralité de Soissons, les soldats ne laissèrent pas que de bons souvenirs aux habitants proches de l’immense forêt de Saint-Gobain, si on se réfère à l’inventaire sommaire des archives départementales de l’Aisne et l’intitulé : informations des désordres commis par les troupes en 1650.

Je vous propose de sortir de l’oubli ces témoignages de gens humbles de plusieurs paroisses et de les écouter. 

Musée du Louvre - anonyme -

Georges Anceau charbonnier à La Gillotte, paroisse de Saint-Gobain déposa :
« Le jour de la Pentecôte dernier (1650) sur le soir, l’armée conduite par M. le Maréchal du Plessis-Praslin vint camper en cette ville (Saint-Gobain) et villages voisins comme Missencourt, Errancourt et autres situés à la lisière de la forêt de Saint-Gobain, et y demeura sept semaines entières, durant lesquelles un grand nombre de paysans se seraient réfugiés en ladite forêt, notamment en une taille assez proche dudit Missencourt, contenant 90 arpents de bois ameublés par Jean Satabin le jeune dudit Saint-Gobain.

Que durant que lesdits paysans étaient en ladite taille, ils auraient pris quantité de bois et de corderie, fagots, et bourée, brûlé iceux en grande quantité et même pris et emporté les charbons de six faudes, que lesdits soldats auraient été pareillement à ladite taille,  campé dans ladite taille plusieurs jours, emporté une grande quantité de charbons, même en aurait été consommé en cette ville par les ouvriers de l’artillerie qu’il auraient pris et emporté avec leur charrettes par plusieurs jours. »

Hubert Pierrepont de Barisis déposa :
« L’armée conduite par le général Roze étant venue camper à Sinceny et les environs jusqu’aux faubourgs de Chauny, elle y fît plusieurs  désordres, tant à couper le blé et autres grains étant alors encore vert, qu’à piller, voler et ravager le pays ».

Simon Duflos de Deuillet déposa :
 « L’armée royale conduite par le maréchal du Plessis-Praslin vint camper à Deuillet et ses environs où elle ravagea la campagne, pilla le général et le particulier. »

Pierre Razoy  de Saint-Gobain déposa :
 «  Qu’il fût prié par Christophe Geoffroy et Mathieu Lecompte de les accompagner dans la forêt où ils allaient journellement pour éviter et empêcher le grand désordre qui se faisait dans la forêt de Saint-Gobain.

Plus de cinquante mille personnes  s’y étaient réfugiées avec le peu de biens qu’ils avaient, afin de conserver ou sauver  leur vie, qu’ils étaient souvent au terme de perdre.

En effet de nombreux soldats de l’armée commandée par le maréchal du Plessis-Praslin faisaient des courses continuelles dans ladite forêt, de sorte qu’ils ont pris non seulement une grande partie des bestiaux qui y étaient réfugiés, mais une grande quantité de bois et charbon qu’ils ont vendu aux environs de La Fère »

Antoine Vinchon  garde-vente dit :
« Que durant le campement de l’armée du Roi à la Fère et ses environs, les gens de guerre y vivaient en toute licence, ravageant le pays, battant, tuant tous ceux qu’ils rencontraient sans épargner personnes,  cherchaient même les réfugiés en la forêt de Saint-Gobain qui y étaient et rançonnaient indifféremment, a vu les charbonniers retourner tous nus, dépouillés et maltraités. Le moulin de Fressancourt est ruiné par les gens de guerre. »


Les patronymes de ces témoins me sont connus, je les ai croisés lors de mes recherches généalogiques sur Deuillet et Saint-Gobain. Hubert Pierrepont est sûrement à relier avec des ancêtres de Barisis aux Bois, mais les registres ne débutent qu’en 1677.

Modeste éclairage révélateur d’un cortège d’exactions, de pertes humaines et de  ruines matérielles, ayant pour cadre  la Généralité de Soissons et ce, il en était de même dans d’autres provinces en ce temps troublé de la Fronde.



Sources
Google Books
Inventaire-Sommaire des Archives Départementales de l'Aisne antérieur à 1790
Archives civiles tome I

Pour aller plus loin
La Fronde des Princes dans la région parisienne et ses conséquences
Jean Jacquart Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine

samedi 30 mars 2019

Apprenti-chirurgien en 1697

Plus de trois siècles nous séparent de ce jour de timide printemps en Savoie, où Honnête Mathieu Porte  soucieux d’établir convenablement son fils cadet Jean-Baptiste signa un contrat d’apprentissage pour celui-ci.
 
