vendredi 27 avril 2018

La carte d'une mystérieuse Claire

Bonne idée que le généathème de Sophie nous invitant  à ressortir une carte postale et faire revivre une tranche de vie de nos aïeux ou d’inconnus. Je ne peux qu’y souscrire et ouvrir un vieil album conservé.

Le choix de la carte postale d’une mystérieuse Claire s’impose. Cette carte écrite à Montmeyran dans la Drôme le 26 avril 1921 a été adressée à mon arrière-grand-père paternel Jean-Baptiste Adolphe MERCIER à Barisis aux Bois dans l’Aisne.
 
Je vous ai parlé de lui et de son épouse Clotilde Anatalie LESCOUET dans un billet intitulé un village à l’heure allemande ICI. Le couple avait du fuir leur village détruit par les allemands en 1917, et avait trouvé refuge dans le village natal de leur belle-fille Isabelle dans la Drôme.
 
En 1921 mon arrière-grand-père est veuf. On me disait qu’il avait gardé des contacts avec des personnes de Montmeyran une fois retourné chez lui, la carte de Claire en est la confirmation.
 
 
 
La carte représente le temple de Montmeyran et la place qui l’entoure, six personnes  devant un commerce et sur la gauche une petite rue qui tourne légèrement.
 
Claire a mis sous enveloppe cette carte qu’elle a écrite complètement d’un côté, avec d’autres précisions du côté de l’image, parasitant celle-ci. Elle donne des nouvelles de ses proches et de son entourage : santé et temps qu’il fait, comme bien souvent.
 
Cher Ami
 
Il y a bien déjà quelques jours que nous avons reçu de vos bonnes nouvelles et nous sommes heureux de vous savoir en bonne santé. Ici à la maison nous avons été bien grippés, ceci est une épidémie qui se communique bien vite, mais à part cela toute la maison est en parfaite santé. Notre petit Charles se fait bien beau et n’est pas trop méchant à présent, mais il occupe bien son monde.
 
Claire s’adresse à un monsieur de 69 ans en lui donnant du « Cher Ami », dois-je en déduire qu’elle est de la même génération, ou que leurs échanges antérieurs étaient empreints de convivialité ? Le petit Charles est-il son fils ou son petit-fils ? J’adore la qualification du bambin, aujourd’hui on dirait pas trop diable ou polisson !
 
Mme Defaisse vient souvent lui faire des visites et l’amuser ; en même temps, je lui ai fait part de vos nouvelles et me charge en retour de vous envoyer bien des choses ainsi que tous les voisins connaissants. (sic) La mère Long n’est plus aux Dorelons, depuis janvier elle est avec sa fille à Chabeuil et vient de marier son fils Elie qui faisait la propriété de Matilde, avec une demoiselle de Romans, pour habiter toujours avec son frère Urbin.
 
Claire évoque des habitants du hameau des Dorelons, celui de ma grand-mère maternelle Isabelle ARNOUX, et parle d’une de mes cousines Matilde Defaisse veuve qui a recours à quelqu’un pour exploiter sa propriété.
 
 
 

La campagne est très belle cette année mais ce que tout on désirerait ce serait un peu de pluie, car les petites graines, betteraves et racines sortent difficilement et notre source commence à tarir. Ces jours-ci nous avions de la neige  sur les montagnes environnantes et cela rafraîchit le temps. Aussi papa a peur de sa vigne, gare au gel.
 
Bon le papa de Claire doit être cultivateur avec un bout de vigne !
 
Alors je vois que votre situation n’est guère améliorée, aussi un peu de promenade doit être un peu de distraction. Venez donc faire un petit tour à Montmeyran au beau temps. Mes parents se joignent à moi, ainsi que mon mari pour vous envoyer leurs bonnes amitiés.
 
Là Claire, qui répond à mon arrière-grand-père, fait vraisemblablement référence aux conditions de logement de celui-ci à Barisis aux Bois dont les maisons en dur ne sont pas encore reconstruites. Elle lui suggère de venir dans la Drôme où il y a sa belle-fille Isabelle et sa petite-fille.
 
