mercredi 25 décembre 2019

Noémie une ancêtre de Noël

Il est né le Divin Enfant, jouez hautbois, résonnez musettes !

Elle est née la petite Noémie Olympe en ce 25 décembre 1848, jour de Noël.

Elle a poussé son premier cri à quatre heures du soir à Upie, dans la Drôme, en la maison de ses parents au lieu-dit Les Vesonnières. Noémie Lagier, mon arrière-grand-mère est la petite dernière d’Elisabeth Métifiot et de Daniel Lagier


Gallica


Réjouissons-nous, cette toute-petite est mignonne et douce, point de bergers pour se pencher sur son berceau mais les visages de ses sœurs et frères. Quel beau présent pour la fratrie ! 

Courageuse et vaillante Elisabeth, qui en 15 ans de mariage, offre à 38 ans un onzième enfant à l’heureux père de 43 ans. 

Qui d’Elisabeth ou de Daniel a choisi les prénoms de cette dernière-née. Noémie porte un prénom biblique qui vient de l’hébreu Noah qui signifie « agréable, gracieuse ». 

Le lendemain 26 décembre 1848 à midi, le citoyen Daniel Lagier a pris la direction de la Mairie (il en avait l’habitude) pour présenter et déclarer la naissance de mon ancêtre de Noël. Ce jour-là il se dit - maître de pressoir- et les citoyens Jacques Joseph Ferrand et Jacques Antoine Chirouze cultivateurs sont les témoins. 

Le maire semble-t-il s’est trouvé confronté pour la première fois aux prénoms choisis, au lieu de Noémie il a noté Néomie, et simplifié pour Olimpe ! 


AD 26 BMS Upie


Ne soyez pas étonnés de l’emploi du terme de citoyen, en février le Roi Louis-Philippe avait abdiqué après trois jours d’insurrection, et la Seconde République proclamée par le poète Lamartine, et le 10 décembre 1848 venait tout juste d’être élu Président un certain Louis-Napoléon Bonaparte. 

Bien des événements, mais le principal pour ma généalogie est la naissance de Noémie une ancêtre de Noël. 

Elle est née la toute-petite, sonnez hautbois, résonnez musettes ! Bienvenue Noémie !






samedi 16 novembre 2019

Le créju modeste objet du quotidien

Une main d’enfant m’a entraînée dans la maison d’un village de Savoie, celle de Benoîte Durieu-Trolliet à Montpascal vers 1705, ou celle de Jacques-François Porte à Avrieux en l’an 1825 ? Mystère d’une rencontre avec ses ancêtres, c’est un logis de montagne aux épais murs de pierre pour se protéger des intempéries hivernales, la pièce s’avère être très sombre, quelques braises rougeoient dans la cheminée. 

M’accoutumant à l’obscurité, une silhouette féminine se dégage, de profil : s’agit-il de Jeanne Montaz-Rosset jeune veuve avec plusieurs drôles à charge, ou d’Angélique Bard  épouse de Florentin Porte,  je ne saurais dire.

Cette jeune femme se saisit d’un modeste objet métallique, peut-être en cuivre ou en laiton, l’enfant me chuchote : « le créju »


Ce petit ustensile de quotidien au fond plat serait-il une lampe à huile, Jeanne ou Angélique - peu importe - vérifie que la mèche de coton ou « farêt » soit bien disposée dans le petit réceptacle qui contient de l’huile de chanvre. 

Puis mon ancêtre prend le « créju » qui était posé sur un coin de la table, et je découvre que ce petit objet comporte une tige mobile munie d’un crochet, il est ainsi aisé de porter la lampe  jusqu’au foyer de l’âtre en l’occurrence pour allumer la mèche avec les braises. 

Gestes simples et habituels, voilà le « créju » suspendu à une poutre avec son crochet mobile, la lumière de la lampe voit ainsi son rayonnement étendu. Esquisse de sourire de ma silhouette, façon de dire : voilà c’est tout simple ! 

Jeanne ou Angélique, toutes deux me signifient ainsi que ce modeste objet était intimement lié à leur vie domestique, présidait au lever et au coucher de la famille, aux repas du soir, aux longues veillées d’hiver. 

Suspendu à un crochet, au mur ou à une poutre du plafond, il éclairait les travaux de nos anciennes ménagères en train de préparer les repas, de filer la laine, de ravauder des bas, de raccommoder le linge de la famille. Plusieurs scènes - comme des flashs - me viennent à l’esprit, dont celle d’un groupe d’une dizaine de personnes éclairées par la chaude et vaillante lumière d’un « créju »

Il en est un de ces « créju » ou « créjeul » relégué comme un objet inutile dans un galetas, qui faute d’avoir atterri dans un musée provincial comme curiosité, a abouti sur une brocante. L’unique jour où j’ai chiné dans une brocante avec Papa, je me suis retrouvée dotée de deux objets dont un « créju » modeste ustensile d’autrefois qui pouvait lui rappeler des souvenirs, trop heureux que je m’intéresse à une vieillerie savoyarde. 

Tout ce que vous avez voulu savoir sur un modeste objet d’autrefois sans oser le demander, objet que l’on trouvait dans toute la France, mais aussi en Italie, Allemagne, Angleterre ou en Suisse. 




N.B. 
Créju, créjeul mais aussi, croejus, croisel, crosel, cruseau, ou crusol, cruzieu, telles sont les variantes en Savoie.

Billets du RDVAncestral par ICI

Sources 
Gallica 
Société d’histoire et d’archéologie de la Maurienne

samedi 19 octobre 2019

Débusquer l'aïeule de l'année

Mais si, mais si, je suis partie sur la piste de ma lointaine grand-mère à la 11ème génération portant le numéro 2019, celui de l’année, et profite d’un rendez-vous ancestral pour vous emmener dans la Drôme berceau de ma grand-mère maternelle. 

Allez, je grimpe l’escalier : Maman, puis Isabelle Arnoux ma grand-mère, c'est facile pour les premières marches, tout comme pour Noémie Lagier mon arrière-grand-mère qui me fait un signe d’encouragement. 

Pixabay

Sur une autre marche Elisabeth Métifiot aïeule dont j’ai toujours su le nom comme celui de son époux Daniel Lagier ; prise d’une hésitation je n’ose frapper à la porte de leur ferme. J’entends plusieurs voix, des propos assez vifs, il faut dire qu’ils sont nombreux : je passe et reviendrai à un meilleur moment. 

Petite pause vers 1840 avec Catherine Masserole alors âgée de 70 ans et veuve d’Etienne Métifiot meunier, celle-ci m’apostrophe : comment tu m’as dénichée ? 

Dois-je dire par l’intermédiaire de votre fille cadette, des actes de naissance des nombreux enfants que vous avez donné à Etienne : toute une vie familiale de joies et de peine lors de mariages ou de deuils à Upie. 

Vous savez Catherine j’ai galéré pour votre union, pour repérer en 1796 les publications et l’acte de votre mariage dans les registres de l’époque révolutionnaire de Montmeyran pas trop bien écrit (et surtout d’une mauvaise numérisation). Un peu de peine aussi pour débusquer votre baptême en 1771 par le Pasteur Ranc à Beaumont-les-Valence, vous aviez 3 jours et votre marraine s’est ensuite révélée être votre grand-mère. 

AD 26 Beaumont  les Valence RP 1771

Invitée à saluer ses parents Claude Masserole et son épouse Marguerite Baud, plusieurs marches plus haut je ne les trouve pas sur le palier, pourtant le Pasteur les a unis à La Baume-Cornillane cette fois, paroisse à forte empreinte protestante. 

