samedi 17 février 2018

Décédé à l'hôpital du séminaire

« Ça va aller, vous pouvez me laisser » Deux femmes s’éloignent en cette journée d’été 1811 : il y a tant à faire à Montgilbert. J’aperçois Anne Poti toute repliée sur elle-même, assise sur un muret de pierre, anéantie, désespérée, ratatinée par la souffrance, comme une petite vieille alors qu’elle a environ 55 ans.
 
En ce jour, Anne POTI Sosa 89 est incapable de rejoindre dans les champs son époux Denis ROSSET Sosa 88. « Ils m’ont pris mon fils, ils ont tué mon petit ».
 
Oh mon Dieu que se passe-t-il alors que j’atteins ce petit village de Savoie ?
En 1811 Montgilbert est dans le nouveau Département du Mont-Blanc depuis la Révolution et terre du Premier Empire désormais.
 
Gallica Vieille femme Henry Monnier
« Vous qui n’êtes pas d’ici, peut-être de la ville, expliquez-moi pourquoi on nous prend nos fils ? La guerre au loin, très loin. Blaise, mon petit Blaise, je ne le reverrai pas. »
 
Anne Poti me tend alors un papier officiel. Elle me relate de façon un peu décousue qu'hier le Maire Pierre David est venu les voir, car il devait noter sur son grand registre le décès de leur fils Blaise ROSSET.
 
Comme un coup sur la tête pour Anne, parce qu’en tant que mère, obstinément elle ne croyait pas à l’irrémédiable, malgré ce qu’il se murmurait, malgré l’absence de nouvelles depuis deux ans. Elle se remet à pleurer, je lui prends les mains, m’installe à ses côtés, silences, regards sur les champs en contre-bas.
 
« C’est vrai ce qu’il a dit Monsieur le Maire  ? Il ne s’est pas trompé ? »
 
En lisant la transcription faite la veille 17 juillet 1811,  je découvre qu’à même pas 19 ans Blaise ROSSET  a été enrôlé dans l’Armée en 1809 sous le Premier Empire.
 
L'année 1808 ouvrit l'ère des énormes levées de conscrits: d'importantes consommations d'hommes dans les campagnes de la Grande Armée de Napoléon, et l'ouverture du second front en Espagne, creusant des trous qu'il faut sans cesse combler. Les meilleures divisions de la Grande Armée sont jetées en Espagne, qui ne les rendra pas. En moins d'un an, l’Empereur demande trois conscriptions.
 
Que dire à une mère éplorée, que la patrie était en danger et qu’il fallait la défendre, envers et contre tout, alors que Napoléon était lancé dans des conquêtes sans fin ? Que représentaient, pour les habitants d’un petit village de la Savoie luttant au quotidien pour arracher à la terre leur subsistance, tous ces chamboulements de régimes, d’administration, d’état-civil, cette conscription pesante et rapprochée sur tous les hommes valides ?
 
Ah, ce fichu acte est précis : Blaise ROSSET - un lointain grand-oncle - était  Chasseur du Troisième Régiment d’Infanterie Léger, cela sonne bien, et signifie  qu’il mesurait plus de 1, 70 mètre, donc grand pour cette époque. Célibataire, ayant tiré un mauvais numéro, sa famille ne pouvant payer un remplaçant, il était bon pour un service militaire de cinq ans.
 
Blaise est donc entré comme conscrit le 9 avril 1809. Anne votre fils a été malade, et s’est à la suite d’une fièvre qu’il est mort à l’hôpital du séminaire le 29 avril 1809, soit 20 jours après son incorporation.
 
Ce soldat n’aura pas usé son bel uniforme et un livret à son nom a-t-il seulement établi ? Je remarque qu’il a fallu 2 ans à l’administration militaire pour transcrire le décès à Paris, et 2 mois et demi de  plus pour que la pièce officielle arrive sur le bureau du maire.
 
« C’est où cet hôpital, ce séminaire, et la ville ? Il a été enterré où mon fils ? Il y a eu une messe ? »
 
Je relis l’acte établi par le Secrétaire général du Ministre de la Guerre : si l’endroit du décès est indiqué, la commune n’est pas mentionnée. Que puis-je répondre à cette maman effondrée ?
 
Vous savez Anne, je me souviens avoir lu qu’un important séminaire à Annecy était dirigé par l’ordre des Lazaristes , ceux-ci comme bien d’autres, furent réquisitionnés pour loger une partie des troupes. Ce séminaire fut aussi retenu pour établir un hôpital pour soigner les soldats blessés ou malades de passage.
 