En Nota bene : Joseph vous envoie le bonjour
Signé : Claire Tézier
 
Qui êtes-vous mystérieuse Claire, vous avez encore vos parents, un mari et un petit Charles ? Quel âge pouvez-vous avoir ? Signez vous avec votre nom d’épouse ou votre nom de jeune fille ?
 
J’espère que vous ne m’en voudrez pas si je dévoile que vous êtes née en 1895 à Montmeyran. Prénommée Claire Marie Hortense HUGON, vous avez convolé en justes noces en 1920 avec Gustave Joseph Emmanuel TEZIER, et à la fin de la même année est né votre fils Charles Paul Gustave.
 
Les indiscrètes pages des registres en ligne de votre commune natale m’ont aussi révélé que jeune fille vous habitiez le hameau des Dorelons avec vos parents et votre frère en 1906.

Claire vous m’êtes très chère, parce que vous avez côtoyé Cousine Matilde, mais surtout mes quatre arrière-grands-parents maternels. Petite carte postale tournée et retournée tant de fois, écrite par une jeune maman de 26 ans à un monsieur pas tout jeune et endolori après les épreuves de la 1ère guerre mondiale. Carte qui a bien voulu me chuchoter des éléments supplémentaires, et s'animer vraiment cette fois  …
 
 
Sources
Carte : document familial
AD 26 Montmeyran Etat civil et recensement

samedi 21 avril 2018

La mélancolie d'Antoine Mercier

Tout à ses pensées, l’homme n’a pas vu le petit écureuil qui s’est arrêté devant lui et le regarde dubitatif. En ce frileux mois de mars 1748 sous le règne de Louis XV, Antoine MERCIER Sosa 192 - clerc laïc - s’octroie un instant de répit en marchant dans la forêt de Barisis aux Bois.
 
Ce lointain grand-père est mélancolique : douze années déjà qu’il est arrivé dans cette paroisse, quittant son village natal d'Ambleny, pour prendre ses fonctions de clerc laïc et épouser Louise Renée LEPREUX en 1736.
 
Cette union avait été effectivement de courte durée, puisque l’épouse d’Antoine s’était éteinte deux années plus tard le 20 octobre 1738 pour être précis et celui-ci s’était remarié dès le 9 novembre 1738 avec Marie Marguerite BARBANCON Sosa 193 soit curieusement 20 jours après.
 

Gallica - Jacques Sève
 
Vais-je profiter de cette rencontre inopinée en lisière de forêt pour demander à Antoine la raison de ce mariage ultra-rapide avec une jeune fille de 17 ans ? Vais-je lui dire que j’ai tourné,  retourné la seule page concernée du registre paroissial, compté sur mes doigts, vérifié les dates des actes ? J’ai même imaginé avec mauvais esprit  la naissance d’un bébé au bout de 3 ou 4 mois seulement.

Regards croisés avec Antoine MERCIER qui vient de m’apercevoir.
 
- Oui je sais vous vous intéressez  aux paroissiens de ce village, un peu trop à certains moments d’ailleurs ! Alors on a vraiment un lien entre nous ?

- C’est-à-dire oui... Vous trouvez cela anormal de connaître ses ancêtres, de les évoquer parfois, voire les rencontrer ? On est plusieurs à penser que toute vie mérite d’être racontée.
 
-  Que non, en ce qui me concerne, par ma mère Marie HIDRON je connais les noms de ses parents Hubert HIDRON et Barbe BOILEAU, de même elle me citait mes grands-parents paternels Jean MERCIER et Suzanne GRAU du côté de mon propre père Jean. Mais cette mémoire va se perdre, car je suis d’un autre village, je n’ai pas de parenté ici.

- Antoine, votre frère Jean – le mystérieux Jean – était présent comme témoins à vos deux mariages et vous avez des amis.
 
- Vous savez mon épouse Marie-Marguerite n’a pour ainsi dire pas connu son père Jean BARBANCON, elle ne connait pas les noms de ses grands-parents paternels tous originaires du village voisin de Saint-Gobain. Avec ma belle-mère Louise BERTON c’est différent elle est de ce pays.