AD 26 La Baume-Cornillane RP 1770

Si mon ancêtre Claude a été baptisé par le Curé de Montmeyran, ses parents François Masserole et Catherine Sausse ou Sauce ont reçu la bénédiction du Pasteur « Au Désert » en 1750

AD 26 Registre "Du Désert" 1750

Vous êtes peut-être perdu, mais les marches de pierre sont parfois difficiles à gravir, de hauteur inégale, il faut se tenir au mur, lire et relire les actes : parce que Sauce ce n’est pas Faure (erreur de débutante). 

Il faut se faire une raison avec ma chère branche de la Drôme en terre protestante, et naviguer entre les différents registres : actes protestants ou actes catholiques selon la période et la teneur des directives royales et le poids des répressions. 

Dans cet escalier, où je m’essouffle, la silhouette entrevue est-elle celle de François Masserole, lui qui fut enterré en terre profane, comme tant d’autres de mes ancêtres, dont « on rapporta » le décès 3 mois après au Curé selon la formule consacrée, bien que baptisé à l’Eglise en 1717. 

Ses propres parents Claude Masserole et Judith Bonnet furent unis par le Curé de Montmeyran en 1713, les mariés étaient nés en 1677 et 1681 avant la Révocation de l’Edit de Nantes. 

Auparavant Imbert Masserole, laboureur qui ne savait pas signer, a eu 7 enfants avec Madeleine Dorelon tous baptisés par le Pasteur. 

Egarée dans ce rude et désormais sombre escalier, mains griffées par les parois, j’ai glissé dans le temps jusqu’en 1659 où un Notaire de Montmeyran établi un contrat de mariage entre Imbert Masserole fils d’Antoine Masserole et Claude Trouillat d'une part et sa promise d'autre part. 

Ladite épousée Madeleine Dorelon était la fille d’André Dorelon et Jeanne Tracol – ma Sosa 2019 -  autrement dit l'aïeule de l'année.

Chère Jeanne Tracol, née vers 1620 sous le règne du Roi Louis XIII, je vous ai débusquée certes ainsi que vos proches et descendants tous enracinés dans un terroir autour de Montmeyran, mais ce fil maladroitement ébauché avec quelques citations ne saurait vous appréhender les uns et les autres si tant est que cela soit envisageable. Onze générations, plus de 4 siècles ... 





Sources
AD 26 BMS
et précieux relevés de l'EGDA


Billets du RDVAncestral  pour partir à la rencontre de ses ancêtres

Thème du Sosa 2019 suggéré par la Fédération Française de Généalogie

Retrouver Daniel Lagier  Une flopée d'enfants pour Daniel Lagier
Retrouver Noémie Lagier Noémie une ancêtre de Noël


samedi 21 septembre 2019

Louis Arbessier un homme organisé

Au lendemain de la signature de son contrat dotal, Benoîte Durieu-Trolliet fille de feu André et de Jeanne Montaz-Rosset avait quitté son village natal de Montpascal, son trousseau soigneusement rangé dans son coffre dont les précieux tabliers de velours et de satin, pour rejoindre la paroisse d’Hermillon de son futur époux. 

M’était parvenue la rumeur de son mariage avec Louis Arbessier  - fils de feu Louis et de Marie Buttard - célébré le 12 mai 1721 en l’église Saint-Martin, un jour bien printanier pour démarrer une nouvelle vie. 

Pixabay
Catapultée je ne sais comment dans le village de Savoie de mes ancêtres, un peu perplexe de me retrouver face à deux silhouettes disons la soixantaine, visages accueillants, regard en coin de l’homme, mais air plus réservé de la femme. 

- Oui tu es bien au chef-lieu d’Hermillon dans ma maison et oui je t’ai entendu tourner des pages de nos registres paroissiaux et aussi des papiers de notaire. Ne me demande pas comment je le sais c’est ainsi, et même que parfois tu étais perplexe et t’interrogeais sur la signification de mots ou de formules tarabiscotées. 

- Alors quel bilan, autant vérifier puisqu’il s’agit des affaires de notre famille. Assois-toi ! 

Fichtre, après ce préambule de Louis Arbessier, prendre son souffle, on doit être vers 1760 a priori, et se lancer. 

- Oh, je suis heureuse d’être parmi vous, et un peu intimidée : j’essaie d’exprimer mes sentiments à découvrir les actes de baptême de 4 filles avant la naissance d’un petit Martin prénommé comme son oncle qui ne vivra que 9 années. 

- Mon pauvre Martin chuchote mon aïeule, après j’ai eu 2 autres fils Michel. 

- Me tournant vers celle-ci : vous savez j’ai eu du mal à dénicher votre petite Marie mon ancêtre directe, le prêtre devait être fatigué à rédiger les actes : il vous a nommé Benoîte Gallix ou au lieu de Durieu comme pour vos autres enfants. 

- Mais ma petite elle, c’est ma cousine, comme moi du village de Montpascal. 

- Et quoi d’autre formule Louis Arbessier bien campé sur son banc ? 

- Le recensement pour la gabelle du sel de 1758 m’a révélé que votre feu d’habitation comprenait votre couple et Michel votre fils avec son épouse. Vous aviez alors 6 génisses, 2 veaux, 1 mouton et 6 chèvres. 

- Tout juste, mais tu as sauté des années assène mon aïeul. 

- Effectivement je n’ai pas encore tout lu Louis. (Il m’est difficile de lui dire qu’avec l’été, les promenades dans la nature, les moments familiaux et amicaux, l’assiduité avec les grimoires diminue).

Mais j’ai découvert les contrats de mariage d’Anne avec Antoine Buttard et de Marie avec Jean-François Deschamps , les noms de proches comme témoins dénotant les liens entre les membres de la famille. Vos gendres savent signer. 

- Et oui ma curieuse descendante, tout comme mon fils Michel a signé son contrat de mariage avec Marie-Thérèse Bordon. On s’était déplacé à Sainte-Marie de Cuines, le fils et les gendres, pour tout régler. 

Pixabay
J’ai promis « de nourrir et vêtir, entretenir les époux et leurs enfants qui devaient travailler à mon profit, et au cas où ils se sépareraient, je leur prêterai un bâtiment comprenant une cuisine, une cave, un sertour avec une grange et une écurie ». Tu vois je sais que parfois au bout d’un moment les jeunes veulent être chez eux ! 

Là Louis prend la main de son épouse Benoîte et ajoute :

Même que cette année 1761, comme pour marquer 40 années de vie conjugale, lucide sur mon âge avancé mais encore sain d’esprit, je suis descendu à la cité de Saint-Jean de Maurienne en la maison en banche de Maître Simon-Joseph Dupré notaire royal et collégié pour lui dicter mon testament. (1)

Ma chère épouse est désignée comme usufruitière tandis que mon fils Michel est mon héritier universel, mes deux filles Anne et Marie déjà dotées auront chacune 100 livres payables en 2 fois après mon décès et après celui de Benoîte. 

Tristesse à constater que seuls 3 enfants sur une fratrie de 8 sont arrivés à l’âge adulte. 

Du beau monde comme témoins cet après-midi là le 2 mai 1761 chez le Notaire : dont un procureur au bailliage, un commissaire au terrier, un étudiant en philosophie, passaient-ils par là ou étaient-ils parfois en relation avec le testateur ? Le mystère demeurera. 

- Bon tout cela reste entre nous, n’est-ce pas ? On te raccompagne au bas du village histoire de s’assurer qu’une voiture vient bien te récupérer et de montrer aux gens qu’on est ouvert vers le lointain. 

Benoîte m’a glissé en cachette dans mon pochon de coton bio un fromage de chèvre local donc bio. 

Tranche de paperasses, tranche de vies, en attendant de poursuivre avec Marie Arbessier et Jean-François Deschamps originaire d’un autre village. 