En ce 15 avril 1697, il quitta sa maison avec le futur apprenti et aussi son fils Dominique, pris au passage Pierre Porte feu Nicolas et Pierre Dupuy. Tous habitants d’Avrieux, petite paroisse de Haute-Maurienne, ils se dirigèrent vers le logis d’Antoine Bertrand  notaire royal dudit lieu.
 
Le notaire avait déjà commencé à préparer le contrat d’apprentissage qui devait avaliser les conditions verbales précédemment négociées avec Honorable Jean Bertrand maître-chirurgien d’Avrieux, mais à présent Bourgeois de la Cité de Saint-Jean de Maurienne.
 
 
Le docte chirurgien absent, est représenté par son frère Honnête Jean-Baptiste Bertrand. Il s’engage à enseigner à l’apprenti son art et profession - tant en  dedans que dehors la ville - sans rien lui cacher de ce qui touche et regarde ledit art de chirurgie.
 
La formation commencera le lendemain 16 pour finir le même jour deux ans après, étant promis que le chirurgien nourrira à sa table l’apprenti. Mathieu Porte le père, en récompense dudit apprentissage et nourriture de son fils Jean-Baptiste, s’engage donc à payer au chirurgien la somme de 225 florins à la fin de l’année et 100 florins au terme.
 
Voilà pour le principe, mais il convient d’être prévoyant : si le jeune apprenti quitte le chirurgien sans cause légitime ou par caprice, son père est tenu de payer la somme promise. S’il advenait que l’apprenti  trépasse ou soit accablé de longue maladie, dans ce cas de force majeure,  son père ne devra les frais qu’au prorata.

Si le chirurgien oblige son apprenti à le quitter par caprice ou sans cause légitime, il ne sera payé aussi qu’au prorata.

Jean-Baptiste Porte l’apprenti promet de se munir de tous outils requis et nécessaire pour l’exercice de l’art de chirurgien (frais donc à prendre en charge par son père). Il promet de servir assidument et fidèlement le chirurgien Jean Bertrand sans qu’il participe à aucun profit de la boutique dudit Bertrand pendant son temps d’apprentissage. Rien de bien nouveau sous le soleil, comme apprenti il ne peut être rémunéré…

Le notaire Antoine Bertrand précise que toutes les parties et témoins ont signé l’original de ce contrat d’apprentissage en date du 15 avril 1697, indication précieuse.

Jean-Baptiste Porte a donc quitté son village pour s’en aller suivre sa formation dans la cité de Saint-Jean de Maurienne. Il est un frère cadet de Dominique Porte second époux de ma lointaine aïeule Dominique Floret (Sosa 571).

Un petit tour sur les arbres en ligne sur Généanet m’a permis de noter que le chirurgien Jean Bertrand était décédé en 1701 dans la cité dont il était Bourgeois, originaire d’Avrieux il y avait épousé une Dominique Porte … Moultes branches Porte, plusieurs baptisés ou baptisées Dominique : de quoi pimenter les recherches et faire travailler les neurones …
 
Juste une petite tranche de vie. Promis si je croise l'apprenti-chirurgien je vous tiendrais au courant.


Sources
- AD 73 : Tabellion Termignon
1697 2C 2316 vue 365/503
- Image : David III Ryckaert le Jeune
Musée des Beaux-Arts de Valenciennes
 

samedi 16 mars 2019

Télescopage temporel sur la grand'place

Brume matinale et brume de l’esprit, rêveuse ou réveillée ? Me voilà apostrophée par une voix inconnue …
 
Oh heureusement que ma fille Marguerite vous a retenue lorsque vous trébuchiez, vous étiez distraite par la merveille que l’on aperçoit au loin !
 
Excusez-moi je me présente Michel SOREL du village de Saint-Gobain, je suis avec mon épouse Antoinette MACADRE et nous rejoignons dans la ville de Saint-Quentin  notre fils Servais dont le mariage doit être célébré demain. Outre Marguerite à votre droite, ma fille Anne m’accompagne avec son époux Jean JAMART.
 
Brume de l’esprit éloigne-toi, afin que je réalise pleinement ma chance de me retrouver en terre picarde avec les protagonistes de mon nouveau Rendez-Vous-Ancestral. Sacrebleu, il s’agit de l’an de grâce 1679 si je ne fais pas erreur, soit 340 années de décalage.
 
Poussière de la route au passage de cavaliers et des charrettes qui côtoient de nombreux voyageurs à pied. Mon nouveau cicérone - alias un aïeul de la 11ème génération – assez loquace, après m’avoir invitée à poursuite mon chemin avec les siens, me signale qu’on se rapproche des remparts et qu’au fond  le fier vaisseau de pierre est celui de la vaste collégiale gothique.
 