« Ah bon ! Au fait pourquoi vous êtes là ! Vous êtes qui ? »

J’explique à Anne que je suis une lointaine parente, et que j’aime la montagne, et comme d’autres personnes je rencontre chaque mois un ancêtre. Je dis mon désarroi devant sa peine, n’ose évoquer ses autres fils d’autant que l’aîné aussi célibataire est peut être soldat, les deux fils cadets dont mon ancêtre François-Joseph sont encore jeunes  …
 
« Faudra revenir, quand je serai moins tourneboulée et que mon homme il sera à la maison, et dans d’autres circonstances ».

D’accord Anne, je viendrai vous revoir bientôt pour un autre rendez-vous ancestral.
 
En attendant vous pouvez retrouver ici : Anne ma chère épine

 
Petit rappel, si les dialogues et descriptions sont pure fiction, les personnes citées ont bien vécues dans les lieux cités et dates évoquées. Cette façon de voir sa généalogie a été initiée par Guillaume du Blog Le Grenier de nos Ancêtres.
Les billets des blogueurs sont regroupés sur un site :
RDVAncestral

Sources
- AD Savoie Montgilbert
- Fondation Napoléon : La conscription sous le Premier Empire
- Image du livret militaire tirée du site de Fréderic Berjaud :
le 3e régiment d'infanterie légère
- Gallica : Chanoine C.M Rebord ;
Grand Séminaire du Diocèse de Genève Annecy Chambéry



 

jeudi 15 février 2018

Isabelle seule avec Jeanne pendant 4 ans

Racontez-moi vos ancêtres, raconte-moi Isabelle seule avec sa petite pendant 4 ans de 1914 à 1918. Oui ce n’est pas récent cette Première Guerre Mondiale, surtout pour Anatole, Noé ou Florine notamment … Isabelle ARNOUX est leur arrière-arrière-grand-mère.
 
L’Europe grondait en ce début d’été 1914, les nouvelles n’étaient pas bonnes. C’était pourtant le bonheur au foyer d’Isabelle et Emile avec la naissance de leur premier enfant : la petite Jeanne Isabelle aux yeux bleu-gris comme ses parents. 
 

Braine à droite les Ecoles
 
Mariés dans la Drôme en 1912, Isabelle ARNOUX et Emile Octave Georges MERCIER tous deux instituteurs, vivaient à Braine dans l’Aisne. Cette petite ville de 1500 habitants en 1914, est située à 32 km au sud de Laon la préfecture, et à 22 km à l’est de Soissons, fièrement dominée par l’ancienne abbatiale Saint-Yved des 12e et 15e siècles.
 
Le tumulte se rapprochait encore, mais ils étaient trois maintenant avec Jeanne témoin de leur amour, petit bout synonyme d’espoir et d’avenir commun. Isabelle et Emile étaient-ils conscients que ce moment si privilégié serait si bref ?
 
Isabelle, Emile jeunes parents de 26 et 28 ans et leur bébé Jeanne auront été ensemble trois semaines seulement.
 

Braine Isabelle et Jeanne
Avec la déclaration de guerre et l’ordre de mobilisation générale, tous les hommes devaient se séparer de leurs proches, les embrasser tendrement et partir tout de suite. Emile MERCIER mon grand-mère paternel, caporal, arrive au 67e Régiment d’Infanterie le 4 août 1914 à Soissons, il entre en campagne le 12 décembre de la même année.
 

Pendant ce temps l’armée allemande déferle sur la France, envahit le département de l’Aisne, Barisis les Bois où demeurent les parents d’Emile est sous la botte de l’ennemi dès ler septembre 1914. L’avancée allemande atteint Braine dans la foulée où Isabelle demeure avec son bébé, toutefois la petite ville redevient française dès le mois d’octobre suivant.
 

Braine est avant tout une base arrière et joue un rôle essentiel dans la logistique du front du Chemin des Dames tout proche. Plusieurs axes de communication majeurs passent par la ville. C’est le point obligé de la plupart des troupes qui vont vers le front ou en reviennent.
 
 Jeanne Isabelle Mme Loubry et sa fille
Cependant Isabelle qui est institutrice a repris son travail, je sais qu’elle avait en charge les petits, mais avec le départ des maîtres des changements ont pu intervenir. J’espère qu’elle était  entourée par des amis ou connaissances, à défaut d’avoir de la famille sur place. Jeanne grandissait, petite blondinette, elle fixe bien l’objectif sur les photos. Clichés pris pour être envoyés au papa sur le front, aux grands-parents : elles ont « vécues » ces photos.



Sur deux  autres photos : à côté de Jeanne et sa maman sont citées Mme Loubry et sa fille, et quel est cet enfant à côté de Jeanne avec un soldat peut-être convalescent, Braine ayant des ambulances pour soigner les blessés. Photos en partie muettes, sur certaines la petite Jeanne est un peu floue car elle a bougé.

 
Braine  Enfant, soldat et Jeanne  
J’espère que des échanges de lettres ont pu se produire, mais cela ne fut pas facile pour la jeune maman, comme pour tous les civils. Gamine ayant questionné ma grand-mère, elle consentit tout juste à me dire : la vie était dure, point à la ligne.