Louis Arbessier 1697-1765 Sosa 766
fils de Louis et de Marie Buttard 
x 12/05/1721 à Hermillon 
Benoîte Durieu-Trolliet 1700->1761 Sosa 767
fille d'André et de Jeanne Montaz-Rosset 

- Marie 1723
- Anne-Marie 1726
- Jeanne 1726
- Anne 1730 x 1753 Antoine Buttard
- Martin 1734-1743
- Marie 1735-1810 Sosa 383 x 1755 Jean-François Deschamps 1736-1806 Sosa 382
- Michel 1738
- Michel 1740 x 1756 Marie-Thérèse Bordon



(1) En Savoie, le notaire collégié a fait ses études dans un collège de droit, probablement religieux, mais qui n’est point ecclésiastique ni astreint à l'habit ecclésiastique.

La banche au départ est un étal, puis un comptoir comme le comptoir de change, et aussi un pupitre d'écrivain, ensuite un local où on écrit, bureau, devenu l'étude pour les notaires. 


Dialogues imaginés
mais personnes liées à ma généalogie 
selon les principes du RDVAncestral

Retrouver la famille de Benoîte 




Sources 
AD 73 BMS Hermillon
AD 73 Tabellion St-Jean de Maurienne et la Chambre 1753 1755 1756 1761
Relevés GénéMaurienne

samedi 7 septembre 2019

Acte d'émancipation de Jean-Pierre Sibué

Sur le thème je suis un homme et veux être autonome et les natifs de Fontcouverte ont du caractère, je vous embarque sur le sujet de l’émancipation en Savoie au 18ème siècle, ses subtiles formalités et son cérémonial quasi- moyenâgeux, avec de lointains collatéraux de ma généalogie.

Les protagonistes principaux : Jean-Baptiste Sibué - le père - la bonne cinquantaine, laboureur demeurant à Fontcouverte et Jean-Pierre Sibué - le fils – âgé de 34 ans et marié qui est installé depuis plusieurs années à la grande rue de la ville de Saint-Jean de Maurienne où il a des affaires. 

Le fiston semble-t-il a souvent prié et supplié son père de bien vouloir l’émanciper et le mettre hors de ses biens et puissance paternelle, afin de disposer de ses épargnes et pouvoir plus facilement gérer son commerce. Le patriarche de guerre lasse a déposé une requête en ce sens. 

Là entrent en jeu, les autres intervenants, et pas les moindres, Monsieur Brunet Juge-Mage de la province de Maurienne flanqué de Maître Jean-Antoine Viallet Notaire et Greffier

Imaginer sur le coup de six heures du soir, le 9 décembre 1782, les doctes Brunet et Viallet, requis par les sieurs Sibué, et devant se transporter dans la maison d’habitation de Jean-Pierre le fiston qui se trouve alité à cause de sérieuse maladie, le père lui il doit avoir la santé ! 

Le Juge-Mage enregistre que Jean-Baptiste Sibué veut bien accorder – dans le sens d’acquiescer à la supplique de son rejeton, sauf qu’il entend ne point se départir, mais au contraire se réserver, tous les fruits des biens de l’Antoinette Buisson-Carles sa feue femme et mère dudit Jean-Pierre. Magnanime le père condescend à relâcher son fiston pour tous les biens meubles et immeubles qu’il a acquis depuis qu’il est séparé d’avec lui. 


Monsieur Brunet Juge-Mage adhérant à ces propositions :
« fait asseoir, sur une chaise à côté de nous ledit Jean-Baptiste Sibué, son chapeau sur la tête, ledit Jean-Pierre Sibué, le fils s’était remué comme il a pu de son lit, se mettant devant son dit père,
avant icellui les mains jointes entre celles de son dit père, qui les lui a ouvertes et fermées par trois différentes fois, en lui disant à chaque fois : 
« Mon fils, je vous émancipe et vous mets hors de mes liens et puissance paternelle » avec pouvoir qu’il lui a donné de tester, contracter, ester en jugement et de faire tous les actes et contrats que peuvent faire les personnes libres et dûment émancipées, de quoi ledit Jean-Pierre Sibué a remercié son dit père en nous requérant acte par lequel il nous plût de le déclarer libre et émancipé.» 

Dès lors il ne restait plus à l’autorité judiciaire qu’à valider cet acte d’émancipation en le signant, à recueillir le contreseing du notaire qui avait aussi pour mission de l’insinuer à l’office du Tabellion de Saint-Jean de Maurienne après avoir récupéré trois livres auprès du nouvel émancipé. 

Ce petit article déniché sur Gallica souligne la gestuelle symbolique de l’acte d’émancipation en pays de droit écrit sous l’influence du droit romain (et non pas seulement propre à la Savoie). 

Avant le décès du père c’est le seul acte qui permet à l’enfant quelque soit son âge de s’affranchir de la puissance paternelle et d’obtenir la pleine capacité juridique. Les gestes entre le père et son fils sont tout autant importants que les phrases échangées et symbolisent la rupture du devoir d’obéissance, la fin de la soumission à son ascendant. 

Dans le lien vers un article d’Histoire-Généalogie sur l’émancipation, ICI l’exemple cité pour la Drôme révèle que les fils doivent se mettre à deux genoux devant leur père également assis sur une chaise. 

Au cours de vos lectures ou recherches avez-vous eu connaissance de ce type d’acte ou avez-vous des ancêtres ou collatéraux émancipés ? 





Sources
Gallica Revue Société d’Histoire et d’Archéologie de la Maurienne
Généanet
Image Théodore Géricault Musée de Bayonne

Pour aller plus loin


samedi 27 juillet 2019

Quelques lignes pour Jean Doffemont

Berthenicourt, tout petit village traversé par plusieurs bras de l’Oise, en ce vingt-septième jour de l’an de grâce 1700, plusieurs silhouettes se dépêchent vers l’église Saint-Basle fondée par le Seigneur de Moy vers le 12 ème siècle. 

En terre picarde, voici 319 années de cela Jean Doffemont un lointain ancêtre s’unissait avec Jeanne Guilbon, lui vous l’avez entre-aperçu dans le billet sur Magdeleine Dury dite l'invisible d'Alaincourt.


Jean vient tout juste de perdre sa mère et il n’a pas pour ainsi dire connu son père Pierre Doffemont, tandis que l’épousée est fille des défunts Nicolas Guilbon et d’Anne Lebrun. Les vies sont brèves à cette époque.

Les mariés sont entourés par leurs proches, précieux acte dans lequel le Curé de Berthenicourt, qui officie également à Alaincourt, prend la peine de noter la parenté des témoins. Pour Jean Doffemont, son beau-père Charles Goulière est témoin, ainsi que Jacques Sellier un demi-frère. Sont présents autour de Jeanne Guilbon son frère Jacques et Charles Cléry son beau-frère. 

Il y a 319 ans de cela, des cloches étaient-elles déjà installées dans le cocher pointu de Berthenicourt pour carillonner à la fin de la cérémonie ? 

Désormais la vie de Jean s’écoulera à Berthenicourt, avec Jeanne il aura 5 enfants : Claire, Agnès mon ancêtre épousera Henry Leroy Sous-Brigadier des Fermes du Roi, Jean, Anne et Basle. Les baptisés seront tenus sur une cuve en pierre bleue posée sur un fût cylindrique, cuve ornée des têtes des 4 évangélistes. 

Quant à Saint-Basle patron de l’église et prénom du petit dernier de Jean Doffemont, originaire de Limoges il évangélisa la Lorraine et vécu au monastère de Verzy, il serait décédé vers 620. 

Juste quelques lignes pour les épousailles de Jean Doffemont et Jeanne Guilbon, un des nombreux couples de ma branche de l’Aisne, des vies entre deux paroisses contiguës.