Tout va s’oublier, comme les feuilles des arbres s’envolent à l'automne.  Barisis aux Bois est à l’écart des grandes routes du bailliage de Coucy, qui s’interrogera sur la vie des habitants de cette paroisse. Qui sera dépositaire de la transmission orale ?

 Mes enfants sont si jeunes, si fragiles : Simon a 8 ans environ, et Antoine n’a pas tout à fait 3 ans. On a perdu une petite Marie-Marguerite et un petit François, comme cela arrive souvent.

Je suis las, fatigué moralement et physiquement. Certes je fais au mieux mon métier de clerc, mais les parents oublient parfois de m’envoyer leurs gamins à l’école, ils ont besoin d’eux pour les aider.

Je suis témoin avec plaisir à de nombreux mariages, mais en consultant toutes ces pages de registres vous savez aussi que je suis fréquemment témoin lors d’inhumations, trop souvent hélas !
 
Géoportail : extrait de la carte de Cassini

Antoine donne l’impression d’être à un moment charnière avec de sombres pensées, où il pressent quelque chose. Comment puis-je l’intéresser ?
 
-  Oh Antoine dîtes moi, suis-je arrivée par le chemin de Coucy et la forêt éponyme ?

-  En effet, et par là aussi à travers la forêt on se dirige vers Saint-Gobain où est née Marie-Marguerite.
 
-  Racontez-moi un peu  le village qui est maintenant le vôtre ?

- Vers l’église, il y a l’abbaye, mais le territoire comprend aussi plusieurs hameaux : les carrières de la Ville, les carrières des Lentillières, le Petit-Barisis et le Pavillon. Le village est traversé par une rivière qui serpente Le Raillon, rivière qui alimente par ses eaux 3 moulins. A côté de bonnes terres labourables, on trouve des étangs et aussi des oseraies et des aulnaies, des bois bien sûr et des essarts.
 
- Tiens des carrières de pierre, cela expliquerait mon ancêtre dit pionnier !
 
- Vous savez beaucoup de bras sont occupés par la culture et l’apprêt du chanvre : chanvriers, fileuses, et tisserands; le chanvre de Barisis est réputé depuis longtemps. On comptait 195 ménages il y a 3 ans.
 
- Vous avez évoqué une abbaye ?

- En effet la cure est séculière, le religieux qui est sa tête est nommé par l’Abbé de Saint-Amand une grande et riche abbaye dans les Flandres : ce prévôt qui exerce la justice et entouré de 3 ou 4 religieux qui vivent dans notre abbaye et célèbrent les offices. Tout cela est lié à l’histoire très ancienne du village, de saints et d’ermite, et de rois d’il y a longtemps dont je n'ai plus trop les noms en mémoire. 
 
- C’est très intéressant ce que vous m’expliquez.
- D’habitude je ne parle pas autant !
 
Qui est le passeur, qui est le dépositaire ?
 
Je ne peux vous cachez qu’Antoine MERCIER décédera le 6 août 1748 à 32 ans, et que j’ai eu un pincement au cœur car il laissait deux jeunes enfants dont «  mon autre » Antoine personnage intéressant.
 
 
 
Antoine MERCIER Sosa 192 1716-1748
fils de Jean MERCIER et Marie HIDRON
marié en 1738
à Marie-Marguerite BARBANCON Sosa 193 1721-1799
fille de Jean BARBANCON et Louise BERTON
 
  • Simon MERCIER 1739-1762 marié à Marie-Marguerite GRANDIN
  • Marie-Marguerite MERCIER 1743-1743
  • Antoine MERCIER 1745-1817 Sosa 96 marié à Marie-Jeanne JONQUOY Sosa 97 1746-1808
  • François MERCIER 1747-1747
 
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Vous pouvez retrouver Marie HIDRON : Au pied du donjon d'Ambleny
 
Sources
AD 02 Ambleny et Barisis aux Bois
Gallica Histoire de Barisis aux Bois par A. Matton