samedi 6 février 2021

Les malheurs de la servante du curé

J'ai choisi un titre un tantinet accrocheur pour répondre à l'invitation de Geneatech  et vous parler d'une source moins connue en généalogie : les revues des sociétés savantes. 

Au début de mon addiction, grâce à Gallica la bibliothèque numérique, je me suis mise à fréquenter la presse et les revues, et particulièrement les revues des sociétés savantes : classées par région, puis par département. 

Pour l’Aisne et la Drôme, ce type de revues m’a permis de glaner des éléments sur les régions occupées par mes ancêtres et tenter d’approcher leur quotidien en lien avec l’histoire locale.

Pour la Savoie, 5 sociétés savantes sont au rendez-vous, dont la Société d’Histoire et d’Archéologie de la Maurienne : la SHAM toujours vaillante en 2021 depuis sa création en 1856 avec moultes travaux.

Aujourd’hui un texte de l’Académie des Sciences Belles Lettres et Arts de Savoie s’imposait, cette Académie, toujours en exercice, a publié en 1915 la Maurienne pendant la Révolution du Chanoine Adolphe Gros.

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C’est ainsi que dans la série caractère trempé - sur fond de dénonciation en période révolutionnaire troublée - je vous présente les malheurs de Marie-Antoinette Richard servante du curé de Montgilbert petite paroisse de Savoie au début de la vallée de la Maurienne, paroisse où vivaient mes ancêtres.

Elle était la servante du révérend Saturnin Chaix, prêtre qui préféra prendre le chemin de l’exil en Piémont le 7 avril 1793, pour ne pas prêter le serment d’allégeance à la République exigée des ecclésiastiques, épisode relaté dans le billet Epoque remarquable pour Saturnin Chaix .
     
Gallica


« L’incarcération de Marie-Antoinette Richard, servante de Saturnin Chaix, chanoine d’Aiguebelle et curé de Montgilbert mérite d’être racontée avec des détails.

Après le départ du curé, elle avait continué à habiter le presbytère « de l’avis du maire qui lui avait dit de rester parce que la cure se trouverait mieux d’être habitée que fermée ».

Le 31 octobre 1793, sur dénonciation de Pierre André dit Polaillon, officier municipal de Montgilbert, le citoyen Sébastien Ferley, dépositaire de la force armée dite garde nationale du canton, se rend, accompagné de quatre gardes nationaux, au presbytère de Montgilbert pour procéder à l’arrestation d’Antoinette Richard.

Après s’être copieusement fait servir à boire, ils se saisissent de la pauvre femme à 9 heures du soir « sans lui permettre de prendre des bas et à moitié vêtue ». Comme elle était malade de la fièvre, la surprise et la frayeur la firent s’évanouir. Elle ne reprit connaissance qu’à Aiguebelle, d’où elle fut conduite, la même nuit, à Chambéry.

Elle était accusée de « fanatiser les femmes de Montgilbert en leur empêchant même d’assister à la messe des prêtres assermentés », en disant même que la plupart des officiers municipaux étaient pour elle ».

Mais la véritable raison de son arrestation, c’est que Pierre André, son dénonciateur, lui en voulait parce qu’elle lui réclamait le remboursement de 200 livres prêtées le mois de mai précédent. Il en était en outre fâché de ce que le maire n’avait pas voulu le laisser habiter la cure et avait donné sa préférence à la servante du curé.

Le 6 décembre, le Conseil Général du département, considérant que « les pièces ne contiennent aucun indice de fanatisme » arrête qu’Antoinette Richard sera provisoirement traduite dans la maison d’arrêt du district de Saint Jean de Maurienne, et les pièces transmises au juge d’Aiguebelle.

Elle fut rendue à la liberté par sentence du tribunal du district le 9 janvier 1794.

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Quand elle rentra à Montgilbert, elle apprit que tous ses effets, linges, habillements, nippes, avec l’argent qui se trouvait dans un coffre avaient été dérobés.

Parmi les objets dérobés, il y avait une somme de 600 livres du Piémont, une pistole de 24 livres, 3 louis d’or, une demi-pistole de 12 livres, le surplus en écus de 5 et 3 livres et en menue monnaie, une croix d’or à grille et une croix d’argent à bouton.

Antoinette Richard était une femme de tête. Elle porta plainte, devant Hector Bernier, juge de paix d’Aiguebelle, contre Pierre André dit Polaillon, chez qui des témoins avaient vu plusieurs des meubles volés, ainsi que contre Claude Gay-Rosset, qu’une personne avait vu boire et manger à la cure en compagnie dudit André.

Le 27 juin elle demanda qu’André et Ferley « ses dénonciateurs et persécuteurs » fussent tenus de lui représenter les objets volés « parce que dans le cas qu’ils n’en aient pas nantis eux-mêmes, ils doivent être considérés comme responsables » car en procédant à son arrestation, ils devaient faire mettre ces objets en lieu de sûreté après en avoir fait prendre inventaire.

Par jugement du 8 novembre 1794 le tribunal de district condamna Ferley à la représentation des objets volés, et mis hors de cause André tenu néanmoins à payer la moitié des frais. »

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Pépite d’une chronique villageoise dans le Département du Mont-Blanc, je ne sais si les objets volés furent restitués à la servante procédurière et courageuse, son dénonciateur André dit Pollaillon d’après les arbres en ligne est originaire d’un autre village. S’agissant de Claude Gay-Rosset, vu à la cure buvant et mangeant, il est sûrement un de mes collatéral ! Marie Antoinette Richard retrouva le prêtre Saturnin Chaix, tout comme les autres paroissiens, lorsqu'il rentra en 1802 après la signature du concordat entre la France et le Pape.

De précieux articles de revues de sociétés savantes illustrent des pans de vies, d’incidents, de larcins, ou de réactions à des changements de régime; ils étoffent nos recherches généalogiques, se cachent, ne nous parlent pas forcément au premier abord, et un déclic peut intervenir ultérieurement. 


Un billet inspiré d'une revue savante





Sources 
Gallica entrée ciblée Gallica Revues Savantes
Gallica Revue Académie des Sciences Belles Lettres et Arts de la Savoie
année 1915 entrée ciblée La Maurienne pendant la Révolution

les Sites 
pour la Savoie
pour l'Aisne
pour la Drôme 

7 commentaires:

  1. Intéressante anecdote que tu as dénichée là ! C'est en effet une source qui mérite de s'y arrêter.

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  2. Et bien, que d'animation dans le village. Courageuse Marie-Antoinette !

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  3. Les revues des sociétés savantes sont une source inespérée qui mérite d’être explorée. Mais il faut déjà bien connaitre ses ancêtres pour tirer des liens.
    C’est une histoire fort bien racontée que celle de la courageuse Marie Antoinette Richard. C’est intéressant de penser que tes ancêtres la connaissaient bien.

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  4. Bel exemple d'utilisation des ressources. bravo

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  5. Une vraie pépite que cette histoire, directement liée à la vie des villageois.

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  6. Belle trouvaille qui montre une femme forte et courageuse. J'aime !

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  7. Texte très intéressant, et source à étudier, je viens de regarder rapidement ce qui est proposé pour l'Asine, Merci Fanny

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