Jean Doffemont 1673-1736 sosa 894 
fils de Pierre et Magdeleine Dury
x 27/07/1700 à Berthenicourt
Jeanne Guilbon 1670-1713 sosa 895
  fille de Nicolas et Anne Lebrun


au moins 5 enfants
- Claire 1701-1720
- Agnès 1702->1771 sosa 447 x Henry Leroy sosa 446
- Jean 1704-1765 x Marie-Barbe Cordier 
- Anne 1706-1774 x Jacques Dumesnil 
- Basle 1709-1745 x Marie-Catherine Carpentier 


Sources
AD 02 Alaincourt BMS 1669-1756 vue 60




mardi 9 juillet 2019

Qui est la mère de Jeanne Montaz-Rosset

Avec l’inventaire après décès en 1702 d’André Durieu Trolliet fils de Jean Cosme, j’ai pu pénétrer dans la maison de mon ancêtre, et découvrir que sa veuve Jeanne Montaz-Rosset avait quatre enfants sur les bras. Puis je me suis attachée à celle qui a géré son petit monde pendant de longues années et chuchoté ses confidences, et ne peux lui en vouloir d'avoir été muette sur sa naissance et sa mère. 

Jeanne décède en 1733 à plus de 70 ans sans s’être remariée, ce qui suppose un baptême avant 1660 et m’incite à feuilleter les registres, du temps où Montpascal dépendait du Duché de Savoie, pour avancer dans sa filiation. 

Le 1er mai 1675, lors son union avec André, Jeanne est mentionnée fille de Jean-Baptiste Montaz-Rosset - point à la ligne - avec les actes en latin sommaires de cette époque aucune mention des mères : un des charmes de la généalogie savoyarde.

Chaque fois c’est le même refrain : qui est la mère, qui sont les frères et sœurs (dont un frère Rémi Montaz-Rosset témoin dans des actes notariés) et quand Jeanne a-t-elle été baptisée ?


Naviguant entre les arbres mis en ligne sur Généanet et un relevé collaboratif fait pas un passionné, j’ai remarqué 2 actes de mariage et pointé les naissances pour les 2 couples. 

1/ Le 15 juillet 1650 Jean-Baptiste Montaz-Rosset se marie avec Jeanne Ravoire fille de Pierre Ravoire. 

Les baptêmes de 7 enfants s’échelonnent avec Louise, Simon, Jacques en 1652, 1655, 1657, et ensuite viennent Dominique, Claudie, Claudine, Rémi respectivement en 1663, 1666 1670 et 1672 : dans les actes la mère est nommée Joanna ce qui est logique en latin. 

Pas de Jeanne à l’horizon, qui aurait pu voir le jour entre 1659/1661 et susceptible de s’être mariée en 1675, mais des lacunes du registre ne sont pas exclues. 

Parfois Jeanne est indiquée être baptisée le 30 juin 1663, or il s’agit de sa sœur Dominique qui porte le prénom de sa marraine, sœur qui se marie bien jeunette en 1676. 

2/ Le 14 juin 1654 Jean Montaz-Rosset fils de Jean se marie avec Jeanne Ravoire fille de Pierre Ravoire. 

Les baptêmes de leurs enfants commencent seulement en 1664 avec Pétronille, puis Jean-Pierre et Antoinette 1667 et 1670, ensuite Jeanne en 1673, et Antoine en 1679. 



Tiens la Jeanne de ce second couple ou plutôt Jenon a pour marraine Jenon Ravoire épouse de Jean-Baptiste Montaz-Rosset donc du premier couple. S’en souvenir Jeanne-Jenon. 

A ce stade, j’ai repris la direction des actes notariés insinués par le Tabellion de Saint-Jean de Maurienne pour glaner des indices. 

En 1700, dans l’inventaire après décès de Simon Montaz-Rosset le fils aîné de Jean-Baptiste Montaz-Rosset figurent comme témoin son frère Rémi et la référence à des biens indivis desdits frères.




En 1703, Genon Ravoire veuve de Jean-Baptiste Montaz-Rosset fait un codicille à un testament de 1695 en raison du décès de Simon. Elle fait le nécessaire pour que la part qui devait lui revenir - soit 200 florins de Savoie - aille à ses 6 fils, donc des petits-fils pour elle, le reste n’est pas modifié et Rémi le fils cadet touchera aussi 200 florins. 

S’agissant d’un codicille et donc d’une adaptation du testament initial - non disponible - l’absence de référence aux filles du couple n’est pas anormale. 

Simon, Rémi frères : soit deux des enfants du couple Jean-Baptiste Montaz-Rosset et Jeanne-Jenon-Genon Ravoire. Rémi étant le frère de Jeanne, à mon sens mon aïeule fait partie de cette fratrie. 



Le second nuage de mots est constitué avec la déclinaison des variantes du prénom Jeanne trouvées dans une étude sur les prénoms anciens en Savoie du 14ème au 17ème siècle.




Jean-Baptiste Montaz-Rosset ca 1625-1684 Sosa 3070
x 15/07/1750 à Montpascal 
Jeanne Ravoire  1635- > 1714 Sosa 3071 fille de Pierre

 8 enfants 
- Louise 1652-1723 x Esprit Albrieu
- Simon 1655-1700 x Marie Crosaz-Blanc
- Jacques 1657
- Jeanne ca 1600-1733 Sosa 1535  x André Durieu-Trolliet Sosa 1534
- Dominique 1663-1709 x Hughes Gallix
- Claudie 1666-1701 x Jean-Louis Tronel 
- Claudine 1670 
- Rémi 1672-1757 x Benoîte Tronel 




Sources
AD 73 BMS Montpascal
AD 73 Tabellion de St-Jean de Maurienne 1700- 1703
Généanet
Site Persée
Michel Emerich  Nouvelle Revue d’Onomastique
Les prénoms dans la Vallée de Thônes du 14e au 17e siècle



samedi 15 juin 2019

Et la vie continua pour Jeanne Montaz-Rosset

Jeanne Montaz-Rosset a fait un rêve, on parlerait longtemps après sa disparition, des personnes connaîtraient son courage, sa ténacité à aller de l’avant après le décès d’André Durieu-Trolliet. Car elle ne restât pas les bras croisés, sauf peut-être lorsque dans une benette – hotte en osier - elle remontait la terre dans les pentes raides du village de Montpascal en Savoie.


Comme on a parfois la faculté de s’évader dans le temps et l’espace, voici que je me retrouve une fin d’été 1729, avec Jeanne accrochée à mon bras, petit visage ridé, tanné par le soleil, le dos un peu voûté, mais le regard vif et l’envie de se confier.

- Tu sais une fois mon homme parti au ciel, et bien le petit homme de la maison c’était mon fils Rémi tout juste 11 ans, et si sa sœur aînée Jeanne Marie avait 17 printemps, les cadettes Dominique et Benoîte (mon ancêtre) n’étaient pas hautes : 7 et 2 ans !

- Malgré ma peine, on s’est organisé pour les travaux d’automne, et toutes les tâches domestiques et les veillées du premier hiver sans mon époux, on s’est aussi occupé du trousseau de mon aînée, filer, tisser, coudre.

- Parce qu’il faut te dire que ma Jeanne Marie, ma foi assez mignonne et vaillante, avait été promise à Denis Albrieu d’une bonne famille, celle de notre Révérend Curé Hugues Albrieu.

- Alors c’est elle qui s’est mariée en premier en 1703 ?

- Oui chère curieuse, et je me souviens comme si c’était hier de ce contrat de mariage : mon aînée avait 450 florins de dot, elle apportait aussi une terre, oh je ne sais plus laquelle !

- C’est Maître Louis Dupré le notaire de Montvernier qui est intervenu ?