Emile passera une permission (vraisemblablement la seule) à Montmeyran dans la Drôme, chez ses beaux-parents Jean Pierre ARNOUX et Noémie Olympe LAGIER, ne pouvant se rendre dans son foyer trop proche du front.

Mon grand-père Emile est porté disparu le 23 juin 1916, lors de la terrible bataille du fort de Vaux dans la Meuse. L’avis officiel est daté le 29 juillet 1916.

Douloureuse épreuve pour Isabelle lorsqu’elle apprendra cette disparition, pour ses beaux-parents qui perdent leur fils unique et tous les proches. Porté disparu selon la formule consacrée, Isabelle s’est-elle accrochée à un fol espoir qu' Emile fût blessé, ou fait prisonnier ?
 
Braine reste française pendant presque toute la guerre, à l’exception de septembre 1914 et, surtout, de plusieurs semaines en 1918. Peu concernée directement par les combats de la guerre, elle est toutefois bombardée par des obus à longue portée ou des avions qui font des victimes, et occasionnent des destructions. La ville s’est vidée d’une grande partie de sa population pendant le conflit.
 
A quel moment, Isabelle et sa petite Jeanne ont quitté Braine ? Pas avant fin 1917, mais avant mars 1918 ? Quel fût l’évènement catalyseur ? Je sais qu’elle sont passées par l’Allemagne, la Suisse et ont abouti à Evian en Haute Savoie comme tant d’autres rapatriés.
 


Braine Jeanne et Isabelle
Des femmes, des enfants et des vieillards acheminés par convois ferroviaires, via la Suisse, 375 000 rapatriés au total,  ont été pris en charge par les instances évianaises lors de ce conflit mondial.
 
De station d'attente au début de la guerre, Evian est devenue en 1917, en raison de ses structures sanitaires et ses nombreux hôtels, centre principal du dispositif d'accueil mis en place par les pouvoirs publics. C'est ainsi qu'arrivent chaque jour par train, sur les bords du Léman, 1 200 civils rapatriés, dans un état de grande pauvreté, qu'il faut enregistrer, réconforter, soigner, habiller, héberger...
 
Jeanne se souvenait avoir dormi sur la paille «  çà grattait » et aussi que les « pruscottes » déformation des prussiens lui avait pris sa poupée. Elle attrapa la typhoïde fût très affaiblie, au point de ne plus pouvoir marcher à plus de 3 ans.
 
En farfouillant de nouveau dans les quelques cartes postales que je détiens, une m’a interpellée provenant d’Evian datée d’avril 1918 et faisant référence à la Supérieure du Couvent des Clarisses.  Isabelle et Jeanne ont pu être hébergées dans ce couvent ou soignée pour la petite avant d’entamer la dernière étape pour Montmeyran dans la Drôme.
 
Jeanne était sauvage car souvent seule avec sa mère, et puis cette fuite, avec les femmes, enfants et vieillards, ballotées elles le furent.
 
Sa grand-mère Noémie Olympe  LAGIER eut à cœur d’apprivoiser cette petite-fille dont elle faisait enfin connaissance  et de la « remplumer »  avec des cuillerées d’huile de foie de morue au programme, et à renfort de lait de poule (boisson avec du lait, des jaunes d’œufs et du sucre). Je détiens une photo de Maman un peu tristounette, les cheveux raides, et les jambes bien gringalettes.
 
C’était la première vie de ma grand-mère maternelle Isabelle ARNOUX épouse d’Emile MERCIER et maman de Jeanne, épouse d’un soldat, d’un poilu porté disparu, épouse elle le sera jusqu’en 1920 où officiellement elle deviendra veuve. Jeanne grandira dans la Drôme car Isabelle y sera nommée institutrice dans un village au pied du Vercors.


***
 
Il s'agit du premier billet sur le thème #RMNA Raconte-Moi Nos Ancêtres
Saison 1- Année 1918 suggéré par la "team" de RDVAncestral
http://rdvancestral.com/rmna/



Carte et photos : documents de famille

vendredi 26 janvier 2018

Un collier de prénoms avec Nésida

Au centre du collier,  le prénom de ma grand-tante maternelle Nésida ARNOUX dont c’était le prénom d’usage. Née dans la Drôme en 1879, elle a été déclarée à la mairie de Montmeyran par son père Jean Pierre ARNOUX agriculteur sous les prénoms de Fanny et Nésida.
 
Mystérieux prénom dont j’ignore – à mon grand regret – la signification. Nésida ou sa variante Nézida est un prénom donné au 19e siècle dans la Drôme, l’Ardèche et parfois dans le Gard, terres de tradition protestante.
 
Est-il une contraction de Nessie et d’Ida : Nessie prénom féminin (de la nature) avec une étymologie latine « agnus » agneau et Ida avec une étymologie « hild » combat ?