Saint-Quentin -  la collégiale
 
Alors vous ne connaissez pas cette magnifique cité picarde très commerçante ? Tous les paysans de ses environs viennent apporter des toiles brutes et les vendent aux commerçants qui les font blanchir et apprêter : ensuite le linon part dans tout le royaume et même dans des pays étrangers.
 
La jeune Marguerite SOREL, un plus de vingt ans, est très excitée de ce déplacement et me chuchote que c’est la première fois qu’elle quitte sa paroisse. Antoinette sa mère fronce un peu les sourcils !
 
Mais que c’est agréable de cheminer « en famille » somme toute.
 
Michel mon cicérone me signale qu’on emprunte le grand pont sur l’Isle et qu’après le petit pont sur la rivière, on suivra la rue de la Grianche jusqu’à la Grand’Place. Pas besoin de plan ou de GPS, je vais rester collée aux basques des « miens ».
 
Allez ne pas bouder mon plaisir de me plonger dans Saint-Quentin et son histoire, d’autant que nous débouchons non sans mal sur cette Grand’Place : vaste, animée, encombrée.
 
Saint-Quentin - la grand'place et l'hôtel de ville

Comme Marguerite j’ai les yeux écarquillés en direction de la façade gothique de l’Hôtel de Ville où siègent les échevins et les jurés de la cité.
 
L’édifice me donne l’impression de reposer sur les 6 piliers qui découpent l’espace du rez de chaussée en 7 arcades, puis je décèle une frise ouvragée soulignant  l’étage noble où s’ouvrent 9 fenêtres.
 
Là approchez et observez souligne Michel SOREL : regardez la profusion de petites sculptures : le maire est représenté et aussi le bouffon, ici le maître-tailleur, puis le tonnelier. Marguerite et moi-même sommes admiratives devant cette bande-dessinée sculptée.
 
Bon avec mon épouse nous allons déposer nos affaires, je vous laisse avec mon gendre pour faire le tour du marché ou Markiet comme on dit ici !
 
Bras-dessus, bras-dessous avec Marguerite nous sommes bousculées, apostrophées, mais cornaquées fièrement par Jean JAMART au milieu de la cohue.
 
Là regardez, cette croix est un point important du Markiet, on y fait les proclamations officielles, on la nomme aussi la croix au blé, car dans ce secteur se vend le blé. Voyez cette diversité de produits les céréales, mais aussi le vin, le pain et le beurre ainsi que les fruits et les volailles, sans oublier les herbages et le bois de chauffe. Pour chaque marchandise les vendeurs se regroupent et occupent des secteurs définis.
 
Sachez que pour garantir la qualité des produits, les échevins ont confié la vérification à des eswardeurs ou esgardeurs, sorte d’experts reconnus par leurs pairs.
 
Et au fond questionne Marguerite ?

Ce sont des boutiques d’artisans, tiens dans celle-ci le marchand déroule une batiste, et celle qui est plus claire et plus fine c’est du linon.

Ma petite dame, lorgnez cette belle sayette, comme cette toile de laine est légère mêlée avec des fils de soie ! Allez laisser  vous tenter !  Le monsieur va bien accepter !
 
Si j’avais la bonne devise j’achèterai bien quelques aunes de cette sayette pour Marguerite mon aïeule vu son air rêveur.
 
Et là dans ce coin de la Grand’Place ? C’est une des nombreuses halles de la cité, il faudrait du temps pour découvrir la Halle aux poids, la Halle aux laines, la Halle aux chausses. Là donc est construite la Halle pour la boucherie …
 
Donc ce bâtiment avec la grande porte ?

Pas de réponse, silence … Avec ma manie de vouloir détailler l’architecture …
 
Oups je n’ai plus mes compagnons de route et de découvertes, je me retrouve dans le temps actuel avec mes interrogations.
 
Par quel mystère Servais SOREL le frère de mon ancêtre Marguerite a déniché sa promise Barbe LECLERC dans cette cité de Saint-Quentin, vraisemblablement il est chirurgien. S’agissant du métier de Michel SOREL son père je n’ai pas d’élément tangible, toutefois cette union de 1679 m’aura révélé la signature de ce lointain ancêtre. Fil ténu, fragile et chaque fois émouvant.
 
 
Echange imaginé
mais personnes liées à ma généalogie
selon les principes du RDVAncestral



Pour retrouver la petite-fille de Marguerite
Le puzzle de Marie-Marguerite

Sources
AD 02 BMS Saint-Gobain et Saint-Quentin
Gallica gravures de Saint-Quentin de Tavernier

Pour admirer des photos de l'hôtel de ville de Saint-Quentin
sur le blog Aux couleurs de Marithé

Pour aller plus loin sur le site de Persée
L'histoire de Saint-Quentin



vendredi 8 mars 2019

Magdeleine l'invisible d'Alaincourt

Et si je tentais un modeste fil de vie sur Magdeleine DURY une lointaine aïeule en haut d’une branche de mon arbre,  à la 11ème  génération,  mon sosa 1789 dans le jargon de la généalogie.
 