- Bien sûr, vas-t'en savoir pourquoi il me reste dans la tête que la vache à lait était à poil rouge !

Et tous ses nippes et attifiaux tenaient dans un beau coffre de bois blanc avec en autre des gorgères de lin parfois avec de la dentelle (1). Bien pourvue ma coquette Jeanne Marie, et le marié avait un habit nuptial d’un blanchet (2) de bon drap neuf.

- Et puis tu sais mon gendre Denis Albrieu il avait un frère Simon Albrieu qui a vu grandir en sagesse Dominique, du coup on les a mariés ces deux-là 10 ans plus tard.

- Donc Jeanne vos filles devenaient belles-sœurs et restaient pas loin de vous, et racontez-moi pour votre troisième fille Benoîte mon ancêtre qui je crois a épousé un homme d’Hermillon ?

- Oui, Louis Arbessier est venu pour le contrat, mais c’est plus vague dans ma mémoire

- Pourtant c’était en 1721 Jeanne, ce n’est pas si vieux

- Ah cela me revient : ma Benoîte avait une robe de bon gros drap, un cotillon de laine, et elle était fière de son cornachon de velours et de son cornachon de satin – des corsages dans de beau tissus. Et puis je sais plus, à mon âge… Tu iras lui demander le détail à Benoîte, elle demeure à Hermillon depuis son mariage avec son mari et ses enfants.

- Et votre fils Rémi ?

- Il s’est marié dans d’autres villages, sa première épouse m’a donné mon petit-fils Michel, mais sa seconde épouse Jeanne Arbessier la sœur de ton ancêtre Louis est décédée. Il va devoir se remarier à nouveau, et il a quelqu’un en vue d’une autre paroisse encore.

- En tout cas j’ai pris toutes mes dispositions tant que je suis saine de corps et d’esprit, et le notaire est venu le mois dernier, tu veux connaître le détail ?

- Moi oui, les curieux peut-être.

- Pour mon luminaire 8 livres 4 sols sont prévus pour les 12 messes tant grandes que petites. Et selon la coutume de lieu il y aura un pot de vin chaque dimanche de l’année avec l’offrande accoutumée.

Silence de ma part, je découvre la coutume de ce coin de Maurienne.

- Puis après les messes de la neuvaine et du bout de l’an, je souhaite une aumône aux pauvres de Dieu qui se présenteront à la réunion : pour cela il sera employé 10 quartes (3) de seigle et d’orge en pain cuit converti avec du potage à la coutume du lieu.

- Sans oublier que je donne une livre de Savoie à chacune des confréries du Saint-Sacrement et du Rosaire payable par mon héritier une année après ma mort au procureur des confréries.

-Tu te doutes que mon héritier universel est mon fils Rémi, mon petit-fils Michel aura une pièce de terre. Je lègue à mes filles aînées 2 livres et une pièce de terre en indivis, elles auront une robe chacune et Jeanne Marie choisira la meilleure robe.

- Quant à Benoîte ta lointaine grand-mère elle aura 84 livres, deux chemises et une robe à choisir. Je ne peux pas lui laisser une terre puisqu'elle habite ailleurs, toute la fratrie est au courant de mes intentions.

Tiens voilà du monde qui rentre des champs ! Du coup je m’évapore.

Vint diou, la Mère barjaque seule ! Mince elle parle toute seule !

Tenace, organisée était Jeanne Montaz-Rosset restée veuve plus de trente ans à se soucier des siens et de son âme aussi ; légèrement décryptée au travers les lignes d’actes notariés ou le registre paroissial.



André Durieu-Trolliet ca 1650-1702 sosa 1534
 fils de Jean Cosme
x 01/05/1675
Jeanne Montaz-Rosset ca1660-1733 sosa 1535
fille de Jean-Baptiste 

au moins 7 enfants
- Marie 1684 - <1702
- Jeanne-Marie 1685-1749 x Denis Albrieu
- Hughes 1688 - <1702
- Rémi 1691 - 1764 x Marie-Marguerite Bonivard x Jeanne Arbessier x Anne Rey-Blanc
- Dominique 1695 - 1767 x Simon Albrieu
- Marie 1698 - <1702
- Benoîte 1700 - >1761 sosa 767 x Louis Arbessier sosa 766



(1) la gorgère est une sorte de collerette
(2) le blanchet est une étoffe de laine grise
(3) la quarte est une mesure pour les matières sèches


Pour retrouver les billets des Généablogueurs 
c'est par là RDVAncestral
L'inventaire après décès d'André Durieu-Trolliet    
c'est ICI


Sources
Femme à la hotte Jan van Bunnik Musée Magnin Dijon
Images Pixabay
AD 73 Tabellion St Jean de Maurienne
BMS Montpascal - Hermillon
Relevés Généanet et GénéMaurienne 

samedi 18 mai 2019

La maison moragine d'André Durieu-Trolliet

En ce début d’automne 1702, un doux soleil éclaire Montpascal village d’alpage à 1400 mètres d’altitude en Savoie. Cette lumière ne peut cependant consoler la douleur d’une famille d’avoir vu partir si vite André Durieu-Trolliet -sosa 1534- tout juste la cinquantaine.

Jeanne Montaz-Rosset -sosa 1535- sa veuve frisonne malgré un bon châle jeté sur ses épaules, elle a veillé à ajuster correctement sa coiffe, noué son meilleur tablier. Une nouvelle épreuve l’attend ce jour, comme de coutume l’inventaire doit être dressé. Son frère Rémi est déjà là, son neveu André Durieu prénommé comme son pauvre époux ne saurait tarder, seuls ses deux aînés sont restés, les plus jeunes sont chez leur grand-mère.

Jeanne est sur le qui-vive inquiète et anxieuse. Je le sais c’est ainsi.

Sur le trajet j’ai été rattrapée par le notaire Louis Dupré qui a l’habitude de crapahuter le chemin muletier et d’assumer d’un pas aguerri de montagnard le dénivelé de 700 mètres depuis Montvernier. Arrivés dans le village, je m’engouffre à sa suite dans le logis de mes ancêtres et me confond au mur dans la pénombre.

Hubert Robert - Musée du Louvre

Tous les protagonistes connaissent leur rôle, des papiers sont sortis, Louis Dupré s’installe, sort l’encrier et la plume, des échanges de propos en préliminaire et il commence.

Enfin je garde l’esprit de sa rédaction, sabrant les redondances propres au jargon notarial et à l’époque.

« Je soussigné Notaire curial m’étant porté de Montvernier mon ordinaire d’habitation au lieu de Montpascal ce 28 septembre 1702, pour procéder à l’inventaire de feu André feu Jean Cosme Durieu-Trolliet décédé depuis environ quinze jours qui a laissé divers biens et immeubles dans son hoirie à Rémy, Jeanne-Marie, Dominique et Benoîte ses enfants mineurs.»

Tiens seulement quatre enfants sont nommés, Jeanne a donc perdu trois petits et dire que la dernière Benoîte mon ancêtre est à peine âgée de deux ans.

Bon si j’étais un peu plus concentrée et écoutais Maître Dupré qui après un effet de manche fait crisser sa plume sur la feuille.

« m’étant adressé à  ladite  Jeanne Montaz-Rosset  veuve dudit André Durieu-Trolliet, mère tutrice et curatrice de ses enfants nommée par le testament de feu son mari recueilli par moi soussigné  et l’ayant interpellée de me dire tous les biens »

Premièrement en la maison moragine (1): Jeanne Montaz-Rosset m’a déclaré les meubles suivants :
Là dans la chambre du défunt : un lit en bois blanc mi usé ainsi qu’une  armoire en bois blanc presque neuve et deux méchants bancs de bois blanc.