Une hypothèse peut-être, que je formule à l'occasion du généathème sur les prénoms sortis de nulle part proposé par Sophie de La Gazette des Ancêtres.
 
 
 
Ensuite dans ce collier, les prénoms de sa mère Noémie Olympe LAGIER née en 1848 dans la Drôme, mon arrière-grand-mère maternelle.
 
Pour Noémie, j’ai extrait d’un livre « les prénoms féminins » - trouvé sur Gallica - une approche de leur personnalité assez confuse et délirante. Les Noémie sont dites femmes laborieuses, simples et bonnes. Elles ont de l'activité, mais une certaine nonchalance naturelle, ce qui n’empêche pas qu’elles soient tout le contraire des femmes paresseuses.
 
Elles sont sensibles aux maux d’autrui et toujours prêtes à se dévouer ou à faire quelque bienfait. Leurs goûts sont modestes pour elles-mêmes, mais il n'y a rien de trop beau pour leurs enfants, car elles sont dévouées à leur famille.  Curieuses, bavardes, leur mauvaise humeur n’est jamais de longue durée. Elles ont peu d’ennemies, et leurs amies sont nombreuses.
 
Plus sérieusement, Noémie prénom biblique vient du prénom hébreu Noah, qui signifie "agréable, gracieuse".  Noémie est la belle-mère de Ruth, elles s'installent toutes les deux à Bethléem après le décès de leurs maris. Noémie fait partie des ancêtres du Roi David et du Christ.
 
Le prénom Noémie a une utilisation très restreinte jusqu'au 16e siècle, on le retrouve dans les familles puritaines d'Angleterre. Ce prénom arrive progressivement en France à partir du 19e siècle, donné entre 1830 et 1910, avant d’être remis au goût du jour depuis plus de 15 ans environ. Il se fête le 21 août.
 
***
 
Olympe : ce prénom féminin a une étymologie grecque « Olumpos » montagne sacrée où reposaient les dieux grecs dans la mythologie grecque.
 
J’ai découvert une Sainte Olympias ou Olympiade, veuve très jeune du Préfet de Constantinople au 4e siècle. Elle se consacra à Dieu, et sa vie entière ne fut qu'une suite de bonnes œuvres. Ses biens, qui étaient considérables, devinrent le patrimoine des pauvres. Sa charité s'étendait à tous les pays, à toutes les Églises qui avaient besoin de secours. Sévère pour elle-même, elle jeûnait fréquemment et pratiquait dans sa maison les austérités et les mortifications du cloître. Tout était pauvre chez elle, sa table, ses vêtements, ses meubles.
 
Si je me réfère au livre « le caractère par le prénom » d’Albert de Rochetal »  Olympe est un prénom assez rare : il donne de l’orgueil, de l’intelligence, de l’énergie et beaucoup de savoir-faire. Les femmes qui portent ce prénom ne sont jamais nulles, mais elles ont des idées très exclusives.
 
Pour la France, le graphique de Geneanet révèle que ce prénom est donné depuis 1600, avec des pics entre 1830 et 1860.
 
Geneanet  prénom Olympe en France
 
Enfin pour ce collier, je retiens les prénoms de Sylvie Ludimille AUDE une de mes arrière-grand-mère paternelle née en 1859 à Modane en Savoie.
 
A mon grand étonnement Sylvie, féminin de Sylvestre, figure au calendrier révolutionnaire évoquant la forêt à travers l’étymologie « sylvestre » du mot. Sylvie existait déjà depuis l’Antiquité. Une sainte porte ce nom, fêtée le 5 novembre : la mère du pape Grégoire le Grand, issue de la noblesse romaine et décédée  vers 592. Ce prénom s’est porté en France tout au long du 19e siècle. Nom gracieux mais léger.
 
Ludimille  ou Ludmille ou Ludmila se fête le 16 septembre. Son étymologie est germanique « hlod » gloire et « mil » généreux

Ludmila est une duchesse de Bohême née ver 860. A Prague en Bohême, Sainte Ludmila, considérée comme martyre, assuma l’éducation de son petit-fils Wenceslas en s’efforçant de lui inculquer l’amour du Christ, mais dans une conjuration des nobles sa belle-fille Drahomira la fit étrangler.
  
Beaucoup de monuments lui sont consacrés à Prague, comme par exemple la statue de Sainte Ludmila avec Saint Venceslas enfant qui se trouve sur le  pont Charles, ou l’église de Sainte-Ludmila sur la place de la Paix.