Juste pour qu’elle  soit un peu moins invisible et juste pour que son village d’Alaincourt dans le département de l’Aisne soit un peu moins abstrait dans mon esprit.
 
Située dans l’ancienne Thiérache, la paroisse d’Alaincourt dont des terres ou prés appartiennent à l’Hôtel-Dieu de Saint-Quentin  cité éloignée de 13 kilomètres, est sur la rive droite de l’Oise.
 
Géoportail extrait carte de Cassini centré sur Alaincourt
  
Magdeleine, dont la naissance se situe vers 1643 et les noms de ses parents resteront à jamais inconnus,  épouse en premières noces un dénommé SELLIER dont elle aura trois fils Philipe, Jacques et Antoine nés dans les années 1663-1668.
 
Ensuite mon aïeule  se remarie vers 1669 avec un laboureur Pierre DOFFEMONT sosa 1788 et aura deux autres fils Nicolas et Jean mon ancêtre, leurs baptêmes en 1670 et 1673 figurent dans le registre des actes tenus par le prêtre Jean Bayart de la paroisse Notre-Dame d’Alaincourt.
 
Hélas en ce temps-là les vies sont brèves, et Pierre le laboureur décède en 1676, laissant veuve Magdeleine avec 5 enfants ; la même année elle s’unira avec Claude GOULIERE originaire d’une paroisse proche et lui donnera un fils Charles en 1677.
  
Un peu de répit pour Magdeleine qui verra grandir ses fils dont les aînés ont dû aider le nouveau chef de famille avant de convoler pour deux d’entre eux. 
 

Gallica église d'Alaincourt
Quelle pouvait être sa vie, et celle de la communauté paroissiale ? La carte de Cassini donne une approche du relief et de la végétation, et le cadastre napoléonien constitue aussi une base intéressante. L’habitat de ce petit village est assez resserré autour de l’église – dont je ne sais si le clocher était déjà en ardoise du temps de Magdeleine - pas de hameaux éparpillés.
 
Les noms des lieux sont évocateurs : vallée Bouvet, vallée Alain, sous les  falaises. Il y a un bras de l’Oise qui serpente, le bois Frémont, les bouqueteaux, la grande pièce, les champs à fromage (sic), quant aux champs pourris je pense à un secteur plus ou moins inondé qui servirait au rouissage du chanvre et du lin.
 
La dénomination du lieu les vignes est évidente, pour se rendre de la pâture grasse à la haute pâture il faut emprunter un pont sur l’Oise ; s’agissant de la pâture Le Roy son droit a fait l’objet de contestations  - comme souvent – de la part des habitants d’Alaincourt qui ont obtenu confirmation de cet usage.
 
De même les habitants disposaient de la banalité au pressoir du moulin du château de Moy tout proche. En contrepartie du pressurage des raisins et des pommes pour la mouture des grains, le valet du  moulin de Moy leur demandait annuellement les ratons (1) et les œufs rouges.
 
Mais le temps était compté pour Magdeleine DURY, elle fut inhumée dans le petit cimetière d’Alaincourt le 22 juin 1700, étaient présents son époux Claude GOULIERE, et quatre fils Jacques SELLIER, Nicolas et Jean DOFFEMONT, et Charles GOULIERE. Comptable des âmes de longues années, le prêtre Jean Bayart officiait et notait les témoins, qu’il en soit remercié.
 

Magdeleine DURY sosa 1789 ca 1643-1700
X ca 1663 dénommé SELLIER
X ca 1669 Pierre DOFFEMONT sosa 1788
X 1676 Claude GOULIERE
 
 
6 enfants 

- Philippe SELLIER ca 1663-1695
- Jacques SELLIER ca 1665- 1705 X Marie BRULE
- Antoine SELLIER ca 1668 X 1694 Marie TONNELET
- Nicolas DOFFEMONT 1670-1712 X 1701 Simone DELAIDDE
Jean DOFFEMONT sosa 894 1673-1736 X 1700 Jeanne GUILBON sosa 895
- Charles GOULIERE 1677-1705 X 1704 Magdeleine LESCAILLON

 
 
N.B. (1) ratons : a priori en Picardie, petites galettes ou crêpes
 
 
Sources :
Petits cailloux de Geneanet
AD 02 Alaincourt BMS et cadastre