Sont cités ensuite la crémaillère à quatre jambes, une presse mi usée en bois blanc avec son contenant environ vingt quartes, deux poches de coton une  neuve et une autre déjà râpée.

Une voix énumère : une tasse blanche, une tasse à feu, un tasse à eau mi usée et deux sceaux de bois à tenir eau, ainsi que divers pots et trois pignottes presque usées.

Objets du quotidien dont on cerne grosso modo l’usage, dans la même pièce sont recensés deux lampes, une poche de fer, une poche de bois, douze écuelles, huit tranchoirs ainsi que des courroies de joug, quatre tonneaux et deux barils.

Rêveuse devant l’essartoire utilisée par André Durieu-Trolliet mon ancêtre, son marteau de maçon,  sa scie,  le marteau d’ardoise et la gouge, tous ces outils ont une âme.

Après un rapide coup d’œil dans la cuisine, le notaire inscrit un lit de bois blanc neuf, un coffre de bois avec fermeture presque neuf et une méchante table de bois blanc avec ses attaches.

Mouvement de l’assemblée vers l’extérieur pour se rendre au grenier situé un peu à l’écart de l’habitation, petite construction où en Maurienne est stocké tout de ce qui est précieux à l’abri du risque incendie.

Dans le grenier de mes ancêtres, André et Jeanne avaient quatorze draps de lits partie bon et partie mi-usés, deux nappes, deux  serviettes et quinze chemises d’homme mi-usées, ainsi que douze livres de laine tant blanche que noire.

Ils y gardaient aussi quinze louis et vingt-quatre florins, et parmi les papiers un acquis pour le défunt à lui payé par Joseph Crozat pour une pièce de pré et terre du 27 juillet reçu par le notaire et différents acquis liés à un échange avec Jean-Baptiste Gallix.

A ce moment Jeanne Montaz-Rosset a réalisé mon étrange présence, son regard est interrogatif et pensif à la fois,  paroles muettes de nous deux.

AD 73 Tabellion St-Jean de Maurienne

Autre mouvement pour pénétrer dans l’étable, deux vaches s’y trouvent, l’une avec 3 veaux, l’autre avec 2 veaux, 7 brebis, 3 moutons, ainsi qu’une paire de bœufs et un mulet.

Passage éclair du notaire dans la grange, qui marmonne : « Y ai trouvé du grain pour la nourriture de la famille et du bétail. »

L’efficace notaire rentre dans la maison, s’installe sur la seule mauvaise table, me réquisitionne au passage pour lui passer les feuillets : certains sont vierges, d’autres sont déjà annotés puisqu’il est le notaire de famille.

S’en suit l’inventaire des biens immeubles : à savoir la  maison qui vient d’être décrite, mais aussi un autre bâtiment ailleurs dans le village consistant en une écurie et une grange avec un grenier.

Puis c’est au tour de l’énumération des terres avec le lieu-dit, et chaque fois la précision des noms des propriétaires qui confinent … au levant …  au couchant … Au cours de ces litanies  j'ai décroché, à croire que je ne suis pas complètement intoxiquée par la généalogie savoyarde, un bon nombre de terrains mais pas plusieurs pages ... Du côté du village voisin de Pontamafrey, je relève que le défunt avait la moitié d’une vigne  avec les héritiers de son frère feu Hughes feu Jean Cosme.

Et Maître Dupré de sortir d'autres formules ampoulées, mais nécessaires, de rappeler les patronymes des témoins et leur parenté, un frère de la veuve et le cousin germain des pupilles, qu'il en soit remercié de me donner ces éléments, même s'il n'indique pas expressément qui sait signer.

Jeanne, ma chère Jeanne, les enfants que vous avez eu avec André ne sont pas sans rien, ils ont un toit, des biens, une parenté et surtout vous leur mère qui ne baissera pas les bras et se battra pour leur avenir, j'en suis certaine. Excusez mon intrusion en catimini, seule façon de vous rencontrer, mais sachez Jeanne - et très lointaine grand-mère - que j’ai éprouvé une très forte émotion à pénétrer dans votre univers quotidien qui fût aussi celui de votre époux. Ce fil invisible et ténu au travers d'un inventaire ne peut que conduire à un profond respect de tous nos anciens.



Pour retrouver les billets du #RDVAncestral 
permettant d'aller à la rencontre de ses ancêtres c'est par là


N.B. (1) les habitants de Montpascal sont des moragins et des moragines

Sources :
AD 73 Tabellion St-Jean de Maurienne 1702 2C 2448  vues 20-21
BMS Montpascal


vendredi 3 mai 2019

Dommages collatéraux en 1650

En ce temps-là, le jeune Roi Louis XIV avait 12 ans, la régence était assurée par sa mère la Reine Anne d’Autriche, des troubles secouèrent le royaume : fronde parlementaire, puis fronde des princes.

En ce temps-là dans la généralité de Soissons, les soldats ne laissèrent pas que de bons souvenirs aux habitants proches de l’immense forêt de Saint-Gobain, si on se réfère à l’inventaire sommaire des archives départementales de l’Aisne et l’intitulé : informations des désordres commis par les troupes en 1650.

Je vous propose de sortir de l’oubli ces témoignages de gens humbles de plusieurs paroisses et de les écouter. 

Musée du Louvre - anonyme -

Georges Anceau charbonnier à La Gillotte, paroisse de Saint-Gobain déposa :
« Le jour de la Pentecôte dernier (1650) sur le soir, l’armée conduite par M. le Maréchal du Plessis-Praslin vint camper en cette ville (Saint-Gobain) et villages voisins comme Missencourt, Errancourt et autres situés à la lisière de la forêt de Saint-Gobain, et y demeura sept semaines entières, durant lesquelles un grand nombre de paysans se seraient réfugiés en ladite forêt, notamment en une taille assez proche dudit Missencourt, contenant 90 arpents de bois ameublés par Jean Satabin le jeune dudit Saint-Gobain.

Que durant que lesdits paysans étaient en ladite taille, ils auraient pris quantité de bois et de corderie, fagots, et bourée, brûlé iceux en grande quantité et même pris et emporté les charbons de six faudes, que lesdits soldats auraient été pareillement à ladite taille,  campé dans ladite taille plusieurs jours, emporté une grande quantité de charbons, même en aurait été consommé en cette ville par les ouvriers de l’artillerie qu’il auraient pris et emporté avec leur charrettes par plusieurs jours. »

Hubert Pierrepont de Barisis déposa :
« L’armée conduite par le général Roze étant venue camper à Sinceny et les environs jusqu’aux faubourgs de Chauny, elle y fît plusieurs  désordres, tant à couper le blé et autres grains étant alors encore vert, qu’à piller, voler et ravager le pays ».

Simon Duflos de Deuillet déposa :
 « L’armée royale conduite par le maréchal du Plessis-Praslin vint camper à Deuillet et ses environs où elle ravagea la campagne, pilla le général et le particulier. »

Pierre Razoy  de Saint-Gobain déposa :
 «  Qu’il fût prié par Christophe Geoffroy et Mathieu Lecompte de les accompagner dans la forêt où ils allaient journellement pour éviter et empêcher le grand désordre qui se faisait dans la forêt de Saint-Gobain.

Plus de cinquante mille personnes  s’y étaient réfugiées avec le peu de biens qu’ils avaient, afin de conserver ou sauver  leur vie, qu’ils étaient souvent au terme de perdre.