Oh - Sylvie Ludimille - je ne pensais pas que tu allais me donner une raison supplémentaire pour retourner à Prague et arpenter le célèbre pont Charles, afin d’admirer toutes les statues dont celle de Sainte Ludmila…
 
 
 
Sources : Gallica    
Les prénoms féminins et  Le caractère par le prénom

samedi 20 janvier 2018

Quadruple mariage à Montmeyran

Gai, gai, marions-nous ? Et dîtes-moi les anciens, s’agit-il de vos enfants ? Si vous êtes perspicaces, vous vous doutez qu’aujourd’hui mon rendez-vous mensuel avec nos ancêtres, initié par Guillaume du "Blog le Grenier des Ancêtres" va tourner autour de la filiation.
 
Mandement de Montmeyran, terre drômoise actuellement, je me retrouve propulsée en 1727.  Les terres sont en sommeil en ce mois de janvier, les arbres ont leurs branches dénudées, et les corbeaux ont renoncé à croasser. Le ciel est bas, je ne peux apercevoir la montagne de la Raye au loin.
 
Jean DORELON a rêvé qu’une lointaine descendante voulait l’interroger, il l’a dit à son épouse Isabeau CLEMENT. De même  Claude RICHARD et Madeleine ARNOUX ont eu un rêve similaire, ils en sont peut-être inquiets. Ils sont tous là dans une maison à l’écart du village a priori, peut être au hameau Les Dorelons ?
 
Rentrez-vite il fait frisquet à l’extérieur - souligne Jean DORELON sur le pas de sa porte.  Le maître de maison a les bras chargés de bûches.

Isabeau CLEMENT - la mine un peu fermée - est debout devant la cheminée. Les deux autres protagonistes sont déjà dans la pièce où règne une douce chaleur, et sont assis sur un banc.
 

Photo Pixabay
 
Alors comme çà vous venez d’un autre temps ? Vous vous posez des questions sur nous ?
Oui à mon époque on cherche ses racines, on s’intéresse à ses ancêtres, aux lieux  qu’ils habitaient, l’histoire de leur paroisse, de leur province. On a différents outils pour les recherches.

Des outils ?
Enfin …  c’est-à-dire des facilités pour trouver les documents.
Oh dans le coin, çà n’a pas toujours été facile note Jean DORELON, Claude RICHARD opine du chef.
 
Isabeau CLEMENT marmonne quelque chose en patois, probablement du genre « fais attention à ce que tu dis, on la connait pas la dame ».
 
C’est que dans les villages de ce secteur bien des habitants ont suivi les idées de la Réforme et, après la Révocation de l’Edit de Nantes en 1685, ont dû se résigner, sous les multiples pressions, à abjurer leur foi pour notamment que les enfants ne soient pas considérés comme bâtards.
 
Je suis heureuse que vous ayez accepté de me recevoir dis-je pour détendre un peu l’atmosphère en sortant de ma besace en toile de chanvre plusieurs actes.

Regards très surpris de l’assemblée.
Vous avez pris ces papiers où ?
Oh maintenant c’est possible d’avoir des copies !
 
C’est ainsi que pour vous Jean DORELON et Isabeau CLEMENT, tout comme pour Claude RICHARD et Madeleine ARNOUX, j’ai les actes de vos mariages célébrés en 1695 et 1696 dans l’ancienne église de Saint-Genis et j’ai aussi les actes de baptêmes de  vos enfants.
 
Dans votre foyer Jean et Isabeau, il y a eu Pierre, Louis, Marie née en 1701, puis André, Jean, Laurent et aussi Judith (tiens un prénom biblique).
 
Et me tournant vers Claude et Madeleine : vous avez eu aussi 7 enfants Anne, Catherine, Madeleine, François né en 1703, puis Marie-Jeanne, Claude et Guichard.
 
Tous ce petit monde a été baptisé par le Curé MORIER, en général 3 ou 4 jours après leur naissance (tiens donc comme si on hésitait à les conduire à l’église ou si on avait du mal à trouver les parrains-marraines estampillés bons catholiques ou susceptibles d’être agréés).
 
En tout cas Jean DORELON vous savez signer lui dis-je histoire de faire comprendre que je me suis appliquée à dénicher tous les indices possibles, car le père est parfois cité comme témoin à certains baptêmes.
 
Oui, oui … Bon alors vous avez évoqué un quadruple mariage ?
 

AD 26 Montmeyran 1722-1743 BMS RC vue 26
 
Le curé de Montmeyran énumère dans un seul  acte - hélas non filiatif –  l’union de 4 couples :
 - Claude BADOT et Antoinette CHASSOULIER
 - André DORELON et Madeleine RICHARD
 - Jean Louis DORELON et Catherine RICHARD
 - François RICHARD et Marie DORELON
 
Je pense que deux de vos enfants Marie DORELON  Sosa 231 et François RICHARD Sosa 230 - mes ancêtres - sont un des couples uni lors de la célébration du 8 février 1725. Marie a presque le même âge que François.
 
De même André et Madeleine unis le même jour me paraissent être aussi vos enfants, ainsi que Catherine, car pour Jean Louis je m’interroge. Celui-ci est peut être un neveu à vous. Cela ne peut être votre fils Louis qui est décédé à deux ans et demi.
 
J’ai aussi noté que le 28 octobre 1720, le même prêtre, a béni le mariage de Pierre DORELON et Anne RICHARD. Chers hôtes, j’en suis arrivée à déduire qu’il s’agit de vos aînés baptisés en 1696.
 
Silence et regards amusés à ce stade de mes explications…
 
Ces trois mariages entre vos deux familles, l’étaient-ils pour simplifier les festivités des noces, ou pour des histoires de compensations de dot. Peut-être mais pas uniquement, car au 18ème siècle la formation des couples se fait sous les yeux du village. Montmeyran a fait partie des villages avec deux communautés : les familles des nouveaux convertis et les familles restées dans la religion catholique.
 
François RICHARD époux de Marie DORELON en 1727, lors du baptême d’un neveu, est mentionné comme nouveau converti. Quant à sa mère Madeleine ARNOUX  il a été rapporté au Curé en 1739 qu’elle a été ensevelie en terre profane, elle est donc décédée hors de l’Eglise Catholique.

Foi protestante souterraine et familiale, foi identique qui plus avant dans le 18ème siècle réapparaît avec des mariages « Au Désert » par des pasteurs, des réhabilitations avec l’Edit de Tolérance de 1787 du Roi Louis XVI. 
 
Toutes les branches de mes aïeux de Montmeyran  me posent des questions similaires !
 
Cœurs en bois éparpillés, embrouillés comme les lignes, les noms et les mots de cet acte de mariage.

Ai-je résolu de façon plausible le puzzle de cette partie de mon arbre généalogique. Du moins ai-je exposé mon sentiment et les liens de François RICHARD et Marie DORELON, avec leurs parents Claude RICHARD Sosa 460 et Madeleine ARNOUX Sosa 461, ainsi que Jean DORELON Sosa 462 et Isabeau CLEMENT Sosa 463.
 
Amis lecteurs pensez-vous que je me fourvoie ?  


Sources
AD 26 Drôme – Montmeyran BMS RC
Précieux relevés de l'Association EGDA
qui sont autant de petits cailloux semés

vendredi 12 janvier 2018

Epoque remarquable pour Saturnin Chaix

Direction la Savoie, et la petite paroisse de Montgilbert, en Maurienne, où j’ai de nombreux ancêtres. En  feuilletant un registre paroissial, j’ai remarqué une mention  portée par Saturnin Chaix Curé de Montgilbert suivie d’une petite note.
 
 « Epoque remarquable de la Révolution française »
 « Le 7 avril 1793 ensuite de la proclamation du 8 février même année, je suis parti à mon grand regret de cette paroisse pour ne pas prêter le serment qu’exigeait ladite proclamation. Les officiers municipaux en vertu de ladite proclamation m’ont expédié un passeport en date du 7 avril 1793.
Je me suis retiré en Piémont dans la ville et province de Bielle jusqu’au 23 juin 1802 et le 27 je me suis rendu auprès de ce peuple qui m’a revu avec bien de satisfaction.»
                                    Saturnin Chaix Curé
 
« Notre Savoie a été sous la domination française depuis le 23 septembre 1792 jusqu’au mois de mai 1814. »
 
  
Le 22 septembre 1792, les armées françaises républicaines du Général Montesquiou entrent en Savoie. Les troupes du Roi de Sardaigne se retirent sans se mettre en état de défense, en sorte que le pays tombe en une matinée sous la domination des Français.
 
Quelque temps après, on convoqua à Chambéry une assemblée générale de la Savoie, dans cette assemblée dite des Allobroges, on décréta  la réunion de la Savoie, pour ne faire qu’une république indivisible et démocratique. Dans l’organisation du département du Mont-Blanc, les quatre commissaires, députés de Paris, publièrent une proclamation en date du 8 février 1793, par laquelle ils exigent de tous les ecclésiastiques et de tous les fonctionnaires publics le serment de maintenir l’égalité et la liberté, et de mourir en les défendant, et ordonnant à ceux qui refuseraient  ce serment de sortir de la République.
 
Saturnin Chaix, Curé de Montgilbert fût un des nombreux prêtres de Maurienne à prendre le chemin de l’exil, à ce titre il figure sur la liste des Emigrés du  Département du Mont-Blanc.
 
Il partit donc pour le Piémont avec François Molin, Curé d’Epierre. Les mémoires de ce dernier sont instructives sur la concertation entre les différents prêtres en vue de la conduite à tenir, la décision de prêter serment qui permettait de rester près de leurs ouailles, ou de partir muni d’un passeport délivré par les nouvelles autorités.
 