En effet de nombreux soldats de l’armée commandée par le maréchal du Plessis-Praslin faisaient des courses continuelles dans ladite forêt, de sorte qu’ils ont pris non seulement une grande partie des bestiaux qui y étaient réfugiés, mais une grande quantité de bois et charbon qu’ils ont vendu aux environs de La Fère »

Antoine Vinchon  garde-vente dit :
« Que durant le campement de l’armée du Roi à la Fère et ses environs, les gens de guerre y vivaient en toute licence, ravageant le pays, battant, tuant tous ceux qu’ils rencontraient sans épargner personnes,  cherchaient même les réfugiés en la forêt de Saint-Gobain qui y étaient et rançonnaient indifféremment, a vu les charbonniers retourner tous nus, dépouillés et maltraités. Le moulin de Fressancourt est ruiné par les gens de guerre. »


Les patronymes de ces témoins me sont connus, je les ai croisés lors de mes recherches généalogiques sur Deuillet et Saint-Gobain. Hubert Pierrepont est sûrement à relier avec des ancêtres de Barisis aux Bois, mais les registres ne débutent qu’en 1677.

Modeste éclairage révélateur d’un cortège d’exactions, de pertes humaines et de  ruines matérielles, ayant pour cadre  la Généralité de Soissons et ce, il en était de même dans d’autres provinces en ce temps troublé de la Fronde.



Sources
Google Books
Inventaire-Sommaire des Archives Départementales de l'Aisne antérieur à 1790
Archives civiles tome I

Pour aller plus loin
La Fronde des Princes dans la région parisienne et ses conséquences
Jean Jacquart Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine

samedi 30 mars 2019

Apprenti-chirurgien en 1697

Plus de trois siècles nous séparent de ce jour de timide printemps en Savoie, où Honnête Mathieu Porte  soucieux d’établir convenablement son fils cadet Jean-Baptiste signa un contrat d’apprentissage pour celui-ci.
 
En ce 15 avril 1697, il quitta sa maison avec le futur apprenti et aussi son fils Dominique, pris au passage Pierre Porte feu Nicolas et Pierre Dupuy. Tous habitants d’Avrieux, petite paroisse de Haute-Maurienne, ils se dirigèrent vers le logis d’Antoine Bertrand  notaire royal dudit lieu.
 
Le notaire avait déjà commencé à préparer le contrat d’apprentissage qui devait avaliser les conditions verbales précédemment négociées avec Honorable Jean Bertrand maître-chirurgien d’Avrieux, mais à présent Bourgeois de la Cité de Saint-Jean de Maurienne.
 
 
Le docte chirurgien absent, est représenté par son frère Honnête Jean-Baptiste Bertrand. Il s’engage à enseigner à l’apprenti son art et profession - tant en  dedans que dehors la ville - sans rien lui cacher de ce qui touche et regarde ledit art de chirurgie.
 
La formation commencera le lendemain 16 pour finir le même jour deux ans après, étant promis que le chirurgien nourrira à sa table l’apprenti. Mathieu Porte le père, en récompense dudit apprentissage et nourriture de son fils Jean-Baptiste, s’engage donc à payer au chirurgien la somme de 225 florins à la fin de l’année et 100 florins au terme.
 
Voilà pour le principe, mais il convient d’être prévoyant : si le jeune apprenti quitte le chirurgien sans cause légitime ou par caprice, son père est tenu de payer la somme promise. S’il advenait que l’apprenti  trépasse ou soit accablé de longue maladie, dans ce cas de force majeure,  son père ne devra les frais qu’au prorata.

Si le chirurgien oblige son apprenti à le quitter par caprice ou sans cause légitime, il ne sera payé aussi qu’au prorata.

Jean-Baptiste Porte l’apprenti promet de se munir de tous outils requis et nécessaire pour l’exercice de l’art de chirurgien (frais donc à prendre en charge par son père). Il promet de servir assidument et fidèlement le chirurgien Jean Bertrand sans qu’il participe à aucun profit de la boutique dudit Bertrand pendant son temps d’apprentissage. Rien de bien nouveau sous le soleil, comme apprenti il ne peut être rémunéré…

Le notaire Antoine Bertrand précise que toutes les parties et témoins ont signé l’original de ce contrat d’apprentissage en date du 15 avril 1697, indication précieuse.

Jean-Baptiste Porte a donc quitté son village pour s’en aller suivre sa formation dans la cité de Saint-Jean de Maurienne. Il est un frère cadet de Dominique Porte second époux de ma lointaine aïeule Dominique Floret (Sosa 571).

Un petit tour sur les arbres en ligne sur Généanet m’a permis de noter que le chirurgien Jean Bertrand était décédé en 1701 dans la cité dont il était Bourgeois, originaire d’Avrieux il y avait épousé une Dominique Porte … Moultes branches Porte, plusieurs baptisés ou baptisées Dominique : de quoi pimenter les recherches et faire travailler les neurones …
 
Juste une petite tranche de vie. Promis si je croise l'apprenti-chirurgien je vous tiendrais au courant.


Sources
- AD 73 : Tabellion Termignon
1697 2C 2316 vue 365/503
- Image : David III Ryckaert le Jeune
Musée des Beaux-Arts de Valenciennes
 

samedi 16 mars 2019

Télescopage temporel sur la grand'place

Brume matinale et brume de l’esprit, rêveuse ou réveillée ? Me voilà apostrophée par une voix inconnue …
 
Oh heureusement que ma fille Marguerite vous a retenue lorsque vous trébuchiez, vous étiez distraite par la merveille que l’on aperçoit au loin !
 
Excusez-moi je me présente Michel SOREL du village de Saint-Gobain, je suis avec mon épouse Antoinette MACADRE et nous rejoignons dans la ville de Saint-Quentin  notre fils Servais dont le mariage doit être célébré demain. Outre Marguerite à votre droite, ma fille Anne m’accompagne avec son époux Jean JAMART.
 
Brume de l’esprit éloigne-toi, afin que je réalise pleinement ma chance de me retrouver en terre picarde avec les protagonistes de mon nouveau Rendez-Vous-Ancestral. Sacrebleu, il s’agit de l’an de grâce 1679 si je ne fais pas erreur, soit 340 années de décalage.
 
Poussière de la route au passage de cavaliers et des charrettes qui côtoient de nombreux voyageurs à pied. Mon nouveau cicérone - alias un aïeul de la 11ème génération – assez loquace, après m’avoir invitée à poursuite mon chemin avec les siens, me signale qu’on se rapproche des remparts et qu’au fond  le fier vaisseau de pierre est celui de la vaste collégiale gothique.
 
Saint-Quentin -  la collégiale
 
Alors vous ne connaissez pas cette magnifique cité picarde très commerçante ? Tous les paysans de ses environs viennent apporter des toiles brutes et les vendent aux commerçants qui les font blanchir et apprêter : ensuite le linon part dans tout le royaume et même dans des pays étrangers.
 
La jeune Marguerite SOREL, un plus de vingt ans, est très excitée de ce déplacement et me chuchote que c’est la première fois qu’elle quitte sa paroisse. Antoinette sa mère fronce un peu les sourcils !
 
Mais que c’est agréable de cheminer « en famille » somme toute.
 
Michel mon cicérone me signale qu’on emprunte le grand pont sur l’Isle et qu’après le petit pont sur la rivière, on suivra la rue de la Grianche jusqu’à la Grand’Place. Pas besoin de plan ou de GPS, je vais rester collée aux basques des « miens ».
 
Allez ne pas bouder mon plaisir de me plonger dans Saint-Quentin et son histoire, d’autant que nous débouchons non sans mal sur cette Grand’Place : vaste, animée, encombrée.
 
Saint-Quentin - la grand'place et l'hôtel de ville

Comme Marguerite j’ai les yeux écarquillés en direction de la façade gothique de l’Hôtel de Ville où siègent les échevins et les jurés de la cité.
 
L’édifice me donne l’impression de reposer sur les 6 piliers qui découpent l’espace du rez de chaussée en 7 arcades, puis je décèle une frise ouvragée soulignant  l’étage noble où s’ouvrent 9 fenêtres.
 