François Molin, menacé d’arrestation, rejoint par Saturnin Chaix Curé de Montgilbert, partirent bien d’Epierre, le 8 avril 1793, très tôt : mais après avoir dit la messe… Ils dinent à Saint-Rémy, soupent à Sainte-Marie de Cuines chez le notaire Rostaing, repartent dans la nuit au nombre de 8 à 10. Tout ce petit monde marche la nuit, hors des grands chemins. Le 9 avril, ils sont au nombre de 30, tant prêtres que guides…
 
A l’entrée de la nuit le 10 avril, après avoir traversé les montagnes, sans aucun fâcheux incident, sauf pour le Chanoine Pascal, Curé de Saint-Michel, à qui les doigts de pieds ont gelé, le groupe arrive à Bardonnechia dans la vallée d’Oulx, dans les Etats du Roi de Sardaigne. Le groupe d’émigrés y séjourna pour respirer.
 
Saturnin Chaix s’installa et demeura dans la ville et province de Bielle sans discontinuité, il ne revient dans sa paroisse de Montgilbert qu’en 1802, après la signature du Concordat entre la France et le Pape qui redéfinit les relations entre l’Etat et l’Eglise. François Molin Curé d’Epierre fît lui des va-et-vient entre les deux côtés des Alpes, et ses mémoires sont une mine sur cette période.
 
***

Soigneux et préoccupé, le Curé de Montgilbert dans le même registre inscrit aussi :
« Il y a ici une grande lacune des registres de baptêmes (1) de mariages et de sépultures depuis l’exil des Curés à cause du refus du serment porté par la proclamation du 8 février 1793.

Ainsi ceux qui désirant se procurer des extraits des registres de Baptêmes, de Mariages et de Sépultures pourront recourir à la chambre de la Municipalité de la Commune où les actes desdits Baptêmes, soit naissances, Mariages, et Sépultures se sont passés par devant l’officier public muni des pouvoirs de la République française.
 
(1) Je les recueille dans un cahier non relié avec ceux fait par Mr Cantin curé en sa qualité de desservant pendant mon absence. »
 

 
Plus loin, dans le registre, lié aux sépultures, Saturnin Chaix note :
« Les droits funéraires de M. le Curé sont pour les chefs de famille douze livres
Pour le traitement dudit Curé, chaque faisant feu, doit une carte de froment, et une carte de seigle à l’envers, avouée par délibération du conseil de la commune du 15 juillet 1741. Brunier Secrétaire.
On paye un demi pot de vin pour chaque fosserée du vignoble de Rebuffet. »
Pour mémoire pour mes successeurs.
 
Petite précision, la carte ou quarte est une mesure pour les matières sèches. La fosserée est une unité de surface approximative, correspondant à la surface de vigne qu’un homme peut piocher dans la journée.
 
Un registre paroissial peut fort bien inciter à réviser l’histoire, et à se plonger dans les délices des anciennes mesures …. Procrastination vous dîtes ?

 

Sources
Archives départementales Savoie :
Registre paroissial Montgilbert 4 E 2354 vues 11,12 et 68
Gallica :
Souvenirs de la persécution soufferte par le clergé du diocèse de Maurienne pendant la période révolutionnaire par François Molin curé d’Epierre.

vendredi 15 décembre 2017

Boulot et mariage pour Antoine clerc laïc

L’essieu de la roue de la carriole grince, d’autant que la route comporte des ornières. Heureusement que pour finir le trajet vers Barisis aux Bois, j’ai rencontré une âme charitable qui m’a hissée à son bord. Il s’agit d’un marchand chanvrier qui se rend aussi dans cette paroisse du Laonnois, accompagné d’un tisserand qui rentre chez lui.
 
- C’est pas raisonnable ma petite dame de cheminer toute seule, qu’en pense votre famille ? Il y a plein de forêts par ici, savez-vous que la paroisse est réputée pour la qualité des toiles de chanvre tissées par les tisserands ?
 


BM Lyon- Baron Balthazar Jean

- Je n’avais pas trop le choix : il me faut être à tout prix ce mardi 28 août 1736 à l’église Saint-Pierre et Saint-Paul pour le mariage d’un parent … (difficile d’ajouter le mariage d’un de mes ancêtres afin de ne pas manquer mon rendez-vous ancestral mensuel).
 
- Oh oui, j’ai entendu dire qu’un nouveau clerc laïc allait s’installer après avoir rencontré le Syndic et reçu l’autorisation d’enseigner de M. le Curé. Il doit remplir les conditions et a sûrement obtenu un certificat de moralité comme il vient de loin.  Il va remplacer notre clerc laïc Jean LEPREUX qui a pris de l’âge et il épouse sa fille cadette… la pauvrette elle n’est plus toute jeune. 
 
- Oui, c’est Antoine MERCIER (Sosa 192) qui vient du village d’Ambleny. (Chut c’est un de mes ancêtres qui m’a donné beaucoup d’émotions… un de mes préférés.)
 
Fils de Jean MERCIER et Marie HIDRON, Antoine avec ses vingt et un printemps, est au tournant d’une nouvelle vie : du travail et une épouse dans un nouveau village.  Il s’apprête à unir sa destinée à Louise Renée LEPREUX 27 ans, fille de Jean LEPREUX et de Marie Jeanne LAHOBE.
 
Voilà en dépit des cahots et des grincements, on est arrivé devant la petite église paroissiale de Barisis aux Bois, le tisserand m’aide à descendre de la carriole, et je remercie vivement le marchand chanvrier pour son transport.
 
Je me faufile avec d’autres personnes pour pénétrer dans l’église où va officier Dom Bertin Ruë. Antoine MERCIER le marié, pas très grand, vêtu de neuf est accompagné de Marie HIDRON veuve de Jean MERCIER, très fière. Il est flanqué de son frère aîné Jean, plus grand, belle prestance, c’est un des témoins.
 
La mariée, maigrichonne et pâlotte, entourée de ses parents, paraît intimidée, peut-être en est-il de même pour le marié ? Louise Renée LEPREUX a comme témoin un oncle Charles LAHOBE,  et aussi un beau-frère Vincent VILLE (SOSA 196) : tiens donc voilà un autre ancêtre.
 
Deux autres témoins interviennent aussi, Louis Jacques WATIER, Syndic et Alexandre ROSSIGNOL Greffier et marguillier, de la paroisse bien sûr. Toutes les personnes citées signent, Antoine MERCIER accompagne sa signature de ruches, celle de son frère Jean révèle une habitude certaine de l’écriture et un caractère affirmé.


 
Papoti-papota des commères, mes voisines de banc, pendant les signatures du registre et en attendant la sortie des nouveaux mariés.
 
- Tiens l’année dernière c’était  Marie-Jeanne, la sœur aînée de la mariée qui épousait Vincent VILLE. Bah, elles sont pas costaudes ces deux là, j’entends.

Et oui, mes ancêtres Antoine MERCIER et Vincent VILLE seront beaux-frères quelques mois. Leurs épouses affaiblies chacune par une naissance décèderont rapidement. L’enfant d’Antoine échappera aux limbes, car baptisé in extremis par sa grand-mère Marie HIDRON. J’écarte cette pensée, en ce jour particulier.
 
- Ben dis moi, le nouveau clerc, il va lui falloir du courage susurre une paroissienne : on doit lui envoyer tous les enfants de moins de 14 ans, sinon on risque une amende. Il leur apprend le catéchisme et les prières. 
 
- Mon homme il trouve bien  que le maître apprenne à lire, à écrire, à compter et aussi quelqu 'chose qu’on dit grammaire… Du coup, on verse pas au maître la même somme : 3 à 6 sols par mois.
 
- Ouais, ça fait beaucoup, et pour les filles c’est pas trop utile moi je dis !
 
- Oh le nouveau clerc, il va sûrement habiter chez Jean LEPREUX, c’est commode et près de l’église. Il y a déjà la pièce pour la classe avec des bancs et des tréteaux, et aussi le poêle, pour le bois nos écoliers l’apportent…
 
C’est vrai qu’Antoine MERCIER devra  aussi sonner l’angélus, le matin, le midi et le soir. Il devra remplir toutes les fonctions relatives à son état, tant suivant la religion, que lire les placards, ordonnances et règlements : ces publications se faisant à la sortie de la messe. Il sera souvent être témoin lors de mariages ou inhumations.
 
Recevait-il chaque dimanche dans toute maison où il portait l’eau bénite suivant l’usage ancien : un sol ou un petit pain de cette valeur ? J’espère que chaque ménage lui versait bien 3 sols à la Saint-Jean-Baptiste, et que la paroisse lui versait une contribution.
 
- Dîtes vous, qui êtes une invitée du promis, y fait pas tout çà pareil vot’ clerc laïc ?
- Oh si, enfin presque… 
 
Je me dis que dans l’assemblée, il y a peut-être  Louis DAUBENTON garde-vente ou son épouse Marie GRANDIN, Marie-Catherine ROSSIGNOL et bien d’autres ancêtres. J'évite de trop dévisager les personnes de l'assemblée.
 
Mon temps s’est écoulé, Marie HIDRON et son fils Antoine MERCIER m’ont fait un petit signe : du genre à une autre fois.


Juste un petit rappel, pour le lecteur non-initié : si les dialogues et description des personnes sont pures fiction, celles-ci ont bien vécues dans les lieux cités et aux dates évoquées.

 
Pour retrouver Marie HIDRON et son époux Jean MERCIER
Sources
Archives Aisne 02 Barisis BMS 1721-1750 vue 100
Gallica Bulletin de la Société des antiquaires de Picardie :
Choix et nomination d’un maître d’école et clerc laïc dans un village au XVIIIe