Là approchez et observez souligne Michel SOREL : regardez la profusion de petites sculptures : le maire est représenté et aussi le bouffon, ici le maître-tailleur, puis le tonnelier. Marguerite et moi-même sommes admiratives devant cette bande-dessinée sculptée.
 
Bon avec mon épouse nous allons déposer nos affaires, je vous laisse avec mon gendre pour faire le tour du marché ou Markiet comme on dit ici !
 
Bras-dessus, bras-dessous avec Marguerite nous sommes bousculées, apostrophées, mais cornaquées fièrement par Jean JAMART au milieu de la cohue.
 
Là regardez, cette croix est un point important du Markiet, on y fait les proclamations officielles, on la nomme aussi la croix au blé, car dans ce secteur se vend le blé. Voyez cette diversité de produits les céréales, mais aussi le vin, le pain et le beurre ainsi que les fruits et les volailles, sans oublier les herbages et le bois de chauffe. Pour chaque marchandise les vendeurs se regroupent et occupent des secteurs définis.
 
Sachez que pour garantir la qualité des produits, les échevins ont confié la vérification à des eswardeurs ou esgardeurs, sorte d’experts reconnus par leurs pairs.
 
Et au fond questionne Marguerite ?

Ce sont des boutiques d’artisans, tiens dans celle-ci le marchand déroule une batiste, et celle qui est plus claire et plus fine c’est du linon.

Ma petite dame, lorgnez cette belle sayette, comme cette toile de laine est légère mêlée avec des fils de soie ! Allez laisser  vous tenter !  Le monsieur va bien accepter !
 
Si j’avais la bonne devise j’achèterai bien quelques aunes de cette sayette pour Marguerite mon aïeule vu son air rêveur.
 
Et là dans ce coin de la Grand’Place ? C’est une des nombreuses halles de la cité, il faudrait du temps pour découvrir la Halle aux poids, la Halle aux laines, la Halle aux chausses. Là donc est construite la Halle pour la boucherie …
 
Donc ce bâtiment avec la grande porte ?

Pas de réponse, silence … Avec ma manie de vouloir détailler l’architecture …
 
Oups je n’ai plus mes compagnons de route et de découvertes, je me retrouve dans le temps actuel avec mes interrogations.
 
Par quel mystère Servais SOREL le frère de mon ancêtre Marguerite a déniché sa promise Barbe LECLERC dans cette cité de Saint-Quentin, vraisemblablement il est chirurgien. S’agissant du métier de Michel SOREL son père je n’ai pas d’élément tangible, toutefois cette union de 1679 m’aura révélé la signature de ce lointain ancêtre. Fil ténu, fragile et chaque fois émouvant.
 
 
Echange imaginé
mais personnes liées à ma généalogie
selon les principes du RDVAncestral



Pour retrouver la petite-fille de Marguerite
Le puzzle de Marie-Marguerite

Sources
AD 02 BMS Saint-Gobain et Saint-Quentin
Gallica gravures de Saint-Quentin de Tavernier

Pour admirer des photos de l'hôtel de ville de Saint-Quentin
sur le blog Aux couleurs de Marithé

Pour aller plus loin sur le site de Persée
L'histoire de Saint-Quentin



vendredi 8 mars 2019

Magdeleine l'invisible d'Alaincourt

Et si je tentais un modeste fil de vie sur Magdeleine DURY une lointaine aïeule en haut d’une branche de mon arbre,  à la 11ème  génération,  mon sosa 1789 dans le jargon de la généalogie.
Juste pour qu’elle  soit un peu moins invisible et juste pour que son village d’Alaincourt dans le département de l’Aisne soit un peu moins abstrait dans mon esprit.
Située dans l’ancienne Thiérache, la paroisse d’Alaincourt dont des terres ou prés appartiennent à l’Hôtel-Dieu de Saint-Quentin  cité éloignée de 13 kilomètres, est sur la rive droite de l’Oise.
Géoportail extrait carte de Cassini centré sur Alaincourt
  
Magdeleine, dont la naissance se situe vers 1643 et les noms de ses parents resteront à jamais inconnus,  épouse en premières noces un dénommé SELLIER dont elle aura trois fils Philipe, Jacques et Antoine nés dans les années 1663-1668.
Ensuite mon aïeule  se remarie vers 1669 avec un laboureur Pierre DOFFEMONT sosa 1788 et aura deux autres fils Nicolas et Jean mon ancêtre, leurs baptêmes en 1670 et 1673 figurent dans le registre des actes tenus par le prêtre Jean Bayart de la paroisse Notre-Dame d’Alaincourt.
Hélas en ce temps-là les vies sont brèves, et Pierre le laboureur décède en 1676, laissant veuve Magdeleine avec 5 enfants ; la même année elle s’unira avec Claude GOULIERE originaire d’une paroisse proche et lui donnera un fils Charles en 1677.
  
Un peu de répit pour Magdeleine qui verra grandir ses fils dont les aînés ont dû aider le nouveau chef de famille avant de convoler pour deux d’entre eux. 

Gallica église d'Alaincourt
Quelle pouvait être sa vie, et celle de la communauté paroissiale ? La carte de Cassini donne une approche du relief et de la végétation, et le cadastre napoléonien constitue aussi une base intéressante. L’habitat de ce petit village est assez resserré autour de l’église – dont je ne sais si le clocher était déjà en ardoise du temps de Magdeleine - pas de hameaux éparpillés.
Les noms des lieux sont évocateurs : vallée Bouvet, vallée Alain, sous les  falaises. Il y a un bras de l’Oise qui serpente, le bois Frémont, les bouqueteaux, la grande pièce, les champs à fromage (sic), quant aux champs pourris je pense à un secteur plus ou moins inondé qui servirait au rouissage du chanvre et du lin.
La dénomination du lieu les vignes est évidente, pour se rendre de la pâture grasse à la haute pâture il faut emprunter un pont sur l’Oise ; s’agissant de la pâture Le Roy son droit a fait l’objet de contestations  - comme souvent – de la part des habitants d’Alaincourt qui ont obtenu confirmation de cet usage.
De même les habitants disposaient de la banalité au pressoir du moulin du château de Moy tout proche. En contrepartie du pressurage des raisins et des pommes pour la mouture des grains, le valet du  moulin de Moy leur demandait annuellement les ratons (1) et les œufs rouges.
Mais le temps était compté pour Magdeleine DURY, elle fut inhumée dans le petit cimetière d’Alaincourt le 22 juin 1700, étaient présents son époux Claude GOULIERE, et quatre fils Jacques SELLIER, Nicolas et Jean DOFFEMONT, et Charles GOULIERE. Comptable des âmes de longues années, le prêtre Jean Bayart officiait et notait les témoins, qu’il en soit remercié.

Magdeleine DURY sosa 1789 ca 1643-1700
X ca 1663 dénommé SELLIER
X ca 1669 Pierre DOFFEMONT sosa 1788
X 1676 Claude GOULIERE


6 enfants 

- Philippe SELLIER ca 1663-1695
- Jacques SELLIER ca 1665- 1705 X Marie BRULE
- Antoine SELLIER ca 1668 X 1694 Marie TONNELET
- Nicolas DOFFEMONT 1670-1712 X 1701 Simone DELAIDDE
Jean DOFFEMONT sosa 894 1673-1736 X 1700 Jeanne GUILBON sosa 895
- Charles GOULIERE 1677-1705 X 1704 Magdeleine LESCAILLON



N.B. (1) ratons : a priori en Picardie, petites galettes ou crêpes

Retrouver Jean le fils de Magdeleine : Quelques lignes pour Jean Doffemont

Sources :
Petits cailloux de Geneanet
AD 02 Alaincourt BMS et cadastre